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[Entretien exclusif] MOHAMED BAZOUM, CHEF D’ÉTAT NIGÉRIEN : les confidences d’un président cash!

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Un an de pouvoir, ce n’est pas le temps du bilan, mais de la réaffirmation des grands axes de la gouvernance et de l’affinement des priorités. Une bonne occasion pour le Président nigérien, Mohamed Bazoum, de mettre en lumière le sens de son engagement pour son peuple. Pour une première, il a choisi de s’adresser à la presse africaine, particulièrement celle de la sous-région. Une quinzaine de journalistes ont été conviés à Niamey pour échanger sur les grands axes de son programme et ses priorités.



Il faut dire que l’exercice à été détonnant. L’homme est d’un franc-parler qui se démarque du discours lissé habituellement servi par nos chefs d’Etat. Il y va avec une franchise qui détonne dans un contexte de susceptibilité et de gestion de crises multiples qui secouent la sous-région.

Élu en février 2021, avec 55,6 % des voix, le successeur de Mouhamadou Issoufou, professeur de philosophie qui n’hésite pas à clamer que son métier c’est la politique, à été très actif dans les différentes crises qui continuent de secouer notre sous-région. Déjà ministre de l’intérieur dans le gouvernement de son prédécesseur, il a toujours été un bon conseiller pour les Chefs d’État de sa zone géographique. Sa connaissance pointue des enjeux géopolitiques du Sahel l’y prédisposent grandement. Hélas, ses interlocuteurs ne lui ont pas toujours prêté une oreille attentive. La suite lui a donné raison. Il avait pressenti ces bruits de bottes qui font souffler un vent déstabilisateur dans la sous-région. « J’aurai souhaité ne pas avoir raison, mais c’était prévisible », se désole-t-il.

Mohamed Bazoum, 62 ans, a succédé à Issoufou Mahamadou à la tête du Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS) quand ce dernier a été élu président de la République, en mars 2011. Deux mandats présidentiels plus tard, il lui succède à la tête de l’État. Les deux hommes se côtoient depuis plus de trente ans, puisque leur combat politique les a amenés, en 1990, à fonder le PNDS avec d’autres camarades, dans le sillage de la Conférence nationale qui a restauré la démocratie après une longue nuit de dictature militaire. Ce compagnonnage a créé des liens de camaraderie très forts entre les deux hommes. Issoufou Mahamadou avait de l’ascendant sur le camarade Bazoum, son benjamin de huit ans, mais aussi de l’admiration pour sa détermination politique, la cohérence de ses propos, sa rhétorique, la rigueur de ses analyses, et surtout sa loyauté. C’est pourquoi il en a fait un homme clé dans son dispositif en arrivant au pouvoir : ministre d’État aux Affaires étrangères, puis à la Présidence, et enfin à l’Intérieur et à la Sécurité publique.

Arabe de la tribu des Ouled Slimane, Mohamed Bazoum est né le 1er janvier 1960 à Bilabrine, dans la région de Diffa. Sa famille s’installe ensuite à Tesker, dans la région de Zinder, où il passe son enfance et sa scolarité primaire. Après un bac obtenu à Zinder, en 1979, il bénéficie d’une bourse pour l’Université Cheikh Anta Diop, à Dakar, et y décroche une maîtrise en philosophie politique et morale. De retour au pays, il enseigne la philosophie. Comme pour de nombreux militants de gauche, il entre en politique par le syndicalisme. Son talent d’orateur en fait rapidement une étoile montante de la vie politique. Il se frotte avec succès au suffrage universel et devient député au cours de quatre législatures.

Sidy DIOP

ENTRETIEN

« Nous ne sommes pas une démocratie cosmétique »


Militant de l’État de droit, farouche adversaire de l’intrusion des militaires dans la vie politique, opposant aux tripatouillages de Constitution, pourfendeur des corrompus de la République, Bazoum est sans doute ce que l’on appelle un président-cash. Dans cet entretien aux allures de confidences axé sur les grandes priorités de sa gouvernance, Bazoum y va sans gants.

EXPÉRIENCE DÉMOCRATIQUE

« Nous sommes un régime d’extraction authentiquement démocratique. Notre parti, le PNDS (Parti Nigérien pour la Démocratie et le Socialisme) porte le combat démocratique depuis sa naissance en 1990. Le Président Issoufou a déclaré qu’il allait quitter le pouvoir dès le renouvellement de son second mandat. Deux ans après l’investiture de Issoufou, j’ai été investi comme candidat du parti. Nous n’avons pas peur d’avancer à visage découvert. Je tiens à vous le dire parce que vous êtes des acteurs de la démocratie en Afrique.
Par contre, on peut s’accommoder de la liberté d’expression avec un régime médiatique pluriel, mais ce n’est pas l’essence de la démocratie. Le cœur de la démocratie, ce sont des élections régulières et l’alternance au pouvoir. Et il y a encore des efforts à faire en ce qui concerne l’alternance démocratique en Afrique francophone. Il y a aussi des efforts à faire sur le plan de la bonne gouvernance. Nous sommes des démocrates authentiques. Nous ne sommes pas dans le cosmétique. La démocratie est un écosystème où tout n’évolue pas selon le même rythme. Quand je suis arrivé au pouvoir, le temps était aux mesures liberticides concernant les réseaux sociaux. J’ai pris sur moi de supprimer des lois qui attentaient à la liberté d’information comme celle sur la diffamation. Nous avons dépénalisé le délit de presse. Chez nous, les journalistes ne vont pas en prison, une simple amende suffit. Nous sommes dans un processus d’amélioration de notre système démocratique ».

LUTTE CONTRE LA CORRUPTION

« J’ai aussi ouvert le front de la lutte contre la corruption et l’impunité. La bonne gouvernance est au cœur de mon action politique. Au moins une trentaine de hauts cadres accusés de corruption sont en prison dont un ministre en fonction. J’ai, pour ce faire, rencontré tous les segments de la société pour définir le cadre de lutte contre la corruption. N’importe qui peut dénoncer des cas avérés de prévarication des ressources publiques. J’ai dit clairement à tous, et c’est une conviction ferme, qu’il ne faut pas compter sur moi pour protéger ma famille politique si elle est fautive en matière de bonne gouvernance ».

ÉDUCATION

« Je mets particulièrement l’accent sur la promotion de l’éducation. Il faut le reconnaître, nous avons le système éducatif le moins performant de la sous-région. La faute à une démographie non maîtrisée. Je veux donc construire quelque chose de solide qui passe par une bonne maîtrise de la démographie. La faiblesse de notre système éducatif est due à la faible part réservée aux jeunes filles. Nous sommes en train d’intensifier la construction d’internats pour les jeunes filles qui sont en marge du système éducatif à cause des mariages précoces. A Zender, par exemple, 52 % des filles de moins de 15 ans ont déjà eu un enfant. C’est un frein à l’éducation que je compte lever en insistant sur l’éducation des filles. A cet effet, j’ai rencontré les chefs religieux et coutumiers qui ont pris l’engagement devant moi de ne plus prendre une épouse de moins de 18 ans. Dans le monde rural, c’est-à-dire près de 80 % de notre territoire, beaucoup de jeunes filles ont déjà connu trois maternités à 18 ans.
J’insiste aussi sur l’enseignement technique car notre pays manque de main-d’œuvre qualifiée. Une bonne formation permet aux jeunes de créer des richesses. »

AGRICULTURE

« Nous sommes un pays vaste mais frappé par les rigueurs climatiques. Nous sommes cependant le pays du Sahel le plus riche en eau dans son sous-sol. Il est possible d’exploiter nos ressources en eau pour produire davantage sur le plan agricole et diminuer ainsi notre dépendance sur le plan céréalier. J’ai donc un projet de création de pôles agro-industriels dans toutes les régions en fonction de leurs atouts. »

MINES

« Sur le plan minier, nous avons aussi de grands atouts avec beaucoup de richesses non exploitées. Nous devons aller au-delà de l’exploitation de l’uranium pour diversifier notre production. »

SÉCURITÉ

« Nous sommes au centre du Sahel et devons gérer une situation difficile. Nous sommes voisins du Nigeria et devons faire face à Boko Haram et à ses agissements. Nous sommes aussi voisins de la Libye où il n’y a plus d’État. C’est le centre de tous les trafics qui secouent malheureusement notre pays. Beaucoup de groupes organisés vivent du trafic de la drogue, soit en vendant soit en percevant des droits de passage sur les routes de la drogue. Il y a aussi le trafic de Tramadol dont le Libye est un point d’articulation important. Sans compter le trafic d’armes, de véhicules et de carburant qui alimentent les terroristes. C’est donc une économie criminelle qui déstabilise grandement nos pays. Notre pays est particulièrement exposé. Par exemple, Meneka et Gao sont plus proches de Niamey que de Bamako. Notre frontière avec le Burkina est à 100 km de Niamey mais à 300 km de Ouaga. Nous ne sommes pas gâtés par la géographie mais nous tenons fermement nos positions. Nous touchons du bois mais aucun pouce de notre territoire n’est sous contrôle des terroristes.
Nous avons professionnalisé l’armée et nous la faisons fonctionner selon les règles. Il n’y a pas de passe-droits dans ce pays. Nous avons, en outre, doublé le nombre de policiers et de gendarmes. »

DIPLOMATIE

« Sur le plan diplomatique, nous avons notre personnalité. Dans une certaine opinion, on nous présente comme les obligés de la France. Or, le Président Issoufou a été un des plus fervents défenseurs de la sortie du Franc Cfa. Je vais prendre la relève pour pousser à la mise en place de l’Eco.
Si je savais aujourd’hui que l’État du Nigéria à une politique monétaire conséquente, je décroche du Cfa. Nous avons 1500 km de frontière commune avec le Nigeria qui est un grand marché de 250 millions d’habitants. Malheureusement, nous n’avons pas assez de garanties sur la politique monétaire de notre voisin qui peut dévaluer sa monnaie du jour au lendemain et risquerait ainsi de plomber notre économie. C’est dire donc que je ne suis l’obligé de personne. J’achète toutes mes armes à la Turquie et à la Chine. Tous mes hélicoptères proviennent de la Russie. Si j’étais un obligé de la France, ça ne se passerait pas ainsi. Je ne suis pas, non plus un nihiliste et je reconnais les mérites de la France. Grâce à ma trajectoire, je ne suis pas un complexé. Je n’ai pas peur de dire la vérité. «

COUPS D’ÉTAT MILITAIRES

« Quand un lieutenant-colonel prend le pouvoir dans un pays, c’est comme un contremaître qui prend la tête d’une entreprise au détriment des ingénieurs. Ça ne marche pas. Quand une armée se passe de ses membres les plus compétents, tout est sens dessus-dessous. C’est encore plus grave s’il doit gérer un pays. Le rôle d’un militaire est de travailler dans l’armée. C’est pourquoi je n’ai nommé aucun militaire aux fonctions de préfet ou à aucune fonction administrative. Si un militaire se retrouve DG de société, est-ce que les autres qui ont peut-être plus de mérite iront se battre au front ? Non ! »

SANCTIONS CONTRE LE MALI

« Nous avons pris ces sanctions pour faire pression sur les militaires. C’est le protocole de la Cedeao qui le veut. Pourquoi y souscrire sans le respecter ? Pourquoi prendre le risque d’isoler son propre pays, de faire souffrir son peuple pour exercer un pouvoir usurpé ? Je suis pour le maintien de ces sanctions car le Mali est un pays en danger. Les sanctions ne concernent pas les médicaments, les vivres et le carburant. Ce n’est pas la faute de la Cedeao si ces produits manquent. »

LESoleil Propos recueillis à Niamey par Sidy DIOP


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Mardi 14 Juin 2022




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