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Stress et autres pressions au travail : des formes de violence morale

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Si la grande majorité des contraintes physiques subies par les salariés ont diminué ces dernières années, l’exposition au bruit en revanche ne régresse pas. De la même manière, alors que les violences morales ont un peu baissé après avoir connu un pic à la fin des années 2000, la souffrance au travail se maintient à des niveaux élevés.



Contraintes physiques, exposition aux produits chimiques et notamment cancérogènes, stress et violences morales : le ministère du Travail s’est penché sur les risques professionnels auxquels sont confrontés les salariés. De nouvelles données détaillées ont été publiées le 8 septembre, en particulier sur les risques psychosociaux. Le point avec Thomas Coutrot, chef du département Conditions de travail et santé à la Dares (direction de l’Animation de la recherche, des Études et des Statistiques)

Dans le cadre de son enquête « Sumer 2017 » sur les risques professionnels, le ministère du Travail vient de publier des données détaillées sur les risques psychosociaux. Quels sont les principaux enseignements sur ce volet ?

Près de 27 % des salariés sont dans une situation de tension, de stress au travail ou job strain. Les cadres sont la catégorie la moins concernée. Les employés mais aussi les ouvriers sont les plus fortement touchés. La santé, l’hébergement-restauration et les banques sont les trois secteurs avec le plus grand nombre de salariés stressés au travail.

Pourquoi les cadres sont-ils plutôt épargnés ?

On confond souvent stress et intensité du travail. Les cadres ont un travail plus intense au sens où ils sont sous pression temporelle, sont souvent interrompus dans leur travail, doivent changer sans arrêt de tâche… Mais cela ne signifie pas qu’ils sont stressés. Ils ont de l’autonomie, des marges de manœuvre pour faire face à ces exigences. Ils peuvent organiser eux-mêmes leur temps de travail et, dans une certaine mesure, définir les priorités. Qu’est-ce qui est stressant ? C’est d’avoir un travail intense mais pas les moyens pour y faire face. Quand on est très contraint par des procédures, par des délais très stricts, par des normes à respecter. Quand on doit sans arrêt faire des rapports d’activité et qu’on n’a pas la faculté de s’adapter aux imprévus, ces derniers deviennent des sources de souffrance. C’est typiquement le cas des professions de santé.

Quel impact sur la santé de ces salariés ?

De nombreuses études épidémiologiques ont établi que cette situation de tension au travail a des conséquences importantes dans trois domaines : problèmes cardiovasculaires, avec un risque accru de l’ordre de 40 à 50 % (hypertension, infarctus, etc.), troubles musculo-squelettiques, et bien sûr aspect mental, avec une probabilité de risque dépressif considérablement renforcée.

Ces risques sont-ils suffisamment pris en compte par les entreprises ?

Dans le domaine de la tension au travail, on ne constate pas d’amélioration en vingt ans, mais plutôt une tendance à une légère dégradation. En revanche, parmi les risques psychosociaux, les violences morales (comportements hostiles) ont connu un pic à la fin des années 2000. Dans la dernière enquête, la situation est revenue à celle, un peu moins inquiétante, de 2003. Les grandes entreprises ont mis en place des procédures de prévention. Mais elles sont plutôt individualisées, pour essayer de détecter les situations difficiles et mettre à l’abri les salariés exposés. Alors que nos études montrent que les situations de violence morale sont souvent liées à des problèmes d’organisation du travail. On traite le symptôme – c’est déjà ça – mais sans forcément traiter la cause. Certaines des causes des risques psychosociaux, comme le manque d’autonomie, n’ont pas été traitées.

La Dares a publié l’année dernière une analyse intitulée « Comment ont évolué les expositions des salariés du secteur privé aux risques professionnels sur les vingt dernières années ». Qu’en est-il des risques professionnels dans leur ensemble ?

Nous avions observé une diminution des contraintes physiques, sauf celles qui concernent le bruit. Un maintien à un niveau élevé des expositions aux produits chimiques, notamment aux agents cancérogènes. Ces derniers concernent toujours 10 % des salariés. Ce sont surtout des ouvriers qui sont exposés, notamment dans le bâtiment, en raison de l’amiante mais aussi et surtout à cause des poussières. Ce que l’on appelle la silice cristalline. Particulièrement exposés aussi au risque chimique les ouvriers et les techniciens de la maintenance qui sont amenés à ouvrir les moteurs ou des équipements qui contiennent des huiles minérales ou des produits toxiques.

Autre risque majeur mais qui ne diminue pas : le bruit. Cela concerne beaucoup les ouvriers de la métallurgie et ceux du bâtiment. Plus de 50 % sont soumis à des environnements extrêmement bruyants. Cela a des conséquences bien connues sur les capacités auditives. Mais aussi sur la santé mentale. Être exposé à un bruit intense une bonne partie de sa journée de travail majore considérablement les risques de dépression.

Les salariés en première ligne face au Covid-19 durant le confinement étaient-ils déjà parmi les plus exposés aux risques professionnels ?

Nous publierons une étude à ce sujet dans les semaines qui viennent, je ne peux donc pas vous détailler pour l’heure des résultats. Ce que je peux dire c’est qu’effectivement, avant l’épidémie, ils avaient déjà des conditions de travail particulièrement difficiles, notamment pour ce qui concerne l’intensité du travail et le manque d’autonomie. C’était des catégories qui étaient souvent dans des situations de risques psychosociaux importants.


Ouest-France

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Samedi 12 Septembre 2020




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