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SOULEYMANE KEITA - LAUREAT DU GRAND PRIX DES ARTS : «Il faut tout faire pour pérenniser la Biennale de Dakar»

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SOULEYMANE KEITA - LAUREAT DU GRAND PRIX DES ARTS : «Il faut tout faire pour pérenniser la Biennale de Dakar»
Connu pour sa discrétion, Souleymane Keita répond rarement aux sollicitations des médias. Nous avons profité de son sacre comme lauréat du Grand Prix des Arts pour l’accrocher. Il est largement revenu sur sa carrière, ses projets et sa vision de l’art. Entretien avec un monument de la culture sénégalaise qui ne se livre pas trop souvent.



Souleymane vous êtes le lauréat des Arts et des Lettres, mais on vous sait discret, trop discret peut-être. Pouvez-vous nous expliquer les raisons de cet effacement ?

Je suis un insulaire et cela cadre parfaitement avec ma nature de Goréen. Je peux aussi dire qu’il s’agit d’une question d’éducation. Mon père est un homme très discret et je crois que j’ai pris beaucoup de choses de lui.

Qu’avez-vous ressenti au moment de l’annonce de votre choix comme lauréat du Grand Prix des Arts ?

J’étais surpris d’abord, parce que je ne m’attendais pas à une distinction aussi importante. Vous savez quand on travaille depuis une trentaine d’année et, à mon âge, je peux dire que j’ai tout vu et tout eu grâce à mon métier. Un prix, de cette nature, honore ma famille, les amis qui m’ont toujours accompagné, parce que, dans cette démarche artistique, je ne suis pas tout seul. J’ai aussi une famille qui occupe une place très importante pour moi. C’est un cadre de vie important pour stimuler et inspirer l’artiste.

Vous êtes insulaire et Gorée vous a marqué, est ce que votre démarche artistique a été altérée par le fait de quitter l’ile martyre pour vous établir à Dakar ?

Absolument ! Je pense que l’environnement d’un artiste est d’une importance capitale. Je pense que j’ai gardé, avec moi, mon côté marin, mais, quand je suis arrivé, en ville, je me suis tout de suite mis à essayer de cultiver la terre. C’est quelque chose qui m’est venu spontanément et ma passion actuelle est la culture de la terre.

Peut-on dire qu’il y a effectivement un changement radical au niveau du ton ?

Je parlerais plutôt d’une évolution de mon travail, mais aussi de ma conception de la vie.

On vous considère comme quelqu’un qui aime les couleurs légères, comment expliquez-vous cela ?

C’est toute une philosophie. A mon niveau, l’utilisation de tons pastel découle d’une sensibilité. On dit souvent que les artistes africains ne sont pas des aquarellistes. J’ai pris part à quelques nombreuses grandes expositions ou des aquarellistes, du monde entier, étaient réunis et mon travail passait à travers toutes ces créations d’une manière parfaite. Ce n’est pas moi qui le dis mais bien les amateurs de cet art qui l’affirment.

Certains vous situent dans une catégorie de l’Ecole de Dakar et d’autres pensent que vous étiez beaucoup plus proche d’Iba Ndiaye. Qu’en pensez-vous ?

Iba Ndiaye était mon maitre et de manière absolue. D’ailleurs, je profite de cette occasion pour lui rendre un vibrant hommage. J’en fais autant pour mon doyen Pape Ibra Tall. Ce sont deux personnalités sénégalaises de l’art qui m’ont beaucoup influencé. Et aussi bien au niveau de leurs comportements que de leur vision. J’allais souvent à Thiès pour rendre visite à Pape Ibra Tall. Pour me résumer, je dirais que ce sont des gens très importants pour moi.

A votre avis, qu’est ce qui peut provoquer un déclic chez un jeune peintre pour lui choisir un maître ?

C’est très difficile à dire et je ne peux pas l’expliquer. C’est vraiment de manière très spontanée que cela se passe pour la plupart du temps.

Comment avez-vous vécu la grande époque de l’Ecole de Dakar ?

Il faut retenir que quand on est jeune sportif ou artiste, on est souvent impressionné par ce que l’on voit. Et à partir de cela, maintenant, il existe une personnalité que l’on développe. C’est comme çà que, personnellement, je suis devenu un peintre. Parce qu’étant tout petit j’ai eu la chance de rencontrer beaucoup de gens qui venaient faire des aquarelles ou des peintures des rues de Gorée. J’étais souvent à côté en train de les regarder faire sans pour autant avoir une idée de ce qu’était l’art. Après j’ai dit à mes parents que je voulais devenir peintre.

Comment ont-ils réagi ?

Au début, cela ne les enchantait pas, mais comme j’étais têtu ils ont fini par me laisser faire.

Vous souvenez vous des personnes qui dessinaient dans les rues de Gorée ?

Il y avait surtout Mme Yourtoudé Ba. Je me souviens très bien de ce nom, car c’est elle qui m’a couvé en réalité. Il y avait aussi d’autres peintres. Mais je ne me souviens pas des noms. Ce n’était pas des artistes, mais des peintres. Je n’avais d’ailleurs aucune idée de ce qu’était un artiste, je voulais m’adonner à la peinture comme eux tout simplement. Je suis devenu par la force des choses un artiste.

On dit souvent qu’un bon peintre doit savoir dessiner. Qu’en pensez-vous ?

Il faut dire que le dessin est une grande école. Il faut beaucoup travailler en dessin pour espérer devenir un grand peintre.

Quel souvenir gardez-vous de votre première exposition ?

Elle avait eu lieu en 1969 au centre Culturel Français. J’avais tout juste une vingtaine d’années. A l’époque, j’avais surtout noté la présence massive des assistants techniques français qui venaient souvent prendre part aux vernissages. Je me souviens bien de cela, car très peu de sénégalais venaient voir les expos. Cela a évolué avec le temps.

Vous souvenez- vous d’amateurs d’art sénégalais de cette époque ?

Je me souviens de Mme Elizabeth Diouf qui avait acquis une de mes peintures de cette époque.

Ce n’était pas loin du premier Festival Mondial des Arts Nègres de 1966, comment avez-vous vécu tout cela ?

C’était vraiment intéressant parce que j’étais en train de faire un stage au village artisanal de Soumbédioune. Parce que je suis céramiste de métier. A cette époque, je peignais de temps en temps, mais ma grande activité restait la céramique.

Le président de la République a révélé que chez lui au Point E, il ya beaucoup d’œuvres de Souleymane Keita. Comment percevez-vous cet hommage ?

Je pense qu’il y a un triptyque, un crayon pastel et deux ou trois dessins qu’il a bien voulu prendre chez moi. Je dois dire que j’étais très impressionné par la fraicheur de sa mémoire parce qu’il se rappelle très bien de ces peintures. Et il m’a même demandé de passer un jour revoir ces peintures dans sa maison.

Vous souvenez vous des circonstances dans lesquels il avait acquis ces œuvres ?

Je dois dire que c’est surtout Mme Viviane Wade qui est amateur d’art. C’est elle qui allait souvent voir les artistes dans leur atelier. Je voulais profiter de cette occasion pour dire un très grand merci à Monsieur le Président de la république. Il a bien voulu mettre en valeur ce Grand Prix. Il a demandé qu’on s’occupe un peu plus de l’art au Sénégal.

Vous lui avez aussi offert un cadeau…

Il ne s’agit pas de cadeau, mais bien d’une série de catalogues et d’ouvrages de gens qui ont écrit sur moi. C’est pour lui donner une idée de ce que je suis en train de faire. Parce que j’ai évolué entre temps.

Pouvez-vous nous citer quelques noms de ces personnes qui ont parlé de vous ?

Il ya Jean Michel Sévérino, Sylvain Sankalé, Yacouba Konaté et je crois qu’il y a une dame qui est professeur à l’Université de Dakar et qui aime bien mon travail. Il s’agit de Mme Aminata Diaw.

En parlant de votre œuvre, on évoque souvent ce drapeau sur la tolérance. Pouvez-vous nous parler de cette réalisation ?

Au départ, l’Unesco avait décidé d’organiser une grande fête relative à la tolérance. J’ai alors reçu un coup de fil de l’Unesco à Paris me demandant de faire une maquette. Finalement ca leur a plu et cette œuvre a symbolisait le continent africain. Ils ont eu à l’éditer en deux exemplaires. Il y a un grand drapeau qui fait deux mètres carrés et l’autre qui fait un mètre cinquante.

Vous arrive t-il de prendre part à des concours ?

Pas du tout. Je n’aime pas participer à des concours. Mais si on me fait une commande, je réponds favorablement.

Vous avez eu à exposer un peu partout à travers le monde, parlez nous des expositions et des personnes qui vous ont marqué dans ce métier des arts visuels ?

Je parlerais d’une exposition récente de mes œuvres à Seketo Gallery de New York. Le jour du vernissage, des musiciens comme Juan Carter, Meil Edouard un grand sculpteur qui est pratiquement devenu sénégalais. Parce qu’il s’est acheté une maison et il vit souvent ici. Il faut que les sénégalais sachent que nous attirons énormément d’artistes. Beaucoup d’artistes voudraient venir séjourner au Sénégal et y effectuer des travaux. C’est pour cela que je pense que c’est l’occasion d’avoir un peu plus d’espaces consacrés à l’art et à la culture.

Pourtant il ya beaucoup d’activités culturels au Sénégal ?

Ah non ! Il y en a beaucoup moins maintenant. Il y a une vingtaine d’années, il y avait au moins trois ou quatre vernissages par mois. Les gens vont de moins en moins voir des œuvres d’art. Il faut que l’art soit sponsorisé pour attirer plus de monde. Les villes doivent s’y mettre. C’est la ville de Dakar qui doit soutenir un peu plus les artistes contemporains. Je dois profiter de cela pour remercier Mme la Ministre Awa Ndiaye, qui s’occupe maintenant du cadre de vie. Je pense que si j’ai l’occasion de la rencontrer je lui ferais part de ces espaces que l’on peut aménager pour de petites expositions. L’art a évolué, mais je pencherais personnellement pour des espaces d’art contemporain.

Mais est-ce qu’il y a une fédération des initiatives de ce genre ?

Je fais partie des gens qui pensent qu’il y a des affinités chez les artistes. Souvent c’est difficile de travailler absolument avec quelqu’un. C’est compliqué de réussir ensemble. On a essayé beaucoup de choses et c’est difficile. Mais je ne désespère pas.

Que conseillez-vous aux jeunes artistes.

Je leur conseille toujours de beaucoup travailler et surtout de rester discrets. Il faut aussi disposer de beaucoup de modestie, car c’est tout cela qui fait un artiste à mon avis.

Récemment vous aviez exposé à Bamako, c’était dans quel cadre ?

En réalité je me suis fait inviter. Je voulais faire quelque chose au Mali et le projet a plu au Directeur du Musée de Bamako Samuel Sidibé. Il m’a dit que je pouvais utiliser l’espace. C’était magnifique. On a eu même à faire deux ou trois vernissages et le Ministre est souvent revenu pour discuter et échanger avec les gens. Cela m’a procuré énormément de plaisir.

Votre dernier mot ?

Je vous remercie tout en disant qu’il faut tout faire pour pérenniser cette biennale des arts contemporains de Dakar.

Source Lesenegalais.net

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Dimanche 12 Février 2012




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