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[Reportage] Sénégalais de Dubaï : une capacité de débrouille qui fascine

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En tête de liste des villes les plus visitées au monde, le potentiel d’investissement de Dubaï continue de monter en flèche, permettant aux investisseurs de bénéficier de son marché hôtelier à haut rendement. Près de 5000 Sénégalais y gagnent leur vie dans divers secteurs. À l’invitation de la compagnie Emirates et DP Word, notre reporter a séjourné dans l’Emirat et a rencontré certains de nos compatriotes.



La ville touristique de Dubaï continue de recevoir de nombreux Sénégalais qui officient dans le commerce, les affaires et le sport. Nos premiers compatriotes qui y ont posé pieds au début des années 1980 étaient des sportifs très connus comme le basketteur Madiagne Ndiaye, ancien capitaine de l’Association sportive des Forces armées (Asfa) et pensionnaire de l’équipe nationale, ainsi que Gorgui Ndiaye et Nguessiam Ndiaye, deux footballeurs internationaux de l’Asfa et du Diaraf de Dakar.

Depuis lors, la palette de secteurs d’activités dans lesquels s’investissent des Sénégalais à Dubaï s’est bien diversifiée. Ils sont aujourd’hui nombreux à gagner leur vie dans cette ville des Emirats arabes unis. Falilou Sow, la trentaine, ancien footballeur à Abu Dhabi, s’est converti dans le petit commerce. Il est devenu un Gp (gratuité partielle), nom donné aux Sénégalais qui profitent de conditions avantageuses pour vendre leurs kilogrammes aux voyageurs en avion qui ont un surplus de bagages. Falilou se rend régulièrement au Sénégal pour convoyer des bagages que lui confient des Sénégalais établis ici ou les commerçants venus s’approvisionner. « Je suis venu aux Emirats pour une carrière de footballeur mais malheureusement j’ai eu une blessure à la cheville. J’étais obligé de me reconvertir dans les affaires », explique cet habitant de Niarry Tally né dans une famille sportive. Son oncle Alain Badiane, brillant attaquant, avait fait les beaux jours de la Jeanne d’Arc de Dakar des années 1980. Selon lui, même si le pays est accueillant pour les étrangers, il faut d’abord être en règle avec les services de l’immigration. « Pour obtenir la carte de séjour appelée Id, il faut gagner un salaire de 6000 voire 7000 dirhams, soit l’équivalent de 900.000 à 1 million de FCfa », révèle-t-il. Et de poursuivre : « Seule la carte de séjour peut vous permettre de bénéficier de contrats de location ou d’obtenir un compte dans un établissement financier et avoir des avantages comme les prêts bancaires ». Il précise que c’est très difficile pour ouvrir une entreprise ou une société sur place. Au minimum, il faut avoir dans son compte bancaire une somme assez importante.

À Dubaï, beaucoup de compatriotes sénégalais sont des employés dans les restaurants de la ville ou magasins. C’est rare de voir un Sénégalais dans le secteur privé, plus particulièrement dans l’hôtellerie. Sur les difficultés rencontrées, notre interlocuteur souhaite l’ouverture d’un consulat dans l’Emirat de Dubaï. « Beaucoup d’entre nous ont des difficultés pour renouveler leur passeport, seul document valable pour un ressortissant à l’étranger. Plusieurs personnes sont obligées d’aller à Dakar pour se procurer le titre de voyage lorsqu’il expire », martèle Falilou Sow. Sur les conditions de vie dans le pays, l’ancien footballeur salue les efforts de l’Emirat où les bailleurs proposent des logements acceptables dans les immeubles où les appartements F2 avec un salon et une chambre ou un studio peuvent être loués à 200.000 FCfa avec d’excellentes conditions. Le locataire est tenu de verser un chèque chaque trimestre sur le prix annuel qui lui est proposé. Au centre-ville, plus particulièrement vers le grand marché, nos compatriotes paient plus cher avec des chambres où les lits sont loués à 100.000 FCfa le mois.

Serigne Gaye, employé au Port, est natif de l’Unité 1 des Parcelles assainies. Il séjourne à Dubaï depuis huit années. Il confirme les difficultés des Sénégalais à renouveler leurs passeports. « Ici, l’employeur ou la banque, grâce aux nouvelles technologies, vous envoie des messages de rappel pour vous demander de renouveler vos pièces justificatives », dit-il. Mais reconnaît-il, les employeurs sont tolérants. Habitant dans un quartier de la banlieue, il déclare que les logements avec équipement de deux pièces sont très abordables. « Avec 200.000 FCfa, vous pouvez vous procurer un appartement acceptable », dit-il. À propos de la police de l’immigration, Serigne Gaye déclare qu’il y a moins de tracasseries par rapport aux autres pays voisins. « C’est rare de voir la police intervenir sauf lorsqu’une faute lourde est commise », avance-t-il.

Abdallah Ciss, originaire de la commune de Diass, dans le département de Mbour, est venu tenter sa chance à Dubaï. Il est employé dans un restaurant, au centre-ville. Fils d’un ancien footballeur de la grande équipe de l’Us Gorée, Abdallah Ciss ne se plaint pas dans le travail où il a toute la confiance de ses employeurs. C’est lui qui gère la caisse après les commandes. Dans ce restaurant très fréquenté par les Sénégalais, sur une grande avenue du célèbre quartier dit Deira, les plats nationaux comme le « thiébou diène », le « mafé », le « yassa », le couscous et autres mets y sont servis à des prix très abordables, environ 3.500 FCfa. Le propriétaire a recruté quelques-uns de nos compatriotes pour attirer la clientèle plus particulièrement africaine. Avec 30 ou 35 dirhams, un plat vous est servi avec une entrée. Un compatriote qui préfère garder l’anonymat précise qu’il est difficile pour les ressortissants de notre sous-région d’ouvrir des commerces ou restaurants en raison des restrictions du Gouvernement émirati. Certaines femmes qui vendent les plats locaux sont obligées de cuisiner chez elles et ensuite livrer les plats sur commande aux Sénégalais de passage ou ceux venus pour certains grands événements comme l’Exposition de Dubaï 2020. Les plats sont proposés aussi à des Africains logés dans les hôtels à 30 dirhams en plus de 5 dirhams pour couvrir les frais de déplacement du proposé à la livraison avec sa motocyclette appelée « thiakk thiakk ». Baye Fall Bâ est le livreur sénégalais le plus connu ici. Installé à Dubaï depuis plus d’un an, il connaît bien les coins et recoins de la ville. « Je suis originaire de la région de Kaolack, dans le département de Nioro, et depuis mon arrivée, j’exerce ce métier de livreur », explique-t-il.

Mme Fatou Mbengue avec qui il travaille est aussi très connue à Dubaï qu’elle a découvert en 1999. C’est elle qui fournissait les repas aux Sénégalais présents à l’Expo 2020 et ceux logés dans les établissements hôteliers souhaitant déguster les plats locaux. Venue de la région de Louga, Mme Mbengue propose des plats succulents à 30 dirhams. « Je suis à Dubaï depuis plus de 20 ans. Au début, je faisais des allers et retours avant de me fixer. N’ayant pas les moyens d’ouvrir un restaurant, je cuisine chez moi où je reçois nos parents sénégalais venus acheter des marchandises. Dieu merci, je m’en sors bien », assure Mme Fatou Mbengue. Elle reçoit très souvent nos compatriotes commerçantes à son domicile pour leur servir à manger et leur donner des conseils pour leur business.

Cheikh Ndoye, habitant de Kaolack, au quartier Ndorong, est associé à des Sénégalais qui sont dans le convoyage des marchandises. « Nous avons notre bureau dans la zone du marché et beaucoup de nos compatriotes venus faire des achats nous confient leur surplus que nous envoyons au pays à partir des conteneurs. Certains même achètent des véhicules d’occasion venus des pays limitrophes et des Emirats, et lorsque le bateau arrive au Port de Dakar, nos représentants sur place assurent la livraison après dédouanement », indique M. Ndoye. Il souligne que beaucoup de Sénégalais ont commencé à acheter des véhicules à Dubaï et qui viennent du Canada, des Etats voisins et des Emirats. Sur les difficultés des Sénégalais établis à Dubaï, Cheikh Ndoye insiste sur l’établissement des passeports et souhaiterait, comme les autres, l’arrivée d’une équipe du Ministère de l’Intérieur pour la confection sur place de ce document.

Mme Sadio Barro, venue des Iles du Saloum, fait partie des femmes sénégalaises venues tenter leurs chances dans l’Emirat. Elle travaille dans un magasin où elle fait des démarches pour amener la clientèle et se retrouver avec une bonne commission à la fin de la journée. « Ici, c’est le logement qui coûte trop cher. Il nous arrive de partager une chambre avec trois lits moyennant le paiement de 100.000 FCfa par occupante », révèle celle qui est appelée « Sadio Mané » par nos compatriotes.

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MADEMBA YADE, COORDONNATEUR DE LA COMMUNAUTÉ SÉNÉGALAISE DES ÉMIRATS ARABES UNIS

Un enfant de Guédiawaye au service de sa communauté


Chargé de mission du Conseil sénégalais des chargeurs (Cosec), Mademba Yade est le coordonnateur de la colonie sénégalaise aux Emirats arabes unis (Eau). Venu aux Emirats en début de janvier 2005, il a travaillé d’abord dans un cargo de fret maritime. Il était chargé de l’établissement des demandes de visas pour les clients de sa société qui voulaient aller à Dubaï pour les affaires et le tourisme. De 2006 à 2013, il a présidé l’Association des jeunes sénégalais des Emirats (Ajseau). « J’ai toujours travaillé avec les ambassadeurs Cheikh Tidiane Sy, Abdourahmane Diop, Babacar Ba et aujourd’hui Ibrahima Sory Sylla, uniquement au service de la communauté et bénévolement », martèle M. Yade. C’est pendant la pandémie qu’il a été nommé chargé de mission du Cosec puis, depuis le mois de juin dernier, il est le chef du bureau de la représentation du Conseil aux Emirats. Mademba Yade est régulièrement sollicité par nos compatriotes vivant aux Emirats et plus particulièrement lorsqu’ils se trouvent en difficulté.

Cet enfant de Guédiawaye, dans la banlieue, la soixantaine, a eu une formation en transport pour les services fret et en marketing. Il a étudié au lycée Limamou Laye et à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar.

Selon lui, beaucoup de Sénégalais débarquent dans ce pays sans un contrat de travail. « Je conseille à nos compatriotes de prendre toutes les dispositions nécessaires avant de venir aux Emirats, car il y a des arnaqueurs qui promettent du travail alors qu’ils ne sont mandatés par aucune société établie ici », prévient M. Yade. Revenant sur la période de la Covid-19, il indique que l’Etat du Sénégal a fait de gros efforts avec une enveloppe de 33 millions de FCfa que l’ambassade avait mis à la disposition de la commission dont il était membre pour venir en aide aux Sénégalais sur place et certains commerçants bloqués aux Emirats. « Il faut remercier l’Ambassadeur Sylla qui avait installé un comité avec la présence de deux enseignants, l’imam et un chef d’entreprise établis aux Emirats pour partager les fonds », assure M. Yade. Dans le cadre de la solidarité, celui qui est considéré comme agent de liaison à titre bénévole souligne que durant le mois de ramadan, dans le quartier Déra, plus de 600 plats ont été servis gratuitement aux Sénégalais et aux ressortissants des pays voisins, grâce à l’intervention de l’Ambassadeur par le biais de ses partenaires. « Nous regrettons son départ après sept années de présence aux Emirats arabes unis où il a abattu un travail extraordinaire au profit des Sénégalais, en nous assistant dans toutes nos activités notamment lors des cérémonies familiales, Gamou et Magal », a dit M. Yade. S’expliquant sur les quelques difficultés que rencontrent nos compatriotes, il déplore l’absence du représentant du Ministère de l’Intérieur pour la confection des documents de voyage. « Je confirme que lorsqu’un émigré n’a pas de passeport valide, il court de gros risques face au service de l’immigration, mais aussi dans son lieu de travail. Depuis 2013, chaque semestre, nous recevions un agent de la Direction de la Police des étrangers qui venait établir les passeports, mais depuis juin dernier, certainement en raison de la situation sanitaire, il n’est plus au rendez-vous ». Quid des risques sur la présence sur le territoire émirati sans le document de voyage ? « Au dernier recensement que j’avais effectué sur demande de l’ambassade, nous sommes entre 4500 et 5000 Sénégalais à Dubaï. Lorsqu’on n’a pas un document de voyage valable, on paie une amende de 15.000 FCfa par jour. Et c’est à solder obligatoirement avant de quitter le pays », précise-t-il. M. Yade poursuit que la législation des Emirats est ferme là-dessus, et même les enfants de plus de trois mois sont concernés.

Une des revendications des Sénégalais lors des visites du Président de la République Macky Sall a été satisfaite par l’Etat. Il s’agit de la création d’une juridiction qui leur a permis de voter lors de la présidentielle de 2019. Aujourd’hui, Mademba Yade qui officie comme agent consulaire à titre bénévole, attend d’être confirmé par les autorités étatiques pour plus d’efficacité dans la collaboration avec la mission diplomatique établie à Abu Dhabi. D’ailleurs, il révèle que c’est sur demande des autorités qu’il est chargé d’effectuer l’enrôlement des Sénégalais pour l’établissement de la carte consulaire qui devrait être bientôt disponible pour ceux qui sont aux Emirats.

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Dubaï, une destination devenue incontournable

L’Emirat de Dubaï est devenue incontournable. Des millions de personnes venues des quatre coins du monde s’y rendent soit pour les affaires, notamment le commerce de marchandises diverses, soit pour le tourisme soit pour l’enseignement supérieur. Dubaï est une ville et un émirat des Émirats arabes unis réputé pour son shopping de luxe, son architecture ultramoderne et sa vie nocturne très animée. Du haut de la chambre d’hôtel, on constate l’animation à des heures tardives de la nuit. La Burj Khalifa, Tour de 830 mètres de haut, domine le paysage urbain parsemé de gratte-ciels. À son pied, la fontaine de Dubaï présente des jets et des lumières synchronisées avec de la musique, attirant de nombreux visiteurs qui se restaurent dans les salons de thé. Un des grands hôtels de la ville comprend des parcs aquatiques avec des animaux marins situés au large, sur des îles artificielles.

Il est difficile de rencontrer les étudiants sénégalais dont la plupart sont en formation dans le domaine de l’énergie et du pétrole. De deux hôtels en 1970, aujourd’hui, on ne peut plus compter le nombre d’établissements qui reçoivent des millions de touristes notamment des Européens, Asiatiques, Américains et Africains. Il y a beaucoup de choses à découvrir dans cette grande ville où les chantiers se multiplient de jour en jour. Dès 6 heures, les ouvriers sont perchés sur des gratte-ciels en construction.

À Dubaï, la sécurité est totalement garantie pour le visiteur et les habitants. Mlle Roxane, d’origine libanaise, travaille dans une société de promotion touristique. Elle raconte qu’il lui arrive de rentrer toute seule vers 2 heures de la nuit sans craindre une agression. « Pas d’inquiétude, on peut se promener à n’importe quelle heure », rassure-t-elle. Pour l’étranger qui débarque, il constate d’entrée qu’aucun élément des forces de sécurité n’est en faction dans les rues, boulevards et autoroutes. Seules des caméras de surveillance sont postées partout. Les chauffeurs comme les piétons respectent les feux de signalisation. Dubaï, c’est aussi son métro qu’on découvre. Un service de transport très moderne qui n’a rien à envier aux grandes capitales européennes. La ville est très propre, pas un seul mégot ne traine. Les équipes de nettoiement sont à l’affût. Dès qu’un groupe assis quelque part se déplace, elles viennent asperger le liquide pour éviter toute souillure. Dubaï, c’est aussi son centre d’Expo situé à la sortie de la ville. Des constructions de nouvelles villas à l’image des Sicap et Hlm chez nous bordent tout le long trajet.

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IBRAHIMA SORY SYLLA, AMBASSADEUR DU SÉNÉGAL AUX ÉMIRATS

« Ici, nos compatriotes ont un comportement exemplaire »


Réagissant aux doléances de nos compatriotes établis aux Emirats arabes unies (Eau), Son excellence l’Ambassadeur Ibrahima Sory Sylla qui vient d’être affecté en Chine, a d’abord salué le comportement exemplaire et patriotique de la communauté sénégalaise qui entretient d’excellentes relations avec la mission diplomatique. « Le seul problème que j’avais d’ailleurs résolu dans le passé, c’est le renouvellement des passeports », a dit M. Sylla. Il précise que devant le Président de la République, Macky Sall, en visite officielle à Dubaï, le problème a été posé et il avait donné des instructions au Ministère de l’Intérieur afin qu’une équipe mobile d’enrôlement des passeports soit installée en permanence à l’ambassade. En attendant la matérialisation, cette année, de cette décision, une équipe du Ministère de l’Intérieur devrait être envoyée à Dubaï pour satisfaire nos compatriotes, a indiqué le diplomate.

LeSoleil

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Samedi 7 Mai 2022




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