Référence multimedia du sénégal
.
Google

REPORTAGE : Dakar, terre de mythes et de désillusions

Article Lu 1406 fois

Les Sénégalais sont connus pour être de grands voyageurs. Mais, ils sont nombreux à n’avoir jamais mis les pieds à Dakar, épicentre de la saga, des espérances et des désillusions. La capitale sénégalaise est encore un mythe pour certains, mirage du succès pour d’autres. C’est l’espace des sentiments confus.



REPORTAGE : Dakar, terre de mythes et de désillusions

Il est venu, en 2006, chercher fortune à Dakar, terre de ses plus grandes aspirations vers le succès. Pour la première fois, Amadou quittait son Agnam natal, dans le Fouta. Il avait alors 17 ans, plein de vie et de rêves. La capitale sénégalaise était cet eldorado oùtoutes les rues étaient pavées ! « Je croyais qu’il n’y avait pas un grain de sable à Dakar », se souvient-il, riant de sa propre naïveté. Les « boys town » s’en étaient bien désopilés. Depuis, le bonhomme, qui se fabrique un destin dans le cirage de chaussures, est revenu sur terre. Ce « pays » imaginaire ne lui fait pas de cadeau. Dès les premières lueurs du jour, il trimbale son guéridon de fortune en ayant une pensée railleuse pour ses copains rêveurs laissés au village et qui l’envient ingénument. « J’étais très curieux de découvrir Dakar avec ses lumières, ses couleurs. Les jeunes de notre génération, qui venaient passer leurs vacances au village, m’émerveillaient. Ils en rajoutaient toujours », se souvient-il, presque désabusé.

Roger Diouf, jeune journaliste, a également ressenti le même désappointement. Frais émoulu du lycée, il quitte Tilène (quartier de Ziguinchor), pour la première fois, à l’âge de 21 ans, pour poursuivre ses études à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, en 2011. « Etudier, admirer les merveilles et revenir narguer mes copains » ! Le plan était bien mijoté. « Mon enthousiasme m’a entraîné très loin avant que la réalité ne me fasse revenir sur terre. Je me suis alors calfeutré dans les études pour ne pas me morfondre dans ma désillusion. Plus que le dépaysement, c’est le contraste entre mon vécu et ce que mon imaginaire a créé qui m’a marqué », dit-il, narquois.

Pour d’autres, par contre, l’ancienne capitale de l’Afrique occidentale française (Aof) reste un mystère entier. On se laisse aller à des fantasmes pour oublier l’horizon embrumé du lointain patelin. C’estle cas de Djibril, jeune homme, un tantinet distrait, qui se dit « coincé » dans son Ngounta natal, bourgade sans relief de la commune de Kahène à la frontière avec la Gambie. « Je n’ai jamais mis les pieds à Dakar. Mon rêve, c’est d’avoir mon baccalauréat et de vivre cette ferveur que me donne à voir la télévision, même si j’éprouve de l’appréhension. Car, je n’ai qu’une vague idée de ce à quoi ressemble Dakar malgré les images de la télévision et ce qu’on m’en a gentiment dit », confie-t-il, la mine innocente, le Wolof approximatif.

Même pas de grain de sable…

Il y a aussi ceux que Dakar n’a jamais attirés comme le quadragénaire Yoro Djigo qui se plait dans son Thiambé natal (département de Ourossogui). « Du fait de ce qu’on m’a dit de Dakar, je n’ai pas envie d’y mettre les pieds. Ce que je vois à la télévision, dans les séries sénégalaises, me fait peur. Si je dois y aller un jour, ce sera vraiment pour un besoin bien précis. Je ne pense pas que ce soit un endroit idéal pour éduquer des enfants. Beaucoup de nos jeunes, qui sont partis à Dakar, sont revenus avec une autre mentalité aux antipodes de nos traditions », déplore-t-il. Dakar, la perverse ! A chacun ses préjugés sur l’espace partagé. Ceux de Faty Bâ, sexagénaire bien sur ses jambes, sont tenaces. La capitale sénégalaise, pour cette « Foutanké » enracinée (habitante du Fouta), évoque le malheur parce que « les femmes de notre localité n’y vont que pour se soigner à l’hôpital ». Elle espère ne jamais voir ce à quoi ressemble Dakar ! « Je n’ai jamais senti le besoin de venir à Dakar sauf quand j’entends dire que le climat y est agréable contrairement au Fouta où la chaleur est accablante », ironise-t-elle, sous le regard amusé de sa fille qui croit encore aux mirages de la gloire de la « mégalopole » sénégalaise malgré les semonces affectives de sa mère. « C’est juste une curiosité. Une fois qu’elle est assouvie, on démythifie », renchérit la bonne dame.

Demba n’en est pas convaincu. Dakar, c’est la terre de la réalisation sociale, celle qui lui permettra, un jour, à 37 ans, de ne plus passer tout son temps à « faire paître le troupeau ». Le berger a des rêves de grandeur et veut les réaliser à Dakar qui lui paraît si éloignée de Loboudou, village du Fouta qu’il n’a, jusqu’ici, quitté que pour aller vendre ses bêtes au marché hebdomadaire. « Le travail que je fais, ici, est pénible et ne m’emballe pas. C’est dommage que Dakar se trouve à des milliers de kilomètres d’ici mais je ne suis pas résigné », confie-t-il, l’œil terne, le regard perdu et la voix traînante. Le bonhomme ne sait pas qu’il y a des gens à Dakar qui l’envieraient, qui aimeraient tant constituer un tel troupeau et disposer d’un toit comme lui. Il a eu du mal à y croire ! Dans ce hameau, il n’y a pas encore la télévision pour lui raconter des tranches d’infortunes. Les douces illusions continuent de le séduire en attendant qu’il découvre son eldorado.

SOLEIL Alassane Aliou Fèré MBAYE.

Article Lu 1406 fois

Vendredi 12 Avril 2019




Nouveau commentaire :
Twitter

Actualités | Politique | Economie | Fait Divers | Société | People | Sport | Coin des femmes | Culture | International | Vidéo News | Buzz du monde | Bande dessinée | Dinama Nekh | Buur Guewel | Double vie | Ndiaye Dollar | Wiri Wiri | Le reve de Akis | Rirou tribunal | Revue de presse | Blagues





Copyright © 2007 - 2016 Xibar multimedia Tous droits réservés

DIRECTEUR DE PUBLICATION: Abdoulaye Sogue - Contact: Protect e-mail with only css

Xibar Multimedia - 2901 41st Ave, Long Island City, NY 11101, United State