Référence multimedia du sénégal
.
Google

RENDEZ-VOUS AVEC… PR CHEIKH NIANG, SOCIO-ANTROPOLOGUE A L’UCAD : « IL Y A UN ÉCHEC DANS LA PRÉPARATION PHYSIQUE DE LA FEMME »

Article Lu 1290 fois

Dans son bureau-bibliothèque au Brgm (Bureau des recherches géologiques et minières) de l’Ucad, le socio-anthropologue Cheikh Niang nous expose d’emblée 4 livres qui brossent le sujet des accouchements. En se fondant sur les auteurs et sur les travaux, le chercheur fait une analyse sans complaisance de la délivrance artificielle. La hausse de cette dernière est la résultante de l’échec de la préparation physique et physiologique de la femme à subir l’exercice initiatique.



RENDEZ-VOUS AVEC… PR CHEIKH NIANG, SOCIO-ANTROPOLOGUE A L’UCAD : « IL Y A UN ÉCHEC DANS LA PRÉPARATION PHYSIQUE DE LA FEMME »
Professeur, dans le cadre de vos recherches, vous vous êtes intéressés aux questions liées à la santé comme la maternité. Quelle analyse faites-vous de l’augmentation des accouchements par césarienne au Sénégal ?
Il y a d’abord le fait que ce n’est pas un accouchement naturel. Il n’est certainement pas sans conséquence sur le corps de la femme et sur son vécu d’une manière générale. Mais, pour comprendre le phénomène, il faut le contextualiser et voir par quel processus on est arrivé à cet état de fait. A l’échelle internationale, nous avons des taux d’acception complètement différents au Brésil, en Hollande, en Suède… Je pense qu’il y a un engouement, une tendance à accepter la césarienne du fait qu’il y a une préparation, des influences de la promotion et de sa médiatisation. Donc, il y a une sorte de conditionnement. Ensuite, l’image de la césarienne qui a été projetée est celle d’une pratique médicale pratiquement sans risque. On n’a pas suscité la vigilance, la suspicion sur la césarienne. En plus, il y a le fait qu’elle est réservée à une catégorie de la population considérée plus ou moins éduquée et privilégiée. Or si nous reposons le problème sur un autre angle, nous pouvons bien promouvoir l’accouchement par voie naturelle. Mais, cela suppose un suivi qui va bien au-delà de la grossesse.

Pouvez-vous être plus explicite sur le suivi qui va au-delà de la grossesse ?
Si nous regardons dans des cultures africaines, la préparation à l’accouchement commence dès l’enfance. Cette phase de préparation et ce processus de socialisation ne sont pas reconnus par les systèmes officiels. Qu’est-ce que cela veut dire ? Si nous regardons dans la littérature anthropologique, de façon spécifique l’anthropologie physique, l’accouchement est un produit social.

Des changements ont commencé à s’opérer dès le paléolithique. L’Homo sapiens a pris la posture debout. Il s’est posé un problème de délivrance. Cette posture debout de l’homme va être accompagnée de l’augmentation de la taille du cerveau alors que la place de l’utérus va changer. Ce processus n’est pas suivi par l’augmentation de la taille de l’utérus. L’augmentation du cerveau n’est pas accompagnée par l’élargissement de l’utérus. C’est pour cela que les femmes africaines ont travaillé depuis des millénaires à résoudre ce problème. Il fallait conditionner la femme, la préparer physiquement dès la naissance, développer certaines parties de son corps et travailler sur les techniques d’accouchement, notamment la posture accroupie. Lorsqu’on parle d’accouchement, on dit que l’enfant est tombé. C’est comme un fruit mûr qui tombe. Et il y a une personne qui vient le ramasser. Il est attiré vers le bas par l’attraction universelle. Il y avait une préparation physique et physiologique de la femme pour faciliter l’accouchement. C’est un long processus. Je peux aussi ajouter que durant la grossesse, l’un des défis, c’est le contrôle de la respiration. La femme va subir des pressions. Elle sera formée pour qu’elle puisse contrôler sa respiration par la pratique du puisage, le fait de piler. Les vieilles femmes ont réussi à cultiver les interdits alimentaires. La femme enceinte est tenue de ne pas prendre des aliments qui la font grossir et fait grossir le fœtus. En somme, il y a beaucoup d’exercices physiques auxquels elle était soumise et qui l’aidaient le jour de la délivrance. Mais, on a reproché au système traditionnel de surmener des femmes. Ces reproches sont formulés par le système dit moderne.

A travers cette analyse, on peut comprendre pourquoi la femme traditionnelle n’est pas encline à favoriser la césarienne. Parce que quelque part, la femme sort diminuée de l’accouchement artificiel. La césarienne, c’est aussi l’échec de la préparation physique et physiologique, de sa capacité à connaître son corps, à l’écouter, à faire des diètes alimentaires. Le phénomène ne doit pas être perçu comme un indicateur de performance, mais un échec de la préparation physique de la femme. C’est un échec de ce qu’on devait faire avant et pendant la grossesse. La césarienne devrait être la toute dernière opération à faire lorsqu’on n’a pas le choix, lorsqu’il faut sauver des vies. Elle ne doit pas servir à soustraire la femme des douleurs.

Pouvons-nous déduire que la construction de l’image de cette pratique médicale s’est faite au détriment de nos savoirs endogènes ?
D’une manière générale, la « modernité » est construite sur la base de la dévalorisation de nos savoirs traditionnels. On ridiculise les pratiques de préparation et les méthodes traditionnelles de délivrance des sociétés africaines. On considère ces organisations comme primitives. En fait, cela prolonge les rapports culturels politiques projetés dans des sciences médicales. Les sciences biomédicales ne sont pas neutres. Elles portent une charge coloniale. C’est précisément contre cela qu’il faut se réorganiser et montrer qu’il faudrait les améliorer du point de leur opérationnalisation, mais ils sont pertinents du point de vue des concepts. La « modernité » a été construite en dévalorisant notre héritage, notre savoir traditionnel et des héritages non européens. Nous avons un système qui évolue dans une société en crise en prenant le parti pris de ce qui domine. Ce n’est pas étonnant que l’Afrique reste le continent qui a le taux de mortalité le plus élevé au monde. Aujourd’hui tout doit être débattu et de manière approfondie.

Beaucoup de femmes accouchent par césarienne. Est-ce qu’il n’y a pas un effet de mimétisme ?
Les sociétés ne sont pas homogènes. Certaines femmes éduquées ont tendance à préférer la césarienne. Elles peuvent, dans une certaine mesure, influencer d’autres parce que dans une société, il y a souvent une quête de modèles. On veut souvent imiter les comportements auxquels on aspire. Cette influence peut être observée chez la catégorie intermédiaire, c’est-à-dire chez celles qui ont un niveau d’études moyen. Par contre, il est fort probable que plus le niveau d’instruction est élevé et moins elles vont accepter la césarienne. Les deux extrêmes vont se toucher.

Mais, cela ne suffit pas pour enclencher la manière de voir les choses.

SOLEIL Propos recueillis par I. SANE

Article Lu 1290 fois

Jeudi 12 Avril 2018




Nouveau commentaire :
Twitter

Actualités | Politique | Economie | Fait Divers | Société | People | Sport | Coin des femmes | Culture | International | Vidéo News | Buzz du monde | Bande dessinée | Dinama Nekh | Buur Guewel | Double vie | Ndiaye Dollar | Wiri Wiri | Le reve de Akis | Rirou tribunal | Revue de presse | Blagues





Copyright © 2007 - 2016 Xibar multimedia Tous droits réservés

DIRECTEUR DE PUBLICATION: Abdoulaye Sogue - Contact: Protect e-mail with only css

Xibar Multimedia - 2901 41st Ave, Long Island City, NY 11101, United State