Xibar.net - L'oeil critique du Sénégal


Référence multimedia du sénégal
.
Google

Ousmane Sonko : «Je n’accepterai pas qu’on me prive de mon indépendance politique»

Article Lu 11346 fois

Malgré des nuits éprouvantes en détention suite à une plainte contre lui pour viols répétés, Ousmane Sonko n’en démord pas. «Je n’accepterai pas qu’on me prive de mon indépendance politique», a-t-il dit, en résumé de sa première sortie médiatique après sa libération sous contrôle judiciaire



.

Il n’est pas prêt de se laisser domestiquer. Après 5 nuits en garde à vue à la Section de recherches de la gendarmerie de Colobane, Ousmane Sonko est apparu fatigué, mais plus que jamais décidé à ne pas se faire avaler par le rouleau compresseur de la justice. Le leader de Pastef-Les Patriotes l’a assez répété pour être entendu, il n’a pas confiance en la justice sénégalaise. En tout cas, pas assez pour abdiquer face aux conditions de sa libération sous contrôle judiciaire dans la plainte qui le vise pour viols répétés. Alors qu’il lui est, entre autres restrictions, interdit de parler à la presse et au public sur le dossier objet de son inculpation, Sonko a, lors de sa conférence de presse, posé ses conditions au procureur. «Ils t’interdisent d’en parler pour ensuite donner les procès-verbaux aux journalistes qui les exploitent. Que ça soit clair, si les juges en parlent, j’en parlerais», a-t-il prévenu sans ciller et devant l’approbation d’une centaine de militants venus le fêter. Le Patriote en chef a fait une petite démonstration de sa popularité en s’offrant un bain de foule, après sa prise de parole. Devant son QG sur la Vdn, une centaine de supporters venus l’écouter et l’acclamer, ont attendu plus d’une heure pour l’apercevoir et lui témoigner de leur soutien.
Plus tôt dans la journée, ces soutiens transformés en millier de manifestants, avaient investi la Place de la Nation de Colobane pour une marche démocratique. Enhardis par la présence annoncée d’Ousmane Sonko, ils ont attendu longtemps, drapés des couleurs nationales, avant que les forces de sécurité n’entrent en jeu pour les disperser. Censée être pacifique, la marche a fini par virer à l’affrontement entre la police qui a fait usage de gaz lacrymogène et les jeunes qui ont répliqué avec des pierres. Quelques blessés et actes de vandalisme et d’incendie ont été déplorés par la Croix rouge, présente sur les lieux. Informés de la sortie médiatique d’Ousmane Sonko, les militants ont fini par converger au QG. Une popularité sur laquelle joue le leader de l’opposition pour ne pas se laisser abattre dans le jeu politique. Alors que le pouvoir, assommé par des jours de soulèvement, a voulu faire dans l’apaisement, en «offrant» le contrôle judiciaire à l’accusé, ce dernier n’a pas voulu baisser sa garde. Même s’il a appelé au calme, l’ancien inspecteur sait que sa seule arme face au Président, reste sa capacité à cristalliser les frustrations de Sénégalais. Raison pour laquelle, il a proposé de maintenir les manifestations pacifiques, au moins une fois par semaine pour exiger de Macky Sall le respect d’un agenda élaboré par Pastef et ses alliés.
Avant de parler à la presse, Ousmane Sonko a fait une petite réunion privée avec ses alliés un étage en dessous pour harmoniser les positions. Après les remerciements d’usage pour le soutien inconditionnel, il a martelé son refus de transiger avec le pouvoir. Exit donc la possibilité d’une participation à un gouvernement d’union nationale. «La révolution est en marche, il faut juste l’encadrer et éviter de nous la faire voler comme c’est arrivé ailleurs», a-t-il dit en clin d’œil à ce qui s’est passé au Mali où la révolution civile a bénéficié aux militaires qui sont depuis à la tête du gouvernement de transition. Pour s’éviter un tel destin, le leader de Pastef et ses alliés sont d’avis que le Président Macky Sall termine son mandat et organise des élections libres et transparentes. L’une des sept exigences du calendrier devant encadrer la révolution. Outre les réparations et indemnités demandées pour les familles des défunts et les blessés, la libération des prisonniers politiques, l’enquête sur les milices armées, l’organisation des élections locales et législatives, Sonko a exigé de Macky Sall qu’il redonne leurs droits civiques à Khalifa Sall et Karim Wade et surtout qu’il dise clairement non à la question sur le troisième mandat. «On n’a pas besoin d’entendre son "ni oui ni non"», a-t-il raillé, en accusant le président de haute trahison dans ces manifestations qui ont coûté la vie à pas moins de 10 Sénégalais. Le soir même, le président de la République dans son adresse à la Nation a promis un accompagnement pour les familles. Un pas de plus vers la décrispation.


MOMAR THIAM, ANALYSTE POLITIQUE : «Sonko reste constant dans ses dénonciations et mieux encore, il est dans la prise d’initiatives»
«Ousmane Sonko a rétabli le discours politique d’opposition et le discours républicain. Il a eu deux postures : celle de quelqu’un qui est constant dans ses dénonciations, dans son engagement en tant qu’opposant contre la politique de Macky Sall. Il a été constant dans sa manière de dérouler son discours. C’est un discours de circonstances puisqu’il vient d’être inculpé et placé sous contrôle judiciaire. Et malgré cela, il reste constant dans ses dénonciations et mieux encore, il est dans la prise d’initiatives. En matière de communication, la prise d’initiative est le premier fondement d’une stratégie (...) Dès que cette affaire a été révélée dans la presse, il a fait face à la presse pour dérouler sa stratégie du complot et désigner son adversaire. Il a déplacé l’affaire de la sphère privée à celle politique. Et donc, il a engagé la bataille communicationnelle, puisque c’est la seule arme qu’il lui restait. A côté, il a désigné Macky Sall pour dire qu’il est l’instigateur du complot. Il a injecté dans l’esprit des gens qu’il y a un complot qui se tramait depuis un certain temps contre sa personne et là, c’est la matérialisation de ce complot qu’il a toujours dénoncé. Lui-même dans ses discours d’avant, il disait qu’on l’attaquerait sur tous les aspects, y compris celui des mœurs. Moi, j’ai eu à dire que s’il engage la bataille de la communication, s’il reste constant dans son argumentation, dans ses éléments de langage et qu’il ne sorte pas de cet itinéraire, il faudrait que le président de la République, le principal instigateur de ce complot, à tort ou à raison, à un moment donné, ne lui laisse pas le champ de la communication. Que le président devrait prendre l’initiative puisque c’est lui qui a les rênes du pouvoir, aujourd’hui, quelque part de mettre le coude sur certains dossiers, de ne pas laisser cette question s’envenimer. Parce que le temps de l’opposant n’est pas le temps de celui qui exerce le pouvoir. Le président devrait prendre l’initiative, au delà de se disculper, il devait se focaliser sur les questions fondamentales qui nous attendent, comme celle de réceptionner les vaccins, vu qu’on est en période de pandémie etc. Je pense que c’est cela qui devrait être sa priorité pour ne pas s’épancher sur des questions privées et, à la limite demander à ce que les ardeurs soient tempérées, c’est-à-dire, ramener les gens à la raison. Mais à partir du moment où on laisse à Ousmane Sonko un boulevard communicationnel sur cette question et que derrière, il prenne l’initiative, sur insistance de la Société civile, de certains hommes politiques, de religieux et qu’il aille répondre et que derrière cette réponse qu’il donne, on lui dresse un barrage pour lui dire on te choisit un itinéraire, on lui donne l’occasion de prendre une initiative de communication pour étoffer sa théorie du complot. C’est pour cela qu’il a permis aujourd’hui de capitaliser tout ce qui s’est qui s’est passé derrière, c’est-à-dire les manifestations (…) Les manifestants qui pour la plupart ont entre 15, 18, 25 ans ne connaissent que le régime de Macky Sall avec toutes les dénonciations qui pèsent sur sa tête. Ces jeunes, n’ayant pas de référentiels antérieurs, se braquent parce qu’ils deviennent des acteurs et non des réceptacles de la chose politique. Ils ne subissent plus et se font, par conséquent, leur propre opinion, qui est parfois désastreuse. Aujourd’hui, ce contexte-là est favorable à Ousmane Sonko qui devient le porte-voix de cette jeunesse, de cette opinion qui vit très mal cet enfermement consécutif aux mesures restrictives avec le Covid».


KHALIFA ABABACAR DIAGNE, PSYCHOLOGUE : «Ousmane Sonko s'est assis avec beaucoup d'assurance sur le trône du chef de l'opposition»
«Ousmane Sonko avait fait, dès le départ, le pari d'établir un rapport de force pour stopper la machine judiciaire. Vu le dénouement, en tout cas pour l'instant, de ce dossier, tout porte à croire que le rapport de force lui est favorable. C'est justement ce qui apparaît dans son comportement et dans son discours. On ne peut pas le lui reprocher et ce n'est pas de la prétention de sa part, mais plutôt de l'ambition. Parce qu'il sait avoir réussi ce qu'aucun leader de l'opposition n'a réussi jusque-là. Tenir tête au régime dans le cadre d'une affaire politico-judiciaire. Ainsi, en l'absence du second à la dernière élection présidentielle, désormais allié du pouvoir, et ragaillardi par les fortes manifestations qui ont suivi son arrestation, il s'est assis avec beaucoup d'assurance sur le trône du chef de l'opposition. D'autant plus que s'il reconnaît toujours le président Macky Sall comme détenteur de la légalité, il lui conteste, par contre, la légitimité. Certainement, c'est en vertu de cette légitimité que Monsieur Sonko, dans son discours, exige, donne des ordres et intente des poursuites.»

L'OBS AICHA FALL, NDEYE FATOU SECK

Article Lu 11346 fois

Mercredi 10 Mars 2021




Nouveau commentaire :
Twitter

Actualités | Politique | Economie | Fait Divers | Société | People | Sport | Coin des femmes | Culture | International | Vidéo News | Buzz du monde | Bande dessinée | Dinama Nekh | Buur Guewel | Double vie | Revue de presse | Blagues | Le miroir de l’entrepreneur





Copyright © 2007 - 2016 Xibar multimedia Tous droits réservés

DIRECTEUR DE PUBLICATION: Abdoulaye Sogue - Contact: Protect e-mail with only css

Xibar Multimedia - 2901 41st Ave, Long Island City, NY 11101, United State