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«Moi Serigne Mboup menotté pour m’empêcher de fuir!»

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Issu de l’école coranique, Serigne Mboup est aujourd’hui l’une des figures du patronat sénégalais. Interpellé sur ce qui s’est passé à l’école coranique de Ndiagne (Louga) où de jeunes apprenants ont été victimes de maltraitances, leur maître les enchainant avec des menottes artisanales pour les empêcher de fuguer, le boss de Ccbm a accepté de faire un entretien-témoignage avec L’Observateur sur la situation des daaras.



Vous êtes un ancien du daara aujourd’hui à la tête de plusieurs sociétés au Sénégal. Comment avez-vécu l’affaire des sévices infligés aux élèves du daara de Ndiagne ?

Ni l’Islam ni les lois de la République dans laquelle nous vivons ne cautionnent les sévices corporels. Je place ce qui s’est passé à Ndiagne dans le registre du comportement humain. Ce n’est pas qu’au daara qu’on assiste à ces comportements. On en enregistre même au sein des familles. Il arrive, et bien moins fréquemment dans les daaras, qu’un père ou mère de famille corrige au sang son fils ou sa fille, parce qu’il a refusé d’apprendre ses leçons ou est coupable d’autre chose de répréhensible. Donc, comprenons que c’est humain. Cette violence faite aux enfants n’est en rien liée au daara. Il est arrivé à l’école française qu’un maître se défoule avec une rare violence sur un élève. Il arrive que des journalistes s’emportent et usent de la violence, tout comme des policiers et des gendarmes. Même dans les marchés, les gens utilisent la violence. C’est un comportement humain qui n’est pas exclusivement constaté dans les daaras.

Mais enchainer de jeunes apprenants pour qu’ils ne fuguent pas, c’est quand même barbare ?

Moi-même qui vous parle, Il m’est arrivé au daara où j’ai fait mes humanités, d’être enchainé (Djingue, en Wolof), non par violence ou pour m’humilier, mais pour m’empêcher de fuir. Cela fait partie des coutumes de l’apprentissage du Coran dans les daaras au Sénégal qui, je l’avoue, est une pratique dépassée. Au risque de me répéter, la même chose se passait également à l’école française où des élèves se faisaient corriger avec la méthode des 4 grands ou de la prise par quatre. Cette violence s’exerce un peu partout, mais personne ne la cautionne. Maintenant, il ne faut en faire l’apanage du daara.

Pour vous, quelle est la solution ?

Ce que je vois comme solution, c’est la formation des maîtres coraniques. Nous savons tous qu’il n’est pas évident d’être un bon enseignant. Cela nécessite beaucoup d’aptitudes. Il faut avoir beaucoup de pédagogie pour pouvoir encadrer les enfants. Sinon, c’est bonjour les dégâts ! Tout ce à quoi on assiste, en termes de violence faite aux enfants, surtout aux écoliers, qu’ils soient du daara ou d’une autre école, est dû à ce défaut de formation pédagogique. Il est très difficile d’éduquer un enfant. Il faut du temps et beaucoup de patience. Malheureusement, certains maîtres s’énervent trop rapidement, et comme ils ne sont pas bien outillés pour gérer la situation, ils usent de la violence. Mais il ne faut pas non plus qu’on en arrive à ce que les maîtres ne corrigent plus les élèves. Ce serait dangereux. J’avais un ami, un vieillard, qui me disait Serigne : ‘’Il est certes mauvais d’enchainer des

enfants pour les empêcher de fuir, mais c’est à mes yeux, mieux que de les livrer à eux-mêmes. Si on ne les enchaine pas dans les daaras, la Police le fera plus tard.’’ Tous les jours des enfants jetés dans la rue finissent dans la délinquance, le banditisme. Allez dans les prisons, demandez aux détenus de vous raconter leur histoire, vous verrez.

Mais qui va financer la formation des maîtres coranique ?

C’est le rôle de l’Etat. C’est lui qui forme les enseignants de l’école française, il doit faire autant pour les maîtres coraniques. Cela peut se faire parce qu’il y a des daaras partout dans le monde, sous l’appellation de Madrassa où des enfants apprennent le Coran et les préceptes de l’Islam, sans être battus. Il y en a en Indonésie, en Arabie Saoudite etc. Pourquoi pas au Sénégal ? Mais si on laisse les daaras, aux maîtres coraniques, sans assistance aucune, ni sur le plan infrastructurel ni sur le plan pédagogique, on assistera à ce type d’incident. Au lieu d’intervenir à chaque fois, l’Etat doit anticiper, parce que les enfants des daaras sont des Sénégalais à part entière. Toutefois, rien ne justifie cette violence.

On a l’impression qu’au Sénégal, on attend toujours un drame comme celui de Ndiagne pour réagir sur la situation des daaras. L’histoire d’enfants enchaînés dans les daaras n’est pas nouvelle…

(Il enchaîne) Un enfant peut être enchainé dans un daara pour l’empêcher de fuir, mais que sa situation soit plus enviable que celle d’un autre qui a été jeté dans la rue, obligé de faire les poubelles pour manger. Allez au centre-ville dakarois, vous verrez des enfants de la rue qui s’adonnent à tout type de drogue. Certains en ont tellement sniffé qu’ils ne pourront plus vivre au delà de 15-20 ans. Leur espérance de vie a été drastiquement réduite par ces drogues et alcools qu’ils consomment. Mais apparemment, cela ne choque personne. Si l’école ne prend plus en charge ces enfants et si le daara ne veille plus convenablement sur leur éducation, nous allons vers des situations plus déplorables. L’Etat soutient certes les daaras, mais il doit le faire de manière beaucoup plus organisée. Moderniser les daaras ne doit se limiter à la seule construction de salles de classe, cela doit aussi concerner le mode de transmission du savoir, ce qui suppose l’acceptation d’un rigoureux code de conduite. Ainsi, l’Etat pourra sanctionner les daaras positivement comme négativement, selon le respect ou non du cahier de charge.

Vous parlez beaucoup de l’Etat et de ses devoirs, mais en tant que membres d’association d’anciens pensionnaires des daaras, que faites-vous pour améliorer la situation des daaras ?

Si on ne le faisait pas, vous entendrez chaque jour qu’un élève a été tué dans tel ou tel autre daara. Les choses ont changé parce qu’il y a un travail de sensibilisation de la part de personnes issues des daaras. Aujourd’hui, rares sont les élèves victimes de maltraitance. Avant, on n’en débattait pas. C’était presque normal. On s’en émeut aujourd’hui, parce que c’est une pratique dépassée, parce qu’il y a un certain confort dans les daaras qui fait que les enfants ne fuient presque plus.




Igfm

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Mercredi 27 Novembre 2019




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