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Léopold FAYE, nouveau consul du Sénégal à Paris : ‘J’ai trouvé 2 600 demandes de passeports non satisfaites’

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Le nouveau Consul général du Sénégal à Paris, Léopold Faye qui a remplacé Adama Sarr devenu ambassadeur du Sénégal au Qatar, a pris fonction depuis trois semaines. Sur son bureau, attendent 2 600 demandes de passeports non satisfaites. Une situation fort difficile étant donné l’importance de cette pièce pour les Sénégalais de l’extérieur. Mais Léopold Faye fonde un grand espoir sur l’opération coup de poing que le ministère de l’Intérieur a engagée dans ses services pour effacer cet énorme gap. Dans l’entretien qu’il nous a accordé, le nouveau Consul général est revenu sur l’organisation des élections législatives, la vétusté du Consulat et le douloureux problème des sans-papiers sénégalais.



Léopold FAYE, nouveau consul du Sénégal à Paris : ‘J’ai trouvé 2 600 demandes de passeports non satisfaites’
Wal Fadjri : Vous venez de prendre fonction. Quel est le dossier auquel vous vous êtes attaqué en premier ?
Léopold Faye : Je voudrais d’abord rendre grâce à Dieu pour ce poste que le président de la République a bien voulu me confier ainsi que le Premier ministre et le ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères. Je suis arrivé il y a environ trois semaines. J’ai pu prendre connaissance de l’ensemble des dossiers en instance de traitement au consulat. J’ai aussi rencontré chacun des agents, fonctionnaire ou recruté local qui travaille au consulat, pour prendre la mesure de la mission de chacun, les difficultés qu’il rencontre dans la mise en œuvre de cette mission, mais aussi les succès qu’il faut renforcer et élargir. Les dossiers qui nous paraissent les plus urgents et plus brûlants, c’est celui relatif aux élections législatives du 3 juin. Il m’a fallu l’aborder immédiatement compte tenu du fait que les procédures n’avaient pas encore été démarrées. J’ai dû, dès le lendemain de mon arrivée, convoquer l’ensemble des partis politiques à une réunion de prise de contact pour discuter de la nature des relations de travail que je souhaitais établir avec eux. Nous avons tenu également une deuxième réunion à laquelle ils ont répondu massivement. Nous avons pu convenir des méthodes de travail partenariales. Tout cela a été consigné dans un compte rendu que chacune des parties a paraphé. Dans le cadre du déroulement de la campagne électorale et des actes administratifs à poser, nous avons décidé de travailler de façon consensuelle. Tout cela a été fait sous la supervision de la délégation de la Cena en France. Cela nous a permis, quatre jours après mon arrivée, de lancer immédiatement la distribution des cartes électorales. Nous avons mis en place une commission administrative chargée de la gestion des élections dont sont membres les partis politiques, l’administration, la Cena. Cette commission a commencé à fonctionner depuis dix-huit jours. Nous avons aussi, au niveau du consulat, une commission permanente qui travaille les jours ouvrables. Pendant les week-ends, nous avons une commission itinérante qui essaie de s’approcher de plus près des Sénégalais pour leur permettre de retirer leurs cartes. Cette approche est intéressante parce que l’administration est responsable, mais elle est appuyée par la Cena qui en assure la supervision et les partis politiques participants aux élections, comme ceux qui n’y participent pas. Tous participent de la manière la plus responsable et la plus engagée à cette campagne de distribution des cartes. Ce qui fait qu’aujourd’hui, sur les 3 900 cartes non distribuées durant la campagne présidentielle, un peu plus de 1 000 ont été distribuées. Nous en profitons pour lancer un appel aux Sénégalais résidant en France de venir retirer leurs cartes pour pouvoir voter, mais aussi pour avoir la carte d’identité qui me semble être très utile pour l’expression de sa citoyenneté. Je leur demande de ne pas attendre le dernier jour afin d’éviter un engorgement le jour du vote. Nous allons continuer la distribution des cartes jusqu’au samedi 2 juin où nous allons faire un pointage général de l’opération. Le jour des élections, nous allons également installer une commission de distribution à l’intérieur du centre de vote qui est, pour Paris, la Plaine Saint-Denis. Nous aurons d’autres centres de vote à Lille, au Havre, à Toulouse. Au niveau de la préparation, les salles sont identifiées. Le ministère des Affaires étrangères, avec l’appui du ministère du Budget, nous a permis, à partir d’aujourd’hui (l’entretien a eu lieu le vendredi 25 mai 2007, Ndlr), de disposer de la caution qui nous permet de disposer de la salle de la Plaine de Saint-Denis qui est confortable et qui pourra contenir nos 20 000 électeurs. Il ne reste qu’un acte à prendre, c’est celui qui nomme les membres de bureau de vote. Mais je peux déjà dire que le travail est presque bouclé et l’acte devrait sortir au plus tard mercredi prochain (demain, Ndlr). Nous prévoyons de rassembler tous ces membres de bureau de vote pour une petite formation sur les méthodes de gestion d’un bureau de vote.

Wal Fadjri : Par rapport à l’organisation des élections, pourquoi les Sénégalais vont-ils voter à Saint-Denis alors qu’à la présidentielle, ils ont voté à Montreuil ?

Léopold Faye : Nous avons tiré le bilan des élections présidentielles. Nous avons constaté que si la salle de Montreuil était un espace très grand, il y avait quand même un manque de beaucoup d’éléments pour le confort des électeurs, mais également pour le confort des gestionnaires des élections. D’ailleurs, pour la présidentielle, c’était Saint-Denis qui était visé. Mais c’est à cause des difficultés, des contraintes d’ordre budgétaire que le centre de vote de Montreuil avait été choisi. Aujourd’hui, nous avons la Plaine Saint-Denis qui a été réclamée par l’ensemble des partis politiques que j’ai rencontrés. Ils m’ont dit que c’est le lieu où les Sénégalais ont toujours voté et où ils sont plus à l’aise. Je n’ai fait qu’entériner leur choix, mais j’ai pu aussi constater de moi-même que c’est un cadre tout à fait conforme à ce que nous souhaitions et que les équipements sont indispensables pour toute élection.

Wal Fadjri : Vous avez parlé de confort. Pouvez-vous expliquer un peu ?

Léopold Faye : Je dois dire que la salle est très grande. Nous en aurons deux : la grande salle Europe qui doit faire vingt-cinq bureaux de vote et une petite salle de dix bureaux de vote. Ce sont deux salles qui se côtoient. Mais nous avons également la possibilité d’aménager un espace de restauration et de repos pour les électeurs et les membres de la commission. Il est également prévu une salle très confortable pour la distribution des cartes. Cette salle est très aérée, climatisée et dispose de tout le matériel nécessaire. Il y a aussi deux salles de secrétariat prévues avec tout l’équipement : téléphone, fax, ordinateurs, matériel de reproduction, etc. C’est un matériel qui faisait défaut à Montreuil.

Wal Fadjri : Avez-vous reçu le matériel électoral ?

Léopold Faye : Nous l’attendons. Mais nous avons espoir que cela ne saura tarder parce que nous avons entendu le ministre de l’Intérieur dire que le matériel électoral a été trié et envoyé. Je pense, donc, qu’il doit être en route.

Wal Fadjri : Avez-vous rencontré les associations sénégalaises basées à Paris ?

Léopold Faye : Après les partis politiques, j’ai rencontré les associations à l’intérieur desquelles les Sénégalais s’activent pour apporter des réponses à leurs préoccupations ou mettre en place un dispositif de partenariat entre la France et le Sénégal, contribuer au développement des populations au niveau décentralisé. J’ai eu un dialogue franc et très ouvert avec eux. Je constate qu’il y a beaucoup de perspectives.

Wal Fadjri : Combien en existent-elles?

Léopold Faye : Nous en avons recensé à peu près 250. Vous comprendrez que je ne peux pas encore les profiler toutes. Mais il y a des associations à caractère économique et social qui établissent des liens de partenariat avec d’autres associations françaises, des institutions françaises notamment des mairies, des conseils régionaux pour élaborer des programmes de développement et d’appui au niveau de certaines localités au Sénégal. Ce sont des associations villageoises, communautaires, ethniques. Beaucoup de ces associations ont des programmes, en ont financé et continuent à rechercher des financements au profit des populations restées au village. C’est un groupe d’association assez important et qui doit être soutenu, parce que quand on regarde les réalisations dans la vallée du Sénégal, de Saint-Louis à Bakel, ou quand on voit les réalisations dans le Ndiambour, on constate que l’apport des immigrés est fondamental dans le développement du Sénégal. J’ai écouté, avant-hier à la télévision sénégalaise, le directeur des Sénégalais de l’extérieur dire que c’est trois cent milliards par an que les immigrés sénégalais faisaient entrer au Sénégal. Rien que cela mérite une grande attention vers eux. Le deuxième groupe d’association concerne les associations à caractère culturel et le troisième groupe, ce sont des associations à caractère religieux. Ce sont les dahiras. C’est vous dire qu’à Paris, il y a des mouvements organisés qui veulent exprimer leur culture, mais aussi veulent apporter leur concours au développement du pays. C’est encourageant. Cela fait que nous allons les accompagner du mieux que nous pouvons.

Wal Fadjri : Il y a le douloureux problème des passeports qui tarde à être résolu. Avez-vous fait le point à votre arrivée ?

Léopold Faye : Pour les passeports, j’ai trouvé une situation assez difficile, un reliquat extrêmement important de demandes de passeports qui n’a pas encore été satisfait. J’ai pu sensibiliser nos autorités qui ont répondu positivement. Je crois que la sortie du ministre de l’Intérieur, hier soir (jeudi 24 mai, Ndlr) à la télévision, a montré que des dispositions sont en train d’être prises parce qu’il y a des opérations coup de poing’ qui sont organisées pour effacer le gap et établir un rythme normal de fabrication de ce document essentiel pour les Sénégalais de l’extérieur. Nous allons également mettre en place un dispositif qui permet, une fois les cartes imprimées, qu’elles soient acheminées très rapidement sur Paris pour être distribuées, mais aussi un système qui permet d’acheminer très rapidement les demandes sur Dakar.

Wal Fadjri : Quel est le nombre de demandes de passeports qui attendent ?

Léopold Faye : Nous avons établi, à notre arrivée, le nombre de demandes qui n’a pas encore été satisfait. Il était autour de 2 600 demandes de passeports. Mais je vous ai dit qu’il y a une opération ‘coup de poing’ qui a été enclenchée. Je viens également de recevoir, il y a trois jours, 325 passeports. Et je vais bientôt en recevoir d’autres. Si vous vous rendez au bureau des passeports, vous constaterez que les gens commencent de plus en plus à exprimer leur satisfaction. Nous espérons donc sortir de cette situation très rapidement avec l’aide et le concours du ministre des Affaires étrangères et du ministre de l’Intérieur qui ont très bien compris les difficultés que vivent les Sénégalais de France. Mais ne je peux pas vous donner de date précise.

Wal Fadjri : Parlons de l’organisation du consulat. La plupart de nos compatriotes se plaignent du problème d’orientation dans les différents services. Pensez-vous améliorer cette situation ?

Léopold Faye : J’ai trouvé le consulat dans un état que je considère vétuste. Je sais que beaucoup d’efforts ont été déjà faits par le gouvernement. Mais je sais que le gouvernement nous appuiera pour rendre le consulat à l’image de ce que nous souhaitons pour le Sénégal. Nous avons entrepris des démarches et nous faisons tout pour bien nettoyer et rendre accueillant le cadre dans lequel évoluent les Sénégalais parce que le consulat est la première image du Sénégal. L’étranger ou le Sénégalais qui entre en regardant le consulat, peut se faire une idée de ce qu’est notre pays. C’est la raison pour laquelle nous ferons tout à notre niveau pour bien entretenir, mais également nous sensibiliserons nos autorités pour qu’elles nous donnent les moyens de le réhabiliter et le rendre encore plus digne de notre pays. Cela étant dit, nous avons au niveau du consulat un certain nombre de secteurs d’activités. Vous avez d’abord tout ce qui concerne l’immatriculation des Sénégalais. C’est un secteur très important parce que tout Sénégalais qui vit ici, doit pouvoir être recensé et avoir sa carte consulaire pour pouvoir bénéficier de l’ensemble des services qu’offre le consulat. C’est un service que les Sénégalais doivent connaître. Deuxièmement, il y a le service de l’état civil. Je suis un officier de l’état civil. C’est moi qui célèbre les mariages. Toutes les pièces de l’état civil (bulletin de naissance, extrait de naissance, certificats de décès et de mariage, permis de transport des personnes décédées, etc.) sont traitées par ce bureau de l’état civil. Vous avez le secteur des passeports et des saufs-conduits. Il y a le secteur de l’assistance et de l’aide sociale. Il y a malheureusement des Sénégalais qui sont dans des situations difficiles, soit du point de vue de leur situation sociale, soit du point de vue de leur état psychique et mental. Ce service essaie d’accompagner ce genre de concitoyens en position difficile en leur apportant l’appui administratif, et, quelquefois, l’appui matériel et financier, l’encadrement auprès des autorités judiciaires, mais également auprès des autorités policières de France pour qu’ils puissent être traités avec dignité et respect. Il y a aussi la gestion ordinaire des activités administratives et budgétaires pour permettre le bon fonctionnement du consulat. Cela se fait avec des gestionnaires comptables basés à l’ambassade du Sénégal à Paris. Mais nous avons sur place un gestionnaire qui travaille en collaboration avec eux. Bien évidemment, nous avons fait des affiches, les Sénégalais ne les lisent pas. Ce qu’il nous faut, c’est un peu plus de personnel pour nous permettre d’avoir à l’accueil deux à trois personnes pour assurer la sécurité d’une part, mais informer et orienter les Sénégalais, d’autre part, vers les services appropriés. Nous avons fait les propositions qu’il faut aux autorités concernées. En attendant, nous nous sommes organisés pour que les Sénégalais n’aient pas de grandes difficultés à se trouver dans le consulat.

Wal Fadjri : Quel est le nombre de sans-papiers sénégalais à Paris ?

Léopold Faye : Je ne saurais vous le dire. Ce sont des personnes qu’on ne voit pas toujours, même si je vois leurs délégués. Vous savez bien qu’ils ne prendraient pas le risque de se promener ici. Ils sont quand même là, mais je ne peux pas dire s’ils sont nombreux ou pas. Je n’en connais pas l’effectif. Mais je sais que nous avons, au niveau du consulat, rencontré une délégation des sans-papiers.

Wal Fadjri : Ces sans-papiers se plaignent souvent de la délivrance de laisser passer qui facilitent leur expulsion du territoire français. Ils accusent le consulat de complaisance. Qu'en est-il ?

Léopold Faye : D’abord, c’est mal jugé le consulat parce qu'il est ici dans le cadre d’une convention juridique qui lie le Sénégal à la France. Le consulat ne peut pas sortir de ce cadre juridique. Cette convention juridique a mis en place un dispositif légal et réglementaire qui dit ce qui va être fait dans nos rapports et dans la gestion de nos concitoyens. Il faut que les sans-papiers comprennent que pour venir dans ce pays, il faut venir dans des conditions légales. Et quand on vient dans des conditions illégales, il est évident que nous aurons des difficultés pour certaines situations. Cela ne veut pas dire qu’on les abandonne. Nous ferons tout pour les accompagner. Il n’a jamais été question pour nous de les délaisser. Nous suivons les procédures de la manière la plus rigoureuse pour que leurs droits soient respectés, leur dignité soit respectée. Je ne pense pas qu’il y ait des Sénégalais qui puissent dire que cela n’a pas été fait. Mais il reste que nous ne sommes pas maître de la situation lorsque la police fait des rondes et arrête des gens. Nous traitons chaque dossier de la manière la plus rigoureuse. Je peux même vous dire que les autorités françaises se plaignent quelquefois de la lenteur des procédures, surtout en ce qui concerne la reconduite aux frontières. C’est faire un mauvais procès au consulat que de l’accuser ainsi.

Propos recueillis par Moustapha BARRY (Correspondant permanent à Paris)
Source: Walfadji

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Mercredi 30 Mai 2007

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