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Le booty shake pour toutes ! Ou comment bouger ses fesses peut être émancipateur

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Vous connaissez sans doute le twerk et le booty shake, mais avez-vous déjà entendu parler de la booty therapy ? Ce concept, créé par la danseuse Maïmouna Coulibaly, consiste à bouger ses fesses pour assumer sa féminité.



#féminité #sensualité #sexualité

Je suis une femme "à fesses" plus qu’une femme "à seins". Entendez par là que j’ai un cul, un vrai, mais des seins assez discrets. Évidemment que depuis que je suis ado, je séduis par mon intelligence, mon esprit, mon humour, et ma modestie – qu’est-ce que vous croyez –, mais quand on en vient à la question des "atouts physiques", question non négligeable dans le jeu de la séduction, féminin et masculin, j’ai toujours misé sur une mise en valeur de la partie inférieure de mon anatomie (aka mon cul).

Donc quand la tendance du twerk et du booty shake a débarqué chez nos amis anglo-saxons, puis en Europe, dans la culture pop, je l’ai accueillie sans sourciller. Nicki Minaj dans son clip "Anaconda", Miley Cyrus sur la scène des "MTV Video Music Awards 2013", ou Rihanna dans son clip "Pour it up" ont été critiquées, notamment par certaines féministes américaines, parce qu’elles véhiculeraient une image "hypersexualisée" de la femme.

Quand la pop glorifie les fesses rondes

Personnellement je n’aime pas leur musique, mais je pense que l’espace scénique est un espace libre, et elles ont le droit de faire ce qu’elles veulent, même celui d’être hypersexuelles. Ça n’en fait pas des porte-paroles féministes, et certes elles vendent des disques en mettant en avant leurs fesses plus que leur voix ou leur esprit, mais on ne demande pas aux chanteurs de pop ou de R’n’B, eux, de nous citer du Schopenhauer dans leurs clips.



S’ils sont moins dénudés que leur alter-égos féminins, c’est que la nudité masculine n’est pas – encore – dans notre société, héritière de valeurs patriarcales, un argument de vente. Si un jour ça devient le cas, je pense qu’on aura plein de petits Jay-Z en slip sur scène.



N’oublions pas aussi que Madonna qui faisait semblant de se masturber, Prince qui est arrivé en porte-jarretelles sur la scène Palace dans les années 90, ou Mick Jagger qui se touchait le paquet toutes les deux chansons, ont aussi choqué.



La pop des années 2010 semble donc glorifier les fesses rondes, alors que celle des années 90 vouait un culte aux gros seins (remember Samantha Fox, qui elle faisait du "boobs shake"). Ce pas n’est pour autant que tout le monde twerke sur les dance-floors. Comme l’explique le sociologue Jean-Claude Kaufmann, auteur de "La guerre des fesses" (éditions Lattès, 2013), sur le site Francetvinfo :



"Dans la tradition occidentale, chrétienne, les femmes ne sont pas à l'aise du tout avec les fesses. Dans l'histoire, c'est une partie du corps méprisée, cachée, qui revêt un érotisme vu comme transgressif."



La booty therapy pour se sentir bien dans son corps



Quand une amie performeuse new burlesque, Lady Pantalone, me parle des stages de booty therapy de Maïmouna Coulibaly, je tends l’oreille.



Danseuse, chorégraphe comédienne et metteur en scène, Maïmouna se bat depuis presque vingt ans pour diffuser des danses comme le ragga dancehall, le coupé-décalé, le kuduro, le twerk, le booty shake, le n’dombolo, et autres danses afro-urbaines basées sur les mouvements de bassin et de fesses.



"En ce moment, elle est assez énervée par les clips des chanteuses comme Jennifer Lopez et par l'image qu’on a du twerk, m’explique Lady Pantalone. Elle a développé ce concept de booty therapy pour aider les femmes, à travers ces danses, à se sentir bien dans leur corps, à libérer leurs émotions. Et franchement ça marche, si tu veux, viens à son stage dimanche, c'est magique !"

Le seul truc qui me fait hésiter, petite snob que je suis, qui n’écoute pratiquement que du rock, c’est le fait que les musiques inspirant ces danses ne sont pas vraiment ma tasse de thé.



Mais bon, Mastodon, le groupe de sludge métal, vient de sortir un clip, The Motherload, dans lequel des femmes font une super battle de booty shake (à partir de 2min40). Avec en arrière plan des musiciens chevelus, barbus, et tatoués. Donc le mélange des genres est possible. Je peux apprendre à twerker et ensuite le faire sur le dernier album des Black Strobe, par exemple.



Bouger nos fesses pour assumer notre féminité



En arrivant dans la salle de danse, je ne fais pas la maligne. Je suis un peu une traumatisée des cours de danse. D’une part car je suis nulle en coordination bras-jambe, et d’autre part car un jour, à 7 ans, j’ai voulu faire de la danse classique.



Ma mère m’avait acheté le tutu, les collants, la totale, j’étais à donf. Mais la prof nous a fait courir dans la pièce en faisant "les oiseaux" pendant trente minutes. J’ai trouvé ça super cul-cul, mais soit. À la fin, la prof est venue me voir : "C’est bien, tu fais bien l’oiseau, mais il ne faut pas te cambrer comme ça, Camille". Je ne suis jamais revenue et le tutu s’est retrouvé dans un carton au grenier.



Ce dimanche midi, dans cette salle du Marais, il y a une trentaine de femmes de 20 à 60 ans. Pas de tutu, mais des leggings de couleur. Blanches, noires, métisses, grandes, petites, maigres, minces, rondes, elles ont toutes le sourire. Car en face de nous, dès la première minute, Maïmouna nous communique son énergie.



"On va apprendre à bouger nos fesses pour assumer notre féminité", dit-elle, avant de remarquer qu’il y a un homme dans la pièce. "Oui, et bien tu peux aussi assumer ta part de féminité !", ajoute-elle en riant. L’autre objectif de l’après midi :



"Dégager toutes nos énergies négatives, qui restent souvent bloquées au niveau du bassin."



L’objectif n’est pas forcément d’être sexy



On commence par le n’dombolo, une danse urbaine d’origine congolaise. On enchaîne mouvements sensuels et mouvements saccadés. Après avoir appris les rudiments d’une chorégraphie, Maïmouna sépare les stagiaires en deux groupes : pendant que l’un danse, l’autre doit applaudir et crier, à tout de rôle. Les quinze filles que j’encourage deviennent mon propre miroir, et ce que je vois est drôle, et sexy.



Ce n’est pas fini, on passe au mapouka, au départ danse traditionnelle de Côte D’Ivoire, qui était performée dans les églises évangélistes, puis qui a été reprise dans le porno. "Je me bats pour lui redonner des lettres de noblesse", nous dit Maïmouna.



Twerker debout, genoux pliés, ok, ça va, je gère. Le faire les genoux à terre et écartés, face contre sol, ou encore pire, en chandelle, c’est une autre paire de manche.



L’objectif n’est pas forcément d’être sexy, mais de s’approprier sa façon à soi de booty shaker. À part au lit avec mon amoureux, et encore, à quels moments dans ma vie est-ce que je peux effectuer ces mouvements, qui ne sont pas "ladylike" ? Jamais. J’ai l’impression que mon corps me dit : "Trop cool, je peux bouger comme je veux, merci meuf !"



Des femmes qui se libèrent, se transforment



Trois personnes, dont le mec, s’arrêtent quelques instants, pour reprendre leur souffle.



"Il a le droit, je l’ai vu, il a tout essayé, dit Maïmouna, toujours souriante. Les mecs qui viennent juste pour mater, je les remarque, et ils partent au bout de dix minutes. Voir autant de filles s’assumer, ça leur fait peur !"



Prochaine étape : toutes à quatre pattes, sur la musique de "Walk it like a dog". Pendant une demi-seconde, j’ai peur du ridicule, mais en fait, sachez-le, c’est super de marcher et de twerker dans cette position. J’ai l’impression d’être Iggy Pop sur scène. À moi les groupies !



Plus tard, Maïmouna me confiera que sa fierté, c’est de voir arriver des femmes à ses cours, au départ pas sûres d'elles, le dos voûté, le bassin rentré, la tête baissée, et, qui, à force de gigoter au niveau du bassin, se libèrent, se transforment. Elles se sentent plus fortes, plus assurées. Dans les cours, mais aussi ailleurs, dans leur vie personnelle et professionnelle. C’est pour ça qu’elle a appelé ça la booty therapy.



Est-ce qu’elle considère que sa démarche est féministe ?



"Non, je ne crois pas. Enfin si être féministe, c'est aider les femmes à être plus fortes, alors je le suis."

Le dernier clip de Jennifer Lopez : "il n'a rien d'artistique"

"Tiens-toi droite" et "rentre ton ventre", ai-je entendu toute ma jeunesse. "Cache tes rondeurs", ont entendu d’autres femmes. Ici on nous dit de faire l’inverse, de faire ce qui n’est pas convenable. De libérer, en dehors de la sphère intime, notre bassin et nos fesses.



C’est toute l’ambiguïté et la complexité du "débat" sur le twerk : parce que des femmes font des mouvements suggestifs, qui rappellent les chorégraphies sexuelles, on réduit leur démarche à un "appel au sexe".



Ça peut tout à fait être le cas, et il serait hypocrite de dire que ces danses ne sont pas sexy et séductrices, mais comme il y a mille raisons de se balader en mini-jupe dans la rue, il y a mille raisons de booty shaker dans une salle de danse ou sur un dance floor. Tout n’est pas fait dans la vie pour "exciter le mâle". Le dernier clip de Jennifer Lopez, "Booty", avec Iggy Azalea, agace profondément Maïmouna.



"Elle ne danse pas vraiment, elle ne fait que prendre des poses lascives. Il n’y a rien d’artistique, et rien qui se dégage derrière, aucune force et aucun humour, dit-elle, énervée. Elle est juste là à dire 'regardez-moi'. Elle donne une mauvaise image de ces danses. On oublie aussi que dans plusieurs pays, les femmes – et les hommes – réalisent des danses traditionnelles liées au bassin, que ce soit pour des cérémonies, des rites ou célébrations. On peut trouver des mamans de 40 ou 50 ans qui dansent avec les fesses, devant leurs enfants, leurs maris et d'autres personnes sans qu'il n'y ait quoique ce soit de vulgaire."

Je suis sortie la tête haute et le fessier fier



Au bout de deux heures, sur une musique endiablée, dans la position que j’appellerais du "crapaud" : au sol, les genoux écartés, les fesses en l’air et le visage près du parquet, j’arrive – enfin – à bouger correctement mon bassin.



Mon amie Lady Pantalone, à mes côtés, me lance un clin d’œil. Elle me confiera, à la fin du cours, qu’elle retrouve dans le discours de Maïmouna ce qui l’a séduit dans les cours d’effeuillage new burlesque : l'affirmation de soi, et l'acceptation et la valorisation de son corps tel qu'il est.



"Je fais aussi des liens entre le discours de Maïmouna et celui de Louis(e) de Ville, avec qui tu as travaillé, qui anime elle des ateliers Drag King (ateliers pendant lesquels des femmes apprennent à se transformer en personnages masculins- NDLR). Louis(e) nous fait prendre conscience que les femmes ont tendance à serrer, croiser les jambes, à s'effacer, etc. dans l'espace public et dans le métro notamment. Maïmouna, elle, nous fait réaliser que les femmes sont incitées socialement à cacher leurs formes, à rentrer les fesses et le ventre... Toutes les deux nous font travailler sur la présence et sur l'autorité, chacune à leur manière."



La dernière étape de ce stage, c’est de danser, seule, au milieu de toutes les autres femmes, en musique. L’esprit de bienveillance et de solidarité, présent depuis le début entre les femmes, perdure. Tout le monde applaudit, crie, rit, et se lâche. Chacune, avec sa propre danse et son propre niveau, nous offre son énergie, communicatrice.



En ce qui concerne ma performance, je ne ferai pas de commentaires, et houra, il n’y a pas de vidéo. Mais je vais revenir faire des stages : je suis arrivée fatiguée et le moral dans les chaussettes, je suis sortie la tête haute et le fessier fier. Libérez les tétons, écrivais-je dans un précédent article. Libérons aussi nos fesses, rajouterai-je désormais.














Nouvelobs

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Samedi 14 Décembre 2019




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