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La pandémie met à genou les travailleurs du sexe

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Chro­nique rédi­gée par Gabriella Santini – Contri­bu­trice

Comme de nombreux autres secteurs, l’in­dus­trie du sexe a été parti­cu­liè­re­ment impac­tée par la pandé­mie. Plusieurs de ces travailleur.euse.s ont dû se tour­ner vers les médias sociaux payants pour offrir leurs services en ligne et gagner leur vie. Entre exploi­ta­tion, crimi­na­li­sa­tion et stig­ma­ti­sa­tion ; cette version virtuelle n’est pas exemp­tée d’iné­ga­li­tés sociales.

Au lende­main de l’an­nonce d’un confi­ne­ment de l’On­ta­rio en mai dernier, les bars à danseur.euse.s ont été parmi les premiers établis­se­ments à complè­te­ment fermer. Malgré la réou­ver­ture progres­sive des services en personne, la peur de rame­ner le virus à la maison a conduit de nombreux.euses client.e.s à restreindre leurs bulles sociales, entraî­nant ainsi des pertes de reve­nus énormes et soudaines des entre­prises pour adultes.

Jade*, danseuse exotique dans la région d’Ot­tawa, explique que les travailleur.euse.s du sexe n’étant pas sûr.e.s de leur admis­si­bi­lité aux aides gouver­ne­men­tales comme la Pres­ta­tion cana­dienne d’ur­gence (PCU), ils.elles ont dû s’adap­ter. Elle ajoute que beau­coup se sont alors tourné.e.s vers le travail en ligne.

De nombreux sites de webcam pour adultes ont été soudai­ne­ment inon­dés de nouveaux membres, notam­ment Only­fans. Depuis le début de la pandé­mie, la compa­gnie britan­nique a enre­gis­tré 200 000 nouveaux utili­sa­teur.rice.s et 7000 nouveaux.elles créa­teur.rice.s de conte­nus chaque jour.

Profes­sion exigeante …

Gagner un revenu stable sur une plate­forme virtuelle implique beau­coup de travail, surtout en partant de zéro, déclare Elisa*, travailleuse du sexe À Ottawa. Membre d’On­ly­fans depuis mars dernier, elle affirme qu’il s’agit d’un effort constant. Contrai­re­ment au travail du sexe en personne, elle affirme ne pas pouvoir prendre de repos, car l’inac­ti­vité entraîne une perte d’in­té­rêt auprès des abonné.e.s entraî­nant une baisse signi­fi­ca­tive de ses reve­nus. « Les créa­teur.rice.s doivent être cohé­rent.e.s et rester perti­nent.e.s. Nous essayons toujours de trou­ver la prochaine meilleure idée, car la concur­rence est élevée », ajoute-t-elle.

En plus, ce travail diffi­cile n’est pas bien rému­néré. Les produc­teur.rice.s de contenu érotique sont entiè­re­ment dépendent.e.s des ache­teur.euse.s, car il.elle.s sont sala­rié.e.s à la commis­sion. Ils.Elles doivent aussi payer des frais d’uti­li­sa­tion géné­reux aux plate­formes. Only­fans, par exemple, conserve des frais de 20 %, et d’autres sites tels que Chatur­bate et Strea­mate prennent plus de 40 %.

L’ar­ri­vée de nombreux.euses amateur.rice.s et célé­bri­tés sur la plate­forme a rendu, selon Jade, le site encore plus compé­ti­tif qu’il ne l’était déjà. Bien qu’On­ly­fans refuse de faire de la publi­cité pour les créa­teur.rice.s de contenu expli­cite, l’en­tre­prise n’hé­site pas à faire la promo­tion des célé­bri­tés sur sa page Insta­gram. L‘ancienne star de Disney Chan­nel, Bella Thorne, membre depuis août dernier, a dépassé en 24 heures le seuil du million de dollars. Elle a utilisé sa popu­la­rité pour arnaquer ses fans, en factu­rant 200 $ pour une image promet­tant faus­se­ment de la nudité aux ache­teur.euse.s. L’uti­li­sa­tion abusive de la plate­forme de la part de Thorne n’a fait qu’a­li­men­ter le stéréo­type selon lequel les travailleur.euse.s du sexe sont des escrocs.

Mais ce qui a parti­cu­liè­re­ment irrité les créa­teur.rice.s d’On­ly­fans comme Jade et Elisa, c’est la façon dont Thorne a provoqué une vague de rétro­fac­tu­ra­tions. Les utili­sa­teur.rice.s ont voulu récu­pé­rer leur argent après l’in­ci­dent, condui­sant Only­fans à modi­fier ses condi­tions géné­rales. L’en­tre­prise a ainsi réduit le montant que les créa­teur.rice.s peuvent factu­rer pour leur contenu, et a « allongé le délai de paie­ment de 23 jours dans quatorze pays où le risque de fraude est jugé le plus élevé ».

Malgré cet usage impropre de la plate­forme, Thorne n’a reçu aucune sanc­tion de la part d’On­ly­fans, tandis que plusieur.e.s autres créa­teur.rice.s de contenu expli­cite n’ayant pas les mêmes privi­lèges, se font répri­man­der sans expli­ca­tion ou aver­tis­se­ment. Cela en dit beau­coup sur la manière dont le travail du sexe est perçu.

… mais crimi­na­li­sée …

Le travail du sexe virtuel, c’est donc un effort constant, non seule­ment dans la créa­tion de contenu mais égale­ment en termes de marke­ting, d’image de marque, de réseau­tage, et de comp­ta­bi­lité. Pour­tant, ces travailleur.euse.s doivent constam­ment faire face aux consé­quences sociales et juri­diques de leur acti­vité.

Le fait de gérer son acti­vité en ligne demande de se dévoi­ler publique­ment, et peut expo­ser les pratiquant.e.s à un risque de menaces et d’ex­tor­sion. Et puisque ce travail est crimi­na­lisé au Canada, il n’y a aucune protec­tion légale pour les victimes.

Aux États-Unis, des lois telles que la Fight Online Sex Traf­fi­cking Act (FOSTA) ou la loi Stop Enabling Sex Traf­fi­ckers Act, signées par Donald Trump en 2018, rendent la publi­cité de services sexuels en ligne plus diffi­cile pour les travailleur.euse.s du sexe. Ces lois visent à empê­cher l’ex­ploi­ta­tion sexuelle, en rendant notam­ment les sites inter­net respon­sables des publi­ci­tés de pros­ti­tu­tion de tierces parties sur leur plate­forme.

Ce qui est problé­ma­tique, c’est que de telles lois confondent le travail sexuel consen­suel avec la traite des êtres humains. Selon Free­dom Network USA, une agence de défense de la traite de personnes, « FOSTA étend la crimi­na­li­sa­tion aux travailleur.euse.s de sexe commer­ciaux et consen­suels sous prétexte de lutter contre le trafic sexuel. »

Et ces problèmes n’existent pas seule­ment de l’autre côté de la fron­tière. Les travailleur.euse.s du sexe cana­dien.ne.s ressentent égale­ment les effets de ces lois, puisqu’ils.elles utilisent des plate­formes améri­caines pour annon­cer leurs services. Les moda­li­tés d’uti­li­sa­tion d’On­ly­fans sont donc aussi large­ment influen­cées par de telles mesures. Puisque les escortes sont banni.e.s de la plate­forme, les travailleur.se.s du sexe ne peuvent ni annon­cer des rencontres en personne, ni vendre du contenu fétiche, sous peine d’être exclu.e.s du site, perdant à la fois leurs abonné.e.s et leurs fonds.

Il faut faire une distinc­tion claire entre le travail du sexe non consen­suel, c’est-à-dire la traite de personne, et le travail du sexe consen­suel. Ainsi, ces travailleur.euse.s auraient plus de liberté à utili­ser les médias sociaux sans risquer la confis­ca­tion de leur profils et sources de reve­nus.

… et sans cesse stig­ma­ti­sée

Le travail du sexe est non seule­ment crimi­nel, mais est égale­ment stig­ma­tisé socia­le­ment. Il est géné­ra­le­ment perçu comme une profes­sion honteuse, affec­tant direc­te­ment les condi­tions de vie de celles et ceux qui la pratiquent. « Nous devons abolir les stéréo­types selon lesquels les travailleur.euse.s du sexe sont des escrocs ou des oppor­tu­nistes essayant de gagner de l’argent facile dans les médias […]. Le travail du sexe est un travail. Décri­mi­na­li­sez-le ! », s’ex­clame Elisa. Jade la rejoint en souli­gnant que les injus­tices auxquelles ces profes­sio­nel.le.s font face s’ex­pliquent non seule­ment en termes de discri­mi­na­tion et de stig­ma­ti­sa­tion, mais aussi dans la déci­sion de fermer les bars à danseur.euse.s.

La COVID-19 n’a, en rien, arrangé les stig­ma­ti­sa­tions auxquelles font face les travailleur.euse.s du sexe. Selon une danseuse de Toronto citée dans un article de CTV, les ferme­tures renforcent « l’idée que les travailleur.euse.s du sexe sont des vecteurs de mala­dies ». Alors que les mois les plus froids de l’an­née approchent, et en pleine deuxième vague de pandé­mie, les travailleur.euse.s du sexe se préparent donc à navi­guer l’in­cer­ti­tude.

« Nous faisons de notre mieux pour survivre, comme tout le monde ! […] Les travailleur.euse.s du sexe sont rési­lient.e.s. Nous sommes habi­tué.e.s à trou­ver des moyens de contour­ner les poli­tiques discri­mi­na­toires et de créer un espace pour nous-même. Mais ce qui me faci­li­te­rait la vie, c’est la déstig­ma­ti­sa­tion et la dépé­na­li­sa­tion du travail du sexe », s’ex­clame Elisa.

Les efforts de déstig­ma­ti­sa­tion et de décri­mi­na­li­sa­tion ne doivent pas se limi­ter au commerce du sexe en ligne ; ces problèmes sont présents au-delà des écrans d’or­di­na­teur. Le travail du sexe est un travail comme les autres, et devrait être perçu comme tel. Chacun.e de ces travailleur.euse.s devrait, virtuel­le­ment ou en personne, béné­fi­cier des mêmes droits et avan­tages sociaux que n’im­porte quel.le autre travailleu.euse.

* Les prénoms des inter­ve­nantes ont été modi­fiés afin de préser­ver leur anony­mat.

larotonde.ca

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Samedi 5 Décembre 2020




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