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LISE FILIATRAULT, AMBASSADEUR DU CANADA : «Je suis fascinée par la créativité des Sénégalais»

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L’ambassadeur du Canada au Sénégal, Mme Lise Filiatrault, a fini sa mission au Sénégal. Accordant un entretien au «Soleil» avant son départ, elle dit être fascinée par l’art et la culture de son pays d’accueil, par la créativité des Sénégalais. Elle est tout aussi heureuse de la coopération entre les deux pays qu’elle estime féconde par son efficience. La diplomate livre également son opinion sur diverses questions comme la sécurité, l’exploitation du gaz et du pétrole et les initiatives rassurantes du Sénégal, entreprises dans ce domaine…



LISE FILIATRAULT, AMBASSADEUR DU CANADA : «Je suis fascinée par la créativité des Sénégalais»

Propos recueillis par Aly DIOUF et Oumar NDIAYE (photo : Moussa SOW)

Mme l’ambassadeur, vous êtes en fin de mission au Sénégal. Comment appréciez-vous l’état de la coopération entre le Canada et le Sénégal ?

Quand on évoque la coopération entre nos deux pays, on parle souvent du Centre d’études des sciences et techniques de l’information (Cesti) et l’Ecole polytechnique de Thiès. Ces deux institutions sont maintenant complètement sénégalaises et fonctionnent très bien. Elles ont une excellente réputation. J’étais ravie quand je suis allée au lancement du Master de l’Institut national de pétrole et du gaz (Inpg) avec 22 étudiants dont cinq filles pour la première cohorte. La plupart viennent de l’Ecole polytechnique de Thiès. C’est une fierté. En fait, notre programme de coopération cherche d’abord à répondre aux besoins du Sénégal et à les satisfaire. Ensuite, on s’est orienté vers l’enseignement primaire, car il y avait un besoin d’augmenter et d’améliorer la qualité de l’éducation. On a beaucoup travaillé dans ce domaine. Par exemple, on a fourni plus de 5 millions de manuels scolaires – ce qui était une nécessité -, formé une industrie de l’édition, des enseignants, etc. Aujourd’hui, il y a un grand besoin en formation professionnelle et technique pour l’emploi des jeunes. Encore une fois, on s’est aligné sur cette priorité.
De nombreuses universités canadiennes ont noué des partenariats avec leurs homologues sénégalais. Il y a des liens qui se font, peut-être moins visibles comme le Cesti et l’Ept. Mais, il existe des collaborations réelles dans ce domaine. Il y a également le Centre de recherche de développement international (Crdi), installé au Sénégal depuis des décennies, et qui travaille dans le domaine universitaire. Son objectif, c’est de renforcer les institutions, de promouvoir l’égalité des genres, l’accès au foncier, etc.

Peut-on savoir ce qui vous a le plus marquée durant les trois années passées au Sénégal ?
J’avoue que je ne m’attendais pas, avant de venir ici, à trouver autant de créativités. Je trouve que l’art et la culture sont partout. Cela a été, pour moi, une découverte très agréable, autant sur le plan professionnel que personnel. Je trouve que c’est quelque chose que l’on n’a moins intégré au Canada. L’art et la culture font partie de notre société, mais je pense qu’il y a une forte identité, ici, qui est rattachée à cela. En même temps, on constate une grande ouverture sur le monde. L’art et la culture du Sénégal s’exportent beaucoup. D’ailleurs, tout récemment, la cinéaste Maty Diop a été honorée au Festival de Cannes. Elle recevra également un prix à Toronto. Le cinéma, la sculpture, la musique… s’exportent. On l’a vu avec Baba Maal dans le film «Black Panther». Je pense que c’est une force du Sénégal et c’est un aspect qui m’a marquée. L’autre élément, qui a beaucoup contribué à renforcer notre relation, c’est l’invitation au Sénégal de l’artiste sénégalais vivant au Canada, Elage Diouf. La jeunesse a participé au Festival de Hip-hop qui constitue un moyen de nous connecter entre nous et de partager des valeurs communes.

Pouvez-vous nous parler de votre expérience au Sénégal en tant que femme diplomate ?
Etre une femme diplomate ne pose pas de problème. On est dans un pays où la volonté de reconnaître la place de la femme est réelle. Beaucoup de Sénégalaises ont démontré que la compétence des femmes est extraordinaire. Il y a énormément de femmes sénégalaises qui occupent des fonctions stratégiques, même à travers les organismes internationaux. Je les encourage à continuer sur cette voie.

En matière de promotion des femmes, quelle leçon le Sénégal peut tirer de l’expérience canadienne ?
Je pense qu’on peut vraiment échanger. Il y a des problématiques qui sont parfois communes, puis on peut apprendre les uns des autres. Une initiative m’a beaucoup frappée dans le cadre de nos activités en matière d’égalité. J’ai rencontré, à Kolda, «le Club des jeunes filles de Kolda». Ces genres de clubs sont maintenant nombreux au Sénégal. Voilà une initiative assez simple. Car, il s’agit de former des jeunes filles en leadership pour devenir des acteurs de changement dans leur communauté et diminuer les grossesses précoces, les mariages forcés, etc. Ces jeunes sont extraordinaires, elles sont des leaders dans leur communauté. Il y a vraiment des initiatives qui sont locales mais qu’on peut renforcer.
J’ai organisé un dialogue intergénérationnel entre les femmes qui avaient mené des combats très importants avec d’autres plus jeunes portant des discours pour l’égalité, mais qui, évidemment, opèrent de façon très différente, des féministes d’avant. C’est une chose que le Canada peut faire pour permettre aux gens d’échanger. Cela nous permet d’aller plus loin quand nous échangeons notre expérience. On a organisé un grand évènement, en mai dernier, dénommé «Woman the revel». Le Sénégal est l’un des pays avec lesquels on prépare la conférence autour de projets spécifiques. Et cela a permis de réunir 10.000 personnes. Le Sénégal était très bien représenté. Je pense que le partage d’expériences nous permet d’aller ensemble.

Le Président de la République du Sénégal était à Biarritz au sommet du G7 en tant qu’acteur. Il s’est, par la suite, rendu à Yokohama pour la Ticad 7. Au cours de ces sommets, on a beaucoup parlé d’inégalités et de migration. Qu’est-ce que le Canada fait pour réduire les inégalités ?
En fait, nos programmes et politiques au Sénégal touchent à ces problèmes, car on parle beaucoup de développement inclusif. Ce qui me permet d’ailleurs d’évoquer le Plan Sénégal émergent (Pse). Il est aussi beaucoup question d’un développement inclusif et durable. On perçoit les inégalités dans tous les domaines. Par exemple, il y a des gens qui sont plus atteints par la dégradation environnementale des régions côtières. Le G7 s’est tenu, cette année, à Biarritz, en France. L’année dernière, c’était au Canada, et le Président Macky Sall était aussi invité. Il a été question de la protection des océans, des zones côtières et de la réduction du plastique. En matière de coopération multilatérale et globale, je pense que nos deux pays ont beaucoup travaillé ensemble ces dernières années parce que partageant des valeurs communes : développement inclusif, tolérance et ouverture. Le Canada est un pays d’accueil, il va continuer de l’être. On reçoit presque 1% de migrants par an. On recrute également des francophones en Afrique de l’ouest. Nous avons des programmes de migration pour accueillir des populations au Canada, parmi elles, des Sénégalais.

Dans le domaine de l’intelligence artificielle, le Sénégal développe son Smart. Comment votre pays compte-t-il l’accompagner dans ce domaine ?

Je pense que c’est un secteur prometteur. Le Canada est connu pour avoir développé une expertise. Je pense que, de plus en plus, on voit toute l’industrie du numérique comme un champ d’actions. C’est une façon pour nous connecter avec ce secteur sur lequel, je pense, on pourra travailler dans le futur.

Quel conseil le Sénégal peut attendre de votre pays dans l’exploitation du pétrole et du gaz ?
La découverte du pétrole et du gaz fait couler beaucoup d’encre. On sait que tout dépend de la façon dont on gère cette question. Le Canada est aussi un pays de ressources naturelles. On peut en avoir sans que cela ne contribue au développement d’un pays. On est prêt à accompagner le Sénégal qui est en train de développer des initiatives allant dans le sens de faciliter la bonne gestion de ses ressources naturelles*** pour que l’exploitation du pétrole et du gaz contribue au mieux-être de sa population. Cela, en ayant un code pétrolier approprié. Au Canada, on l’a modestement réussi, et je pense que c’est possible au Sénégal.

Comment appréhendez-vous l’avenir de la langue française ?
Le Canada attache une grande importance à la langue française, à la Francophonie et au rayonnement du français dans le monde. On sait très bien que le plus grand nombre de locuteurs se trouve en Afrique. On peut penser que l’anglais est, de plus en plus, présent, mais le français aussi a sa place. Je pense aussi que l’usage du français ne veut pas dire qu’on ne maîtrise pas d’autres langues. Le Sénégal en est un exemple. Combien de langues sont parlées ici ? On parle le wolof et cela n’empêche pas aussi de manier le français. La langue française apporte beaucoup sur le plan international. Il y a des valeurs attachées à sa pratique, et la Francophonie projette ces valeurs. La Francophonie joue un rôle politique, de solidarité. Je pense que le Canada et le Sénégal ont fait la promotion de la diversité. Pour moi, la langue est une richesse et une force.

La sécurité dans le Sahel préoccupe beaucoup de puissances étrangères. Quelle est la position de votre pays sur cette question ?
Au Sahel, il y a la coopération militaire, notamment un appui à la Minusma. On a également des programmes pour l’espace qui visent à contrer le terrorisme. Par exemple, le programme de formation et d’échanges a pour objectif de mieux contrôler les flux financiers. Le programme de renforcement des capacités vise à contrer le terrorisme. On travaille également, à travers la Francophonie, avec les pays du Sahel. En outre, on a d’importants programmes de développement dans la zone. En effet, tout le monde est d’accord que la réponse est multiforme. Elle n’est pas que militaire. Elle passe aussi par le développement, la gouvernance. Le Canada est très actif dans le Sahel en matière de développement. Le Canada a lancé une nouvelle initiative, il y a 2 ans, dénommée «Aide ci». Elle vise à augmenter la présence des femmes dans les opérations de paix. C’est un autre champ d’actions qui touche le Sénégal. C’est en lien avec le Sahel, car on sait que dans les zones de conflits, les femmes sont souvent très affectées.

Justement, nous sommes dans une zone instable. Comment appréciez-vous le niveau de sécurité ?
Les enjeux de sécurité sont globaux. Nul n’est à l’abri des attaques terroristes. On l’a vu en Europe et sur d’autres continents. Je pense qu’au Sénégal, une des chances que j’ai remarquée, c’est la cohésion sociale. J’ai eu l’occasion de visiter toutes les régions du Sénégal où des institutions de l’Etat sont présentes. On voit des programmes qui sont libres pour offrir des services aux populations. Je pense que ce sont des facteurs très importants quand on parle de sécurité. Bien sûr qu’il a des institutions qui assurent la sécurité des citoyens.

LESOLEIL

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Vendredi 6 Septembre 2019




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