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L’éducation par les sévices corporels : une pratique antéislamique au Sénégal

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L’éducation par les sévices corporels : une pratique antéislamique au Sénégal
L’islam est une religion anciennement établie en Afrique de l’Ouest où l’on a enregistré plusieurs théocraties basées sur une application plus ou moins rigoureuse de la charia ou loi islamique.
Cependant, malgré cette forte et ancienne présence de l’islam, les pays de l’Afrique de l’Ouest sont caractérisés par une cohabitation tantôt paisible, tantôt tumultueuse de l’islam et des traditions que la religion musulmane a trouvées sur place.
Il arrive très souvent que ces traditions se greffent sur les pratiques de l’islam jusqu’à même être érigées en dogmes, au nom de cette religion.
L’actualité récente nous donne un exemple de cette symbiose entre religion, tradition ou culture. En effet, dans le domaine de l’éducation coranique, les sanctions physiques, morales et psychologiques font partie des pratiques auxquelles s’adonnent les enseignants, communément appelés «serigne daara» ou «oustaz» sur leurs élèves, désignés par le vocable «talibés».
Tout récemment, la presse a fait état d’un maître coranique qui, en corrigeant ses élèves, s’est servi d’entraves, méthode qui rappelle nettement le traitement des chevaux et des ânes, afin de limiter leur divagation.
Cette pratique manifestement incompatible avec les valeurs du monde contemporain est encore malheureusement considérée par une bonne frange de la population comme la meilleure méthode pédagogique pour inculquer des connaissances et des valeurs à un enfant.
Il ne s’agit en réalité que d’une énième survivance de nos pratiques traditionnelles, ancestrales, dans le domaine de l’éducation qui accorde une part importante à l’endurance, voire à la souffrance, pour préparer l’enfant à devenir un homme, au sens virile du terme.
Les filles également ne sont pas épargnées, même si elles subissent des épreuves différentes de celles des garçons
Pour s’en convaincre, il suffit de considérer la part accordée à la violence érigée en norme dans le domaine de l’éducation. Ce n’est pas par hasard que le même terme «yar» («yet», par ailleurs) sert aussi bien à désigner l’éducation que le bâton. Autrement, le bâton apparaît comme l’instrument, l’outil incontournable par lequel on passe pour transmettre une bonne éducation (discipline) à un enfant.
Les circonstances dans lesquelles l’éducation se fait à l’école traditionnelle permettent de déceler des germes de violence, même si celle-ci n’a jamais été gratuite ou mercantilisée, comme cela se passe souvent de nos jours.
Par exemple, lors de la dure épreuve de la circoncision qui consacre l’entrée de l’enfant dans le monde de la maturité, les postulants «pré-adultes» subissent des épreuves les unes plus redoutables que les autres.
Ils sont confiés à des adultes qui les isolent de leur environnement familial, en général en pleine forêt, où ils doivent surmonter des épreuves morales, spirituelles et intellectuelles à la sortie desquelles ils deviennent des adultes accomplis.
Dans certaines sociétés même, le «pré-adulte», pour prouver son statut d’homme, est tenu de commettre un acte de haute bravoure comme le «vol institutionnalisé», sans compter un certain nombre de jeux «épiques» qui se passent en pleine forêt ou dans l’eau, selon les communautés.
Nous pouvons aussi, entre autres, citer la coutume très répandue, encore pratiquée dans certaines familles, surtout dans le monde rural, qui consiste à séparer les enfants de leurs parents pour, dit-on, les habituer très tôt à la privation, à l’endurance physique et morale.
Cela a comme soubassement l’idée selon laquelle un enfant qui grandit en famille, à côté de ses parents, surtout de sa mère, ne connaîtra pas la souffrance qui passe par le manque que procure une éducation en dehors du cercle familial.
Il va sans dire que ces pratiques, parmi tant d’autres, se sont greffées sur notre manière de concevoir l’éducation reli­gieuse où les pensionnaires de l’école coranique sont généralement confiés à un maître qui les amène très souvent loin de leur famille pour leur enseigner le Coran dans des conditions parfois extrêmement difficiles.
Il est de notoriété publique que plusieurs parents accordent une confiance «aveugle» au maître coranique qui a en charge l’éducation de leurs enfants.
On leur prête même une expression assez illustrative de leur état psychologique et mental : «Je ne te demande que ses os !»
S’agit-il d’une simple «façon de parler» pour exprimer une confiance à l’endroit du maître ?
S’agit-il d’une fuite de responsabilité ?
S’agit-il d’une cruauté, d’une indifférence ou d’un manque d’amour vis-à-vis de sa propre progéniture ?
Dans L’aventure ambiguë, Cheikh Hamidou Kane développe cette forme d’éducation appliquée à l’école coranique par le biais du personnage principal, Samba Diallo, issu de la noblesse du Fouta Toro, qui se voit confier à un marabout pour lui inculquer les valeurs de l’islam, avec une rigueur qui frise la cruauté.
Par ailleurs, dans une certaine mesure, cette forme d’éducation basée sur les sévices corporels se retrouve à l’école française, du moins jusqu’à l’interdiction formelle des sanctions physiques infligées aux élèves.
Nous avons connu des maîtres de l’école française plus «cruels» que ce «serigne daara» de Coki (Ndiagne) qui fait l’objet d’une arrestation pour avoir enchaîné des enfants comme des esclaves.
Bien évidemment, ces enseignants ne faisaient qu’appliquer, certainement de manière excessive, des méthodes éducatives qui valorisent la punition et l’austérité.
L’enfant est vu comme un être égocentrique, au stade de l’imaginaire, qui considère ses désirs et ses envies comme des réalités. Pendant l’enfance, le corps est l’élément qui établit un lien entre la passion, les émotions et le jugement ou la conscience. On imagine que tout ce que l’on subit corporellement existe.
L’enfant est perçu par cette école de «la répression» comme «un esclave parce qu’il est passionné» (Alain).
Quelqu’un comme Rousseau mise sur l’autonomie de l’enfant qu’on doit protéger de l’influence de la société dans le but d’en faire un être libre. Il s’agit précisément d’une éducation selon la nature, qui nous projette donc en dehors de tout cadre scolaire.
Ainsi, même l’école occidentale est passée des méthodes plus ou moins austères à celles qui consistent à accompagner l’enfant, en respectant sa nature, ses désirs ; d’où l’importance accordée aux jeux dans les programmes scolaires destinés aux enfants.
Il convient même de signaler que dans l’éducation traditionnelle, cette vision de l’éducation existe à travers la combinaison du jeu et de l’instruction dans les contes, les devinettes et les proverbes qui jouaient un rôle très important dans la formation des enfants.
Pour revenir à la punition physique à l’école occidentale, signalons que plusieurs ensei­gnants n’ont abandonné la cravache et le bâton que récemment, malgré eux, surtout avec la récurrence des dérives qui ont conduit à des arrestations d’instituteurs dont les coups se sont avérés irréparables.
Jusqu’à nos jours, certains parents et enseignants n’hésitent pas à regretter la disparition du bâton et de la cravache dans les établissements scolaires.
En somme, la forme d’éducation basée sur les privations et les sanctions physiques n’est pas le propre de l’école coranique dans la mesure où ce système d’éducation ne se retrouve ni dans la théorie ni dans la pratique dans une écrasante partie du monde musulman.
En outre, au Sénégal et dans la sous-région, elle n’est pas exclusive de l’école coranique, car elle a été pendant longtemps ap­pliquée dans l’éducation traditionnelle et dans l’école occidentale.
Pour terminer, je cite un passage de L’empire toucouleur, assez illustratif du caractère très ancien de cette méthode manifestement traditionnelle appliquée à l’enseignement religieux dès les débuts de l’expansion de l‘islam en Afrique de l’Ouest : «Dans le cas où leurs enfants font preuve de négligence à cet égard, ils leur mettent des entraves aux pieds et ne les ôtent pas qu’ils ne les sachent réciter de mémoire.»
Le jour de leur fête, étant entré chez le juge, et ayant vu ses enfants enchaînés, je lui dis : «Est-ce que tu ne les mettras pas en liberté ?» Il répondit : «Je ne le ferai que lorsqu’ils sauront par cœur le Coran.» (Yves Saint-Martin : 1972: 22/23)
A noter qu’à l’époque, cette méthode était appliquée à tous les enfants, sans exception, y compris même ceux du juge (ses enfants), comme le montre cette citation qui confirme notre référence à Samba Diallo.
Ce phénomène de violence dans le domaine de l’enseignement coranique est donc très ancien et a précédé l’avènement de l’islam au Sénégal. Il se retrouve dans d’autres formes d’éducation comme, entre autres, celle en vigueur traditionnellement dans les familles où le bâton est toujours relativement valorisé.
Par conséquent, nous devons interroger notre société afin d’en extirper toutes les formes de violence qui continuent encore d’être banalisées ou même valorisées par une bonne partie de la population.
Amadou SOW
FASTEF/UCAD






Lequotidien

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Vendredi 29 Novembre 2019




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