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Horizon – Fatima Zahra Ba, créatrice de la marque So’Fatoo : «Mon rêve, c’est de redynamiser l’industrie textile au Sénégal»

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La valeur n’attend point le nombre des années. Fatima Zahra Ba illustre parfaitement cette maxime. A 27 ans, la jeune femme, juriste à la base et créatrice autodidacte, a su imposer sa marque dans la mode sénégalaise. So’Fatoo est aujourd’hui gage de beauté, d’élégance et d’authenticité. A quelques jours de son rendez-vous annuel marquant l’anniversaire de la marque ce 30 mai, Fatima Zahra a répondu aux questions du Quotidien, le temps d’un trajet en voiture.



Horizon – Fatima Zahra Ba, créatrice de la marque So’Fatoo : «Mon rêve, c’est de redynamiser l’industrie textile au Sénégal»
Organisez-vous un évènement pour la fin de ce mois ?
Normalement, c’était le 5 mai qui est notre anniversaire. Chaque année, on fait un défilé de mode où on invite également d’autres marques. Mais c’est plus qu’un défilé. C’est une expérience culturelle. Et c’est ce qu’on essaye toujours de donner aux gens. La dernière édition au Pullman, c’était autour du mariage sénégalais. Il y avait les bongos, les grands tagals (foulards de tête). Et cette année, c’est au tour de la culture léboue. Donc, c’est un concept différent du fait qu’il y a plusieurs aspects purement culturels. Et cette fois-ci, c’est un brunch, toute la journée et c’est vraiment un mélange de plusieurs choses et une expérience gastronomique. Ensuite, il y a le côté culturel lébou. Et ce cachet culturel, on le retrouve à la fois dans le défilé, mais dans d’autres types de manifestations, notamment une exposition photo de Laye Pro sur la ville de Dakar, du Ndawrabine, et bien sûr la déco, des mannequins, etc. On essaye toujours de joindre l’utile à l’agréable. En 2018, on avait lancé une campagne qui s’appelle Doy na (Assez) autour des violences faites aux femmes. Et cette année justement, lors de notre défilé, nous allons dévoiler le fruit de notre travail de l’année dernière avec des chanteuses et des actrices sénégalaises avec qui on a fait une chanson que j’ai écrite et qu’elles ont interprétée. Et on va en profiter pour lever des fonds pour l’association.

Pourquoi les Lébous ?
Parce que ma mère est Lébou (rire). Donc c’est une partie de mon identité. L’idéal pour moi, c’est d’arriver vraiment pour chaque édition à faire découvrir une partie de la culture sénégalaise, les différentes ethnies sénégalaises, et à terme d’autres pays d’Afrique. Cette année, j’ai choisi les Lébous parce que ma mère est Lébou et ça tombe sur la fête des mères. Donc c’est un moyen pour moi de lui rendre un hommage. Et l’année prochaine, ce sera sur la culture fulani parce que mon père est Peulh. Et l’année d’après, on verra peut-être les Manjacques parce que je travaille beaucoup avec leurs pagnes tissés et ainsi de suite.

La marque So’Fatoo commence à se faire remarquer sur le marché sénégalais. Qu’est-ce qui fait votre particularité ?
Je pense que c’est cet attachement à la culture. Nos vêtements plaisent beaucoup parce que c’est un marché dans lequel les gens se reconnaissent et ce qu’on fait est plus ou moins pudique aussi. C’est culturel parce que ce sont souvent des boubous, des pagnes tissés. Nos vêtements mettent en valeur ce qui est purement de chez nous. Et je pense que pendant longtemps, les «yeré wolof» (boubous, vêtements traditionnelles) étaient soit trop traditionnels, soit pas du tout. Donc, il y avait un problème à trouver le juste milieu d’une tenue qui soit élégante, mais quand même sobre, qui a ce cachet culturel et qui nous appartient et je pense que c’est ce qu’on a réussi à trouver et à exploiter à travers notre marque «So’Fatoo», depuis 2016, l’année à partir de laquelle on a vraiment su trouver notre identité.

Et vous a-t-il fallu du temps pour arriver à cette identité ?
Bien sûr ! On a commencé en 2012, et on a fait un peu de tout. Il faut dire par contre que dès la première année, je faisais du pagne tissé parce que j’étais au Maroc. Ma grand-mère me l’envoyait et je travaillais avec. Je ne faisais que des robes de gala que j’envoyais à des étudiants qui étaient en France. C’était ma première plus grosse commande et j’étais toute excitée. Et sur la plupart, il y avait des pagnes tissés. Mais après, on a fait du wax, on a travaillé du tissu coloré, des imprimés différents, on a essayé toujours d’avoir cet imprimé un peu ethnique. Mais c’est vraiment en 2016 qu’on a décidé de se focaliser sur ce qui est vraiment de chez nous, c’est-à-dire le pagne tissé. Et c’est là que j’ai pris conscience que le wax c’est une grosse arnaque culturelle parce qu’il n’est pas de chez nous, il n’est pas fait ici. C’est comme le Bazin. On se l’est approprié culturellement, mais aujourd’hui, techniquement, l’argent ne va pas dans la poche des vendeurs sénégalais. Le gros de l’argent va dans des usines étrangères et c’est dommage parce qu’on avait nos usines à nous, on avait une bonne industrie textile.

Une mode «pudique», ça veut dire quoi ?
Pour nous, ça veut dire quand même un minimum couvrant. Donc on essaye de dévoiler le moins de choses possible. Il arrive rarement qu’on ait des boubous avec une robe à l’intérieur un peu moulante. Vraiment ce qu’on fait n’est pas sexy, mais c’est pudique. Je me suis voilée en 2017, et je pense que cela a aussi un peu impacté ma façon de travailler.

Alors votre inspiration, est-ce votre quotidien ?
C’est exactement ça. Je m’inspire beaucoup de ce qui est autour de moi parce que de 2012 à 2015, j’étais encore étudiante et ma clientèle, c’étaient des jeunes filles qui avaient autour de 2O-22 ans. Mais après, c’était plus la classe moyenne et il y avait plus de femmes actives et il fallait s’adapter à ces cibles. Quand j’ai eu une nièce, j’ai commencé à faire pour enfant. Je fais pour les grandes personnes aussi. C’est toujours des histoires personnelles derrière, comme par exemple la collection Diewo. C’était en hommage à une amie qui était décédée il y a 2 ans de cela. Il y avait une collection Meissa qui était autour de Game of throne. Donc vous allez retrouver toutes ces choses-là sur les collections parce qu’il y avait tout une trilogie sur la royauté en Afrique, il y avait toute une partie sur l’Egypte antique parce que c’est quelque chose qui me passionne. On retrouve beaucoup de moi dans So’Fatoo.

Pourquoi vous ne faites plus de wax ?
J’ai laissé tomber carrément. Pour moi, le problème ce n’est pas juste parce que les wax ne viennent pas d’ici. La plupart de nos tissus sont importés. Le pagne tissé est lourd, il est très difficile de faire tout un vêtement pour des périodes comme celles-ci avec du pagne tissé. Donc clairement, on est obligé de le mettre avec quelque chose. Mais pour moi, le militantisme, il se retrouve dans le fait qu’on a choisi de promouvoir un matériau comme une partie de notre identité. Sur cette base aujourd’hui, quand je couds un pagne, même si le tissu majoritaire sur la tenue c’est de la crêpe qui vient peut-être de Chine, ce qui lui donne de la valeur, c’est le pagne tissé que j’ai utilisé. Et c’est ce que je mets en exergue vraiment. Et il fallait que chaque chose que je mets en exergue soit authentiquement d’ici.

Quand on parle d’authenticité en Afrique, c’est un peu compliqué pour la poche des gens…
C’est vrai, ce n’est pas le moins cher du tout. Après, je pense que c’est une industrie particulière et qui trouve ses clients. Après l’authenticité, pour moi, on la trouve un peu partout. Ce n’est pas forcément sur des vêtements chers, sur des matériaux qui sont utilisés, mais les coupes aussi ça parle, les techniques de mise en valeur, la broderie par exemple qui est authentiquement de chez nous, en tout cas la façon dont on la pratique. Il y a plusieurs autres manières de faire de l’authentique sans que cela ne soit nécessairement trop cher.

Quel est le profil type de votre client ?
Je dis toujours la classe moyenne supérieure, c’est un peu les gens des bureaux. Donc récemment, on a de plus en plus de femmes de 45-50 ans et j’avoue c’est de la bonne clientèle, parce que ce sont elles qui ont le plus grand pouvoir d’achat et qui ont une plus grande facilité à acheter et surtout ce sont les clientes les moins compliquées. Ensuite, on a beaucoup de clients à l’étranger, dans la diaspora et dans la sous-région en Afrique et plus dans des pays d’Afrique francophone sub-saharienne que d’Afrique anglophone.

On a vu que vous avez habillé les femmes de la série Maîtresse d’un homme marié…
Oui, depuis le début de la série d’ailleurs, vraiment on a pu tirer profit de leur visibilité, surtout à l’international. C’est une très belle expérience parce que déjà, idéologiquement, c’est une série qui parle des violences faites aux femmes et le tabou autour de ces violences et ça c’était l’une des missions de Doy na. Mais au-delà de ça, c’est une série qui est vraiment ouverte à l’international et qui a su toucher la sous-région. Et ça aussi, on a pu en profiter et cela a vraiment eu un impact très positif sur notre business.

Vous êtes plus centrée sur le Sénégal qu’à l’international. Et cela se traduit comment dans votre travail ?
Exactement, ça fait que même dans les vêtements que l’on conçoit, on essaie de faire des choses moins encombrantes parce que les gens cherchent aussi ce côté pratique. Les gens veulent porter So’Fatoo, parce qu’ils s’identifient à notre marque, à notre idéologie et notre façon de faire. Mais ce sont des vêtements qu’ils ne peuvent pas porter parce qu’ils sont aux Etats-Unis, au Canada et qu’ils vont peut-être les porter pour la fête ou pour un mariage, mais pas dans la vie de tous les jours. Mais on essaye de diversifier notre offre et ça se traduit fortement surtout sur la collection que nous sommes en train de préparer qui s’appelle Ndakarou et où vous voyez pratiquement tous les types de vêtements.

Vous ne faites donc pas de prêt-à-porter ?
On a fait des pièces qui s’appelaient «So ’Fatoo be sexy» et qui n’étaient pas chères d’ailleurs, c’est- à-dire entre 25 et 35 mille. Et ces tenues, elles n’ont pas vraiment connu de succès. Paradoxalement, les gens quand ils voient ça, ils ne voient pas du So’Fatoo. Donc on avait arrêté. Mais là, on est en train de refaire d’autres collections So’Fatoo qui vont coûter un peu plus cher, mais ce seront des tenues beaucoup plus pratiques et adaptées à la vie de tous les jours.

Vous êtes autodidacte dans la couture ?
Je n’ai jamais fait de formation. J’ai commencé en 2e année de droit parce que j’avais trouvé une couturière qui était vraiment très bien à Meknès (Maroc) où j’étais alors boursière du Sénégal. Elle me modifiait mes vêtements traditionnels. Et quand je n’en ai plus eu, j’ai commencé à acheter des tissus. Puis, ça plaisait à mes amies et j’ai décidé d’un coup de tête d’en faire un business. Un seul soir, un 5 mai qui est l’anniversaire de ma grand-mère, j’ai décidé de publier une collection. La marque est dédiée à So Fatoo, Fatou Sow comme elle. C’est comme ça que j’ai commencé. Après, j’apprends sur le tas avec mes tailleurs et j’ai prévu d’aller faire une formation professionnelle parce que je suis arrivée à un niveau où c’est nécessaire.

Vous êtes à l’origine de la mise en place du Collectif Doy na qui milite contre les violences faites aux femmes. Comment vous est venu cet engagement ?
C’est pendant mon passage au ministère de la Femme que j’ai eu connaissance de la campagne des 16 jours d’activisme contre les violences. Et j’avais décidé que l’année suivante je ferai une campagne plus moderne parce que ce qui se faisait, c’était juste des rassemblements avec des personnes déjà sensibles à la cause et on ne gagnait pas de monde. J’ai conçu la campagne et je leur ai proposé. Après, la dame qui était en charge au ministère n’était pas très réactive. Entre-temps, j’ai quitté le ministère, pris le projet avec moi et décidé de le réaliser à travers la mode. Mais c’est aussi parce que c’est une cause qui m’est chère pour des raisons personnelles, par rapport à une personne proche de moi qui a été victime de violences.

Aujourd’hui, Doy na s’occupe de quoi ?
A la base, on était juste censé faire une campagne de sensibilisation. Puis, ça s’est renouvelé. Et au-delà de ça, ce qu’on fait plus, c’est de l’accompagnement. Et ça s’est fait de facto parce que les gens sont tellement déboussolés. Ils ne savent pas où aller et dès qu’ils voient une initiative, ils sautent dessus. Ce n’est pas nous directement qui accompagnons la personne, nous la mettons en rapport avec des professionnels du milieu juridique, médical etc. Nous nous enquerrons de l’avancement de sa situation. Récemment, ce sur quoi on se focalise le plus, c’est qu’on paie des thérapies à des femmes victimes de violences, parce que le volet psychologique est celui qui laisse le plus à désirer, et pourtant c’est celui qui laisse les conséquences les plus longues, les plus définitives sur la vie de la personne. Doy na, c’est vraiment plusieurs activités diverses. Au-delà des campagnes de sensibilisation, on fait des Safe moments, des moments en intimité avec des victimes où elles sont dans un endroit qui est sûr avec des personnes de confiance et avec lesquelles elles peuvent échanger. Au début, on faisait des open mics, mais vous réalisez qu’il y a des victimes qui parlent dans un endroit pas toujours favorable et ça peut poser des problèmes ensuite. On a fait plusieurs écoles pour faire des échanges intéractifs avec les élèves, faire des gender switch, le garçon devient la fille, la fille devient le garçon, pour qu’ils fassent un échange et discutent. Et que chacun comprenne l’expérience de l’autre, surtout par rapport à tout ce qui est harcèlement sexuel. C’est quelque chose qui commence très tôt et on ne réalise pas. C’est vraiment ce qui nous donne le plus de fierté sur ce que l’on fait parce qu’on voit les résultats sur le long terme. Par exemple les élèves de l’Ism nous ont dit qu’ils avaient créé un club pour lutter contre les violences faites aux femmes et qu’il y avait beaucoup d’hommes. Et que c’était grâce à Doy na que les jeunes commençaient à militer et à être plus sensibles à cette cause. On a fait beaucoup de mission comme ça à Kennedy, Sabs, avec les boursiers de Ashinaga, les scouts etc. Et on compte en faire plus dans le futur.

Une expérience dont vous êtes particulièrement fière dans votre parcours ?
Il y a tous les jours de quoi être fière. Franchement, ce n’est pas facile de réussir dans ce pays. Mais je pense que le fait d’avoir réussi à monter un atelier avec 18 employés, à améliorer la qualité de notre travail, me rend fière.

Etes-vous dans une logique d’exporter vos productions ?
Oui bien sûr. Et on exporte déjà beaucoup. Plus de 50% de nos ventes, c’est à l’extérieur. On exporte avec Dhl parce qu’on livre à domicile. Après, la vérité c’est qu’on a un réel problème de production et de passage à l’échelle. Aujourd’hui, on n’arrive pas à produire 20 pièces par jour par exemple. Ce qui nous ralentit, c’est qu’on fait du sur mesure. Si c’étaient des vêtements prêt-à-porter, on pourrait faire 20 pièces par jour.

Vous vous projetez comment dans l’avenir ?
Je suis une grande optimiste et mon rêve ce serait de redynamiser l’industrie textile au Sénégal. Pratiquement toutes les tenues pour homme sont faites avec du super 100 anglais ou du fil à fil. Ce sont des millions de mètres qui sont utilisés par jour. Si on arrivait à produire ce tissu au Sénégal, dites-vous que ceux qui achetaient le mètre à 2 000 F pourraient l’acheter à 1 500 F. Et les 500 F de bénéfice iraient dans la poche du Sénégalais et pas vers l’étranger, sans compter l’empreinte carbone, surtout si on arrive à produire des tissus un tant soit peu écologiques. Par exemple, le crêpe que j’utilise, j’aimerais le remplacer par le lyocel qui est un tissu qui utilise beaucoup moins de procédés chimiques. Et si j’arrive à avoir la technologie pour produire ça ici, c’est un marché énorme. Donc on produirait les tissus les plus utilisés au Sénégal.

Quand vous faites vos tenues et que vous les publiez sur les réseaux sociaux, elles sont copiées. Comment vous protégez-vous contre cela ?
On a appris à vivre avec parce que ça n’arrête pas. Et c’est l’environnement sénégalais qui fait un peu ça parce que les gens sont habitués à aller chez le tailleur avec le modèle de quelqu’un. Cela ne nous dérangeait pas parce que ce sont des individus et on ne peut pas contrôler ça, c’est la norme. Maintenant, quand il y a eu des marques qui se calquent sur notre identité et qui, dans leur manière de travailler, dans le pagne tissé, dans le choix des coloris, la taille des bandes de pagnes tissés, les emplacements, copient ce qu’on fait, c’était devenu douloureux. Mais on apprend à faire avec et on n’a pas forcément le choix. On est dans un processus pour protéger tous nos modèles au niveau de l’Oapi, même si c’est un peu cher. C’est 450 mille pour protéger la marque et 150 mille pour protéger les designs à chaque fois que vous déposez. Mais il est possible aussi de protéger toute une collection en même temps et à partir de là, on pourra ester en justice au besoin. Je pense qu’il y a une limite entre la copie et l’inspiration qu’il faut savoir discerner. Un ami me disait qu’il faut 7 différences flagrantes entre un modèle sur lequel vous vous êtes inspiré et le modèle final. Franchement, si on en compte 2, c’est le grand maximum sur ce qu’on voit. C’est la triste réalité ici où il y a plein de textes et de lois, mais dont l’application est difficile, où les gens ne veulent pas enclencher des procédures judiciaires parce qu’on va toujours dire «diarouko». Ce n’est pas la peine, ce ne sont que des vêtements. Et c’est ce qui fait que pendant longtemps la propriété intellectuelle ne sera pas respectée.

Propos recueillis par Mame Woury THIOUBOU (mamewoury@lequotidien.sn)

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Samedi 29 Mai 2021




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