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[Focus] Ecstasy ou drogue de synthèse: Le «Volet», un délire en vogue

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L’ecstasy ou tout simplement le « Volet », appellation usuelle en vogue, est un comprimé coloré avec des formes estampées. Tous les détails de ce cachet sont importants puisqu’il relève le niveau de « nuisance » ou de « jouissance » du produit lui-même.
Par Ndèye Fatou Diery Diagne



Ces derniers jours, une grande traque est lancée contre la drogue appelée « Volet ». En effet, entre juillet et aout, la police a procédé à des arrestations de dealeurs de cette drogue après des signalements. Ce type de drogue, faisant partie de la famille des Mdma (amphétamines), produit un effet stimulant et hallucinogène.

Les drogues servent à atteindre un certain état d’ivresse couplé à un sentiment généralisé de bienêtre. La spécialité de cette drogue est qu’elle apporte un sentiment euphorique mêlé à une pressante envie d’avoir des rapports charnels. « Lorsque je prends le volet, je n’ai envie que d’une chose : le sexe », confie Codou Dème, jeune adolescente addictive au « volet ». Elle ne rate pas l’occasion de se procurer ces cachets pour profiter des moments de plaisir avec son copain ou même avec quelques copines. En effet, lorsque l’envie la prend et qu’elle ne trouve pas de garçons, elle se relaie sur ses « amies ». Ainsi, le volet la pousse à des pratiques contre nature. Elle n’est pas la seule à en user pour exciter l’appétit sexuel. En effet, Madické en fait prendre à sa copine pour qu’elle soit plus pétulante. « Nous le prenons ensemble pour ressentir plus l’envie de le faire et aussi pour mieux jouir », lâche-t-il, sans sourciller.

Drogue de l’amour

L’ecstasy a le vent en poupe chez les plus jeunes. Ceci est dû en partie à son accès facile. Le comprimé coute entre 5.000 et 10.000 FCfa. En cette période d’été, il connait une légère hausse et est vendu à 12.000 FCfa. Le trafic est intense dans la zone Almadies-Ngor et dans les cités fermées, surtout la nuit…

Le Dakar by night est très versé dans l’alcool, les cigarettes, la chicha, mais aussi… la drogue. Qu’est-ce qui s’échange le mieux dans des milieux que les petits cachets colorés ? « Ils s’échangent rapidement et discrètement dans les boites de nuit. Honnêtement, je pensais que ce n’était pas interdit au Sénégal », informe Pape Talla, un jeune adolescent consommateur et croquant la vie à pleines dents.

Les Sénégalais, d’après notre source, se procurent cette drogue de la Gambie. Cette thèse est confirmée par une trafiquante du nom de Choupy. Arrêtée par la police sur l’axe Dakar-Banjul, elle a indiqué aux enquêteurs s’être rendue en Gambie pour se ravitailler. Elle les achète entre 1.800, 2.000 ou 3.000 FCfa et les revend au Sénégal entre 8.000, 10.000, ou 15.000 FCfa. D’après une étudiante en chimie, ce sont des laboratoires clandestins qui en fabriquent. Et selon ses recherches « peu poussées », les différentes formes estampées sont liées à l’identité du laboratoire.

2.0, le must pour les sensations fortes

« Le Volet, c’est comme un bonbon actuellement dans le pays », lance Claude Lopez. Il est désolé de voir ses amis sombrer dans un délire grave. « Lorsque nous sommes en boite de nuit, ils sont obligés de mettre des lunettes noir fumée, car ils ne peuvent pas supporter les lumières », ajoute Modou. Souleymane, lui, est convaincu d’une chose : « l’ecstasy vendue au Sénégal n’est pas de bonne qualité. Ce sont des faux. L’ecstasy doit couter entre 20.000 et 30.000 FCfa l’unité ». La qualité des comprimés est souvent remise en question par les connaisseurs. Mais, ils se sont accordés sur une chose : le 2.0 est la meilleure qualité.

Le 2.0 est l’appellation donnée à la meilleure formule du comprimé. « La sensation avec le 2.0 est unique. C’est extraordinaire », informe un jeune mécanicien de 24 ans. La couleur des comprimés est déterminante aussi puisque le blanc est le plus puissant de tous. « La couleur joue sur la dose du comprimé. Les cachets blancs et rouges sont plus puissants », continue-t-il de dire en plein délire. Le bonhomme a pris le comprimé et, 10 minutes après, il fait son effet.

Perte de poids et état euphorique

Aminata Sy est une consommatrice assidue. Elle ne peut plus se passer de son « Volet ». « Pour avoir un meilleur sommeil, je le prends », informe cette fille encore élève. « Lorsque je le prends, j’aime me couvrir, être au chaud. Je m’éloigne de tout ce qui est climatiseur ou ventilateur », décrit-elle. Au réveil, elle ressent une grande sensation de fatigue. Et elle n’a surtout pas faim. Depuis qu’elle s’est mise à en prendre, elle a perdu 10 kilos. La drogue a commencé à pâlir son joli teint noir. Des boutons apparaissent partout sur son frêle corps. Elle a l’habitude de dissoudre le comprimé dans du jus chaque soir.

Comme dans tout abus, l’usage de cette ecstasy peut conduire à des situations très graves. Malick Lô, a, une fois, allumé le gaz à fond pour se réchauffer en fermant la porte de la cuisine. « J’ai allumé à fond, j’ai tout fermé et je me suis penché vers les flammes à la recherche de chaleur », a-t-il dit. N’eût été son frère, il serait certainement consumé par le feu ou aurait consumé toute la maisonnée. Cette quête de sensation forte est périlleuse. Après la prise du « Volet », Mansour, une autre âme férue de cette drogue, se met à mâcher sa langue jusqu’à saigner pour atteindre le nirvana.

PR IDRISSA BA, RESPONSABLE DU CENTRE DE PRISE EN CHARGE INTÉGRÉE DES ADDICTIONS DE DAKAR

« Les amphétamines génèrent de l’excitation au niveau moteur et psychosexuel »




L’addiction à l’ecstasy de même que les principales conséquences sont liées à la nature même de la drogue. Dans cet entretien, le Professeur Idrissa Ba, addictologue et responsable du Centre de prise en charge intégrée des addictions de Dakar (Cepiad) revient sur les aspects médicaux du « Volet ».

De plus en plus, des jeunes sont addictifs à l’ecstasy. Certains parmi eux ont révélé que la drogue avait un effet aphrodisiaque. Pourquoi ?

Parce que l’ecstasy est un dérivé des amphétamines qui, dans la classification des drogues, selon leurs effets cliniques, font partie des stimulants. Ce sont donc des substances psychoactives qui génèrent de l’excitation au niveau moteur et psychosexuel.

Comment doit se passer le traitement contre cette addiction?
Le traitement passe d’abord par des évaluations addictologiques (nature du produit, mode de consommation, fréquence de la consommation, degré d’addiction, âge du début de la consommation), médicales (recherche de comorbidité physique, complications infectieuses, cardiaques, rénales, pulmonaires, etc.), psychologiques (personnalité, santé mentale, etc.) et sociales (conflits, séparation, scolarité, profession, interpellation, incarcération, etc.). La prise en charge ne peut être que globale et multidisciplinaire si l’on note une addiction sévère au produit et elle doit se faire suite à un entretien motivationnel qui devrait signer l’engagement volontaire et motivé du patient à sortir de l’addiction.

Avez-vous les statistiques sur cette drogue au Sénégal ?

Malheureusement, nous ne disposons pas de statistiques, car aucune étude scientifique n’a été menée sur le terrain. Par contre, des études sont en cours au Centre de prise en charge intégrée des addictions de Dakar (Cepiad).

Les consommateurs perdent du poids et souffrent de bouffées de chaleur. Pourquoi ?

La perte de poids s’explique par la perte d’appétit due à la consommation d’amphétamines qui sont des coupe-faims. La consommation d’ecstasy (ou « Volet » dans le jargon courant) peut entrainer des nausées, des sueurs, des maux de tête. Surtout, elle peut provoquer une déshydratation et une élévation de la température (hyperthermie), d’autant plus forte que la consommation se trouve dans une ambiance surchauffée et fait un effort physique important, comme souvent lors des fêtes ou de raves. Des troubles neuropsychiatriques (angoisse, hallucinations), des troubles digestifs et des pertes de connaissances ont été décrits.

Des accidents graves ont été reliés à la consommation d’ecstasy : décès par hyperthermie, arythmies cardiaques.

Une consommation régulière entraine, avec le temps, un amaigrissement et parfois une irritabilité. L’ecstasy peut provoquer une forme de dépendance psychique. Des dépressions graves, nécessitant un traitement médical, peuvent survenir en cas d’usage intense.

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Mercredi 24 Août 2022




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