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ENTRETIEN AVEC THERESE TABA, VEUVE DE LABAH SOSSEH: « J’ai mis une croix sur les hommes »

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A Adjamé, un quartier à la périphérie d'Abidjan (Côte d'Ivoire), une dame pleure encore le maître sénégalais de la salsa, Labah Sosseh décédé en septembre dernier. Cette femme inconsolable, c'est Thérèse Taba, veuve du musicien de renom, épousée lors de la période ivoirienne du maestro. Avec lui, elle a vécu dix-neuf ans de ménage. «Nous nous sommes mariés selon la tradition. Donc je ne suis pas sa compagne, mais sa femme», tient-t-elle à préciser, le regard fixant les photos de celui qu'elle appelait jadis «Tonton». Visiblement brisée, avec sa mise froissée, tête décoiffée, sans boucle d'oreille, la comé­dienne nous accueille dans son domicile à Adjamé. « Je pleure celui que j'aime le plus au monde et qu'on a enterré sans ma présence», gémit celle qui dit avoir perdu «ce qu'elle avait de plus cher au monde». Une douleur qui ravive une autre plus ancienne quand mourut à 3 ans le seul garçon qu'elle a eu du maestro. Tout en respectant sa douleur, nous avons réussi à obtenir d'elle cet entretien réalisé dans les pleurs: C'est dans une ambiance d'affliction, qu'elle est revenue sur sa vie avec Labah.

Artiste elle-même, Thérèse fait partie de ceux qui ont écrit les plus belles pages du théâtre en Côte d'Ivoire dans les années 70 et 80. Aux habitués de la série à succès ivoi­rienne Ma Famille, on dira que c'est Thérèse qui interprète la mère de Delta.



ENTRETIEN AVEC THERESE TABA, VEUVE DE LABAH SOSSEH: « J’ai mis une croix sur les hommes »
Walf Grand-Place : Est-ce que vous pouvez revenir sur votre ren­contre avec Lala Sosseh ?



Thérèse TABA : Nous nous som­mes connus en 1981. J'étais avec la femme de feu Doh Albert [un autre musicien ivoirien de renom, Ndlr] au Palais des congrès de l'hôtel Ivoire. C'était à l'occasion d'un concert. Au moment de la pause, je suis passée devant lui dans les loges pour aller aux toilettes. Il était habillé d'un grand boubou bazin bleu.

Au retour, il m’a abordé et on a échangé des contacts. Il m'a appe­lée le lendemain pour m'inviter à une autre soirée. J’ai accepté et tout est parti de là. On se voyait tous les jours. C'est comme ça que je lui demandais de quitter ses amis qui habitaient à Macory pour venir vivre avec moi. On s'aimait énormément. Je l'appelais Tonton, et lui me donnait du Mami. On a fait ensemble beaucoup de pays comme Bénin, la Guinée Conakry... Mais, en 1988, Labah devait aller voir sa mère à Banjul.

C'est à partir de 1à que l'atmos­phère devenait un peu trop lourde. Et pour sauver notre union, je lui ai demandé d'y aller. Le temps de me préparer pour le rejoindre.



Et il a accepté ?



Effectivement. Dès qu'il est parti, il est allé voir l'ambassadeur de Côte d'ivoire au Sénégal de l'époque, Jules Hié Néa. Comme ce dernier fut mon ancien ministre de la Culture, il lui a promis de m'aider. Mais après les démarches, ma mère m’a dissuadée d'aller le rejoindre au Sénégal. Elle m'a dit : «j'ai peur- pour toi, je ne veux pas que tu y ailles. Labah est très pos­sessif avec ses scènes de jalousie et s'il te crée des problèmes chez lui, tu n'auras personne pour te défendre. Surtout qu'il t'aime beaucoup. Ce qui ne peut plaire à ses autres épou­ses. Donc je te conseille de renoncer à ce voyage.»



Donc vous vous disputiez sou­vent ?



Vous savez, quand un homme est jaloux, il est capable du pire. Et puis, s'il est coureur, il pense que tout le monde fait comme lui. Il a même menacé de me tuer un jour. C'était juste par amour, mais il était très gentil. Ceci étant, mes amis m'ont demandé de suivre les conseils de ma mère. J'ai renoncé tout en continuant de l'aimer. Parce que Labah est, en fait, l'homme de ma vie. En même temps, je priais pour qu'il soit heu­reux là où il se trouvait. Mon souci fut que Labah trouva une femme qui puisse l'aimer avec sincérité comme moi. Ma philosophie c'est que si vous aimez celui que j'aime, je vous aime.



Cela ne vous dérangeait pas qu'il allait voir ailleurs ?



C'était le cadet de mes soucis. Lorsqu'il était ici, je lui ai même proposé de lui trouver une autre. Ce qui m'intéressait, c'était qu'il fut heureux. Je suis issue d'une famille musulmane, de surcroît polygame. J’avais décidé un instant de lui en chercher une autre et de l’amener chez nous. Il a refusé. Son bonheur prime sur mes senti­ments. J'étais avec lui sans condi­tion. Toute la Côte d'Ivoire le sait. La maison où nous vivions m'ap­partient,



Vous étiez mariés religieuse­ment ?



Non ! Pas religieusement. Nous avons été mariés tradition­nellement. Il a demandé ma main à ma famille en respectant les cou­tumes. Labah a versé une dot, c'est-à-dire des pagnes, de l'ar­gent... On a célébré en grande pompe nos fiançailles. Pour vous dire que je ne suis pas sa compa­gne mais sa femme. On a même voulu aller à la mairie contracter un mariage civil, mais par manque de temps, on n'a pas pu.



Vous connaissez l'existence et le nombre de vos co-épouses ?



Je n'en ai aucune idée. Cela ne m'intéresse pas.



Pourquoi n'avez-vous pas assisté à ses funérailles ?



On s'appelait tous les jours. Un jour, de l'hôpital, il m'annonce son hospitalisation [elle sort son agenda pour montrer son numéro]. Comme, il sait que je suis fragile, il m'a rassurée en me disant : «Mami, tout ira bien.» Je lui ai même demandé si je pouvais venir le voir à Dakar, il a dit non parce qu'il ne voulait pas me fatiguer.

Je vous jure sur tout ce que j'ai de plus cher que je mourrais d'en­vie de venir à son chevet, mais je ne voulais pas indisposer son foyer.

C'est maintenant que mes amis qui lui ont rendu visite m'ont dit qu'il ne voulait pas que je le vois dans cet état critique. Je profite de cette occasion pour dire que ce n'était pas dans mon intention de vexer mes soeurs (co-épouses, Ndlr).Dans l'interview que j'ai accordée au journal (L'Observateur, Ndlr), j'ai dit à ta consoeur auteur de l'article que «j'en veux à mes sœurs qui n'ont pas été sévère avec Labah pour lui exi­ger un traitement. S'il était avec moi, j'allais lui ordonner de suivre les prescriptions médicales. Puis­qu'il est de nature têtu.» C'est tout ce que j'ai dit. Loin de moi l'objectif de les injurier.



Vous leur reprochez un manque d’attention ?



Je voulais dire qu'il était têtu. C'est ma manière de pleurer. Non ! Je n'accuse personne. Ce n'est pas méchant.



Pourquoi n'êtes-vous pas venue le voir dans ce cas ?



Le jour où il est décédé, tous mes collègues artistes, Aicha Koné, Delta, Clémentine, Bohiri...sont venus me voir. On s'arrangeait pour venir assister aux obsèques. Mais quand Aicha Koné a appelé, l'une de mes soeurs [co-épouse] lui a dit qu'on allait l'enterrer à 15 h. C'était trop juste.

Et puis, je savais que le climat était tendu avec mon interview, mes proches m'ont suggérée de ne pas y aller. Sans compter le fait que je ne voulais pas que les gens pen­sent que j'étais venue pour pren­dre ma part de l'héritage. Jamais. Même quand il était alité, je lui envoyais chaque semaine de l'ar­gent. Demandez à sa nièce Mariétou qui était à son chevet. Je n’ai pas besoin d'un centime de Labah.., [Elle éclate en sanglots pendant une dizaine de minutes]. Des Ivoiriens ont voulu lui ren­dre hommage avec des concerts. J'ai dit non. Parce que je ne veux pas qu'on dise que j'en profite pour récolter des sous. C'est le 26 octobre dernier, que des salseros ont organisé une soirée à Cocody. Le 9 décembre [dimanche dernier, Ndlr], ce sera au tour de la com­mune d'Adjamé. C'est gratuit.



Qu'est-ce que vous vous êtes dit la dernière fois ?



Quand il était à l'hôpital, il m’a dit au téléphone, «mamie, envoie ­moi de la viande de brousse qu'on appelle là, agouti». Comme il en raffolait, j'en ai cherché et la lui apprêtée avec beaucoup de piment et la lui ai envoyée par Franck. Quand Franck est revenu, il m'a dit que son cas était sérieux parce qu'il n'avait pas touché au plat d'agouti. Mais je n’ai jamais eu peur. J'avais toujours espoir de le voir revenir un jour à mes côtés comme l’on avait projeté.



Quand vous êtes-vous vus pour la dernière fois ?



En 1999, quand il était venu avec Africando. Très tôt le matin, il m'a réveillée. Quand je l'ai raccom­pagné, il pleurait dans le taxi... Il me disait qu'il ne voulait pas me laisser seule. Je lui ai demandé de revenir [Pleurs]. Je lui ai dit : «Ton­ton, tu, as maigri, je suis sûre que tu n'as pas arrêté de boire». Il me répond : « il n'y a que toi pour me l'interdire.»



Qu'est-ce que cela vous fait qu'on l'ait enterré sans votre pré­sence ?



(Elle coupe) Cela me fait très mal. Je veux que Pape Fall [le sal­sero Rufisquois du African Salsa, Ndlr] m'aide à avoir les images de la télévision, son cercueil, pour croire que Labah est mort. Après le veuvage; je viendrais à Dakar et quand je verrais sa tombe, peut-­être que cela atténuera ma souf­france. J'ai le droit de voir mon mari, non ? Je vous en prie. Je res­sens un goût amer. Je ne sais pas, mais j'ai peur.



Mais pourquoi ne pas admet­tre qu'il n'est plus ?



Je sais. Seulement, je le refuse.



Qui vous a annoncé son décès ?



C'est mon ami Franck qui m'a téléphoné à 6 h 45 mn, pour m'en informer. Il m'a dit : «Le vieux n'est plus». Mon cri a ameuté le voisi­nage. Les premiers jours, la mai­son était pleine. J'ai suivi l'enterre­ment au téléphone.



Vous pratiquez la religion musulmane ?



Je ne pratique pas, mais je res­pecte le rite du veuvage tradition­nel qui dure quatre mois. Tous les jours je pleure. Vous me voyez sans boucle d'oreilles ni tresses. Rien ne m'intéresse.

Labah me manqué beaucoup. Vous ne pouvez pas imaginer. Je prie Dieu pour qu'il apaise ma souffrance. Je revis nos bons sou­venirs et je me mets à larmoyer. A part les photos, il m'a laissé ce beau balafon qu’on avait lui avait offert en Guinée Conakry. Vous savez, on a eu un bébé, qui est malheureuse­ment décédé à l'âge de trois ans.



Si vous aviez un mot à dire ce serait quoi ?



Que je l'adore.



Vous allez vous remarier ?



Moi ? Avec un autre homme ­Non. Labah est parti depuis 1988. Cela fait dix-neuf ans que je l'at­tends. Je pouvais refaire ma vie mais j'ai préféré vivre notre amour à distance. Ce ne sont pas les hom­mes qui me manquent. Mais ils ne m'intéressent plus. C'est lui ou personne.



Mais vous n'êtes pas si vieille que ça ?



Je dis que les hommes ne m'in­téressent plus.



Un message qui vous tient à coeur ?



J'adore Labah. Je remercie toute la communauté sénégalaise qui l'ont aimé et tenté de le sauver. Je remercie toute la population sénégalaise qui s'est cotisé pour lui sauver la vie. Mention spéciale à ses amis dont Pape Fall. Dites aussi à mes soeurs que je n'ai pas voulu les vexer. Je n'ai accusé personne. Que les gens comprennent que je suis malheureuse. C'était juste ma manière de pleurer celui que j'ai de plus cher au monde. C’était pas méchant... [Elle sanglote]


Recueillis à Abidjan par Ndèye Awa LO
Source: Walf Gran Place

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Jeudi 13 Décembre 2007





1.Posté par Lady le 13/12/2007 10:01
On dirait que c'est elle la mère de Delta Akissi dan "MA FAMILLE".
Que Dieu ait l'âme de Labah SOSEH

2.Posté par KDiop le 13/12/2007 10:15
Du courage Madame! Que Dieu ait pitié de son âme!
Mais si je peux me permettre un avis, je pense que vous devriez refaire votre vie.

3.Posté par MBAYE le 13/12/2007 10:32
c'est dur mais c'est le destin elle a eut tord de ne pas rejoindre son mari non pas pour rester eternellement mais de temps en temps pour faire nourrir cette amour mutuelle mais rester loin pour rejoindre son mari chaque fois elle demande des conseils d'amis.comment ne pas etre avec sa douce moitié pendant des anneés jusqu'au point ou il devait mourir tu ne vas pas l'epauler meme sa mort tu n'y assistes pas et dire qu'il est tout pour toi c'est etrange

4.Posté par diop amadou le 13/12/2007 12:38
.ce qui m étonne..marié pour le méilleure et le pire alors pourquoi ne pas le suivre..ce pendant les autres qui vous conseilles sont a coté de leur mari..merci

5.Posté par adji le 13/12/2007 14:12
moi je suis embroullée car dans la 1ere interview dans l'obs on avait dit que c'est elle qui jouait le role de la mere de bohiri ici on di t qu'elle joue le role de la mére de delta es que vous pourriez m'eclairer s'il vous plais? merci

6.Posté par Rougui le 13/12/2007 14:25
Thérèse Taba est une actrice ivoirienne. Elle est considérée comme une doyenne du 7ème art ivoirien parmi d'autres comme : Léonard Groguhet, Adjé Daniel, Bamba Bakary, Djessan Ayateau, Bagnon,... Elle joue actuellement dans la série à succès Ma Famille le rôle de la mère d'Akissi Delta; de l'Ex-femme de Léo (Léonard Groguhet) et elle joue egalement dans la série télévisée Le Choix de Marianne.

En début d'année 2007 elle tourne dans une publicité télévisée de Jumbo avec d'autres acteurs comme Léonard Groguhet ou Cécilia Pongo (également actrice de Ma famille).

7.Posté par cheikh le 13/12/2007 17:22
quan don vs dit de vous mefiez de senegalais, vs refusez, voila maintenant, comment sa famille vs repaie

8.Posté par Diaby le 12/02/2008 03:32
Je présente toutes mes sympathies à toute la famille Sosseh, en particulier à madame Thérèse Taba. Cette nouvelle m'attriste beaucoup. Je me mets à votre place et je sais que cela doit être très dur. J'ai eu la chance de vous connaître durant mon enfance à la Cité des Arts. Votre générosité n'a jamais fait défaut. Je suis sûr que vos prières seront entendues par le tout puissant.


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