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Dépigmentation : Ce cocktail mortel qui fait des ravages

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Ce sont les nouvelles mixtions prisées par les Sénégalaises. Avec l’aide des vendeurs, elles fabriquent des mélanges de savons et lotions éclaircissants dont elles seules détiennent le secret. Des cocktails détonants qui risquent de créer, sur le long terme, un réel problème de santé publique.



#société #santé

Dépigmentation : Ce cocktail mortel qui fait des ravages
La remarque sarcastique a filtré de la porte close. «Une femme doit être claire. Pas comme ta coépouse. Au lieu qu’elle prenne soin d’elle et de sa peau, elle se laisse aller complètement. Elle ne m’attire plus.» Ces paroles chuchotées à l’oreille de la «niarel» ont percé le cœur de Daba comme une flèche empoisonnée. Meurtrie, Daba en avait pleuré les larmes de son corps. Depuis, elle est entrée dans une colère froide et folle. De celle qui prend le temps de mariner au fond de l’âme. Et qu’on apaise que par une vengeance. Elle avait d’abord commencé par en parler avec quelques amies pour diagnostiquer le problème, puis avait frénétiquement cherché dans Internet le «remède» pour une peau «xessalisée» parfaitement uniforme afin de s’attirer à nouveau les bonnes grâces de son homme.«Vous n’avez pas idée du nombre de recettes qui existent pour s’éclaircir la peau», chuchote-t-elle, en jetant un œil avide sur une grosse bassine débordant d’une mixture incertaine disposée sur un étal de produits pour femmes au marché Tilène de Dakar, un lieu grouillant de vies et d’affaires. Çà et là sur la table, du miel, des sachets de savons à base de miel, citron, carotte, concombre, d’aloès Vera, des pots de mélange de crèmes portant des étiquettes «teint marron», «teint caramel», «teint métis», «teint clair» que le vendeur, un homme de corpulence moyenne à l’écorce noire, manipule avec une dextérité de chimiste. Produits de la cosmétique, il y a là pour les initiés tout un arsenal pour éclaircir la peau.«Pour avoir un teint clair et unifié comme tu le souhaites en un mois, il faut mélanger 4 à 5 tubes de crèmes éclaircissantes. Il faut appliquer ce mélange cinq fois par jours», confie Sidy Fall, vendeur au marché Tilène, à Daba. Confiante et toute à son désir de prendre sa revanche sur sa «niarel», la jeune dame, sourire en coin, sort quelques billets de son porte-monnaie qu’elle glisse au vendeur avant de s’éclipser avec les produits. «Ce mélange de produits éclaircissants que je viens de recommander à la dame est très efficace et elle n’aura aucun problème de peau. Avec ce mélange, c’est la satisfaction garantie», rassure Sidy. C’est l’assurance de certaines sénégalaises qui ont fini de faire de ces mélanges leur astuce imparable pour un teint clair, le nouveau canon de beauté pour certains au pays de la Téranga.Des mélanges détonants pour obtenir un teint clair, wextal, métis, jaune ou caramel

Dans une boutique grouillante du marché de la Gueule-Tapée, El Hadj Gadiaga s’active. Aidé par deux dames, il manie délicatement les produits cosmétiques à sa disposition. Derrière son comptoir, le vendeur, concentré sur sa tâche, s’affaire à un mélange. Penché sur un gros sceau, il y vide l’intégralité des flacons de lait cosmétique auquel il ajoute plusieurs tubes de gel, de l’huile de palme et des produits aux noms complexes qui servent à décaper la peau. Sur les lieux, des tubes de crèmes éclaircissantes vides tapissent le sol. L’homme à la vingtaine révolue, les cheveux peroxydés porte un masque et des gants pour éviter d’être au contact du mélange détonant. Il remue de toutes ces forces la mixture. Le mélange obtenu est d’une couleur rose. Peu de temps après, El Hadj transpose dans de petits pots transparents, prêts à l’emploi, ce mélange opaque censé donner un teint clair à celles qui l’utilisent. C’est ce que dit El Hadj Gadiaga. Un homme volubile, à l’art de la persuasion consommé.



Sa manière de placer, sans l’air d’y toucher, son métier dans la chimie, ses mises en garde répétitives contre les infections de la peau, les retours positifs concourent à rassurer les clientes et endormir leurs méfiances sur les composants et les dosages distillés. D’ailleurs celles qui arrivent jusqu’ici n’en sont plus à ces détails. Pour l’essentiel, la clientèle est composée de femmes soucieuses de briller et d’attirer les regards sur leur teint parfait. Et sont pour la plupart prêtes à tout essayer. De s’enduire de tout pour plaire. Au départ, Mariètou ne croyait pas trop à l’alchimie de ces produits. Et pour avoir un teint clair sans taches, la jeune comptable à l’écorce basanée a essayé un lait corporel acheté en pharmacie. «C’était affreux, le produit me noircissait de jour en jour.» Les savons éclaircissants ont marché un temps, mais elle ne parvenait toujours pas à être «khess petch» comme elle le désirait. Puis, une copine lui a soufflé l’adresse de El Hadj Gadiaga, vendeur de cosmétiques et as dans le mélange de produits et savons éclaircissants.

Mariètou a atterri ici avec l’idée d’en repartir avec le bon produit. Mais le vendeur a tant et si bien vanté la qualité de ses produits qu’elle s’est retrouvée avec toute une panoplie à tester. Le secret de El Hadj est aussi simple que sournois. Il insiste sur le côté sain de ses produits alors qu’aucune étiquette n’est visible sur les pots. «Cela fait plus de sept ans que je vends ces produits et personne n’est jamais venu se plaindre. Le mélange obtenu est vendu à 15 000 FCfa le pot. Et mes clients se l’arrachent comme de petits pains», se réjouit le vendeur. Poursuivant son argumentaire, l’homme déclare ne pas avoir besoin de faire des études très poussé pour fabriquer ces mélanges de produits cosmétiques. «Avec mon expérience dans la vente, je peux clairement reconnaître un produit nocif et un produit qui ne l’est pas», révèle le jeune vendeur.



Dans les marchés, ces mélanges sont proposés sous toutes les formes (laits corporels, savons et gels) dont les contenants, généralement en plastique, ne portent aucune étiquette. D’ailleurs, les éléments de composition sont tenus secrets par les concepteurs. Trouvé seul dans sa boutique de cosmétique, Ibrahima Lô, habillé en tenue traditionnelle, les jambes croisées, écoute religieusement le journal de la mi-journée. Derrière lui, cinq étalages croulent sous le poids de produits éclaircissants. Laits corporels, sérums, crèmes hydratantes, tubes, gels… On y trouve de tout. Ici, l’objectif n’est pas caché. Sur les étiquettes, on peut lire «Favorise l’éclaircissement du teint» ou «100% peau éclaircie» ou encore «Peau impeccable, résultats visibles en 5 jours». Des gammes aussi existent : Gamme teint clair, teint métis, teint jaune, teint caramel etc. Surfant sur la vague de l’inconscience, Ibrahima recommande ses produits en vantant leurs composantes totalement fruitées. «Les mélanges que je propose sont composés d’eau, de glycérine, de lotions corporelles et différents acides de fruits. Il peut arriver que certaines y ajoutent des huiles comme celle de serpent ou encore le sérum anti-âge», indique Ibrahima qui refuse d’entrer dans les détails, car pour lui, à chaque vendeur son secret de préparation.

«Je sais que ces mélanges sont toxiques, mais c’est mon choix»



Si certaines Sénégalaises plus aisées peuvent se permettre d’acheter des produits testés dans des laboratoires de cosmétiques, d’autres, avec de faibles revenues, achètent des lotions ou savons éclaircissants au mélange douteux. Tandis que les plus hardies font elles-mêmes le mélange qui s’avérerait être dangereux pour leur peau à long terme. Maïmouna Diagne est une adepte de la dépigmentation. Depuis presque 5 ans, la dame à la trentaine révolue a adopté cette pratique. Elle confie être l’auteure de ces propres mélanges éclaircissants et décortique les composantes. «Je prends un sachet qui coûte 25 FCfa, j’y verse en entier la lotion ‘’Perfect White’’, j’y ajoute le tube ‘’Ct+ up’’, de l’huile d’amande douce, et le ‘’gluta cream sérum’’. Puis je les mélange jusqu’à obtention d’une crème orangée que je transpose dans un pot que je garde dans mon réfrigérateur», sourit-elle.

Cependant, consciente de la toxicité de la mixture, Maïmouna révèle ne pas l’utiliser sur son visage. «J’évite d’utiliser ce mélange sur le visage car, ces produits ne doivent pas être au contact avec les yeux», s’exclame Maïmouna qui avoue utiliser ces produits pour attirer l’attention. «Je me dépigmente parce que j’ai ce désir d’avoir une peau claire. Je sais que ce mélange peut être toxique, mais c’est mon choix», confesse-t-elle. Tout comme Maïmouna, Awa Diop, sage-femme de profession, prépare aussi ces propres savons, en suivant les tutoriels diffusés sur le Net. Pour Awa, le secret de sa recette réside dans le mélange de savons à base de miel, d’Aloès Véra, de citron, d’œuf, de lait gloria, de henné et d’huile de palme. Un cocktail explosif qu’elle sait toxique. Mais pour la sage-femme, avoir un teint impeccable et clair en deux semaines vaut tous les risques.

«Des produits concentrés en compositions toxiques tels que les métaux lourds, le plomb, le mercure, l’hydroquinone et des corticoïdes»

Une toxicité, source de dangers sur lesquels alerte l’ingénieur en Chimie Birima Thiam. Pour le chimiste, ces substances chimiques, individuellement ou en mélange contenues dans ces laits et savons pourraient avoir des effets toxiques pour la santé humaine et pour l’environnement. Elles présentent aussi des risques aussi bien pour le fabriquant que pour le consommateur. «Un produit dépigmentant est un produit qui est extrêmement concentré en compositions toxiques notamment les métaux lourds, le plomb et le mercure. Elles sont à base d’hydroquinone et de corticoïdes qui sont dangereux pour la peau», révèle le chimiste. Ceux qui s’adonnent à ces mélanges sans gants sont exposés à des risques cutanés directs, à des problèmes respiratoires et cela peut aller jusqu’à l’insuffisance rénale. Pour les consommateurs, Birima Thiam avertit : «Les métaux lourds compris dans ces mélanges ne peuvent être métabolisés par l’organisme qu’en faible quantité. Le mélange de ces produits peut avoir des effets dramatiques sur le long terme comme le cancer de la peau, des infections cutanées répétées. Les femmes qui les utilisent peuvent développer des grossesses compliquées et donner naissance à des prématurés ou des mort-nés.»

AICHA GOUDIABY (STAGIAIRE)

















Leral

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Lundi 20 Janvier 2020




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