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[ DOSSIER ] REPORTAGE: « Soum Soum », « Kana Kadjou », « Bigne », Grocou etc…: l’alcool des pauvres

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A côté des alcools dits de luxe, existent ceux qu’on appelle, dans un terme générique, l’alcool des pauvres. Avec 125 francs Cfa, les adeptes de « soum soum », « kana kadjou », « bigne », ces eaux de feu frelatées, peuvent avoir leur dose de « dathie » (d’ivresse). A travers la ballade que la « Sentinelle » a effectuée dans le coin chaud de « Toll Bi » et à la cité des célibataires de Baobab, on se rend compte quelque part que l’homme ne meurt pas, mais il se tue.



[ DOSSIER ] REPORTAGE: « Soum Soum », « Kana Kadjou », « Bigne », Grocou etc…: l’alcool des pauvres
Pour arriver à « Toll B i », on a demandé à plus de six passants où se trouvait les lieux, tellement l’endroit est niché dans un recoin perdu dans le bouillant quartier de Reubeus. Arrivé sur place, le visiteur qui débarque pour la première fois est assommé par le décor d’un endroit malfamé et l’ambiance bon enfant qui y règnent. Pour ne pas offusquer les clients venus se rincer la gorge avec cette boisson alcoolique produite localement, on a fait semblant de chercher une connaissance qui nous a subitement faussé compagnie sans crier garde.

Dans ce genre d’endroits, il est déconseillé de se faire remarquer négativement ou de donner l’impression d’avoir pitié ou de toiser ces « honnêtes citoyens, gens de bien et amis du monde ». C’est comme qui dirait, dans le langage des « casseurs de verres », « si tu es ivre, ne perturbe pas ceux qui ne le sont pas encore ».Ainsi, nous avons fait un tour dans ce quartier, véritable ghetto. Ayant repéré D. N, la quarantaine, moustachue, nous avons pris place à ses cotés. Après avoir décliné notre identité et accepter volontiers de lui payer un verre pour avoir ses confidences et des informations sur le milieu, D.N, de commerce facile, nous met à l’aise tout en nous demandant de lui payer des cigarettes. Comme pour dire que l’alcool et la cigarette font bon ménage D’entrée de jeu, notre interlocuteur nous fait savoir que des personnes de toutes catégories sociales fréquentent ce lieu. D’aucuns viennent pour boire, d’autres par solidarité, car ayant grandi dans le quartier. Le « kana kadjou » est un jus d’acajou venu de la Guinée Bissau que l’on frelate pendant 24 heures. Quant au « soum soum », c’est du sucre cuit mélangé avec de la levure. Un fin connaisseur de « ce machin » nous révèle que c’est le produit noir qui se trouve dans les batteries (piles) qu’on recueille et qu’on mélange avec ces ingrédients sus nommés. Le « soum soum » est produit vers Pikine et Sangalkam et conditionné dans des fûts et des barils, renseigne celui que l’on surnomme « Eul » à « Toll Bi ». Evidemment, coté hygiène, cela laisse à désirer. Le « soum soum » ne coûte pas cher. Le litre s’échange contre 1000 Francs Cfa, le demi litre coûte 500 francs et le quart de litre vaut 250 francs Cfa. Si vous êtes vraiment fauchés, alors vous demandez l’équivalent de la tasse de thé qui se monnaye contre 125 Francs Cfa. Qui dit mieux pour avoir la tête dans les « vape’s », pour sonder les abîmes de la terre et mesurer l’étendue de sa surface ? Des prix qu’on ne retrouve nulle par ailleurs, si ce n’est dans ces « clandos » et dont l’ivresse et l’état d’ébriété qu’il procure n’a d’égal qu’à la modicité de son prix.

Le grogou : un alcool pur et dur

Le plus terrible de ces alcools est sans doute le grogou, un alcool venu directement des îles du Cap vert. Le quart de litre coûte 800 francs Cfa et, l’équivalent de la tasse de thé se vend à 300 Francs Cfa. Le grogou se vend dans l’exigüe cité des célibataires sise à Baobab, qui est tout sauf une cité de célibataires, vu le nombre de personnes qui vivent dans chaque villa. Rien qu’à voir les lèvres de ceux qui le prennent et leurs visages enflés pour se faire une idée de la nocivité de cet alcool. L’artiste comédien Cheikhou Guèye, alias « Sanex », dans l’une de ses pièces éponymes, avait déclaré qu’il allait à la police dénoncer « ses woulan dian comtemporains » (péripatéticiennes). De la même manière, le grogou devrait être interdite à la vente et à la consommation. Du moins, celui qu’on vend à la cité des célibataires à Baobab. Pour cause, quand le charbon est mouillé, il suffit d’y verser une tasse de grogou, pour que le feu soit attisé, confie notre guide du jour. Poser sa langue sur le grogou, ce n’est ni plus ni moins que de poser sa langue dans de l’alcool éther. C’est la même sensation que cela procure. Avec le grogou, il suffit d’une gorgée pour sentir son sang bouillir. Deux gorgées et vous réalisez que votre esprit se détache petit à petit de votre corps. Et à la troisième gorgée vous arrivez aux premiers kilomètres des « noetta supérieurs » pour parler comme les philosophes. C’est comme ce jeune M.Samb, qui est arrivé dans notre pré carré très enthousiaste. Il lui a suffit de trois gorgées pour porter sa chaussure gauche dans son pied droit et vice versa. Juste le temps de faire un tour et revenir, notre bonhomme était couché à même le sol, les yeux fixés sur les rayons du soleil qui était presque au zénith. Que s’est –il passé en l’espace de six minutes ?

Une violence verbale sans précédent

On s’insulte pour une « clop » (cigarette).On se chamaille pour certains écarts de conduite, mais on reste toujours solidaire à partager « nokh mi » (alcool). A part cette vieille dame qui refuse de faire un crédit tant que vous n’avez pas payé la dose d’hier, rien ne vaut la scène d’un alcoolique qui est « sic » et qui n’a pas encore siroté sa boisson préférée. Rien de tel. Il peut même vous vendre à 10 000 mille francs ce qui coûte 1000 000 de francs Cfa. A notre arrivée, une dame a giflé un buveur parce que ce dernier a frappé sa fille. On discute à haute voix, et pour une idée contradictoire, on se lève, mais on ne se bat jamais. C’est le fort de ces milieux. Quand nous avons demandé à Etienne Diatta si des bagarres n’ont pas lieu dans son quartier, ce dernier rétorque : « les grandes violences (des empoignades) sont très rares. Ce n’est pas parce que vous êtes venu pour boire que vous devez faire le bordel. Nous avons aussi nos familles à éduquer et à entretenir. Et nous, on est des diolas, soit on est tranquilles, sinon on vous interdit les lieux ». Et pour ces buveurs qui ont le sang chaud, et qui ne pensent qu’à la femme après une bonne dose d’alcool, Etienne Diatta prévient : « les auteurs d’attouchements et de viols sont systématiquement lynchés ».

Vente d’alcool local, faute de mieux ?

Quand la discussion commence à être plus intéressante, un autre « honnête citoyen, gens de bien et ami du monde » sortit de sa besace une trompette pour accorder quelques notes de musique. Ce que les bonnes dames d’ethnie diola ne lui laisseront pas faire : « Ah toi là, tu es encore revenu, tu ne sais pas qu’il fait chaud ». L’homme en question est un ancien militaire de la première promotion de l’armée sénégalaise qui a appris à jouer la musique dans la Grande muette. Il a eu à séjourner pendant 8 ans entre le Burkina fasso, le Mali et la Côte d’Ivoire, en compagnie du défunt Laaba Sosseh. Sur les conditions de la vente de cet alcool, l’alcool des pauvres, Etienne Diatta, chef de quartier du taudis « Toll Bi », révèle qu’il est fréquent que la police débarque sur les lieux et les embarquent, eux tenanciers de débits de boissons alcoolisées. D’ailleurs, ajoute t-il : « mon grand frère Almamy a longtemps séjourné en prison pour vente illégale de boissons alcoolisées ». Seulement, précise t-il, « ce n’est pas que nous nous rebellions contre l’autorité, mais c’est que nous sommes pauvres et démunis. Regardez pour mon cas, j’ai six enfants et ma fille aînée à deux enfants. Je travaille comme gardien et voilà 2 mois que je cours derrière mon salaire. Je n’ai pas le choix que de vendre ces boissons à mes risques et périls. Maintenant, les autorités nous ont permis de le vendre mais pas que les acheteurs le consomment sur place ».

Un quartier comme les autres

« Toll Bi » est un abreuvoir, un quartier où vivent une cinquantaine de familles. Des peulhs venus de la Guinée, des sérères venus de l’intérieur du pays et des casamançais, constituent l’essentiel de la population de « Toll Bi ». Les enfants s’adonnent à leurs jeux favoris. Les dames font la lessive et cuisinent à côté. Certaines familles, comme celles de Etienne Diatta, habitent le secteur depuis 1977. « Tous mes enfants sont nés ici » confie t-il. Le matin, les enfants de « Tol Bi » vont à l’école de la Médina et du Plateau. Ayant été avertis par les autorités que le taudis sera rasé une fois les travaux du nouveau palais de justice achevés, les habitants de « Toll Bi » ont reçu un ultimatum pour quitter les lieux au plus tard le 31 juillet 2008. Seulement, craint Almamy Diatta, « nous pensons que les pouvoirs publics ne vont pas nous jeter à la rue. Nous voulons être relogés ailleurs, même dans les cités du plan « Jaxaay », nous sommes preneurs. Partout, dans ce genre de situation, l’Etat indemnise les familles avant de les déguerpir ou leur octroie des portions de terre ».

Des buveurs menacés d’impuissance sexuelle

Selon le Dr Lamine Faye, du Cabinet du ministre de la santé, l’Organisation mondiale de la santé (Oms), a commandité une étude sur l’alcool local en Afrique dont les résultats seront publiés dans un mois. Selon lui, il faut distinguer deux types d’alcools : l’alcool médical (qu’on utilise dans les centres de santé et les hôpitaux) et l’alcool alimentaire (alcool de luxe et alcool local).Du point de vue clinique, l’alcool entraîne une forte dépendance qui peut aller jusqu’à inhiber tout appétit chez le buveur. A force de perdre l’appétit, l’alcool fait de ces gens là, des êtres cachectiques (amaigrissement très avancé) causé par une dénutrition, martèle le Dr Lamine Faye. Sur le plan psychique, l’usage de l’alcool entraîne à la longue une impuissance sexuelle et le sujet peut développer des délires de jalousie, martyriser sa femme et violenter ses enfants. Le traitement, pour ce qui est de la cure de désintoxication est décevant. Car souvent, dit –il, le patient rechute et retourne à ses vieilles amours. Et généralement, c’est les intellectuels qui ont fait l’Europe qui constituent l’essentiel de nos patients. Car, avec la famille, l’âge, et le poids de la religion, certains veulent arrêter la consommation d’alcool. Mais il faut remarquer que souvent, avec une forte dépendance et les soucis de tous ordres, le sevrage se fait difficilement, surtout en cette période de pénuries et de chèreté de denrées de consommation. « Quant à ceux qui prennent l’alcool local, très rare sont les cas où nous recevons ces gens là pour une cure de désintoxication, nous les prenons et les internons selon leur volonté pour maximiser leurs chances d’être pris en charge et leur non retour à la bouteille. Sinon, ils restent des patients ambulatoires ».

Mohamadou SY « Siré »

Source: African Global News

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Jeudi 7 Août 2008





1.Posté par TEUSS le 07/08/2008 11:08
N'importe koi là et arrettez de boire vous semez la terreur partout

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