Xibar.net - L'oeil critique du Sénégal


Référence multimedia du sénégal
.
Google

Centenaire disparition d’El Hadj Malick Sy : Une célébration à la dimension de Maodo

Article Lu 11735 fois

Les festivités commémoratives du Centenaire de la disparition de Seydi El Hadj Malick Sy (1922-2022) se déroulent du 24 au 27 juin 2022 dans la ville sainte de Tivaouane. Autour du thème « Seydi El Hadj Malick Sy, 100 ans après : Lumière sur sa vie et son œuvre », cet événement religieux sera mis à profit par les disciples de la « Khadara Malikiya » et la « Ummah » pour se ressourcer et revisiter la pensée, l’action et l’immense production littéraire et poétique de Mame Maodo.



L’idée de la célébration du Centenaire du rappel à Dieu d’El Hadj Malick Sy (1922-2022) et de la mise en place d’un comité d’initiative a émané du député-maire de la ville Demba Diop dit Diop Sy et du Conseil municipal de Tivaouane. La proposition a été validée et bénie par le Khalife général des Tidianes Serigne Babacar Sy Mansour. Selon le chargé de communication de la famille et du Comité de pilotage des activités commémoratives, Hamid Sy, l’«événement religieux de renaissance cultuelle et culturelle, placé sous le haut patronage du Président de la République, Macky Sall, et de Sa Majesté, le Roi du Maroc, Mouhamed VI, sera une occasion pour les pèlerins de mettre à profit les quatre jours que vont durer les festivités religieuses pour revisiter l’œuvre et la vie du Saint homme de Tivaouane ». Le thème central : « El Hadj Malick Sy, 100 ans après : Lumière sur sa vie et son œuvre ». Un programme d’activités axé autour des dates et points précis a été élaboré suivant les directives arrêtées par le Khalife général des Tidianes.

En prélude à cet événement, tout un programme animé par des sommités intellectuelles de la Hadara se déroule depuis le début du mois de juin 2022 pour revisiter l’œuvre du Saint homme. Une « Khadratul Djumââh » synchronisée nationale, des conférences et animations religieuses sur la vie, l’œuvre et les réformes d’El Hadji Malick Sy, le rôle de la Zâwiya de Tivaouane dans la consolidation de l’éducation islamique et spirituelle, des séances de lecture et concours de récital du Saint Coran, spectacle « Sons et Lumières », invocation et prières à la mémoire du Saint homme, de sa famille disparue et de tous les chefs religieux contemporains. Des séances de lecture du Saint Coran, invocation et prières à la mémoire du Saint homme, des visites pieuses aux mausolées et un Forum de la jeunesse sont au menu. Il sera complété par l’organisation d’un colloque international et d’autres activités cultuelles et culturelles à l’approche du prochain Maouloud (Gamou 2022).

Mamadou Lamine DIEYE

Macky Sall, hôte de Tivaouane ce samedi

La commémoration du centenaire de la disparition de Seydi El Hadj Malick Sy (Rta), placé sous le haut patronage du Président de la République, Macky Sall, et le Roi Mohammed VI du Maroc, sera rehaussée par la présence effective du Chef de l’État, ce samedi 25 juin. Macky Sall qui sera l’hôte du Khalife général des Tidianes Serigne Babacar Sy Mansour sera accueilli dans la ville sainte par 10.000 enfants des daraas habillés en blanc.

À Tivaouane, le Chef de l’État va visiter le Mausolée d’El Hadj Malick Sy. Ensuite, il sera au chantier de la Grande mosquée de Tivaouane puis au vernissage de l’Exposition sur la vie et l’œuvre d’EL Hadji Malick Sy. Le Président de la République va assister à l’ouverture officielle de la célébration du centenaire en compagnie du représentant du Roi du Maroc.
M. L. DIEYE

Malick Sy : L’inspirateur et le pédagogue

El Hadji Malick Sy était un homme multidimensionnel qui a su faire face à l’adversité avec intelligence et pédagogie sans se compromettre. Celui que l’on surnommait « Maodo » a également désherbé une allée de lumière à ses disciples et à l’humanité par son inspirante action et ses enseignements aiguillés par sa foi en Dieu et sa grande culture.

Sidy Ahmed Sy, le fils aîné d’El Hadji Malick Sy, a associé, loin des siens, sa destinée à celle de plusieurs tirailleurs sénégalais. Il est celui que la tradition musulmane, son érudition et son éducation spirituelle aussi prédestinaient à succéder à son père au Khalifat. Mais, le destin l’appelait à servir dans un univers hostile, loin de son espace de confort. Sidy Ahmed Sy fait partie, en effet, de ces Africains qui ont livré bataille lors de la Première Guerre mondiale (1914-1918). Quand la France a sollicité El Hadj Malick Sy -qui ne s’est jamais abaissé à des compromissions- des soldats pour participer à cette guerre lointaine, il a, dans un acte d’une grande noblesse d’âme, envoyé son fils, Ahmed. L’auteur de « Ifham el-Munkir » réitère à l’endroit de l’autorité coloniale son refus d’envoyer ses disciples qui « étaient les enfants d’autres musulmans ». C’est ainsi qu’est parti en guerre le natif de Saint-Louis, confiant à Dieu son épouse et ses deux filles. Le fils d’Adja Rokhaya Ndiaye disparaît lors de la bataille de Salonique en Grèce en 1916 où sa tombe a été identifiée. Quelle grandeur d’âme de Maodo ! Quelle leçon de vie ! C’est là un acte inspirant et une traduction de la compréhension d’El Hadji Malick Sy des rapports que le disciple et son marabout doivent entretenir car il était, aux yeux de Mouhamed Bachir Ngom, petit-fils d’El Hadj Rawane Ngom, « un leader éclairé qui inspirait par son action et sa posture ».

Maodo était un intellectuel agissant et d’une grande finesse d’esprit qui, sans s’abaisser à des compromissions, n’accablait point l’ennemi. C’était un as de la persuasion, de la conciliation, celle-là qui ne violait pas, toutefois, la foi des siens. C’est ainsi qu’il a pu installer sa Zawiya à Saint-Louis, espace-symbole de l’autorité coloniale. Sa relation avec celle-ci est à inscrire dans une habile démarche politique qui mettait au centre de ses préoccupations la propagation de l’Islam dans des zones hostiles, à travers la Tidianya. Selon le chercheur Dr Seydi Diamil Niane, « cette posture est aussi dictée par le contexte d’inquisition et de suspicion à l’égard des chefs religieux de la Tidianya qui, avant lui, se sont heurtés au colon. Dans sa thèse, El Hadj Rawane Mbaye considère cette démarche d’El Hadji Malick Sy comme une résistance pacifique ». Ainsi a-t-il servi de relais aux autorités coloniales quand il s’est agi de sensibiliser les populations sur la nécessité de se faire vacciner contre la peste en donnant l’exemple lui-même. Tant que les questions agitées n’étaient pas en contradiction avec sa religion, il a su éviter la confrontation avec le pouvoir temporel.

Avant-gardiste

Tout au début du vingtième siècle, Maodo s’est installé à Tivaouane qui était encore un repère de débauche, une zone d’influence du pouvoir « ceddo » (au sens païen). Malgré les divergences évidentes qui existaient entre sa communauté et celle qu’il y avait trouvée, il s’est employé à faire passer son message sans heurt. Le prêcheur Ibrahima Badiane dit Iran Ndao rapporte cette anecdote : « Quelques-uns de ses disciples sont venus, un jour, se plaindre auprès de lui du tapage causé par les « ceddo » qui se plaisaient à battre les tam-tams au moment où Maodo et ses talibés faisaient leurs séances d’exégèse. El Hadji Malick Sy leur objecte ceci : « Entendent-ils ce que nous sommes en train de faire ? Non ! répondit l’assistance. Alors, ne nous préoccupons pas non plus de leur tintamarre. Concentrons-nous sur ce que nous faisons ».

Le père de Serigne Babacar Sy n’ignorait pas non plus les réalités de son temps. Quand s’est posé le débat sur le caractère licite de l’annonce du commencement et de la rupture du jeûne par le télégraphe ou par des coups de fusil ou de canon, il écrit un poème pour donner sa position qui est de ne pas ignorer les possibilités offertes par les avancées technologiques tant qu’elles ne subordonnent pas les principes de la religion musulmane. Cette démarche montre que c’est un guide que le progrès ne rebute pas. Il a su inciter les gens à épouser la cause musulmane sans violence car, souligne Iran Ndao, « il les poussait à cultiver, à éveiller leur intelligence ». Cela pourrait s’expliquer par le fait qu’El Hadji Malick Sy, dans son action de propagation de l’Islam, a investi des centres urbains où il fallait s’accommoder sans se compromettre. En ce qui a trait à la transmission du savoir, El Hadji Malick Sy faisait aussi preuve de beaucoup de pédagogie. Le natif de Gaya a versifié des livres d’accès difficile pour faciliter l’apprentissage et la mémorisation. Son esprit de synthèse, selon Seydi Djamil Niane, est aussi fascinant. Amar Samb faisait remarquer, dans une publication (« Essai sur la contribution du Sénégal à la littérature d’expression arabe »), que « El Hadji Malik a bien relevé l’étendard de la Voie créée par Cheikh Ahmed Tijâni Chérif ». « S’il n’a pas introduit le premier le Tijânisme au Sénégal, c’est lui qui l’a propagé par son enseignement, par sa conduite droite et pieuse, par ses écrits. » Il est un pédagogue hors pair qui, avec une approche conciliant réalisme et fermeté quand il s’agit de défendre les valeurs islamiques, a créé l’université populaire de Tivaouane, océan de connaissances, espace de spiritualité et de célébration des vertus et valeurs partagées. C’est pourquoi son œuvre transcende les petites appartenances et embrasse l’universel.

LeSoleil Alassane Aliou Fèré MBAYE (texte paru dans le spécial Maouloud 2018)




Article Lu 11735 fois

Samedi 25 Juin 2022




Nouveau commentaire :
Twitter

Actualités | Politique | Economie | Fait Divers | Société | People | Sport | Coin des femmes | Culture | International | Vidéo News | Buzz du monde | Bande dessinée | Dinama Nekh | Buur Guewel | Double vie | Revue de presse | Blagues | Le miroir de l’entrepreneur





Copyright © 2007 - 2016 Xibar multimedia Tous droits réservés

DIRECTEUR DE PUBLICATION: Abdoulaye Sogue - Contact: Protect e-mail with only css

Xibar Multimedia - 2901 41st Ave, Long Island City, NY 11101, United State