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ARTISTE-RAPPEUR : Dip Doundou Guiss, un flow provocateur

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Il marche actuellement sur l’eau, Dip Doundou Guiss. Le jeune prodige du rap, qui vient de publier dans les bacs un nouvel album, «Lnn», voit son nom et ses titres partout. Prolifique, provocateur, chouchouté, audacieux, confiant, son talent n’a d’égal que ses grandes ambitions. Estimant que le hip hop sénégalais reste encore à parfaire, il considère avoir les bonnes pièces du puzzle qui passeront le parfait maquillage.




Son album sorti en fin d’année 2019 se consomme comme l’aloko en Côte d’Ivoire. Tout en restant dans un flux ininterrompu, «Lnn» enregistre en ce moment plus de deux millions de téléchargements en streaming. Les casques personnalisés et estampillés ainsi que les clefs Usb, qui en sont les principaux supports, se vendent également comme de petits beignets à la crème. Ce bijou musical de Dip Doundou Guiss, bien apprécié par le public, carillonne partout et sonne comme l’opus vedette de ce début d’année. De plus, les critiques en donnent des observations élogieuses. Ce qui réjouit le rappeur. «La commercialisation du produit est un bon indice, certes. Il est important que les gens aient la culture d’acheter ce que nous faisons et nous appuient. Mais, ce qui est plus significatif pour moi est que les gens soient charmés par la qualité et créditent tout le travail qui est abattu dans les coulisses», fait savoir Dip, trouvé décontracté entre ses potes, dans son studio d’enregistrement et label «Reptyle Music».

A l’écoute des 19 morceaux de l’album, on est confronté à des couleurs musicales enchanteresses, de rythmes novateurs et de beats intrépides. Le titre éponyme, où Dip est en featuring avec le tonitruant Bass Thioung, concentre bien le ton de l’opus et prouve toute l’audace de l’artiste. Et encore, le propos ne sonne pas toc. «Lnn» est un travail mitonné pendant un bon moment, selon Dip, et dont les moindres traits ont été soigneusement pensés et élaborés. «Lnn», sigle de «Loo ñeme ñàkk», est une expression du jargon populaire qui invite son interlocuteur à tenir un pari et à un courage de racaille. Cet album, autant dans son esprit que dans la dénomination, traduit la personnalité et le style de Dip Doundou Guiss.

HOMME DE DEFIS

Il est un homme de défis et se classe dans la rubrique des révolutionnaires qui apportent un souffle nouveau et moderne au mouvement hip hop. Depuis le début de sa carrière en 2012, Dip Doundou Guiss est, hormis le chouchou de son art, comme la révélation du hip hop local. Parce que son groove est original, ses lyrics profonds et saisissants. Le jeune homme est influencé dans sa prime adolescence par les tubes de Daara j, Positive black soul, de Karim Xrum Xaax, entre autres. «J’écoutais un peu de tout», embraye-t-il. A l’international, il s’abreuve des rimes cadencées de Dmx et de Ti, ainsi que des mélopées de J Cole dont il raffole ses story tellers. «J’aime bien ce style, et je fais souvent des égos trips, c’est vrai. Mais, contrairement à ce que beaucoup pensent, je ne parle pas toujours de moi et je ne veux rien dévoiler. Je vis en société, et bon nombre de mes concitoyens s’identifient à mes propos et ont besoin de quelqu’un qui parle à leur place. Je ne traduis que les préoccupations des jeunes et de la société», précise-t-il avec son visage oblong. Ceci justifie, peut-être, l’adhésion populaire à sa musique.

Une autre partie de l’explication se trouve dans le berceau de son enfance. Dominique Preira est né en mars 1991. C’est dans les dédales de son Grand-Yoff natal, un quartier populeux, peu éclatant, qu’il a pétri son talent, griffonné ses premiers textes et écumé les premiers battles de rap. Il se distingue à partir de ces joutes et gagne les premières bobines de son futur costume de star. Lui, l’enfant d’une famille «peu aisée». Il a grandi ensuite entre ce quartier et celui de son Castors, chez son grand-père, fait un peu plus de 400 cents coups et développe le virus de la turbulence et, surtout, de la musique.

Cette passion fera que le bachelier ne fasse pas vieux os dans les amphis de la Faculté des sciences juridiques et politiques de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Il fait de la musique son choix de vie à la place des subtilités du droit et dit ne rien en regretter aujourd’hui. Dominique Preira est marié et père d’un enfant, et vit dans l’ombre discrète d’un Dip projeté sous les lumières du succès.

Cette reconnaissance, Dip l’a gagnée en peu d’années à la faveur de son groove, son style et son script singuliers. En six années, il en est à son sixième projet musical, sans compter les singles et autres featurings à son actif. Le jeune musicien estime qu’il y a, avec le talent, énormément de travail, de la maturité, de l’habilité gagnée avec le cursus et la conscience de sa responsabilité, ses responsabilités. Il est de cette mouvance qui conçoit que le mouvement hip hop est évolutif, et il a l’objectif d’imposer sa signature sur ce qui constituera le point de sa progression. «Mon travail se sentira plus tard, quand la génération à venir commencera à bénéficier des fruits de notre révolution. Il se sentira lorsque, d’ici quelques années, on retiendra que Dip aura donné une bonne impulsion à la marche», laisse entendre Dip, un tantinet prémonitoire, signifiant en passant qu’il ne veut pas durer dans le game.

GENEROSITE

Toutefois, admet-il que même s’il mourrait aujourd’hui, son nom serait tout de même bien évocateur dans le milieu. Dip est remarquable par sa générosité. Son label, «Reptyle music», où il est coproducteur, constitue un incubateur pour plusieurs jeunes talents qui ne cherchent qu’à révéler voix et talents. Dip ne voit là qu’une logique, en rendant un ascenseur qui lui a été envoyé à un moment propice. Selon lui, dans un ton vif et perspicace, il est le patron du rap sénégalais. «Il faut avoir le courage de l’affirmer. Ce n’est pas une auto-proclamation parce que ce sont les chiffres et le public qui l’attestent. Ce n’est ni de la vantardise ni un manque de modestie. Et si la modestie doit dissiper la vérité, c’est qu’elle n’est plus une vertu», assène Dip, dans une espièglerie accentuée par le fin tracé de sa moustache en voûte. Pas dédaigneux, mais un brin hardi. Dominique, bon catholique, n’a foi qu’en Dieu. Dip Doundou Guiss croit dur en son talent et reconnaît qu’il y a encore beaucoup de travail à effectuer.

Au détour de son nouvel album, Dip amorce un virage à partir duquel il entend entreprendre la conquête du marché international. Son duo avec le rappeur français Lefa, ex-figure du groupe «Sexion d’assaut», donne le la de cet objectif. Il considère que la tendance mondiale subit des mutations, et il a le devoir d’y apporter sa touche. Outre sa notoriété et la présentation de son empreinte, il veut aller à l’assaut du marché international afin de populariser et commercialiser le produit sénégalais. D’autant plus que, conçoit-il, il a déjà fait ses preuves, dispose d’assez de courage pour oser le neuf et est le chef de file et porte-étendard du hip hop sénégalais nouvelle version. De son avis, il se dégage comme l’ambassadeur attitré et idéal. D’après lui, il suffit juste de constater la ruée de ses pairs sur sa personne pour s’en apercevoir.

«Si aujourd’hui mon style est copié et toutes les attentions concentrées sur moi, c’est que je suis le premier de la classe. Certains peuvent continuer à dénigrer en disant que je fais du taasu ou du mbalax. C’est dommage parce que c’est soit une méprise, soit une incompréhension. Mais ça n’enlèvera en rien au fait que je suis sur le trône. Je n’ai nommé personne, mais eux tous me nomment, financent des clips vidéos, tissent des bobards et se tuent au studio pour m’apporter une réplique», nargue Dip Doundou Guiss, faisant allusion à la série de clashs notée dernièrement.

Même s’il affirme n’avoir pas donné le départ de cet épisode, c’est de son single «Président Fifa» qu’est partie la flopée qui a retenu les attentions. Des répliques les unes les plus acerbes et grossières que les autres. Dip dit ne pas en être fier et regrette d’avoir proféré des injures et la tournure des choses. Ceci, à cause de ce principe d’ellipse d’ordre social qui instruit la censure de certains faits et propos. Toutefois, il note deux conclusions. «Le rap n’est pas né des maisons, il reste une acticité de rue. A force de le nettoyer, il pourrait en perdre son sens, même si, c’est vrai, nous devons être regardants. A côté également, l’incident a bien promu mon album. Et ceci montre que seul le travail reste et compte», argue le rappeur.

Dip inscrit ce clash derrière lui et dit faire focus sur ses perspectives. Il prépare son concert en France le 1er février, celui du Cices le 8 suivant, en plus des tournées en gestation. L’artiste, qui est aujourd’hui sanctifié par les vétérans du rap galsen comme la relève de la matière, dit avoir conscience du poids de ses responsabilités. Des responsabilités qu’il compte assurer comme un grand. Sans aspérités et loin des fadaises.

LESOLEIL Mamadou Oumar KAMARA

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Lundi 20 Janvier 2020




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