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Yayi Bayam Diouf : Une mère-courage qui se bat contre l’émigration clandestine

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Yayi Bayam Diouf : Une mère-courage qui se bat contre l’émigration clandestine
Il y a de ces grandes douleurs qui, quand elles vous frappent dans la vie, transforment radicalement votre vision du monde dans un sens négatif ou positif. De la mort accidentelle de son unique fils qui a tenté, pendant l’été 2007, de rallier les côtes espagnoles à bord d’une pirogue de fortune avec quatre-vingts autres jeunes de Thiaroye-sur-mer, Yayi Bayam Diouf, au lieu de se laisser emporter par le chagrin, a sublimé sa douleur par un engagement à lutter contre l’émigration clandestine qui n’a d’égal que l’amour maternel qu’elle avait pour son fils unique.

A 50 ans bien sonné, Yayi Bayam Diouf est devenu, malgré elle, le symbole vivant des victimes de l’émigration clandestine. ‘Je suis victime de l’émigration pour avoir perdu mon unique fils lors de la traversée du Sénégal vers l’Espagne. C’était l’année dernière, avec les vagues de départs vers l’Espagne à bord de pirogues artisanales’, dit-elle pudiquement pour masquer cette douleur qui l’habite depuis la mort, à la fleur de l’âge, de son fils Alioune Mar, pêcheur de 26 ans. Sur le coup, elle n’avait pas hésité à crier sa douleur sur tous les toits pour conscientiser les jeunes et leurs parents. Les télévisions, les radios et les journaux du monde entier lui ont tendu le micro pour amplifier le cri de douleur de cette mère de famille. Mais, plus le temps passe, plus elle pleure ce fils disparu très tôt, au moment où l’on s’y attendait le moins.
‘Il avait 26 ans, il n’était pas marié, mais avait une fiancée. Il s’appelait Alioune Mar’, glisse la présidente du Collectif des femmes pour la lutte contre l’émigration clandestine, en fixant le plafond de la salle du restaurant où nous l’avons rencontrée hier, dans le centre-ville de Dakar.

Yayi Bayam Diouf, habillée sobrement d’un ‘ndocket’ en tissu ‘Lagos’ et les lunettes bien placées sur le visage, décrit son fils comme un travailleur qui avait à cœur de subvenir aux besoins de ses parents et fonder une famille. ‘Je le connaissais travailleur’. Comme pour la plupart des milliers de jeunes sénégalais, l’Eldorado espagnol est le chemin le plus rapide pour ‘réussir’, comme on dit couramment dans les villes et villages du Sénégal, c’est-à-dire faire fortune. Comme pour la plupart de ceux qui sont morts en mer lors de cette périlleuse traversée, il était un pêcheur censé connaître la mer. Mais, c’était sans compter avec les intempéries, les aléas des moteurs des pirogues, mais surtout de la rupture de carburant ou de nourriture.

En effet, les pêcheurs de la côte sénégalaise, de Cap Skirring à Guet Ndar, ont payé un lourd tribut. Parce que ce sont eux qui jouent habituellement le rôle de passeurs, en tant que commandants des pirogues et le plus gros lot des candidats à l’émigration, tandis que les convoyeurs sont souvent des gens attirés par l’appât du gain facile. ‘La plupart de nos fils qui sont morts étaient de jeunes pêcheurs. Les premiers départs, c’était d’abord à Thiaroye-sur-mer. Yarakh ce sera bien après’, informe, d’une voix douce, Yayi Bayam Diouf, la présidente du Collectif des femmes pour la lutte contre l’émigration clandestine. Comme souvent, les candidats à l’émigration clandestine déboursent des sommes allant de 300 000 à 500 000 F pour espérer embarquer dans une pirogue de fortune en partance pour les Iles Canaries. Les parents sont souvent mis à contribution, si ce ne sont pas eux qui encouragent leurs progénitures en payant le prix du voyage. ‘Pour le cas de mon fils, il avait économisé son argent’, nous apprend Yayi Bayam Diouf. Avant de revenir sur les derniers moments qu’elle a passé avec son fils Alioune Mar. ’Lorsqu’ils sont arrivés à Nouadhibou, en Mauritanie, où ils se reposaient et se ravitaillaient, mon fils m’a appelé au téléphone pour me demander de faire des prières pour eux parce qu’ils étaient quatre-vingt et une personnes à bord d’une pirogue artisanale. Ils sont tous morts dans la pirogue’, déclare-t-elle, émue. ‘Je connaissais les risques, mais je le connaissais travailleur’, ajoute t-elle.

Mais, ces jeunes avaient-ils le choix ? ‘La rareté des ressources halieutiques et le chômage chronique ont poussé les jeunes à prendre les pirogues et à rallier l’Espagne pour soutenir leur famille’, répond-elle sincère. Elle reconnaît que l’idée est partie du groupe de son fils à Thiaroye-sur-mer. ‘Quand l’un d’eux arrive en Espagne, il appelle les autres restés au pays. Avec leur fougue de jeunesse, ils sont prêts à braver la mer pour aller en Espagne. Des centaines de jeunes ont péri. Vous savez la perte d’un être cher est dure. Et moi j’ai perdu mon fils, mais notre communauté a perdu des centaines de jeunes’.

L’année dernière, invitée par le gouvernement espagnol à Ténérife, Yayi Bayam Diouf est allée prier sur les tombes des milliers de victimes anonymes de l’émigration clandestine dont certainement son fils dont elle est sans nouvelle du corps. ‘Je n’ai pas pu identifier mon fils par rapport à ces milliers de jeunes morts. J’ai été dans le cimetière et j’ai fait des prières pour tout le monde’, raconte t-elle. En réalité, des milliers de corps ont été la proie des requins et des poissons, seule une partie des corps est arrivée en Espagne. C’est de là qu’est né l’engagement de Yayi Bayam Diouf à lutter farouchement contre l’émigration clandestine. ‘Voir un village qui n’a pas compéti lors des navétanes, faute de jeunes pour jouer au football, c’est écœurant et c’est ce qui est arrivé à Thiaroye-sur-mer, cette année’, observe-t-elle avec un brin de tristesse. Avant de relativiser : ‘Je suis une fervente musulmane. C’est la vie qui est ainsi faite. Quand il y a de la vie, il y a toujours de l’espoir. Je ne baisserai jamais les bras par rapport à cette émigration clandestine’. Et sur toutes les tribunes du monde, elle prêche que l’émigration clandestine n’est pas une bonne chose. ‘Si les jeunes restent dans ce pays et s’investissent comme ils le font en Espagne, il vont incontestablement réussir. Nous comptons sur nos jeunes pour la construction de notre pays. Si tous les jeunes partent à l’étranger, que va devenir le Sénégal ?’, se demande t-elle.

Son association compte 350 femmes victimes de l’émigration clandestine, à Dakar. ‘Notre principale activité est de sensibiliser et de conscientiser les femmes victimes de l’émigration clandestine. D’autres femmes de l’intérieur du pays font appel à nous également. On les incite à prier et on essaie de les appuyer dans les activités génératrices de revenus. Pour les jeunes rapatriés des Iles Canaries, on essaie de les organiser en structures de développement pour les fixer au niveau du pays’, explique Yayi Bayam Diouf. D’après elle, les soutiens financiers de son association viennent de l’Union européenne et du gouvernement espagnol.

Pour lutter contre ce fléau, la présidente du collectif des femmes pour la lutte contre l’émigration clandestine invite les autorités à descendre à la base pour connaître les conditions de vie des pêcheurs qui sont en même temps les passeurs. ‘On ne peut pas être né au Fouta ou à Touba et devenir convoyeur d’émigrés clandestins. Ce sont forcément les pêcheurs qui sont des gens de la mer. Il faut une synergie à la base’, analyse-t-elle.

Source; Walfadjri

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Mardi 6 Mai 2008

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