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« Wakhalé » : Un troc de civilité et d’élégance

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On entre dans ce pays par le verbe parce que dès l’aéroport il faudra marchander le prix avec le bagagiste et la course en taxi. On sort de ce pays sans voix tant on aura tout discuté avec des marchands agressifs. Pourtant le marchandage bien conduit est un des moments forts de la socialisation. On essaie d’y montrer que l’homme importe plus que l’argent.



« Wakhalé » : Un troc de civilité et d’élégance
On le prononce wakhalé et on le traduit par marchandage. Du wolof wakh (« parler »), il pourrait signifier parlotte, entrant dans le registre de la palabre économique. Cette pratique existe partout où se jouent des transactions…

Ici le marchandage est d’abord un échange social. Il a toutes les saveurs de l’oralité. Mais commençant par des salutations moins étendues que dans les autres territoires de la parole, on y passe vite à l’essentiel qui est le jeu. L’étranger est souvent perdant. Il était recommandé aux touristes de diviser par deux ou trois les prix qui leur étaient proposés. Les marchands contournèrent cette précaution en multipliant au départ les prix par cinq. Le touriste y perdait beaucoup plus.

Le waxaale est un art très théâtral (parole, jeu, masque, tension, persuasion). Entre séduction et ruse, il faut atteindre un compromis favorable aux deux parties. Le vocabulaire de l’atteinte est très sportif. Au Burkina Faso, on dit en cas de mésentente que « c’est pas arrivé », c’est autrement dire que le prix n’a pas atteint le taux marginal de satisfaction de la partie qui vend. On entend ici « Rallonge ta main », sous-entendu « pour me toucher », comme dans un duel à fleurets mouchetés.

L’échange verbal est illocutoire, semblant s’accomplir par le seul fait de la parole. On se montre convaincu de ne vouloir que l’intérêt bien entendu des deux parties. On y entend beaucoup de verbes performatifs : « Je jure », « Je te conseille de ... », voire « Je t’ordonne ». Il s’agit souvent de la parole autoritaire du maître à plaisanterie s’adressant à son esclave pour rire, cousin d’une autre ethnie, d’une autre famille patronymique, d’un village voisin. On feint de s’éloigner de l’argent par des paroles en or. L’essentiel est posé ailleurs, par utopie.

On cherche les points de vulnérabilité aussi du côté des confréries. Alors, au milieu de la palabre s’installe le marabout que l’on a en commun. On dit des Sénégalais qu’ils pourraient faire du waxaale aux portes du Paradis. Le waxaale reste un troc de civilités et d’élégance auquel se montrera sensibles le marchand, mais aussi la prostituée ou le policier. Mais aussi celui qui vient « couper le courant » pour défaut de paiement d’une facture.

Entre clients (on appelle indifféremment cliane, pour dire client, vendeur et acheteur régulièrement liés par des transactions), le waxaale devient waxtaan c’est à dire causerie. On est en famille.

Le waxaale peut être adversaire. Aux temps du taxi-compteur, le client faisait d’abord entrer son pied dans la voiture au point mort pour s’installer confortablement. Aujourd’hui, ce n’est pas le pied mais la tête qu’il engouffre en premier dans l’habitacle pour discuter le prix de la course, tout le reste du corps sur le trottoir, le chauffeur ayant la main sur la première, prêt à démarrer dès que le désaccord se dessine. Il arrive souvent que le marchandage reprenne pendant le trajet, quand le chauffeur ne parvient pas à bien identifier la destination.

Les plus féroces dans le waxaale s’avèrent être les BaolBaol, marchands de tout aux caftans amples et aux bonnets sombres. Ne vous avisez pas à vouloir leur faire reprendre un objet qu’ils vous avaient cédé quelques moments auparavant. Ils ne vous en donneront que le tiers du prix de tout’ à l’heure si vous vous montrez beau parleur.

A une échelle supérieure, par dessus la tête des hommes du peuple, le waxaale se fait appeler négociations. En ces temps sombres où l’Etat du Sénégal vend sans beaucoup acheter (SONATEL, Air Sénégal International...), une des vertus du waxaale devrait être mise à profit : l’intérêt bien compris de la nation.

Oumar Ndao

Source: wootico.com

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Dimanche 14 Juin 2009





1.Posté par yeman le 14/06/2009 12:01
Merci omar
tres bel article rédiger dans les regles de la profession.
J'ai bien aime ce passage"Aujourd’hui, ce n’est pas le pied mais la tête qu’il engouffre en premier dans l’habitacle pour discuter le prix de la course, tout le reste du corps sur le trottoir, le chauffeur ayant la main sur la première, prêt à démarrer dès que le désaccord se dessine."
Merci encore

2.Posté par Abdou DIOP le 14/06/2009 12:18
Yeman,

Oumar n'a pas écrit cet article. Il a été honnête de citer sa source qui est wootico.com;

3.Posté par Me le 15/06/2009 00:26
Très bel article
C'est bien vrai que le waxalé contribue à la socialisation

Yeman,

Oumar n'a pas écrit cet article. Il a été honnête de citer sa source qui est wootico.com;


Yeman a bien raison. Cet article est bien de Oumar Ndao. Je pense que c'est Xibar qui a marqué, et à juste titre, qu'il provient de wootico.com ;)


4.Posté par modou modou le 15/06/2009 14:45
et sur la photo on marchande quoi Là ?

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