Natif de la région de Kolda, où il officiait en tant qu’instituteur, le ministre Bécaye Diop a changé de standing depuis dix ans. Il n’avait qu’une vieille mobylette. Aujourd’hui, il a son parc automobile. Il est réputé très attaché aux pratiques mystiques : c’est lui qui était le porteur de valise de l’ancien Premier Ministre Idrissa Seck dans ce domaine. Il est soupçonné par les proches de celui-ci de l’avoir fait « marabouter », pour le compte de Wade. Il avait juré de transformer Idy en mouton, si Wade continuait à lui accorder sa confiance. C’était pour échapper à la « déseckisation ». Les faits semblent lui avoir donné raison, car à Thiès, Idy avait déclaré qu’il était prêt à se faire immoler par Wade. D’ailleurs, juste après, confient des proches du président, Wade fera appeler Bécaye, pour lui dire qu’il avait raison : car Idy s’était, publiquement présenté comme « un mouton, prêt à être immolé».
Vrai ou faux ?
Toujours est-il que, désormais, Bécaye maudit le décret qui l’a délogé du ministère des Forces armées, où il a passé le clair de son temps, après quelques années à la tête du ministère de l’Éducation de base et des Langues nationales. Deux départements aux têtes desquelles il n’était pas sous les projecteurs : l’armée étant la grande muette, le premier département qu’il a occupé ne vivant presque que de nom.
À présent, son siège de ministre de l’Intérieur l’oblige à communiquer, à être le premier interlocuteur de la classe politique et le préposé aux manifestations religieuses. Or, il n’est pas un grand orateur. Il manipule à peine les langues de Molière et de Kocc Barma et se débat avec son passé culturel et religieux.
D’ailleurs, à la tête de la délégation gouvernementale, bien de ses collègues craignaient qu’il ne sorte une cigarette, par inadvertance, devant le khalife général des Mourides ; tant, Bécaye est un libertin.
Nommé ministre de l’Intérieur, il y a, près de neuf mois, Bécaye Diop, est depuis, sur la sellette à l‘occasion de chacune de ses sorties.
Son premier face à face avec l’opposition relatif à la révision du Code électoral, obligera le président Wade a cédé devant la réclame de ses adversaires : un médiateur à équidistance des partis politiques. Depuis, c’est du sur place. Bécaye Diop se dédira même devant les représentants du peuple.
Ensuite il se signalera à Sédhiou, pour avancer que si ce n’était pas son fief, il aurait autorisé l’ouverture du feu sur des manifestants qui y avaient attaqué des bâtiments de l’État.
Sa dernière sortie à Touba a soulevé des vagues qui risquent bien de l’emporter. Il y avait déclaré son ébahissement devant le Mouridisme, dont la capitale est la meilleure de toutes les cités religieuses. Ainsi, il est devenu persona non gratta à Tivaouane, le premier fief des Tidjanes.
Pourtant, il n’a parlé que sous la dictée du président Abdoulaye Wade. Mais, il va servir de bouc émissaire pour faire oublier le parti pris du chef de l’État en matière de religion, de politique, d’économie ; bref, en tout.
Bécaye Diop, après être entré dans le gouvernement par effraction, risque de le quitter par la petite porte. Selon des sources proches de la présidence de la République, son sort est « ficelé ». Son sursis ne devait pas dépasser le mois d’avril prochain, au cours duquel le Sénégal va célébrer le cinquantième anniversaire de son indépendance.
Le Cas échéant, Bécaye Diop sera le sixième ministre à avoir piloté le département de l’Intérieur où se sont succédé, tour à tour, sous Wade, le Général Mamadou Niang, Macky Sall, Cheikh Sadibou Fall, Me Ousmane Ngom et Cheikh Tidiane Sy.
Leur successeur Bécaye Diop relevé, il sera le ministre le plus éphémère à la tête de ce sensible et glissant département. Mais, compte tenu de ses rapports « personnels et particuliers » avec le président Wade, ses partisans sont convaincus que celui-ci lui trouvera une planque beaucoup plus tranquille, s’il ne le ramène pas au ministère des Forces armées.
La Redaction