C'est le procès des violences dans les championnats de Navétane où, lors d'un match ayant opposé l'Asc Gounass à celle de Ceddo, le mercredi 17 août dernier au stade Amadou Barry de Guédiawaye, Pape Médoune Niang a été pris à partie jusqu'à perdre cinq de ses dents.Les cinq jeunes au banc des accusés attendent d’être édifiés sur leur sort, après-demain.
Yakhya Sarr, Mamadou Saliou Diallo, Ousmane Sarr dit ‘Kalala’, Maguette Mbaye et Pape Fall alias ‘Pape Ndiaye’ sont toujours en prison, dans l'attente d'être fixés sur leur sort. Ces cinq jeunes habitant la banlieue dakaroise sont poursuivis pour le délit de coups et blessures volontaires ayant entraîné une incapacité temporaire de travail de 30 jours chez la victime présumée. Elle répond au nom de Pape Médoune Niang (22 ans).
C'est après un match de Navétane opposant les Asc Gounass et Ceddo, le mercredi 17 août dernier, au stade Amadou Barry de Guédiawaye que le sieur Niang a été pris à partie par un groupe de supporters appartenant à l'Asc Gounass. Les ‘assaillants’, qui lui reprochaient de tenir les affaires mystiques, plus connues sous le nom de khon, de l'Asc Ceddo, lui ont infligé des coups de bâton en pleine figure ainsi que des coups de poing sur la tête. Les violences ont occasionné la perte de cinq dents et une fissure de la lèvre supérieure, comme en atteste le certificat médical de constatation de blessures versé au dossier. Pape Médoune Niang précise que tous les cinq prévenus qu'il a formellement identifiés comme étant ses bourreaux et qui ne sont personne d’autres que ses voisins de quartier, ont participé à son agression.
L’un des avocats de Pape Médoune Niang, en la personne de Me Bidjélé Fall, réclame un million 500 mille francs pour réparer le préjudice subi par son client. Les avocats des cinq jeunes de Guédiawaye plaident la relaxe au bénéfice du doute. Me Abdou Dialy Kane dénote deux curiosités dans le dossier. Primo : Une dizaine de policiers ont été déployés au stade alors que ces derniers n'ont constaté aucun incident. Les forces de l'ordre, qui assuraient la sécurité à l’intérieur du stade, ne sont témoins d'aucune parade, le jour des faits. Seconde curiosité : Parmi les centaines de personnes présentes au stade, aucune d'entre elles n'a été témoin de l'agression de Pape Médoune Niang. Pas même les dirigeants des Asc, les joueurs et encore moins les supporters.
Les avocats de la défense qualifient cette affaire d’’infraction de groupe difficile à juger’ à cause de ‘l'imputabilité des faits’ qui cause problème : ‘C'est une histoire montée de toutes pièces. Rien ne prouve que ces cinq individus ont donné les coups à la partie civile’. Ils ont même tenté de demander une liberté provisoire en attendant la date du délibéré, mais la demande est restée vaine. Le délibéré sera rendu ce jeudi 15 septembre 2011, devant le tribunal régional des flagrants délits de Dakar. Les prévenus sont restés de marbre dans leur refus d'endosser la responsabilité des préventions qui pèsent à leur encontre.
VIOLENCES DANS LES NAVETANES ET LORS DES COMBATS DE LUTTE : Quand le fair-play cède la place à la violence
L'on peut comprendre que les supporters d'une équipe vaincue, frustrés par une défaite et non partisans du fair-play, s'en prennent à leurs camarades de l'équipe adverse. Mais s'en prendre aux supporters d'une équipe alors que le score est resté vierge (0-0), comme l'illustre ce cas des jeunes de Guédiawaye, cela ne fait qu'illustrer les violences qui exacerbent les matches de Navétane. Ces ‘championnats populaires’ qui rythment les vacances scolaires entraînent aujourd’hui une forme de violence chez les supporters des équipes en lice, à l'intérieur et à l'extérieur même des stades. Parfois, c’est à une sorte de ‘règlement de compte’ entre supporters des quartiers d'une même circonscription géographique que l’on assiste. Le cas des Asc Diisso et Diankalar de Grand-Dakar, lors des éditions de 2010, en est une parfaite illustration. La zone 6 de Yoff et celle de Dakar-Plateau, avec notamment les Asc Koussoum et Khandalou, est aussi à loger à la même enseigne.
Le plus curieux dans tout cela est que le déploiement massif de policiers n'empêche pas les violences. La police, toujours en croisade contre ce phénomène, est plus que jamais sollicitée pour l’instauration de mesures de sécurité plus efficaces. Ce dirigeant d'une équipe de Navétane raconte une scène qui en dit long sur le scénario ayant libre cours à la fin des matches : ‘A la fin d'un match de Navétane au stade Demba Diop, le propriétaire d'un restaurant qui voulait calmer un groupe de supporters qui lançaient des pierres et des bouteilles cassées sur des supporters de l'équipe adverse, a été pris à partie et sauvagement tabassé. Son lieu de commerce a été vandalisé et la recette du jour emportée’.
Les conséquences de ces ‘actes inacceptables’ ne sont profitables à aucune des parties : Elles se manifestent à travers des matchs qui se jouent à huis clos, des équipes ajournées durant deux longues années (avec Niarry Tally, Tonghor, etc.), une perturbation du calendrier sportif. S'il y a un sport qui nécessite une réglementation et pour lequel les autorités policières doivent prendre leur responsabilité pour en éradiquer les violences, c'est bien les championnats de Navétane. Parce que les supporters s'illustrent devant les adversaires de l'équipe adverse à travers des dérives de toutes sortes qui sont aux antipodes du principe de fair-play qui régit les disciplines sportives. Ce passionné du football avec qui votre serviteur s’est entretenu sur le sujet, remarque que la fin des matches de Navétane est l'occasion de vives tensions entre les deux équipes en lice. Il rappelle que la loi du sport voudrait qu'il y ait vainqueur et vaincu.
Il en est de même pour les combats de lutte dont la fin est toujours émaillée de violences qui aboutissent à des drames. De simples supporters et spectateurs sont blessés au cours d'agressions de la part de jeunes armés de gourdins, coupe-coupe, bâtons et couteaux. Sanctions, condamnations, réglementation des prix de vente des billets, fichage, vidéosurveillance, contrôle judiciaire, dissolution d'Asc, entre autres, sont les solutions préconisées par les spécialistes du secteur pour parer aux débordements. Une interdiction de fréquenter les stades pour une durée déterminée avec obligation de se présenter au commissariat à l’heure des matches est aussi préconisée comme piste de solution alternative aux violences constatées dans les Navétanes et les séances de combats de lutte.
Pape NDIAYE
Source Walfadjri