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Vendeuses de poisson DU QUAI DE ZIGUINCHOR : Une reconversion pour les femmes rurales

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Du fait de l’insécurité inhérente de plus de deux décennies de conflit armé en Casamance, beaucoup de femmes de Ziguinchor ont déserté les zones de productions agricoles, fruitières et de cueillette. La vente de poisson frais est l’activité qui leur procure actuellement de quoi faire bouillir la marmite. Elle est devenue leur principale occupation faute d’un autre travail rémunérateur.

ZIGUINCHOR : Quai de pêche de Boudody, 6H35. Dans la pénombre, des femmes surgissent des sentiers tortueux du quartier traditionnel de « Boudody écoumbaye » et des rues - insalubres par endroits - de la cité Hlm d’à-côté. Vêtues d’habits usagés, elles rallient les lieux à grandes enjambées, portant sur la tête, sous les bras ou coincés à la hanche, des bassines, seaux, bacs en plastique et paniers vides, de toutes dimensions. Au fur et à mesure qu’elles atteignent le débarcadère, elles s’y agglutinent et attendent impatiemment l’arrivée des pêcheurs. Des charrettes et taxis urbains suivent par dizaines, dès l’apparition des premières lueurs du soleil. Puis, les pirogues accostent au fil des minutes. Elles sont prises d’assaut, les unes après les autres. Dans le désordre et par flux, les femmes marchandent à tue-tête avec les responsables des embarcations pour prétendre à une marge bénéficiaire intéressante.

Dès qu’ils conviennent du prix de la quantité de poisson négociée, les femmes - dans leur grande majorité - remplissent leurs récipients du produit acquis et les convoient rapidement sur les marchés de la ville. « Il faut faire vite. Car, à 11 heures, il n’y a plus de clients dans les marchés », leur rappelle Mme Amy Sarr, vendeuse de poisson frais à Ziguinchor depuis 15 ans. Dans un brouhaha indescriptible et des va-et-vient éprouvants, surtout pour celles d’un âge assez avancé, elles hèlent par-ci un taxi, par-là un charretier ou une compagne. L’acheminement se fait par bicyclette, charrette ou taxi, après le paiement de la taxe de redevance du quai de pêche. Celle-ci est de 50 francs Cfa pour chaque panier ou sac de poisson. Le transport du poisson par taxi coûte entre 400 et 600 francs Cfa. Le convoyage par charrette oscille entre 400 et 500 FCFA. Les autres femmes vendent sur place. Elles étalent le poisson sur des tables de fortune, ainsi que sur des toiles et sacs en matière plastique, déployés à même le sol et s’acquittent d’une taxe journalière de 100 francs Cfa.

Activité rentable

« C’est pour aider mon mari que je me suis lancée depuis quatre ans dans la vente de poisson frais que j’achète auprès des banabanas et revends au marché de Colobane. Le bénéfice me permet de subvenir aux besoins de ma famille. Nous ne nous en sortons plus avec le seul le travail de mon époux, explique Elisabeth Nango. Elle est originaire de la Guinée-Bissau et réside à Ziguinchor, au quartier Soucoupapaye. Détendue, sa compagne Ma Awa Téning Diouf témoigne : « Nous faisons le commerce de poisson pour refuser la fatalité, ne pas tendre la main, être financièrement indépendantes, et surtout, parce que c’est une activité qui rapporte beaucoup d’argent ». Célibataire de son état et originaire de Dionware, elle révèle que son bénéfice journaliser varie, entre 3000 et 3500 francs Cfa quand les affaires marchent. Sinon, elle rentre avec 1500 FCFA. « Cet argent me permet de participer à une tontine et de faire du commerce d’effets vestimentaires, les après-midi dans mon quartier, à Peyrissac. »

L’alternative

Selon Mme Amy Sarr : « C’est parce que le maraîchage ne nourrit plus celles qui s’y adonnaient, qu’à Ziguinchor, les femmes s’activent de plus en plus dans la vente du poisson frais ». Issue de Bassoul, elle raconte que dans les jardins, les puits sont taris, la terre n’est plus fertile et les spéculations ne bouclent plus leur cycle. « Nous nous donnons corps et âme à cette activité de vente de poisson maintenant, rien que pour apporter de quoi faire bouillir la marmite dans nos familles. » Elle renseigne qu’ici, les vendeuses de poisson mènent quotidiennement une course contre la montre. « Il faut convoyer vite le poisson dans les différents marchés. Car, il n’y a presque plus de clients au-delà de 11 heures où la journée de travail se termine pour nous. » A cette période du jour, les braves plient alors bagages, en prenant soin de conserver sous glace le poisson invendu pour le proposer le lendemain à la vente. « Ensuite, on fait son marché avant de rentrer chez soi pour préparer le déjeuner. Après, chacune d’entre-nous s’organise pour revenir le lendemain de bonne heure au quai et recommencer une nouvelle journée de dure labeur. »

Amy Sarr indique que l’activité de vente de poisson est devenue la principale occupation des femmes de Ziguinchor. « C’est le seul travail qu’elles font actuellement. Parce qu’il n’y a pas d’autre activité qui puisse nous procurer de l’argent. »

Selon elle, le naufrage du bateau le « Joola » a constitué aussi leur malheur. « Actuellement, aucune femme n’ose plus acheter de la marchandise pour la convoyer par bateau et la vendre à Dakar. Voyager par le bateau n’enchante plus personne ici. On n’a plus confiance. Pourtant, c’était la voie idéale pour emmener nos marchandises à Dakar et ensuite les écouler dans les différents marchés du Nord du pays. » Notre interlocutrice faisait partie des femmes qui convoyaient par le bateau leurs marchandises à Dakar où elles les vendaient. « Je ne peux plus le faire par crainte de ce qui s’est passé avec le « Joola. » Comme la plus part des femmes de Casamance, la seule alternative que j’aie, en termes d’activités qui puissent me procurer de quoi assurer la pitance chez-moi, c’est la vente de poisson frais ». Comme beaucoup de femmes à Ziguinchor, grâce à l’activité de vente de poisson, Amy Sarr parvient à payer les fournitures scolaires, les ordonnances et l’habillement de ses enfants.

Une activité pour toutes les catégories de femmes

Généralement, les vendeuses de poisson de Ziguinchor sont des individuelles ou des femmes constituées en Gie, mais n’ayant pas encore intégré le groupement d’intérêt économique interprofessionnel « Kassoumay Tefees ». Il y en a également qui sont membres des Gie composant ladite structure. Celle-ci compte 56 Gie de mareyeurs, pêcheurs, charpentiers, forgerons, femmes transformatrices et vendeuses de produits halieutiques (micro mareyeuses) dont 15 Gie de femmes micro mareyeuses et transformatrices de produits halieutiques.

Selon sa présidente, Mme Amy Mané, les vendeuses, membres de son organisation, financent les frais de marée des pêcheurs. « Elles établissent auparavant des accords tacites avec eux pour qu’ils leur vendent toutes leurs prises. Celles-ci sont constituées actuellement de carpes, mulets, brochets, capitaines. Certaines vendeuses achètent en gros le poisson, auprès des pêcheurs qui débarquent. Il y a aussi des femmes dont les maris sont des pêcheurs. Elles viennent presque tous les matins au quai et récupèrent leurs mises à terre puis les écoulent dans les marchés de la place. D’autres s’approvisionnent chez les hommes ou femmes bana-banas. Des micro-mareyeuses se ravitaillent également en sardinelles (« yaboyes ») auprès des convoyeurs de camions frigorifiques, en provenance de Mbour, Joal, Kafountine, Saint-Louis. »

Accès difficile aux crédits

Mme Mané indique que l’accès aux crédits est le problème des micro-mareyeuses, parce que les banques leur demandent des garanties qu’elles n’ont pas. Elle indique que pour avoir un fonds de roulement, mener correctement leur activité et en tirer le maximum de profits, certaines micro- mareyeuses participent à des « tontines. « Les plus audacieuses mettent leurs bijoux en gage, auprès de tiers pour un prêt. Celles qui ont les moyens ouvrent un compte dans les mutuelles d’épargne et de crédits pour pouvoir bénéficier de financements. »

Notre interlocutrice précise qu’il y a des femmes qui ont déserté leur foyer (mari et enfants), « faute de pouvoir rembourser les prêts qui leur avaient été concédés, à des taux d’intérêt élevés : 1,5 % ou 2 % par mois. Ce qui correspond à 18 % et 24 % par an ». Elle assure que le Gie interprofessionnel « Kassoumay Tefees » prévoit d’ouvrir une mutuelle au quai de pêche de Ziguinchor, dans moins de 6 mois. Il le fera en collaboration avec la mutuelle d’épargne et de crédits des artisans ruraux de Ziguinchor pour faciliter l’accès de ses membres aux crédits.

Les aspirations de ce Gie interprofessionnel, selon sa présidente et M. Ousmane Diaouné, chargé des finances, sont de valoriser le quai de pêche de Ziguinchor. Ses ambitions sont aussi de permettre à tous ceux qui y gravitent, de travailler sereinement et de tirer le maximum de profits de leurs activités.

La gestion du quai lui est confiée depuis le 7 janvier 2007. « Cela fait suite, de l’avis de Mme Amy Mané, à une sous-concession qui a eu lieu en juin 2005, entre la marie et les professionnels de la pêche de la commune de Ziguinchor. » Elle rappelle que ce quai de pêche de Ziguinchor a été construit par l’Union européenne pour l’Etat du Sénégal qui l’a concédé à la mairie. C’est pour que la ville ait un débarcadère salubre. Le groupement d’intérêt économique inter- professionnel « Kassoumay Tefees a son siège au quai de pêche.

« 80 % des vendeuses de poisson sont des étrangères »

La crise Casamançaise, ajoutée aux déficits pluviométriques successifs, a fait que la plupart des producteurs agricoles ont abandonné rizières, champs de cultures, plantations, pâturages et investi le secteur de la pêche. Cela est valable aussi bien pour la capture que pour la commercialisation.

A Ziguinchor, beaucoup de femmes mènent des activités de vente de poisson frais. A en croire M. Isidore Biagui, Inspecteur régional des Pêches, 80 % d’entre elles viennent des villages situés de part et d’autre de la frontière avec la Guinée-Bissau. « Elles s’y étaient installées avec leurs familles, depuis la guerre de libération de la Guinée-Bissau. A la survenance du conflit armé en Casamance, ces populations se sont établies finalement dans la ville de Ziguinchor ». Notre interlocuteur identifie dans ce lot, des familles des pêcheurs provenant de certaines localités du Sénégal comme Saint-Louis, la Petite Côte, Hann, Yoff, Yéne, Bassoul. « Les maris pêchent et leurs épouses récupèrent la production qu’elles vendent au détail dans les marchés de la commune. Elles approvisionnent également les villages, par l’intermédiaire de convoyeurs qui y évoluent à motos et bicyclettes. » M. Biagui indique que le pêcheur autochtone n’a connu la grande pêche en mer qu’avec l’avènement du projet Pamez qui a formé 600 pêcheurs à la pêche maritime. Il rappelle qu’auparavant, le pêcheur d’ici se limitait à la pêche de subsistance, dans le Fleuve Casamance et ses bolons.

Source: Le Soleil

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Jeudi 14 Février 2008


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