Comme annoncé par L’As hier, l’ancien président de l’Assemblée nationale, Macky Sall, a été entendu par la Sûreté Urbaine (Su) du commissariat central de Dakar. L’ancien maire de Fatick était devancé sur les lieux pour son conseiller en communication, Abou Abel Thiam dont l’audition n’a pas trop duré. Dans un communiqué publié avant-hier, le ministère de l’Intérieur affirmait que Macky Sall était cité dans une affaire de blanchiment d’argent en relation avec un Président africain. Pour être plus précis, l’affaire tourne autour de deux missives que l’ancien président de l’Assemblée a écrites à Omar Bongo. Dans la première missive, interceptée par les services compétents, Macky Sall informe le Président gabonais de la création d’un parti politique, l’Apr. Après avoir précisé qu’il comptait croiser le fer avec Wade, Macky Sall demande au chef de l’Etat gabonais un soutien, des conseils et des prières. Selon des sources, Macky Sall a reconnu, devant les éléments de la Su qui ont brandi les missives, avoir effectivement écrit la lettre à Omar Bongo pour lui demander un soutien. Cela dit, il a tenu à préciser que ce « soutien » qu’il demandait n’était pas d’ordre financier. Tout en reconnaissant avoir d’ailleurs échangé au téléphone avec le Président gabonais, l’ancien Président de l’Assemblée nationale a assuré qu’il comptait, lors d’un face-à-face avec Omar Bongo, lui expliquer plus clairement le soutien qu’il attendait de lui. Même si l’ancien maire de Fatick a été reçu par l’ambassadeur du Gabon au Sénégal et que Bongo lui a même envoyé un émissaire à Dakar. D’ailleurs, on a fait état d’une lettre écrite par le Président Bongo à Me Wade. Missive dans laquelle le chef de l’Etat gabonais affirmerait à son homologue sénégalais avoir aidé financièrement Macky Sall, mais que le but recherché n’était pas de le déstabiliser. Aux enquêteurs, selon nos sources, Macky Sall a demandé qu’on lui présente cette lettre, comme les deux précédentes. Ruse policière ? En tout cas, cette troisième missive n’a pas été présentée au leader de Apr.
Sur les traces de 16 milliards et demi
Alors que Macky Sall soutient mordicus n’avoir pas reçu d’argent de Bongo, il n’en demeure pas moins que les informations glanées par les enquêteurs auprès des milieux du renseignement et de la finance font état d’une promesse de Bongo de verser 25 millions d’euros, soit 16 milliards et demi de F Cfa à l’ancien Président de l’Assemblée nationale qui compte croiser le fer avec son « père » d’autrefois, Me Wade. Il y aurait même eu un début de décaissement. Ce que conteste vigoureusement Macky Sall. L’interpellation de Abdoulaye Sall, ami de l’ancien maire de Fatick, résidant au Gabon, est à mettre dans ce cadre puisqu’il est suspecté d’avoir facilité le contact entre Macky Sall et le Président gabonais. Ce que ce dernier ne nie pas. Bongo a t-il intérêt à financer un opposant à Wade ? « Ses relations avec le Président sont en dents-de-scie. D’ailleurs, il y a trois ans, lors de la fête du 4 avril durant laquelle Khadafi était invité, Bongo était très remonté, pensant que le Guide libyen avait été choyé et lui marginalisé. D’ailleurs, il a même refusé qu’un ministre le raccompagne lorsqu’il devait rentrer », confie une source. N’empêche après cet épisode, le Président gabonais est revenu à deux reprises à Dakar : lors de la prestation de serment de Wade en 2007 et lors du sommet de l’Oci en 2008. Outre Bongo, on soupçonne aussi des relations d’argent entre Macky Sall et le Président Compaoré du Burkina Faso. Ce dernier n’inspire guère confiance aux autorités sénégalaises qui le soupçonnent d’être trop proches des opposants sénégalais qu’il recevrait discrètement à Ougadougou. On le soupçonnerait d’avoir mis la main un peu partout en Afrique de l’Ouest. Ceux qui pensent que la libération hier de Macky Sall, au terme de son audition, et de Abdoulaye Sall quelques minutes plus tard, après vingt-quatre heures de garde-à-vue, sonne la fin de la procédure se trompent lourdement. « De graves soupçons pèsent sur eux et l’enquête suit son cours normal », confie une source, là où une autre affirme que « la police tient un filon ». Comme le soutenait un proche du Président de la République, sous le couvert de l’anonymat que « l’on ne fera plus la même erreur qu’avec Idrissa Seck et l’atteinte à la sûreté de l’Etat ». D’autre part la police a demandé à Macky Sall s’il comptait se présenter aux élections locales et à la présidentielle, et si oui où est-ce qu’il trouvera les fonds nécessaires. Contrairement aux informations véhiculées hier, une source soutient qu’aucune question n’a été posée à l’ancien président de l’Assemblée sur ses biens ou sa fortune supposée même s’il a été fait état de certains transferts d’argent. « Les gens doivent éviter les situations de rente judiciaire. Il est tout à fait normal que l’on demande des explications. La loi parle de soupçon judiciaire. C’est l’inculpation qui est la première étape », a affirmé hier le Garde des Sceaux, à la Rts. L’affaire qui met en cause Macky Sall n’est qu’à son début. En attendant une seconde audition de l’ancien président de l’Assemblée, son passeport a été confisqué en même temps que celui de Abdoulaye Sall. Quant à Abou Abel Thiam, les enquêteurs lui ont posé des questions ayant trait uniquement à ses relations avec Macky Sall et à ses liens supposés avec Abdoulaye Sall, qui se trouve être son cousin. La police voulait aussi savoir s’il est oui ou non militant de Apr.
Cheikh Mbacké GUISSE
Source: L'as