PARIS : Le président français, Nicolas Sarkozy, a satisfait hier l’une des plus vieilles revendications des anciens combattants des ex-colonies de la France qui se sont battus pour elle, en annonçant l’alignement de leurs pensions sur celles de leurs frères d’armes de nationalité française. Cette décision jugée « historique » a été annoncée par le chef de l’Etat devant les dirigeants de treize pays d’Afrique francophone qu’il recevait à déjeuner à l’Elysée pour célébrer le 50e anniversaire de leur indépendance. « C’est pour témoigner de notre reconnaissance indéfectible envers les anciens combattants originaires de vos pays que nous souhaitons les voir bénéficier désormais des mêmes prestations de retraite que leurs frères d’armes français », a déclaré M. Sarkozy devant ses pairs. « Il est des dettes qui ne s’éteignent jamais, jamais. C’est le cas de celle que la France a contracté envers vos pays, où commença à briller voici soixante-dix ans la flamme de la France libre (qui résistait aux nazis, ndlr) et dont les fils ont versé leur sang pour libérer la France » lors de la Seconde Guerre mondiale, a-t-il dit. « Il était temps de reconnaître avec toute la solennité qui convient ».
Cette mesure bénéficiera aux 30.000 anciens combattants, pour la plupart africains, et vivant dans leur pays d’origine, qui obtiendront désormais la même pension que leurs camarades français, a précisé l’Elysée. Son coût est évalué à environ 150 millions d’euros par an soit 98.392.500.000 de francs Cfa. Le gouvernement déposera un projet de loi à cet effet devant le Parlement « dès la rentrée prochaine », a-t-on ajouté. En alignant strictement les situations des anciens combattants, quels que soient leur nationalité et leur lieu de résidence, la décision française va plus loin que ne l’a exigé le Conseil constitutionnel. Dans une décision du 28 mai, l’institution chargée de veiller à la conformité des lois avec la Constitution avait estimé qu’il n’était pas contraire au principe d’égalité que les pensions versées soient différentes selon que l’ancien combattant réside en France ou à l’étranger, pour des raisons de différence de coût de la vie.
Mais les juges avaient censuré des dispositions législatives qui réservaient un sort différent aux pensionnés français et étrangers qui résident à l’étranger. Très attendu, l’alignement des pensions a été largement acclamé. « Votre décision sera unanimement saluée non seulement par les Etats ici, mais aussi par l’ensemble de nos opinions publiques », a estimé au nom de ses pairs le président camerounais Paul Biya. « Aujourd’hui, le président Sarkozy a pris une décision historique à un moment historique », s’est réjoui son homologue malien Amadou Toumani Touré, « c’est un courage pour lui et pour la France de reconnaître le mérite de nos anciens, de nos grands pères et de l’accepter ». La présidente de l’association « Les oubliés de la République », Naïma Charaï, a salué une « victoire historique et la fin d’une injustice qui déshonorait notre pays depuis 50 ans ». La décision annoncée hier constitue l’aboutissement d’un dossier en souffrance depuis quarante-cinq ans, débloqué par le président Jacques Chirac lors de la sortie du film « Indigènes », qui avait remis au premier plan le sort des anciens combattants d’Afrique, de Madagascar et d’Indochine.
Le gel, ou « cristallisation » des pensions au moment de l’indépendance des colonies françaises, était vécu comme une injustice infligée par la France à l’égard de combattants qui s’étaient battus pour elle pendant les deux guerres mondiales, en Algérie ou Indochine, au prix de la vie de dizaines de milliers d’entre eux. En novembre 2006, l’Assemblée nationale avait fait un premier pas en entérinant à l’unanimité la revalorisation, ou « décristallisation » des pensions des anciens combattants des ex-colonies.
Source AFP via Le Soleil