Un président qui danse. On en a vu. Le Président Américain, Barack Obama, ne se lasse jamais, à l’occasion de grands évènements, d’esquisser quelques pas de danse avec son épouse, Michelle Obama. Mais un président qui chante et danse, on n’en voit jamais. Du moins, très rarement. Et pour le voir, il fallait se taper des centaines de kilomètres, à l’autre bout de la… Gambie, pour voir le Président gambien Yaya Jammeh dans ses œuvres. Lors de cette soirée qui a vu la participation de plusieurs artistes de la sous-région et de la diaspora, le président qui est à la fois un «scientifique» et un «Docteur» a surpris et séduit plus d’un. Dans cette nuit du samedi 16 janvier 2010, aux environs de 2 heures du matin, quand le chanteur de reggae Gambien «Dubois» entonne avec la chanson «Mr Président !», tout le stade retient son souffle. Deux minutes après, le chanteur descend du podium pour faire un tour d’honneur. Arrivé à la tribune officielle, il se dirige vers le Président gambien. Ce dernier se lève et retrousse les manches. Il s’empart du micro. Le public se lève. Le peuple retient son souffle. Tout le monde se demande si le Président Jammeh va franchir le… pas. D’un mouvement digne de Bob Marley, il avance un pied devant, un pied derrière, la main en l’air. Et c’est parti ! Yaya Jammeh se met à danser du reggae avec une précision tel qu’on a l’impression de voir le roi du reggae sur scène. Tout d’un coup, le public se lâche. Les jeunes soldats reconnaissables à travers leur «boule à zéro» prennent d’assaut la tribune officielle pour communier avec le président. Ils ne sont pas les seuls, les tribunes se vident et tout le monde se retrouve sur les gradins pour danser avec le Président. Certains admirateurs zélés du Président tombent en transe. C’est l’hystérie collective. Les coups de canon retentissent aux alentours du stade. Personne ne peut plus se retenir. Quand le président danse. Le peuple danse. Yaya Jammeh, prenant le micro, entonne sur les airs de reggae «My name’s El Hadji Yaya Jammeh, I’am the Scientist, the Doctor, the President who cures Aids, Asthma…» (Je m’appelle El Hadj Yaya Jammeh. Je suis un Scientifique, un Docteur, le Président qui a soigné le Sida, l’Asthme…) et le public entonne en chœur : «Yes Mr Président ! Mr Président !» Durant presque un tour d’horloge, le Président Yaya Jammeh a communié avec son peuple qui, visiblement, l’aime et l’adore.
Dans sa prestation, il a appelé à une unité des Africains et a chanté la suprématie des Noirs dans tous les domaines. La foule criait : «Yaya The number One !», «Yaya The best President», «Yaya the President for Africa !» (Yaya le N°1, Yaya le meilleur président, Yaya le Président qu’il faut pour l’Afrique).
Facoly en attraction
L’autre attraction de ses deux jours de fête à Kanilaï, c’est l’artiste musicienne Fatou Goudiaby alias Facoly. L’auteur de «Yow la done Xaar» qui a fait le déplacement de Dakar à Kanilaï et ses musiciens ont séduit plus d’un Gambien. «Guest Star» de la manifestation, elle a fait une première prestation le samedi soir. Avec son tube «Faraba» (Forgeron en Diola), avec des sonorités diolas, le public a vite épousé ses notes de musique. Les jeunes soldats, «ambianceurs» devant l’Eternel, viennent rivaliser d’ardeur la danse du «bougourabou». Le président qui était séduit par cette prestation a demandé qu’elle se produise à nouveau le dimanche. La seconde prestation qui a permis à Facoly de revisiter son répertoire musical. «Yow la done xaar», «Faraba», «Wax baxul», entre autres, ont fini de convaincre les Gambiens du talent de cette chanteuse Diola qu’ils appellent affectueusement «mboka» (notre parent). Le président, visiblement aux anges, a envoyé une très forte délégation inonder la jeune chanteuse de billets de «Dalassi» (monnaie gambienne). Plusieurs artistes se sont succédé après sur scène. Dans le lot, Fafady, Dialiba Koyaté et d’autres groupes de danse de la Gambie. Les élèves et les travailleurs de plusieurs corps de métiers ont gratifié le public d’un défilé impeccable. La musique nationale des Forces armées n’était pas reste. La fête était vraiment belle. Le président, satisfait de la manifestation, a souhaité bon retour aux différentes délégations et donné rendez-vous à l’année prochaine.
Harouna Fall (Gambie)
Source L'Observateur