L’important investissement, 350 millions de dollars, environ 170 milliards de francs Cfa, qu’il est en train de réaliser au Sénégal pour une troisième usine de cimenterie ne finit pas de susciter des réserves chez certains professionnels du secteur qui trouvent le marché saturé. En effet, après Eric Holard, directeur général adjoint du groupe Vicat, chargé de l’Afrique de l’Ouest, de l’Egypte et de l’Inde, qui déclarait dans nos colonnes (Walf n° 5334), ne pas voir la pertinence de l’arrivée d’une nouvelle société sur le marché sénégalais de la cimenterie, c’est au tour du Président directeur général des Ciments du Sahel, Latfallah Layousse, d’enfoncer le clou. Avec d’autres acteurs africains du secteur qui ont pris part au colloque international sur les perspectives de l’industrie cimentière au Sénégal en Afrique et en Asie, qui s’est ouvert hier à Dakar, il a montré tout son scepticisme sur la pertinence d’un tel investissement au Sénégal. Pour Layousse, les deux usines locales couvrent largement les besoins du pays, évalués à 2,6 millions de tonnes, et celui du Mali. Et cela, jusqu’en 2020. ‘On ne peut interdire les investissements. Mais, il faudra que cela soit beaucoup plus structuré pour ne pas laisser ce secteur déraper. Ce qui vient d’arriver avec un groupe qui va produire 1,5 million de tonnes. Ce qui n’a pas sa raison d’être’, soutient le Pdg des Ciments du Sahel.
Mais le groupe Dangote, qui a commencé à construire sa cimenterie, compte bien rentabiliser son investissement au pays de la Téranga. En effet, lors du colloque qui s’est ouvert hier à Dakar le directeur du développement de Dangote en Afrique, Devakumar V. G Edwin, a rassuré les plus pessimistes. Pour lui, le groupe, qui a une longue expérience en la manière, compte baisser les prix pour stimuler la demande. ‘Notre longue expérience dans le domaine nous a montré que lorsque les prix baissent, la demande va apparaître. Donc, c’est cela que nous attendons au Sénégal où nous avons investi 350 millions de dollars pour une cimenterie qui va produire annuellement 1,5 million de tonnes’, a-t-il expliqué.
Néanmoins, il a dénoncé les facteurs techniques de production du ciment en Afrique. Qui, selon lui, sont extrêmement difficiles à cause surtout des difficultés énergétiques et de la quasi inexistence d’infrastructures de transport. ‘Les activités portuaires ne sont pas fiables, les infrastructures n’existent presque pas dans plusieurs pays et l’approvisionnement en combustibles est très difficile. Et tous ces obstacles se répercutent sur le coût du ciment’, ajoute Edwin. Prenant la balle au rebond, Latfallah Layousse, a dressé les obstacles à l’investissement dans le secteur sénégalais du ciment. Pour lui, à côté du volet administratif, avec notamment l’absence de statistiques fiables pour les études, les lenteurs administratives, la complexité et la durée des démarches, le déficit infrastructurel et logistique constitue l’obstacle majeur pour beaucoup d’investisseurs intéressés par le Sénégal. ‘Le marché sous-régional naturel du Sénégal ne peut être captif en l’absence d’infrastructures routières, ferroviaires, ou portuaires de dégagement de très bonne qualité, correctement dimensionnées et opérationnelles’, signe Layousse. Dont le groupe envisage très prochainement d’ouvrir une nouvelle cimenterie de 1,5 million de tonnes par an au Bénin.
Seyni DIOP
Source Walfadjri