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Serigne Modou Kara Mbacké: 'Je suis le marabout des bandits' - 'Je serais le Chef suprème du Chef de l'Etat du Sénégal'

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Serigne Modou Kara Mbacké " Un petit Mbacké Mbacké est capable de tout ..." Dans son grand boubou " baye lahat" marron, au milieu de son salon, il laisse apparaître à partir de ses faits et gestes l'allure d'un marabout exemplaire. Mais, schizophène, l'homme aime étaler et jouer sur sa dualité en toute chose. Serigne Modou Kara Mbacké, sait valser entre son statut marabout et sa personnalité d'homme ordinaire. Loin de son palais de " Darou al mouhty", "la demeure du donateur", le marabout politique, dans sa grande maison sise à Mermoz, a écouté et répondu au feu roulant de questions, en toute simplicité autour de sa table à manger. Et, si l'amener à s'évader à coeur ouvert dans son vécu, son enfance, sa jeunesse n'a pas été difficile, lui soutirer une information sur ses " nombreuses" épouses et plusieurs divorces fut moins évident. Suite à ses expériences qu'il n'aurait de gène à relater il y a de cela dix ans, précise-t-il, Général Modou Kara ne refuse pas le titre de " marabout des bandits", reste à ce que ces bandits acceptent d'avoir un marabout et changent de comportement. Dans une succession de réponses subtilement nuancées, Serigne Modou Kara Mbacké se laisse découvrir d'une manière ou d'une autre . De son enfance, ses amours, en passant par ses ambitions politiques entres autres aspects de la vie, Serigne Modou Kara a été pris En Aparté... "Je serais le Chef suprème du Chef de l'Etat du Sénagal"



Serigne Modou Kara Mbacké:  'Je suis le marabout des bandits' - 'Je serais le Chef suprème du Chef de l'Etat du Sénégal'
Qui est Serigne Modou Kara Mbacké ?

Tout d'abord, je suis une créature du bon Dieu : une personne. Ensuite un Sénégalais né à Thiès et dont la relation avec Khadimou Rassoul (fondateur du mouridisme) date d'un siècle. Parce qu'il y a ce qu'on appelle la date lunaire et le calendrier chrétien. Mais pour être plus exact, et éviter toute confusion, je peux vous dire que dans mes papiers d'état civil, il est marqué le 5 septembre 1954 comme, étant ma date de naissance. Véritablement, je ne suis pas né à cette date. Je l'ai choisie moi-même et elle est très mystique.

Qu'est-ce qui a déterminé ce choix et comment expliquer l'aspect mystique de cette date de naissance ?

Le 5 septembre est une date à laquelle 84 marabouts de différentes nationalités, dont Serigne Touba, se sont réunis à Saint­Louis. Et tous, à l'exception de Khadimou Rassoul ont adhéré par leur signature à la demande du gouverneur français. Aussi, je suis un disciple de Serigne Touba, né à Thiès et j'ai grandi à Darou Mouhty. Les gens ont l'habitude de dire Darou Mousty mais c'est Darou Al Mouhty, c'est-à-dire la demeure du Donateur. C'est Serigne Touba qui a demandé à mon grand-père, Mame Thierno Birahim, de donner cette appellation à la localité.

D'où vous vient le surnom Kara ?

Mon homonyme, c'est Serigne Modou Awa Balla. Mais, il y a un village qui se trouve à 16km de Darou Mouhty appelé Karathil et habité par les Peulhs. Et tous ceux qui vivaient là bas avaient le surnom de Kara, c'est le cas de mon homonyme. Je ne suis pas le seul à m'appeler Modou Kara, il y en a beaucoup à cause de ce village. Toutefois, dès qu'on dit Modou Kara Noreyni, c'est moi. Et, en arabe, «Kara» signifie «le lion».

Toujours par rapport à la présentation, Modou Kara, est-il marabout, politique ou homme d'affaires ?

Je suis tout. Marabout, artiste, politique, homme d'affaires ...Parce que, on peut être issu d'une famille maraboutique, être marabout et avoir parallèlement des activités autres que celle d'un marabout. Ce que je suis de sang, de famille, c'est un marabout. Mais cela n'a rien à voir avec ma façon de vivre en tant que leader. II y a deux sortes de leaders : celui qu'on incarne et celui que l'on sent en soi. En d'autres termes, le leader temporel et le leader spirituel. C'est ça Modou Kara.

Pourquoi avoir quitté Thiès pour vivre et grandir à Darou Mouhty ?

C'est parce que j'étais turbulent et qu'on voulait me récupérer à temps. Et d'après ce que m'a rapporté ma mère, j'étais trop agité. Une anecdote qu'elle m'a contée â ce sujet, c'est que quand j'avais à peine quatre ans, on est allé ensemble à Diakhao Thiès chez des parents. Connaissant ma façon de manger, mon impolitesse devant le bol consistant à aller tout droit chercher la viande au milieu du plat, elle avait caché une petite cravache pour préparer ma punition, au cas où je me comporterai de la sorte chez les autres. Une précaution qui ne lui a servi à rien du tout car, au moment où l'on devait manger, j'ai prévenu tout le monde de ce qu'elle avait l'intention de me faire si jamais je touchais les poissons et légumes. J'ai dit à tout le monde : "Elle a caché quelque part une cravache pour me châtier." C'était une manière pour moi de faire intervenir les autres et de sauver ma peau. Ma mère n'en revenait pas.
Même malade, paraît-il, quand on voulait m'amener à l'hôpital, je refusais et priais qu'on fasse un accident avant d'arriver à l'hôpital. Et là aussi, tout le monde avait peur que ça ne se réalise à cause de mon nom de famille, Mbacké.
Donc, pour une telle turbulence, mon père a vite fait de m'amener à ses côtés. Arrivé à Darou Mouhty, j'ai commencé à apprendre le Coran, et je suis resté 11 ans sans voir ma mère.

Où et quand avez-vous revu votre mère ?

A Thiès, quand j'avais 15 ans. Ce jour-là, ma mère ne m'a pas reconnu.

Votre venue à Darou Mouhty, n'était-il pas un meilleure façon d'éviter que votre statut de marabout s'affirme de façon prématurée ?

Non, vous savez, mes deux premiers frères sont décédés très tôt. Donc, mon père n'avait plus que moi comme fils. Et généralement, un jeune Mbacké-Mbacké est capable de tout, ce qui expliquait d'ailleur ma turbulence. C'est pourquoi, il a préféré m'avoir à ses côtés et suivre de près mon éducation, le temps que je puisse aller à l'école coranique. Chicori dont on parle là où il y a eu des problèmes entre le gendarmes et mes disciples, c'est là-bas qu'habitait mon père. Chicori se trouve quatre kilomètres de Darou et j'ai fait mes débuts dans l'école coranique pendant trois ans à cet endroit.

Pourtant certains disent que Serigne Modou Kara n'a pas appris le Coran ?

Comment est-ce possible que je n'ai pas appris le Coran ? Non, comment me serait-il donc possible de faire mes prières ? Ce qu'on devait dire, c'est que je n' ai pas appris le français. Je n'ai pas non plus fait des études en arabe parce que mon homonyme ne m'avait pas laissé aller dans les universités arabes. Tout ce que je sais ou que je dise là-dessus, je me suis débrouillé pour le savoir. Nous, être humains. il suffit que nous fassions un petit effort pour connaître beaucoup de chose. Parce que Dieu a fait connaître notre ancêtre Adama tout ce qui porta un nom dans cette vie à partir de ce qu'on appelle le savoir. Adama n'a fait aucune école, aucun apprentissage, tout lui est venu directement du Tout-puissant.
Mais d'aucuns avancent qu'au lieu d'avoir appris le Coran, on vous l'a insufflé
Ceux qui disent cela, ce sont ceux que le Blanc qualifie de fanatiques. Ce sont des sympathisants qui pensent que je suis capable de tout, des gens qui ne cherche jamais à vérifier l'information ou à trouver l'évidence. En général, certains bénéficie d'une grande ouverture que leur dispense le Bon Dieu. Ils ont une facilité et une rapidité extraordinaire à apprendre assimiler les choses. Mais, tout savoir d'un trait, seul le prophète Mohamed l'a eu par l'intermédiaire de l'Ange Djibril, quand Allah lui transmettait le Coran. Hormis cela, je n'ai vu que Serigne Touba le faire pour un Mauritanien qui s'appelait Modou Fall. Serigne Touba a insufflé le Coran à Modou Fall en trois jours. C' est un Mauritanien qui appartenait à une famille dans laquelle connaître le Coran par choeur était indispensable. A défaut, l'on ne vous reconnaissait pas, l'on vous sous-estimait. Et, Serigne Touba, arrivé à Ganar (autre appellation de la Mauritanie), pendant que les autres lui demandaient de prier pour eux, Modou Fall l' a supplié de l'aider à maîtriser le Coran.

Revenons à votre enfance, vous avez avancé que votre père ne voulait pas que vous pratiquiez le football, pourquoi ?

Oui, mon père ne voulait pas, par pruden­ce mais aussi pour que les autres enfants ne m'imitent pas. Vous savez, dans les mai­sons de marabout, un chien n'en ressortait pas vivant, on le tuait. A plus forte raison, un fils du marabout qui voulait faire du football, une pratique que mon père consi­dérait comme une futilité de la vie. Les temps ne sont plus pareils, car j'ai un fils qui pratique aujourd'hui le football mais ça ne me dérange pas. Nous sommes pres­que à la fin du monde. Et puis, il est jeune, il n'a que 22 ans, il vit en France. C'est quelqu'un de bien, il n'est pas de mauvaise foi en le pratiquant. Cependant, je n'y encourage personne ni ne demande à per­sonne de le faire. Parce que Dieu nous dit, qu'il n'a pas créé le ciel, la terre et l'espace entre les deux pour des loisirs. De ce fait, je ne peux encourager quelqu'un à jouer au football ni à quoi que ce soit.

A part le football, quelles activités aviez-vous pratiqué étant jeune ?

Le football, ce sont d'ailleurs les élèves qui me sélectionnaient à chacun de leurs matchs, parce qu'ils savaient que j'étais bon joueur. Un petit marabout comme moi, dans la demeure de mon père, était obligé de se cacher pour aller jouer au foot. D'ailleurs, j'ai une cicatrice au pied gauche qui est la cause de ma turbulence. Un jour que je devais aller jouer à 15h30, mon père n'était pas encore dans la cour, puisqu'il ne sortait de sa retraite qu'à par­tir de 17h, après la prière, pour se mettre ,sur son pliant. Partir jouer était donc facile­, mais rentrer, c'était entre le marteau et l' enclume. Car il n'y avait qu'une seule porte pour entrer dans la maison, et mon père était dans la cour à partir de 17h. Je pouvais rentrer sans qu'il ne me voie. C'est ainsi que ce jour-là, l'ayant aperçu au moment où lui aussi m'a vu, il ne s'est pas précipité. Mais me connaissant, il sa­vvait que d'une manière ou d'une autre, j'allais entrer dans cette maison et que ma seule complice, c'était ma grand-mère, Mame Marèma, dont parlent les jeunes. Loin du risque de passer devant mon père, je me suis agrippé au zinc pour rejoindre la chambre de ma grand-mère et là, je me suis gravement blessé. Mame Maréma me soignait tranquillement jusqu'au moment où je sentis la venue de mon père. Lui, quand il s'approchait, on pouvait s'en apercevoir car il avait une odeur particu­lière. Arrivé, il me dit : «Modou, venez me voir après. » Sans lui dire oui ou non, je sa­vais que je n'avais aucunement l'intention de finir le traitement bien qu' il fut dou­loureux. Je connaissais son tempérament et je savais que plus le temps passe, plus cela attenuéra la punition à m'infliger. Ma grand-mère continuait à panser ma blessure, moi, je tuais le temps. A chaque fois qu'il voulait me punir, il n y arrivait pas. J'avais mes trucs et astuces pour l'en dissuader. Il avait sa façon de vous punir. Quand il me mettait sur son épaule pour m'amener à l' endroit voulu afin de me punir, je m' arrangeais, avant d'arriver à destination, pour faire passer sa colère, et lui administrer une autre humeur. J'avais mon humour caustique pour le faire rire.

Comment y arriviez-vous ?

En lui parlant toutes sortes de langues qui ne pouvaient exister, tout ce qui me venait à l'esprit, je le lui balançais. Ainsi, il pen­sait à autre chose que de me corriger.

Toutes sortes de langages comme quoi ?

Il y en a que je n'ai pas oublié comme quand je lui disais «woyaye, poucc pacc, doxotou mbassane, guinté». Je ne peux pas vous dire ce que cela signifie, mais c'est un truc qui marchait à tous les coups. Il riait jusqu'à avoir les larmes aux yeux et de cette manière, je lui échappais. Il ne réus­sissait jamais à me frapper à moins qu'il le fasse par surprise.
Tout ça, c'est ma turbulence, un jeune Mbacké-Mbacké parmi les femmes, c'est autre chose. Je versais du parfum dans le couscous, je mettais du sable dans la nour­riture, j'étais l'enfant gâté pour vous dire. Il m'est même arrivé paraît-il de me mêler à une discussion de femmes d'une maniè­re incroyable. En jeune Mbacké-Mbacké, on est capable de tout c'est pourquoi, nos parents se dépêchaient de nous renvoyer ailleurs, loin de certaines choses afin de nous mettre sur les rails.

Expliquez-nous votre lien à la famille Mbacké ?

Serigne Ousmane ndlr : (son père) est le fils de Mame Thierno Birahim Mbacké, il est d'ailleurs l'homonyme de mon petit frère, le responsable moral de mon Diwan. C'est à Mame Thierno Birahim Mbacké que Serigne Touba avait confié la prise en charge et la garde de la famille au moment où les colons l'amenaient en exil. C'est lui qui a demandé aussi à Mame Thierno de s'installer à Darou Al Mouhty, un nom qu'il a donné lui-même à cette localité par l'intermédiaire de mon grand-père. Du côté de ma mère, j'ai aussi des liens avec les Mbacké-Mbacké. Nous sommes des Toucouleurs, ma mère s'appelle Fatou Diouf, quand on dit Diouf, les gens pensent immédiatement à l'ethnie Sérère, mais ma mère est Wolof. Sa mère se nomme Diarra Dème, elle est apparentée à Serigne Modou Dème de Diourbel et Safiétou Dème, mère de Moustapha Sy, fils de Cheikh Tidiane Sy de Tivaouane.

Ayant appris le Coran, pourquoi n'avez-vous pas choisi d'être un maître coranique, pour continuer l'oeuvre de votre père ?

Vous savez, il y a le maître qui dispense les connaissances et celui qui éduque. Il y a une différence entre l'éducation et l'instruction. Bien que mon père m'ait appris le Coran, il ne le faisait pas pour tout le monde. Ce n'était pas un marabout qui donnait des connaissances coraniques, mais un maître qui éduquait.
Je vous ai dit au début que même étant marabout par naissance, on a aussi un destin. Et, tant qu'on n'est pas mort, on est exposé à toutes sortes d'expériences.
Personnellement, le bon Dieu m'a aidé à pouvoir éduquer ma famille d'une manière particulière. Je ne sais pas les autres, mais moi, j'ai ma façon d'éduquer mes talibés...

Quelle est votre façon d'éduquer ?

Ma façon, c'est que je sais jouer au football, je sais lutter, faire de la boxe, chanter. En résumé, tout ce qui est actuel et à la mode. Je ne peux pas l'expliquer, d'aucuns disent même que c'est phénoménal ! (Rires) En tout cas, je connais beaucoup de choses de la vie, ce qui me permet d'anticiper sur les mauvais comportements de mes disciples. Eux, peut être, ils peuvent croire que c'est un savoir spirituel qui me permet de saisir leurs actes d'une manière spontanée. Non. loin de là! Je ne dis pas que j'ai tout essayé. tout pratiqué, mais je connais les pratiques auxquelles s'adonnent les jeunes.
Quand j'étais à Colobane, un jeune homme est entré dans ma maison et a rejoint une des chambres pour voler de l'argent que j'avais donné à un de mes talibés pour me faire une commission. Malheureusement, pour le voleur, il s'est non seulement emparé de l'argent mais aussi d'un gris gris qui permettait de repérer tout voleur qui oserait commettre un tel acte. Sa besogne accomplie, il s'apprêtait à partir quand tout à coup, un des enfants lui prête attention et le soupçonne avant de le fouiller. C'est pourquoi, un responsable doit avoir tout les profils présents dans sa maison : un voleur. un malhonnête, même un tueur. Ils sont les seuls à pouvoir se reconnaître facilement. Et dans la vie, on ne sait jamais. Donc, le voleur de la maison a directement reconnu son semblable, l'a intercepté et l'a palpé. Quand il s'est aperçu de son acte, i l'a ramené dans la maison et avec les autres ils ont voulu lui infliger une punition. Mis au courant, j'ai fait appel au bonhomme et je l'ai installé dans le salon. Face à lui je leur ai directement fait savoir que ce homme n'est pas dans son état normal, qu'il s' était drogué. Effectivement, j'avais raison et généralement, je le sais si quelqu'un le fait. L' alcool, le tabac, le chanvre indien les comprimés, tout cela, j'arrive à repéré l'individu qui en a usé. Je ne dis pas que j'en ai pris ou que j'en prends, mais ce sont des choses que je connais.

Comment les connaissez-vous, y avez-vou goûté ?

Chaque chose avec la manière de la connaitre pour moi. Je ne dis pas que j'en ai fait l'expérience pratique, ce que j'ai pratiqué, je vous l'ai dit, c'est le football. Mème la boxe, je ne l'ai jamais fait, mai je suis sûr que je suis bon boxeur. Serigne Touba nous a appris ce qu'on appelle l'élégance dans le propos. A mon âge, avec mes grands enfants et tout ce beau monde derrière moi. je ne peux pas me permettre de dire certaines choses. A l'âge de 53 ans, même si on croit que j'en ai 40, je ne peux pas me permettre des actes et des propos de jeune homme.
Il n'est pas préférable que j'affirme certaines choses, peut être en 1995, 10 ans plus tôt je l'aurais fait. Mais maintenant, c'est impensable que je dise ce que j'ai fait et que je n'ai pas fait. En résumé, je peux vous dire que je ne suis pas ignorant par rapport à bon nombre de choses. C'est pourquoi, il m'est assez facile d'éduquer les jeunes.

Donc vous avez eu beaucoup d'expériences dans la vie ?

C'est ce que je viens de vous dire, j'ai découvert et j'ai eu l'expérience d'une part pratique. Vous savez, le savoir ne veut pas toujours dire les diplômes. On peut être imprégné de beaucoup de choses sans pour autant les avoir apprises. Celui qui a fait l'école peut discuter de choses que je n'ignore pas. C'est comme deux pieds, l'un est droit l'autre gauche, même si en fin de compte, tous deux restent des pieds. C'est exactement cela !

Vous vous dites artiste, êtes-vous aussi bon danseur?

En son temps, oui ! Quand j'étais jeune, je le faisais avec tout l'accoutrement qui allait avec. Cependant, ce n'était pas les mêmes danses qu'aujourd'hui. Nous, nous dansions le jazz, le Be-bop, le Pathianga, les trois pas, quatre pas, de la Soul, on faisait du James Brown...

Où exécutiez-vous vos pas de danse?

Là où vont les jeunes, dans les endroits adéquats, là où ça s'organisait.

Quelle boîte de nuit aviez-vous l'habitude de fréquenter ?

Ce sont des bals qu'on organisait parfois entre jeunes et amis dans les maisons. Ce qui n'est plus tellement d'actualité de nos jours. C'est pourquoi, les jeunes dont je suis le guide spirituel ne songent jamais à aIler danser.

Votre turbulence a-t-elle demeuré en vous jusqu'à l'adolescence ?

Quand j'étais adolescent, j'étais plus frimeur que turbulent. Comme disaient le gens, je faisais un peu le malin. Tout ce qui était beau, je le voulais pour moi : la belle montre, les belles lunettes et encore, des lunettes trop grandes pour moi. Avec mes longues oreilles, ça faisait rire.

Etiez-vous couru par les filles ?

C'était aussi bien les filles que les hommes qui m'admiraient. Quand le Tout-puissant veut faire de quelqu'un un leader, il n y a rien à faire. Partout où vous allez, il y a une certaine lueur qui attire les autres vers vous. Vous êtes accompagné d'un génie que personne ne peut voir. Par ailleurs, les génies se fréquentent et s'ils s'entendent bien, la connaissance des personnes s'en suit. C'est pourquoi quand deux personnes aspirent à une quelconque relation, elles s'attirent mutuellement à la première rencontre. Ce sont nos génies qui font cela. C'est un peu mystique. Mais c'est pour juste vous dire : pour que des individus s'aiment, il y a l' intervention des génies. Ce n'est pas une situation propre aux marabouts, on le vit tous. Maintenant, les manières de draguer different selon les individus.

Mais quel a été le comportement des filles envers un Mbacké Mbacké de 20 ans comme vous ?

Je ne veux pas que vous pensiez que j'étais le seul à être sollicité par les filles. Qu'il s'agisse de Modou Kara ou de Demba Kara, la fréquentation des génies est toujours la résultante d'une nouvelle relation. Il y a ce qu'on appelle le monde des âmes, Dieu a son Etat, son gouvernement. Tout ce que nous faisons, sachez que c'est à l'image de ce monde. Je l'ai dit à un photographe, je lui ai fait savoir que c'est au travail d'un ange qu'il s'essayait. C'est comme vous les journalistes, voyez un peu ce que je suis en train de vous dire, vous êtes particuliers. C'est la raison pour laquelle, les journalistes sont généralement munis d'un sens supplémentaire. Tous vos rêves deviennent souvent réalités. C'est un métier grave, c'est une vérité que je suis en train de vous dire. Homme ou femme, dès que vous parvenez à être journaliste, sachez que vous êtes hors norme.

A quel âge vous êtes-vous marié ?

A l'âge de 26 ans. Juste après le décès de mon père, je me suis marié à une fille de mon homonyme, Mame Faty Mbacké.

Aviez-vous déjà commencé à voyager en ce moment ?

Oui, je voyageais déjà. J'allais voir mes parents partout dans le monde, sans arrière-pensée. La première fois que j'ai voulu voyager, c'était pour aller étudier au Caire (Egypte). Mais mon homonyme, Serigne Modou Awa Bala me l'interdit prétextant que je n'avais pas à faire comme les autres jeunes. C'est-à-dire, aller apprendre l'arabe dans ces pays. C'est de là que j'ai commencé à me décourager pour les études. Mais, ça ne m'a pas empêché de voyager, dans la sous-région et en Europe.

Les voyages des Mbacké Mbacké sont aussi l'occasion de récupérer les hadiyas dans les communautés mourides. Etait-ce votre cas ?

Si, si, en ce temps, il y avait cela. On n'a même pas besoin de le demander pour qu'on nous le donne. Mais l'objectif de mes voyages n'était pas cela quand même. C'était pour avoir l'expérience des voyages et non pour gagner de l'argent. C'est Dieu qui ordonna de voyager, de découvrir ce qui se passe ailleurs.

Combien de femmes avez-vous présentement ?

Non, je ne peux le dire. Réellement, si je dis combien de femmes j'ai, je risque de frustrer certains.

En avez-vous quatre ?

Quatre oui, c'est ce que dit l'Islam. Mais akhikha mome, c'est autre chose (Rires). Je ne vous dirai pas le nombre de mes femmes. (Il digresse) Vous voyez, je suis en train de transpirer parce que je n'ai pas fait de sport aujourd'hui.

Où faites-vous votre sport ?

Dans ma chambre, je fais du vélo et des mouvements libres.

Est-ce pour garder la forme ou pour rajeunir ?

Les deux, j'ai 53 ans et pourtant tout le monde pense que je suis un jeune homme. Si ce n'était mes cheveux blancs...

Quel est votre secret ?

Mon secret, c'est «Dieuredieuf Serigne Touba». C'est ça mon secret! Si on fait le calcul des composantes de cette expression, ça donne : «Il n y a de Dieu qu'Allah».

On dit que les marabouts comme vous, épousent toutes les femmes dont ils ont envie pour divorcer quelques temps après. Ceci pour éviter l'adultère. Qu'en est-il ?

Je ne peux pas me prononcer pour les autres marabouts, mais moi, je ne le fais pas. Marabout tout court, c'est large. Chacun a sa manière de faire.

Pourquoi ne voulez-vous pas dire combien de femmes vous avez ?

Parce que ce n'est pas nécessaire. Quand on a de grands enfants, il est préférable de prendre des réserves sur certains sujets.

Combien de fois avez-vous divorcé ?

C'est la même chose que de vous dire combien de femmes j'ai ou que j'ai déjà eues. Répondre à cette question équivaut à répondre à la première. C'est comme refuser le chiffre 6 pour ensuite accepter le 9, c'est du pareil au même !

Comment avez-vous connu Sokhna Dieng Mbacké, ancienne directrice de la télévision nationale ?

Je vais vous le résumer. Elle, c'était une négresse blanche, je l'ai vue, aimée et mariée. Depuis lors, elle est avec moi et a beaucoup changé. Elle est presque comme moi, rien ne l'ébranle.

Qui a fait le premier pas de vous deux ?

Hé, chuuut ! Ce que je peux vous dire, c'est que les choses qui se passent entre un homme et une femme, rien n'échappe à cette nouvelle génération. Ce sont les façons de draguer qui diffèrent mais c'est toujours de la drague. Habituellement, c'est l'homme qui fait les démarches. Mais si c'est tous les deux qui sont intéressés par l'union, c'est encore mieux, vous le savez mieux que moi, j'en suis sûr !

Il paraît aussi que vous avez eu à vous marier à une animatrice de la place, Sister Maria. Qu'en est-il vraiment?

Oui, Mariama ! Habituellement, en épousant nos femmes, nous tenons toujours compte de leurs prénoms. Des noms comme Mariama, Aïcha, Khadijatou (Silence)... On les accepte. Qu'on fasse les démarches où qu'elles les fassent elles-­mêmes, on y adhère le plus souvent. Elle, c'est une femme qui vit et croit en Serigne Touba. Et je vous ai dit que tous ceux qui s'intéressent à Serigne Touba m'intéresse, qu'ils soient hommes ou femmes. Mais, je préfère que l'on passe à autre chose. Pourquoi ne pas passer à autre chose ?

Pourquoi les femmes que vous avez divorcées ont du mal aujourd'hui à trouver un époux?

Vous voulez donc dire que j'ai eu à me marier plusieurs fois dans ma vie ?

Nous n'avons rien affirmé

Ce que vous venez de dire, je l'ai déjà entendu. II y a l'une de mes ex-femmes qui me la raconté. Elle s'est alarmé du fait qu'un homme voulait l'épouser, faisait tout pour elle jusqu'au jour où il sut qu'elle fut mon épouse. Ce jour-là, de tout ce qu'il a pu lui donner comme matériel, il lui a tout laissé avant de rompre tout contact. (Rires)

Donc toutes celles que vous avez eues à divorcer n'ont plus de chance de trouver un mari ?

Non, pour mon ex-femme là, c'est différent. Elle et son gars ne se sont jamais vu, sinon à travers des photos. Ils se sont connus par l'intermédiaire d'un ami commun. Et le jour où il a appris que c'était ma femme, il a préféré se retirer, par un grand respect qu'il me voue. Mais, je pense que toute femme divorcée a le droit de se remarier, peu importe avec qui elle a vécu. Malgré cela, il y a certains qui aiment se compliquer la vie et se détourner des ex­-femmes de marabout.

En tant que Mbacké Mbacké quel est le sens des mouvements que vous avez créés ?

Là, ce sont des choses qu'il vous sera difficile de comprendre. C'est autre chose. On naît leader ou on l'incarne. Maintenant, on peut réussir l' incarnation comme on peut ne pas le réussir. Moi, les choses me sont venues en 1995. Et chaque leader est rattaché à un nom d'Allah, pour moi, c'est Allahou Wahidoune. Quand j' ai commencé à vivre ce statut de leader, à le sentir, j'ai écrit 300 chansons. Je distribue ces chansons à nos chanteurs, mais ils ne parviennent pas toujours à les réussir. Récemment, j'en ai donné une à Carlou D. C'est une chanson inspirée des huit anges qui détiennent l'au-delà. Et Serigne Touba nous dit que quiconque connaît ces noms ne mourra pas, sans qu'on lui montre en rêve sa chambre au paradis. Je l'ai donnée à Carlou D pour que les jeunes puissent retenir ces noms à travers sa musique. Il y en aura d'autres que je vais donner mais chacune en son temps. Il y aura du Rap du R and B, de la Soul... En ce temps (1995), ma femme, Sokhna Dieng, m'a rappelé que j'avais désigné Chirac alors qu'il était maire de Paris comme celui qui allait remplacer Mitterrand. Comme elle était journaliste, elle a cherché à savoir pourquoi j'ai fait une telle affirmation. Je lui ai répondue que c'est quelque chose qui m'est venu comme ça à l'esprit. C'est pourquoi un peu avant les élections présidentielles en 1997, Sokhna étant une amie de Bernadette Chirac m'a passé cette dernière au téléphone. Bernadette m'avait exposé tous ses problèmes et j'ai prié pour elle. Et lors des élections, à la veille du second tour. Sokhna m'appelle pour me demander le sort qui était réservé à l'époux de son amie. N'étant ni Dieu ni un génie, je lui ai répondu que tout ce qu'elle avait à faire, c'était de retenir ce dont elle s'était souvenue. C' est-à-dire, les propos que j'avait avancés sur Chirac quand je l'ai vu à la télévision, à Paris.
A cette même période en 1995, deux de mes talibés. Ndèye Cissé et Pape Samba Ndiaye étaient revenus au Sénégal avec l' intention de faire un coup d'Etat contre le Président Diouf. Je suis intervenu pour les en dissuader. Mais, comme ils avaient tous deux la nationalité française, ils pouvaient voter mais ne voulaient pas le faire. Je me sentais obligé de les pousser à voter, et mieux encore pour Chirac. Parce que, j'avais déjà émis des propos dont je ne voulais pas qu'ils s'avèrent faux. C'était une manière de faire gagner Chirac en faisant voter les électeurs français. Heureusement, Jacques Chirac avait gagné.

Quelles sont vos relations avec Jacques Chirac ?

Nous n'avons aucune relation particulière, on ne se connaît pas personnellement, peut être à travers sa femme. Mais à Bernadette, il disait souvent que si elle était plus jeune, il allait la jalouser avec moi. Sa manière de prononcer mon nom, en tirant sur le R. (Rires).

Dans quelle langue discutiez-vous avec Bernadette Chirac ?

En français, j'utilisais mon «français débrouillé» sans gêne. Et, on se disait tout ce qu'on voulait se dire, je la comprenais et elle aussi comprenait ce que je voulais dire.

Et quelles sont vos relations avec les autres chefs d'Etat ?

Je ne les connais pas, sauf Bongo et les Présidents sénégalais. Mobutu aussi, m'aimait bien, il lui arrivait même de m' envoyer son avion personnel. Kadhafi, Wade nous a présentés dernièrement.

Quel genre de relations entreteniez-vous précisément avec Mobutu ? C'étaient pour des prières ?

Non, c'est juste qu'il m'aimait bien. Il n' avait rien de particulier entre nous. Je n'étais pas son marabout.

Chirac avait gagné et remplacé Mitterrand mais Abdou Diouf, lui, avait perdu alors que vous lui aviez prédit une victoire pour la présidentielle de 2000, jusqu'à donner des chiffres que vous aviez eu en rêves d'après vos dires de l'époque. Pouvez-vous nous expliquer ce qui s'est passé ?

Oui, j'avais dit qu'il restait à Abdou Diouf le «dieuredieuf Serigne Touba» pendant l'élection de 2000. C'était un calcul très mystique là aussi. En 1968, il y avait des problèmes dans le pays, il aura fallu l'intervention de Serigne Fallou suggérant à tous les Sénégalais de regarder le Président Senghor droit dans les yeux : pas de regards de travers ni de profil. Après cela, Senghor aura encore fait 12 ans à la tête du pays. En 1988, au moment où tout le monde pensait que le règne d'Abdou Diouf tirait à sa fin, Serigne Abdou Lahat Mbacké est intervenu et Diouf fit encore 12 ans à la Magistrature suprême.
Ces deux interventions de deux hommes de Dieu permirent à chacun de ses deux Présidents de durer pendant un temps bien déterminé à la tête du Sénégal. Les 12 années, après calcul mystique m'ont donné 24 heures. L' addition de Laillaha Illalah donne 12 et celle de Mouhamada Rasoul Lillah aussi donne 12. C'est pourquoi j'avais dit qu'il reste le «dieuredieuf Serigne Touba» à Abdou Diouf. D'ailleurs, il la car c'est la place qu'il occupe depuis à la Francophonie (Rires). La vérité peut être visible ou ne pas l'être. Et la personne hors norme sent tout ce qu'elle dit, ce qui fait que c'est toujours la réalité. Qu'elle soit visible ou invisible, elle ne peut avancer des mensonges. Quand j'ai voulu être prudent et prendre mes gardes, j'ai demandé à chacun de voter suivant son choix et son intuition, tout en disant que c'est Diouf qui va gagner. Si je voulais soutenir Abdou Diouf, je n'aurais jamais dit cela. J'ai une communauté derrière moi qui ferait tout ce que je lui demande de faire. Donc, ce n'était pas difficile de faire gagner Abdou Diouf, si ce n'était que par le vote. Mais c'est sûr que si chacun votait pour qui il voulait, Abdou Diouf ne gagnerait pas.

N'êtes-vous pas en train de justifier vos faux calculs sur cette élection ?

Non, parce qu'il y a des révélations que je ne vous ai pas encore faites. Six mois avant les élections, on m'a dit qu'Abdou Diouf en avait fini avec le pouvoir, en tout cas à la tête du Sénégal. Abdou Diouf, après les élections de 1993, on est passé par une expérience avec Bongo. Je n'en avais pas tiré satisfaction et j'ai quitté Libreville pour aller à Paris. C'est de là-bas que je lui ai envoyé un fax lui disant que si jamais il entend ou voit un Modou Kara qui lui demande soit un service, lui téléphone, lui écrit ou lui demande une audience, qu'il sache que ce n'est pas moi. Nous sommes restés pendant six ans sans avoir aucun rapport ni même une simple petite discussion au téléphone. Diouf et moi sommes restés six ans sans contact.

Qu'est-ce qui était à l'origine de la brouille ?

Il m'avait dit quelque chose qu'il n'avait pas fait, et c'est ce que je déteste par-dessus tout : les promesses non tenues. Cela ne sert à rien d'entrer dans les détails, c'est du passé. Tout ce qui est négatif ne doit pas venir de moi.

Mais pour la vérité de l'histoire, expliquez-­vous un peu ?

D'accord, pour la vérité de l'histoire. Mais nous n'avons pas tous la même éducation, les expressions ne peuvent pas être pareilles. Moi, on m'a appris à être véridique, droit, concis, honnête et savoir pardonner. Surtout pardonner, c'est très important pour mon statut. C'est pourquoi, je ne dois retenir que ce qui est positif dans ce qui s'est passé entre nous.

Mais pouvez-vous expliquer d'une manière un peu plus claire ?

Quand je vous ai dit que je n'aime pas les promesses non tenues, vous deviez immédiatement connaître l'origine de mon problème.

C'était quoi exactement ?

Il m'avait fait une promesse qu'il n'a pas tenue.

Que vous avait-il promis ?

Ah, vous vous croyez plus malin que moi mais je ne vous le dirai pas(Rirec).

Juste un petit éclaircissement ?

Il est bon d'être digne et reconnaissant dans la vie. Même s'il n'avait pas tenu promesse pour une fois, à d'autres occasions, il m'avait rendu service. Je tiens aussi compte de cela.
Vous pouvez nous dire quelle a été la promesse non tenue, ensuite parler des services rendus pour ne pas être ingrat...
Quand on comprend un chef d'Etat, on ne lui colle jamais de motif, on ne se fâche pas contre lui. Une personne sur laquelle repose tout un Etat, de grandes responsabilités, ce n'est pas une mince affaire. II oublie vite, donc on ne peut pas trop lui en valoir. Ça ne se fait même pas, c'est interdit par la loi islamique ! (Rires). Six mois avant les élections, on m'avait soufflé la défaite de Diouf. C'est ce qui a occasionné nos retrouvailles, et c'est moi qui ai cherché à le rencontrer après six ans de rupture. C'est à Sokhna Dieng que j'avais demandé d'appeler à la Présidence pour me trouver un rendez-vous avec Abdou Diouf, en ce moment, nous étions tous à Paris. Sokhna était étonnée et inquiète de mon désir de vouloir rencontrer Diouf. Quand Sokhna a appelé, on lui a fait savoir que le Président dormait. Mais à son réveil, il m'a rappelé et on a longuement discuté comme si de rien n' était. Je lui ai fait savoir que je voulais le voir et ça s'est fait chez lui. Et lors de ce face à face, j'ai très vite senti que ce qu'on m'avait dit dans mon sommeil s'avérait être vrai. Son teint n'était pas normal, on pouvait dire que c'était à cause du climat. Parce que comme c'est le cas pour moi, j'ai un teint particulier puisque je ne vois presque jamais le soleil, je suis souvent à l'ombre. Pour lui, je ressentais ce qu'on m'a prédit. Malheureusement, en discutant, j'ai tellement eu pitié de lui que je n'ai rien dit sur ce qui était l'objet de ma visite. C'est de retour au Sénégal que je lui ai fait savoir qu'il est possible qu'il ne soit plus Président après l'élection de 2000. Il m'a demandé quel en était le remède et je lui ai répondu que personnellement je ne voyais pas de remède à cela. Et que ce n'est qu'un rêve, si Serigne Touba n'avait pas le remède, je n'en savais plus rien.
C'est pourquoi, durant les 6 mois avant l'élection de 2000, pas un seul jour où Abdou Diouf mettait ses chaussures sans dire barké Serigne Touba (Au nom de Serigne Touba). Je pense même que c'est pourquoi certains marabouts, dans leurs visions voyaient certaines choses. Bref, après la proclamation des résultats, Abdou Diouf m'a appelé pour me dire que lui, il avait gagné. Il avait gagné parce que le monde entier l'appelle pour le féliciter de cette grande démocratie. Et, justement, moi, je parlais de cette victoire-1à (Rires). Au moment où Diouf cherchait remède, Gorgui (Wade) était chaque jour chez Serigne Saliou. Et, Serigne Saliou, c'est lui «Borom diamono», ce sont eux qui donnent les pouvoirs sur cette terre. Du temps des colons, il est resté 33 ans avec eux sans se laisser à leur merci. Pourtant, il a eu tout ce qu'il voulait. Il est le seul à avoir une ville habitée par deux millions de personnes, un endroit où se retrouve chaque année trois millions de personnes pour le Magal. Qui a tout cela dans le monde entier ? 33 ans, si on l'analyse, c'est ce qui donne les «faratah» et les «sounah» de la prière. Même les 16 ans qu'il a vécus à Ndiarème, il était dans une résidence surveillée. On le suivait partout où il allait, ce qui ne l'empêchait pas de faire ce qu'il veut. Qui ose donc douter de ce que peut faire Serigne Touba ? Les Blancs ont du essayé toutes sortes d'exécutions, mais rien à faire. Douze officiers, dont leur capitaine, ont essayé de tuer Cheikh Ahmadou Bamba à coups de feu. Et chacun d'entre eux s'est retrouvé tué par sa propre balle.
Les Présidents ont le pouvoir mais qui reste non comparable à celui des hommes de Dieu. C'est ce que je disais la dernière fois à des journalistes, le pouvoir qu'ont détenu Senghor et Diouf étant présidents leur permettaient d'infliger des somnifères aux marabouts. Chacun d'entre eux a son propre somnifère qu'il m'a donné mais Abdoulaye Wade a remporté le gros 1ot. Son somnifère n'a pas d'égal, mais je compte pas m'endormir. Personne peut échapper aux somnifères de Serigne Saliou et Wade l'a à ses côtés. Je vais bien m'endormir mais ce n'est pas pour ne jamais me réveiller. Kara Génération for the true !!! On verra bien ! Je vous jure que les gens vont entendre parler de moi dans futur.

Vous n'avez toujours pas parlé de cette fameuse promesse non tenue ?

Vous ne vous découragez jamais on dirait. Je vais vous le dire pour que vous me laissiez tranquille. Abdou Diouf était tellement satisfait de moi à l'époque qu'il me promit de me mettre en relation avec Bongo de mon passage à Libreville. Sûrement a dû l'oublier, car quand j'ai rencontré ce dernier, il m'a fait savoir qu'il a longuement discuté avec Diouf sans qu'il ne lui parle de moi. C'était tout simplement cela cette fameuse promesse non tenue. Ce sont des choses qui arrivent.

C'était seulement cela l'origine de votre problème ?

Oui ça doit peut être vous étonner mais sachez que le prophète nous apprend qu'il n'est pas préférable pour un responsable de dire des choses qu'il ne fera pas, ou des promesse qu'il ne tiendra pas. Si c'était en ce temps je ne me fâcherai pas autant. Il faut toujours songer à être mature, dépasser certains actes et comportements. C'est que j'étais encore jeune, par conséquent fougueux. Chaque chose en son temps. Là où j'en suis, il n y pas grande chose qui m'ébranle. Ni la saveur du sucre ni celle du sel. Je préfère mille fois croquer des « petites colas » que de manger sucré. Tout goût que les personnes considèrent comme amer, c'est ce que moi je préfère. II faut que je sente bon, que je m'habille bien, mais ce sont des choses auxquelles je n'accorde pas beaucoup d'importance.
Par exemple, dernièrement, je me rendais souvent à l'hôtel Hilton à Paris. Comme c'est une propriété américaine, il leur arrivait souvent de libérer les chambres, évacuer les pensionnaires, sous prétexte qu'une bombe a été placée dans l'hôtel. Quand ils venaient dans ma suite, ils étalaient toutes sortes d'arguments pour que je parte. Ils n'y parvenaient pas car ce dont je suis sûr, c'est que nul ne peut échapper à la mort. Tout ce à quoi j'accorde de l'importance, c'est ce que j'ai écrit sur ma voiture : «Dieredieuf Serigne Touba, Cheikh Ahmaou Bamba Mbacké»

Mais se préserver aussi, ça ne gâche rien

Qui peut se préserver ou se protéger de la mort ? Talla Sylla est l'exemple concret, on lui a tout fait, pourtant il est toujours vivant. Je vais vous raconter une histoire d'un des disciples du prophète Souleymane. En ce temps, si Mawty (l'ange de la mort) venait vous chercher, il se transformait en personne. Un jour, il fit irruption dans l'assistance sous la forme d'un bel homme. La personne qu'il était venu chercher l'a senti, parce que quand on doit mourir, on le sent. C'est ainsi qu'il demandait au prophète Souleymane de dire à un de ses génies de l'amener loin du pays parce qu'il n'avait pas très confiance en l'homme qui venait de les rejoindre. Aussitôt dit, aussitôt fait. Le génie l'amenait sur une montagne, loin du pays. Mawty l'a retrouvé là bas pour s'emparer de son âme. C'est pour dire qu'on n'a pas besoin de fuir la mort. Un jour, je suis allé chasser dans la brousse toute une journée durant. Comme la chaleur était ardente, mes compagnons et moi, nous étions arrêtés devant un grand baobab pour avoir de l'ombre et nous reposer. Un serpent est venu s'installer juste à côté de moi, et un de mes compagnons m'a demandé si je n'avais pas vu ce qui se trouvait à côté de moi. Je lui ai répondu que je l'ai vu mais je n'allais pas me déplacer pour lui céder ma place car c'est lui qui m'avait trouvé sur le lieu. L'un d'entre eux est passé derrière moi et lui a fait sauter la tête avec son fusil. Le serpent a sautillé de toutes parts sans tête mais je n'ai pas bougé. Quand on se dit responsable, leader, on doit être le premier à affronter le mal ou le danger. On ne s'affole pas vite quand on est leader, sinon, on n'est vraiment pas à la hauteur.

Où et quand partiez vous à la chasse ?

J'allais souvent dans la forêt du Saloum ou du Djolof. Ce que je viens de vous raconter, c'était en 1987. C'était une grande passion, dernièrement même je suis allé chasser pour Serigne Saliou. Je vais lui chercher des gibiers, c'est une bonne chose parce que je fournis beaucoup d'efforts pour le faire. C'est une bonne chose de se rendre utile ou de se fatiguer pour Serigne Saliou.

Quand avez-vous réellement senti que vous étiez investi d'une mission ?

En 1995, je l'ai su. Cependant, étant enfant aussi, les gens le repèrent en vous. Il y a un Chérif (descendant du prophète Mouhamed )qui disait toujours à ma mère, votre enfant là, j'ai peur de lui. D'après elle, il lui disait que je suis Insa, qu'il serait même probable que je sois le Mahdy dont on parle. J'avais à peine trois ans. Dans le courant d'un mois aussi, j'ai causé la fracture de quatre garçons de même âge que moi. Pourtant, ce n'était pas moi, parce qu'ils l'ont cherché. En fin de compte, ils m'accusaient de toutes choses mais ce sont eux qui m'attaquaient. Si c'était avec la main, elle se blessait, avec le pied idem. C'est pour vous dire que, chaque situation se fait étape par étape. Même l'ivrogne ne perd pas sa lucidité tout d'un coup. On ne se lève pas aussi pour atterrir en terminale.

Comment vous êtes vous affirmé ?

C'est inexplicable, mais tout ce que j'ai dit en ces moments, c'est devenu réalité. Jusqu'à présent, s'il m'arrive de faire des prédictions, ça se réalise. Bien que je ne m'en souvienne plus après, mon entourage ou les témoins me le rappellent chaque fois. Et, au moment du Wahidoune (en 1995), j'ai tout dit à mes proches, sur l'année 2007, 2008...Ils prennent note parce que je ne pourrai plus le redire. On me le fait dire, c'est mystique.

Est-ce à cause de vos visions que vous avez soutenu Wade aux élections ?

Non, nous l'avons soutenu parce que nous avons pensé qu'étant un parti qui vient de naître, il est préférable qu'on le soutienne. Nous avons tenu compte de ses longues années d'opposition. Au lieu de participer, nous avons voulu attendre qu'il finisse ses mandats.

On dit qu'il vous a donné beaucoup d'argent pour avoir votre soutien ?

Non, parce que j'ai totalement démystifié l'argent. La personne qui ose jurer en me voyant que je n'ai pas d'argent dans mes poches, aura parfaitement raison. C'est une promesse que j'ai faite à Serigne Touba, que je ne me promènerai jamais avec de l'argent dans mes poches. Je ne dis pas que je n'en ai pas, mais je ne me promène pas avec. Il est difficile de me corrompre par l'argent, je vous le dis. Dernièrement, quand je baptisais mon fils qui porte le nom d'Abdoulaye Wade, il m'a envoyé de l'argent mais...

Combien vous a-t-il envoyé ?

Je ne le dirai pas, ce n'est pas nécessaire. Si je devais le partager à toute ma famille, tout le monde n'en aurait pas. Mais le plus important, c'est le geste qu'il a fait. C'est symbolique et ça c'est fort.

Ne pensez-vous pas que Cheikh Béthio vous a pris votre place auprès du Président Wade ?

Je n'ai pas de place auprès de Wade. D'ailleurs, avant de nous mettre avec Wade, Cheikh Béthio était déjà à ses côtés. Sa relation avec Wade est à l'origine du dévouement de ce dernier à l'endroit de Serigne Saliou. Nos soutiens ne sont pas les mêmes. Moi, c'est une doctrine, une idéologie que je défends alors que Béthio, c'est toute une communauté qu'il met derrière Wade. J'ai des ambitions politiques pour mon parti, lui non.

Mais ne pensez-vous pas que c'est à cause de Cheikh Béthio qu'il vous a relégué au second plan ?

Chaque personne a sa vision des choses. Par contre moi, je ne peux le concevoir de cette façon. Tout ce qui est négatif, je préfère ne pas le voir ni l'entendre. Cheikh Béthio me connaît. (Il se répète).

Quelles sont vos relations avec Cheikh Béthio ?

C'est une relation qui ne date pas d'aujourd'hui. J'ai des champs à Bambilor et en 1984, il avait saisi les travailleurs de Jean Lefebre pour qu'ils me labourent ces espaces. Dans les normes, je devais payer 100 mille Cfa par jour, mais je n'ai pas donné un franc grâce à lui. Notre relation est née de là. Et puis, c'est un homme que j'apprécie beaucoup. Par sa façon de montrer son attachement à Serigne Saliou, sans complexe.

Vous n'avez donc aucun reproche à lui faire ?

Jamais, je n'y pense même pas. Une personne qui rend hommage à Serigne Saliou, qui a la confiance de ce dernier et je le critique de manière négative ? Non, c'est impensable !

Des marabouts mourides n'approuvent pas sa manière de rendre hommage à Serigne Saliou ?

C'est leur perception des choses. Nous sommes tous des créatures du Bon Dieu, mais loin d'être égaux. Nous sommes tous différents les uns des autres.

Qu'a-t-il fait pour vous à part les champs ?

Rien du tout. Que peut-il faire pour moi ? C'est un talibé, nous sommes pareils. Cependant, je n'hésite pas à chaque fois que l'occasion se présente à parler du service qu'il m'a rendu. C'est ce que recommande Dieu

Pourquoi avez-vous rejoint l'arène politique ?

Quelle politique ? Parce qu'il y en a deux : celle de droiture et celle de gauche. Moi je fais de la politique spirituelle et non temporelle. Je fais de la politique qui se réfère au bon Dieu. Je ne suis pas de ceux qui défendent des courants de pensées.

Mais vous avez créé un parti en plus de partager l'arène politique avec ces courants de pensées dont vous parlez ?

C'est vrai. II y a une loi constitutionnelle, en tant que républicain il faut que je l'accepte. Mais, nous savons aussi faire la part des choses, en acceptant ce qui est raisonnable et en réfutant ce qui ne l'est pas. C'est Serigne Touba qui me l'a appris : le vrai Etat et le moyen d'Etat. Le vrai Etat, c'est celui qui prend en compte l'existence d'Allah et le moyen, c'est celui qui exclut Dieu.
Et si ce n'était pas Abdoulaye Wade, nous serions un parti d'opposition, très dangereux. La politique politicienne n'est pas mon affaire. Mais très prochainement, vous allez voir un Président issu du Parti pour la vérité et le développement (Pvd). Ça c'est moi qui vous le dis. Ce ne sera pas moi, mais je serai l'idéologue. Je vais prendre un homme de confiance à qui je ferai jurer devant le peuple la droiture, l'honnêteté et la vérité. A partir de ce moment, il aura du pain sur la planche car partout où il entrera, je le suivrai.
Quoiqu'il fera, je le saurai. Cela vous fait rire, mais vous verrez.

Expliquez-vous ?

II y a diverses façons de s'opposer comme "rejoignez-moi au Palais"," faisons une marche " ... Différentes manières de montrer notre mécontentement au régime. Et comme dans toutes les prisons, on entend, on entend les Zikroulahs à l'heure du crépuscule, la violence est à éviter. D'autant plus qu'on dit que je suis le marabout des voyous et des bandits.

Acceptez-vous ce titre ?

Ce n'est pas que je l'accepte mais je pense que les bandits n'ont pas de marabouts. Croyez-vous vraiment qu'un bandit a du temps à consacrer à un marabout, c'est du n'importe quoi ! Moi, ce qui m'intéresse, c'est l'être humain. Quiconque vient vers moi, je l'accueille à bras ouverts.

Vous n'avez toujours pas répondu à la question ?

J' y viens. Je dis que si les bandits acceptent d'avoir un marabout, j'accepte d'être le leur. Les gens disent Serigne Modou Kara, moi je dis l'esclave de Cheikh Ahmadou Bamba Khadimou Rassoul. Etre Serigne ou non, je ne le vis pas, je suis talibé. Vraiment, être là à se faire masser les pieds, refuser même de faire l'effort d'ouvrir la bouche, je ne suis pas dans cette logique. Je suis le serviteur de Cheikh Ahmadou Bamba comme il l'a été pour le bon Dieu.

On dit que c'est vous qui allez prendre les voleurs et bandits pour les éduquer ?

Non, ce n'est pas moi qui vais les prendre, mais eux viennent me trouver. Tout cela est la résultante de la tolérance que Serigne Touba laisse voir en moi. C'est ce qui les attire. En 1995, j'ai tout fait avec eux. Je les manoeuvrais comme des militaires, je les faisais jurer de ne plus commettre certains actes et ils l'acceptaient. Tout cela pour les redresser et les remettre sur le droit chemin. C'était comme une armée.

Est-ce de là que vous est venu le surnom Général ?

Sûrement, parce qu'il y a un lien d'attachement et d'amour fraternel ou paternel qui existe entre nous.

Mais pourquoi la plupart de vos talibés viennent de cette catégorie ?

Je crois que les jeunes sont plus nombreux que les grandes personnes. Juste après le décès de mon père, durant neuf ans, mes disciples étaient constitués en grande partie de personnes matures. Mais, entre 1990 et maintenant, les jeunes se rapprochent de plus en plus de moi. Il n y a qu'eux derrière moi. Et j'ai un peu laissé les adultes pour m' occuper des jeunes.

On dit que les soirées religieuses de vos talibés sont un prétexte pour fumer du chanvre, boire de l'alcool... C'est pourquoi, il est plus facile aux jeunes de vous avoir comme marabout ?

Si les gens le disent, moi je vous demande d'aller voir la structure du Diwan (ma communauté) et de vous renseigner sur les 650 jeunes que j'avais amenés à Lamsar au moment du Wakhidoune. C'étaient des drogués, des criminels, des voleurs, toutes sortes de bandits. Si on fait la comparaison entre leur vécu et leur devenir, on verra qu'il y a une grande différence, je dirai même une totale métamorphose. Je les ai éduqués, manoeuvrés de telle sorte qu'on ne les reconnaisse plus. Cependant, partout où se trouve le bien, le mal réside à côté, s'il y a le chaud attendez vous au froid, la nuit et le jour, la lumière et l'obscurité. Moi, tout ce que je peux faire, c'est éduquer, essayer de faire changer. Même au prophète Mohamed (Psl), le bon Dieu a précisé que ce n'est pas à lui de faire changer qui il veut, cette responsabilité relève de la volonté divine.
Durant cette même période de manoeuvre des 650 jeunes, il y en avait 28 qui étaient les plus terribles. Un jour, je leur avais trouvé un traitement particulier qui consistait à les déshabiller et à les laisser sur le haut d'un amas de cailloux, sous surveillance. Et paraît-il, l'un d'entre eux a dit à ses copains que «Kara n'est pas seulement un marabout, si c'était le cas, je serai parti depuis longtemps». Et d'ajouter, «dites seulement que vous ne savez pas ce qu'il est réellement». Celui qui disait cela est devenu aujourd'hui un homme exemplaire, avec toutes les grandes qualités. Il s'est totalement reconverti. Il a émigré en Italie.

Récemment, un de vos talibés dénommé Babacar Diao a été arrêté suite à une enquête sur un crime commis il y a un an sur le vigile de l'hôtel Cap Ouest ?

(Il coupe) Babacar oui, c'est l'un de mes talibés. Vous savez pourquoi on interdit la drogue, parce qu'après l'avoir prise, on n'est plus soi même, on est capable de tout. C'est comme tous les drogués, ils font toutes sortes de choses inconsciemment. Et d'après les dires de l'avocat, ces jeunes, dont, Babacar, n'avaient pas l'intention de le tuer, mais voulaient seulement lui prendre ses affaires.

Acceptez-vous qu'on vous dise que vous avez créé une milice ?
Si on vous informe sur la manière dont j'ai changé ces jeunes que vous prenez pour une milice, vous saurez que mon intention était loin d'en faire une armée. Je les ai commandés, manoeuvrés pour les redresser, je vous l'ai dit tantôt. En tout cas, nous accomplissons notre mission. Et, dans l'au-delà, Allah demandera à chaque responsable comment il s'est occupé de sa famille. Votre chef avec vous, comme moi avec mes talibés. Ce sont des comptes à rendre raison pour laquelle, je m'efforcerai le mieux que possible de bien me comporter avec ces jeunes, de remplir mon devoir de responsable. Seulement, il n'y a que le bon Dieu qui peut changer les personnes.

C'est quoi Kara Génération?

C'est un système de communication. Avec les vacances, les navétanes, les plages et autres, Kara génération passe facilement entre jeunes.

Mais c'est quoi le but ?

C'est pour élargir la base du parti. Je veux que les plus âgées prennent une pause pour céder la place à la nouvelle génération. Ce que je veux, seuls les jeunes peuvent le faire. Tous, mais particulièrement les intellectuels. Je vais prendre 313 jeunes cadres qui serviront de moteur à Kara Génération.

Pourquoi 313 ?

313, c'est le nombre de «wa badar». Ils n'étaient pas mille mais étaient plus puissants que mille. C'est un symbole.

Et le Mouvement mondial pour l'unicité de Dieu ?

Ce mouvement était un ordre de Serigne Saliou. Il m'avait donné un recueil qui s'appelle le Cordon des perles précieuses, la révélation de ce qui est caché. Nous l'avons pris au sens figuré pour l'appeler Mouvement mondial pour l'unicité de Dieu.

Est-ce dans la même initiative que le Pvd ?

Non, ce n'est pas la même chose. Le Pvd est politique alors que le mouvement est voué à l'éducation des jeunes. Le Pvd prévient le peuple sur une nouvelle vision des choses après le règne des dirigeants actuels.

A vous entendre parler, on croirait que vous soutenez Wade parce qu'il est mouride mais que vous n'approuvez pas sa façon de gouverner ?

Non, non, ce n'est pas cela. Abdoulaye Wade, je l'ai soutenu parce qu'il a galéré pour accéder à la Présidence.

Donc vous avez eu pitié de lui ?

Me concernant, si on me disait que Wade est en train de tuer des personnes aussi, je n'en dirai rien. Serigne Saliou est là et il sait tout ce qui se passe dans ce pays. Nous, on ne veut pas faire d'erreurs, c'est ça le problème. Ce qui est rare, c'est de voir un chef d'Etat qui se trouve un supérieur. Wade a Serigne Saliou et nous, nous faisons attention. "Tout ce que je dis sur Wade, Serigne Saliou est au courant. Je lui voue beaucoup de respect à cause de Serigne Saliou, de son âge et de sa galère. Pour un certain discours, interrogez Dansokho ou autres et vous verrez qu'il vous le sortira sans hésitation (Rires).

Kara Génération, n'est-ce pas un mouvement pour s'opposer à la Génération du concret ?

On me l'a dit récemment. On me parle de Génération du concret, je ne sais pas si elle est concrète ou non. Mais restons en là, d'ailleurs c'est seulement hier (l'interview a été réalisé le mercredi 4 juillet) que je suis au courant de l'existence de cette Génération, hier...

Apparemment vous attendez 2012 pour faire vos preuves dans l'arène politique ?

C'est loin pour moi. (Aussitôt il se ravise). Je ne prépare rien, je ne sais même pas si cette date me trouvera ici.

Mais vous avez parlé d'un Président du PVd ?

Ça n'a rien à voir. Moi je parle d'un homme avec les critères d'un Président de la République.

Est-ce vous qui avez cette ambition d'être président de la République ?

Moi, je dois être le chef du Président. C'est à lui de venir m'accueillir à l'aéroport de retour de mes voyages. Je serai le chef suprême, c'est ce qui va se passer dans ce pays. Vous êtes des journalistes, écrivez cela. Vous dites Incha Allah (s'il plaît au Bon Dieu), moi je dis Mach Allah (pour ne pas briser un espoir) parce que j'y crois. Je ne veux pas être Président mais le Président de ce pays sera sous ma responsabilité, gardez cela en tête !

Ce sera pour quand ?

Je ne peux vous le dire car, c'est quelque chose à laquelle je crois mais que je ne maîtrise pas.

Revenons à l'année 1992, quand vous alliez frapper à la porte de la prison de Rebeuss...

C'est parce qu'on m'avait laissé accéder à la prison pour y effectuer une visite. Arrivés sur les lieux, les gardes n'ont pas voulu disant que ce n'était pas sûr pour ma sécurité. Mais je sais qu'au fond d'eux, ils ne me faisaient pas confiance, ils avaient peur que les prisonniers s'évadent. Et, avec le tempérament avec lequel j'étais arrivé sur les lieux, ils avaient raison. D'autant plus qu'il y a des prisonniers qui ne font aucune différence entre la vie et la mort.

Est-ce parce que vous êtes marabout que vous vous croyez tout permis, comme par exemple le jour où vous aviez logé dans l'hôtel d'un de vos talibés en sa défaveur ?

L' amas de cailloux dont je vous parlais tantôt, c'était là-bas. L' hôtel était en chantier et j'y manoeuvrais mes disciples. Mais par rapport à cela, ce n'était pas vrai ! Je n'avais pas imposé ma présence dans l'hôtel. C'est que le gérant était mon talibé et ça appartenait à son père. Bien que son père soit décédé en ce moment. C'étaient seulement des rumeurs mais il n y avait pas eu de problèmes. Les gens n'avaient rien compris.

Etes-vous riche ?

Riche, si c'est en argent allez demander au Président Wade. Lui qui est économiste et chef d'Etat. Ou encore à Ahmet Khalifa Niasse qui dit peser des milliards. Parce que moi, je n'ai que les choses de Serigne Touba. Je remercie le Bon Dieu. Je crois que l'argent est à la banque. Moi je n'en ai pas.

L'argent ne va pas tout seul à la banque ?

Ahan ! Si vous le dites ! En tout cas, je n'en ai pas jusqu'à en garder ce que je pourrai évaluer. Je ne me plains pas, vraiment.

Combien de maisons et de voitures avez-vous ?

Il y a le palais qui se trouve à Darou Mouhty, c' est une maison que j'ai appelée "maison de Serigne Touba". A part cela, je n'ai que cette maison de Mermoz, celle de Yoff, c'est un des talibés qui me l'a laissée. Vous savez que les talibés sont tres généreux. C'est tout je crois et rien n'est à moi. Tout est proprieté de Serigne Touba. Et puis, personne n'habite Dakar. Il n y a qu'une seule entrée. Et je vous le dis aujourd'hui, il faut que le gouvernement s'empresse de terminer cette nouvelle capitale dont il parle. Je mets en garde tout le monde : que les Sénégalais aillent construire des maisons hors de Dakar. Un phénomène naturel peut nous tomber dessus du jour au lendemain et il n y a qu'une seule entrée et sortie.

Et pour les voitures ?

J'en ai une seule. C'est celle sur laquelle j'ai écrit, "Dieredieuf Khadimou Rassoul en or massif." (Rires)

Pourquoi avoir écrit sur votre voiture « Die­redieuf Khadimou Rassoul » avec de l'or massif ? N'est-ce pas du voyeurisme ?

Parce que je suis fier de la manière dont je vis «Borom Touba» et je le montre à tout le monde. Appelons-le du voyeurisme mais pour ce à quoi je crois, ce que je vis et sens : "Borom Touba". II m'arrive d'aller dans un hôtel pendant trois mois, que ce soit dans le pays ou à l'extérieur pour simplement mener la belle vie. Je me suis inspiré des écrits de SerigneTouba, qui nous donne un aperçu de ce qu'est le paradis. Sachant que ce qui est beau et agréable dans ce monde n'est que l'ombre de ce qui se trouve dans l'au-delà, on essaie de s'y identifier. Il faut aimer le beau et le bon dans le bon sens.

Quelle est la marque de votre voiture ?

C'est une 4x4 américaine, Hummer. Dailleurs, elle ne sort pas beaucoup.

Combien vous a-t-elle coûté ?

Je ne sais pas, je vais demander pour vous à Djiby Thiam. Moi je suis là, je ne vends ni n'achète quoi que ce soit.

Qui est Djiby Thiam ?

C'est un ami talibé qui vit aux Etats-Unis.

Est-ce lui qui vous a donné la voiture ?
(Après hésitations). Oui, on peut le dire ainsi, en tout cas c'est en son nom qu'on l'a achetée, il a la nationalité américaine.

Comment appréciez-vous votre manière de vous habiller ?

C'est mon style. Mais, je tiens compte aussi de la communication entre le spirituel et le temporel. Comme dit Sidy Lamine Niasse, "diné ak diamono". Je peux bien m'habiller en costume pour tout gâcher après avec un grand boubou, c'est mon style que je calcule bien aussi.

Tantôt vous avez dit que vous ne voyez pas souvent le soleil, pourquoi ?

C'est mon choix de vie. J'analyse la nuit et le jour, la lumière et l'obscurité ...Je suis très mystique et très particulier.

II paraît que vous avez un fauteuil assez particulier ?

C'est vrai, il est à Yoff. C'est un fauteuil pour lequel je dis souvent que si Dieu avait une main, ce serait ce fauteuil-là. On l'a fait à partir d'un tronc qui avait pris la forme d'une main. C'est comme les branches d'arbre qui avaient pris la forme d'un des noms de Dieu en Allemagne.

Pourquoi dès que vous entriez dans votre voiture, vos disciples n'hésitent pas à la soulever?

Ils le faisaient avant mais plus maintenant. Ils sont devenus civilisés. Ils se laissaient même marcher sur les mains par la voiture et moi, je ne le savais pas. Je leur ai interdit de ne plus faire de telles folies depuis que je l'ai su.

Est-ce que vous priez?

C'est quoi cette question ? Bien sûr que oui, je prie, je suis musulman. D'ailleurs, donnez-moi le temps de réciter quelque chose pour n'avoir pas encore prié. (Il se concentre). Je ne dis pas que j'ai remplacé la prière par ce que je viens de dire mais j'ai demandé pardon pour ne pas l'avoir fait à son heure. Je prie, je jeûne, ce sont des recommandations divines à faire dès qu'on se dit musulman. Non seulement, il faut le faire mais aussi demander aux autres musulmans de le faire.

Talla Sylla est votre talibé. L'avez-vous soutenu durant ses moments difficiles ?

Je suis allé le voir à Thiès pendant sa maladie. Au retour de son dernier voyage en France, avant les législatives, il est directement venu me voir. Et là, j'ai remarqué qu'il était très fatigué. Et, c'est quand j'ai appris qu'il décrochait de l'arène politique que je suis allé le voir à Thiès. C'était après les législatives. Aujourd'hui, j'ai demandé de ses nouvelles, on m'a dit qu'il allait mieux.

Comment l'avez- vous trouvé lors de votre visite à Thiès ?

Malade et fatigué. Je crois que lors de ses traitements, les médecins l'ont blessé aux poumons. C'est ce qu'il m'a expliqué.

Vous est-il arrivé de discuter du cas de Talla Sylla avec le Président Wade ?

Cela n'en valait pas la peine. Sa relation avec Wade est antérieures à mes relations avec le Président. Abdoulaye Wade n'a pas besoin d'attendre que je le lui dise pour agir ou faire quelque chose. Il paraît même qu'avant les élections, ils se sont vus, je ne l'ai pas vérifié mais on me l'a dit.

On dit que le Pds a commandité l'agression contre Talla Sylla. Agression qui est aujourd'hui à l'origine de ses problèmes.

L'agression, on avait aussi dit que ce sont mes talibés qui en étaient les auteurs. Talla m'a dit que quelqu'un lui aurait demandé d'indexer mes talibés au lieu d'accuser les hommes de Wade.

Par AÏssatou Thioye Papa Samba Diarra et Babacar Diop
Source: Weekend


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Jeudi 19 Juillet 2007





1.Posté par karaw le 19/07/2007 19:57
Que celui qui aura tout lu nous en fasse un court, alors trés court résumé. Cette page ne mérite pas notre attention. Une lecture? Contre-Prêches de Abdel Wahab MEDDEB au Seuil ou bien "Les âmes du peuple noir" par W.E.B Du Bois. Les intervieweurs auraient pu demander à ce MARABOUTPOLITICIENDELINQUANT est ce qu'il connait un autre MARABOUTPOLITICIENOPPORTUNISTEDELINQUANT du nom de Béthio (pas le petit pagne mais son adepte).

2.Posté par un senegalais le 19/07/2007 20:15
Kara, fous-nous la paix. Pour qui vous vous prenez, toi et les autres marabouts opportunistes et pervers. Merde a vous tous

3.Posté par maty le 19/07/2007 23:12
pour le court résumé, voilà:
il est marabout car fils de marabout.
il se dit esclave de serigne touba.
il dit qu'il sera le chef du chef d'état.
il avoue avoir plusieurs femmes mais tait le nombre.
il se dit branché, moderne et tres mysique:temprel et spirituel.
il a donné a serigne saliou des pouvoir divins.
en somme, mane yeureum na ko, mom ak kimou yakar. yalla mom, déssouko bolèk lénène!

4.Posté par keena le 19/07/2007 23:59
ah non moudo kara respecte ta veleur et ta dignitè le mot de bandits c pas bons

5.Posté par boydkr le 20/07/2007 06:08
kara man i don't know what the hell you smoking but you better stop it now! this is the dumbest thing i ever read,

6.Posté par youssouf le 03/01/2009 21:43
dieureudieufé serigne touba

7.Posté par Arouna le 26/01/2009 16:28
Bonjour,
rzs-que vous pouviez me faire une démonstration

8.Posté par Arouna le 26/01/2009 16:31
........es-que vous pouvez me faire quelques démonstration par ce-que j'ai des projets qui ne marche pas

9.Posté par inconnu le 18/03/2009 19:29
srg touba kepp mo takh ma respecte la mai dafa am yo kamm ni dafa niaw si sakh talibe mouride asasoumalak mbacke mbacke magui diegoulou bou weer si wakhine bii mai keman gua mai nak dise naniou lepp mame bamba teh dina leral lepp barke borom diamono mame saliou yalla na sounou borom yokk leram. amin

10.Posté par ibrahima diagne diallo le 17/04/2009 20:16
serigne modou kara est mon marabout deuis mon naissance part il est le marabout des jeunes. de ma dpart je ne peux pas faire de commentaire sur lui par ce que il nous dans le bon chemin ce q u"on peut dire c"est DIEUREDIEUFE BOROM TOUBA mon numero c"est le 771687234 je m"appelle ibrahima diagne diallo j"habite a saint louis

11.Posté par bouna diarbatou djibi seck wa derkle(belgique) le 02/05/2009 18:21
dieuredieufé borom touba mome mi waral sougnou serigne modou kara ndjitou diame yi cédalnga sougnou kholy yatal nga niou si bamba dji yalla nga fi yage te wére si barké mame fallou mbacké.diadieuf.

12.Posté par coumba le 07/05/2009 00:53
yaw maty amo dara lo wara wakh si noreyni si te 1 vre musulman tu l8 dw du respet ok fo pa linsulte sw polie

13.Posté par ismaela cisse le 27/05/2009 02:53
dieure dieuf serigne touba kara koula bagne dou téxé bamouy ramou ndahté ngnine ham nagnoula bou bax dieure dieufé serigne modou kara yal nafi yague té weure bou bax ok

14.Posté par youssou le 27/05/2009 17:15
serigne modou kara est mon marabout deuis mon naissance part il est le marabout des jeunes

15.Posté par mamadou thiam le 27/05/2009 20:06
kara vraiment jai pitié pour toi et si serigne touba etomme toi aussi paeil vous éte des merde serigne de faut ai hontedétre musulman a cause de vous sene tounou yay yak béthio

16.Posté par ndama le 02/06/2009 18:29
dieureudieufe borom touba bou wa sene kou si nek bo yewou bala ngaye diouk si lale bii bo ne dieureudieufe borom touba conne deuk nate tonne na bou yague mais sene niou sokhor te nangou wouniou ndogualou lahou bourbii

17.Posté par RAMANIANG le 26/06/2009 20:22
MERCI 10000000000000000000000FOIS POUR LHISTOIRE J AIME TROS SERIGNE MODOU KARA MBACKE NOREYNI

18.Posté par bouna diarbatou djibi seck wa derkle(belgique) le 30/06/2009 15:35
.cheikh modou kara li mouy wakh khel mo kay motali bo amoul khelle nak mou no ko comprendre kone nga teutie sa gategi. kou ko moytouwoul ba la ngay dé torokh té bo déwé tamite torokh.il faut ngène kham ki ka takha diouk mouy mame bamba dieurédieufé borom touba khadim rassoul.

19.Posté par souleymane le 04/07/2009 15:59
ahmadou kara noreyni,yalla nagui fi yagg lol andak wer. si tous les sénègalais été honnéte,on devré dire chak jr k Dieu fai "Dieureudief borom Touba,Cheikh Ahmadou KARA yaguiffi té wér. pask vu ce k Mbacké a contribué pour la vie sprituel des jeunes, kén amoul fayam.barki borom darou, nioun Kara déf niou déffar,kan satan ns a cerné,il est le seul avec le ndiguel de borom Diamono venir a notre aide.sino ojourdui bocou de mére véron leur fils ds les prison,etre des agresseur............ donc SVP un peu de respect pour vs commentaire.

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