La mendicité au Sénégal est souvent associée aux pensionnaires des écoles coraniques (talibés). Le phénomène a atteint une certaine ampleur au point de susciter l’attention, pour ne pas dire l’indignation des autorités, des partenaires au développement et des populations. Pour autant, il n’existe aucune donnée statistique sur le phénomène de la mendicité pour connaître le nombre exact d’enfants concernés. Pour se faire une idée plus exacte de l’ampleur du phénomène, le projet Usaid/Education de base a engagé le cabinet Emergence Consulting que dirige Moubarack Lô. Après des enquêtes de terrain, le cabinet, dans son rapport rendu public hier, est arrivé au constat que 43 % des daaras des régions de Matam, Dakar, Saint-Louis et Louga autorisent la mendicité. Le phénomène de la mendicité des talibés étant toujours, d’après l’étude, plus pratiqué à Matam par 55 % des daaras, suivi de Louga avec 48 %.
Les enquêteurs sont aussi arrivés au constat que le tiers des daaras dans les quatre régions ne prépare aucun repas par jour. La situation est plus prononcée selon eux à Louga. Paradoxalement, dans 74 % des daaras de Matam, on prépare les trois repas quotidiens, malgré le taux élevé de mendicité. Ce qui fait dire aux enquêteurs que, dans cette dernière localité, la mendicité est utilisée comme un outil pédagogique en vue d’inculquer la notion d’humilité aux enfants. L’étude montre également qu’en matière de prise en charge de l’éducation des enfants dans les daaras, plus de 50 % des parents ne paient aucun franc, tandis que les autres apportent des appuis divers à leurs enfants.
Concernant les conditions d’apprentissage, les maîtres coraniques interrogés répondent à 69 % qu’ils n’ont pas d’eau dans leurs daaras et se servent de l’eau de puits. Seuls 23 % des daaras ont des toilettes et plus de 32 % d’entre eux utilisent les feux de bois pour s‘éclairer.
Pour ce qui est de leur date de création, l’étude révèle que plus de 25 % des daaras de Louga et Dakar ont été créés après 2000 et vivent dans des situations précaires. On compte près de 28 % de filles dans les écoles coraniques ou daaras et 15 % d’étrangers. La présence des étrangers est plus accentuée à Matam et reste faible à Dakar avec 3 % des talibés seulement. En moyenne, d’après l‘étude, un talibé peut finir la mémorisation du Coran après six ans de présence dans les daaras. Mais il reste plus de trois ans dans le daara après avoir mémorisé le Coran. Seuls 19 % d’entre eux quittent le daara juste après avoir mémorisé le Coran. Pour le moment, les talibés restent très peu ouverts à l’intégration d’autres programmes avant la mémorisation du Coran.
Mamadou SARR
Source Walfadjri