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SOMMET DE DELHI : LES PAYS AFRICAINS EXPORTERONT VERS L’INDE SANS TAXES

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SOMMET DE DELHI : LES PAYS AFRICAINS EXPORTERONT VERS L’INDE SANS TAXES
Une déclaration et un cadre de coopération sont attendus aujourd’hui, à la clôture du premier sommet Inde-Afrique. Mais les hôtes du forum sont allés plus vite que d’éventuelles requêtes africaines en proposant une corbeille de mesures destinées à renforcer le dynamisme économique de l’Afrique en y installant la paix, la stabilité et l’autosuffisance alimentaire. Réagissant à cette décision, le président de la République, Me Abdoulaye Wade, invité en tant que co-initiateur du Nepad, l’a qualifiée de « révolution » hier à Delhi.

Le matin tant attendu. Dans la salle de conférences, affluent des délégations reflétant la diversité du forum Inde-Afrique, le premier du genre. Ce mardi 8 avril 2008, sur écran géant, une puissante voix commente des images sur cette terre africaine qui, selon elle, a vu naître « l’aube de l’humanité ». D’un côté, un Africain et de l’autre, un Indien. Ils battent, ensemble, les tambours de la concorde. La même musique. Un symbole. Le message est dans le rythme et dans la fusion des cultures. Le message est aussi dans cette corbeille de bonnes nouvelles que le Premier ministre indien, le Dr Manmohan Singh, a voulu déposer à la table qui accueille les présidents Abdoulaye Wade du Sénégal, John Kufuor du Ghana, Thabo Mbeki d’Afrique du Sud, Yoweri Museveni d’Ouganda, Jakaya Mriso Kikwete, de Tanzanie Joseph Kabila de la République démocratique du Congo et Alpha Oumar Konaré, président sortant de l’Union africaine.

Le Nigeria et la Zambie étaient représentés par leurs vice-présidents, Goodluck Jonathan et Ruypiah Banda. Le président Blaise Compaoré du Burkina Faso s’est fait représenter par le Premier ministre Tertius Zongo, tandis que l’ancien chef du gouvernement algérien participe au sommet au nom du président Abdel Aziz Bouteflika. Enfin, le Dr Ali Abdul Salam Altreki, Secrétaire des Affaires de l’Union africaine de la Libye, Moses Wetangula, ministre des Affaires étrangères du Kenya et Mme Fayza Abou El Naga, ministre de la Coopération internationale de la République d’Egypte sont les autres témoins et destinataires de ces bonnes nouvelles.

Première bonne nouvelle : l’Inde annonce un régime de préférence tarifaire hors taxe pour les pays les moins développés. Ce pays du sous-continent asiatique fournira, de manière unilatérale, l’accès préférentiel au marché pour les exportations d’au moins 50 pays les moins développés. Les 34 se trouvent en Afrique. Les produits ciblés ont une importance dans les transactions, d’où un impact certain sur les économies des futurs pays exportateurs. « Le programme couvrira 94% des lignes tarifaires de l’Inde. Spécifiquement, l’Inde fournira l’accès préférentiel au marché sur des lignes tarifaires qui comprennent 92,5% des exportations mondiales de l’ensemble des pays les moins développés », explique le Premier ministre, le Dr Manmohan Singh.

La ligne du pragmatisme et de l’efficacité

Dans l’immédiat, des produits sont identifiés comme dignes de bénéficier de cette mesure d’urgence : le coton, le cacao, le minerai d’aluminium, le minerai de cuivre, les noix de cajou, la canne à sucre, le prêt-à-porter, les filets de poisson et les diamants non industriels.

L’Inde veut « inclure, de manière active, le commerce et l’industrie dans le processus de la croissance et du développement de l’Afrique » et compte, pour cela, s’appuyer sur son vécu dans l’exécution des projets, de même que sur les lignes de crédits concessionnels accordés par Exim Bank. Cette institution bancaire vient d’ouvrir son deuxième bureau africain à Dakar, après Johannesburg.

Deuxième bonne nouvelle : le passage, du simple au double, du volume des crédits. « Jusqu’à maintenant et pour les périodes 2003-2004 et 2008-2009, souligne le Premier ministre, nous avons accordé des lignes de crédit dont la valeur s’élève à 2,15 milliards de dollars (soit 893,4 milliards de francs Cfa). Durant les cinq prochaines années, nous allons doubler ce montant et offrir des lignes de crédit supplémentaires dont la valeur s’élèvera à 5,4 milliards de dollars (2.245 milliards de francs Cfa) ». Ces lignes de crédit seront disponibles dans le cadre des relations bilatérales. Elles sont aussi élargies aux Communautés économiques régionales de l’Afrique.

La nouvelle architecture des relations

La Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), la Communauté pour le développement de l’Afrique australe (Sadc), la Communauté économique des Etats d’Afrique centrale (Ceeac), le Marché commun pour l’Afrique orientale et australe (Comesa), l’Autorité Intergouvernementale pour le développement (Igad) et la Communauté de l’Afrique de l’Est (Eac) ont pris part à ce sommet.

L’Inde adopte la ligne du pragmatisme et de l’efficacité. Elle croit aux infrastructures dans les domaines des chemins de fer ; elle a foi aussi aux Technologies de l’information et de la communication ou encore en la production d’énergie électrique. Ces priorités sont, selon le Premier ministre, des cadres d’expression des ressources humaines qu’il faudra préparer à une marche résolue vers le progrès technologique, économique et social. Dans le cadre de l’aide au développement, l’Inde compte initier et réaliser des projets d’une valeur de plus de 500 millions de dollars (208 milliards de francs Cfa). De même, des institutions régionales et panafricaines d’Enseignement supérieur seront mises sur pied avec une nette préférence pour les domaines de la science, des technologies de l’information, la recherche, l’agriculture et les énergies renouvelables.

Toujours dans le renforcement des capacités, l’Inde veut doubler le nombre de bourses jusqu’ici accordé aux étudiants africains. De 4.000 selon nos sources, ces bourses devraient passer à 8.000. Dans le cadre de l’assistance technique également, le nombre de places mises à la disposition du continent passera de 1.100 à 1.600 par an.

Enfin, un Corps de volontaires Inde-Afrique sera créé. Sa mission sera d’identifier des projets pilotes en matière de santé publique, d’enseignement non formel et d’autonomie économique de la femme. Cette dernière proposition se justifie par une ressource essentielle, selon le Premier ministre indien : « l’Inde et l’Afrique sont bénies en disposant d’une population jeune. C’est seulement en investissant dans l’énergie créatrice de nos jeunes que nous pourrons pleinement exploiter le potentiel de notre partenariat ».

C’est un nouvel horizon qui s’annonce dans le cadre de la coopération entre l’Inde et l’Afrique. Des expressions, sous forme de professions de foi, reviennent sans cesse dans le discours du Dr Manmohan Singh : égalité, respect mutuel, vision partagée sur un monde plus juste grâce à des régimes politiques et une économie mondiale plus équitables, faire face à des défis collectifs comme la sécurité alimentaire, la sécurité énergétique, les pandémies, le terrorisme international, les changements climatiques, etc. Elles sont les charpentes de ce que l’Inde appelle « la nouvelle architecture » de ses relations avec l’Afrique. Les deux partenaires concentrent deux milliards d’habitants de cette planète.

LE PRESIDENT WADE SUR LES MESURES TARIFAIRES PRISES PAR L’INDE : « C’est une révolution car l’exportation est le moteur du développement »

L’Afrique, lieu des paradoxes. Le Secrétaire d’Etat aux Affaires extérieures de l’Inde, Anand Sharma, trouve des mots pour décrire l’anomalie qui voudrait que l’Afrique soit riche de sa faune, sa flore, son sous-sol et reste confinée dans les bas-fonds de la pauvreté, sujette aux caprices du marché mondial comme c’est le cas avec le pétrole - globalement avec l’énergie - ou toutes les autres matières premières. L’intérêt prémonitoire de Mahatma Gandhi pour le continent africain anime encore ses héritiers, comme au plus fort des combats contre la décolonisation et l’Apartheid. Les images projetées sur écran l’ont affirmé : « l’Afrique est le berceau de l’humanité ». Anand Sharma prédit un destin exceptionnel : « l’Afrique est le continent de l’avenir, une Afrique vivante économiquement et pacifiée ».

Les citoyens d’un pays qui compte 1,2 milliard d’habitants (deuxième marché au monde) et fort d’une croissance économique régulière de plus de 8% trouvent là une plage de convergence avec l’un des initiateurs du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (Nepad).

Invité à la tribune, le président de la République, Me Abdoulaye Wade, se félicite des nombreuses affinités que l’Afrique et l’Inde ont en commun. « Feu Cheikh Anta Diop et mon illustre prédécesseur, le président Léopold Sédar Senghor, tous deux éminents intellectuels et hommes de Culture, ont soutenu la thèse d’une parenté entre les civilisations dravidienne et africaine. Gandhi et Nehru sont respectés en Afrique pour leur contribution aux luttes qui ont engagé ce continent. Le film montre d’ailleurs que Gandhi était à la fois africain et indien », souligne-t-il. Ce passé, fait de luttes pour la libération des peuples du Sud, de la revendication d’une plus grande équité au sein de l’Organisation des Nations-unies, de la mise en place du Mouvement des non-alignés, alimente un futur. Et un mot est essentiel aux yeux de Me Wade : la solidarité. « Ce sommet s’inscrit dans le sens de la solidarité. L’indépendance politique, comme une symphonie inachevée, restera toujours incomplète sans la souveraineté économique », explique-t-il. La solution est là, il suffit de s’en saisir : « il faut bâtir un partenariat mettant en valeur nos ressources mutuelles ».

Cette invitation à l’initiative a trouvé un écho, quelques minutes plus tôt, avec les mesures annonçant un régime de préférence tarifaire hors taxe pour les pays africains. « L’exportation vers l’Inde, sans droits de douane et sans contingentement, est une opportunité que nos peuples sauront apprécier. C’est une révolution car l’exportation est le moteur du développement. L’Afrique saura en profiter pour amorcer un tournant dans son modèle de développement qui pourra s’accélérer grâce à la production. Celle-ci s’est toujours heurtée à des obstacles tarifaires, non tarifaires et au contingentement », se félicite-t-il. Il a fait des propositions, notamment l’adoption d’un plan d’action clair, précis et applicable en vue de redressements. Il s’est aussi réjoui de la pérennisation du sommet et de la décision de le tenir alternativement en Inde et en Afrique. « C’est une occasion de traduire en actes notre philosophie de coopération égalitaire et profitable à tous », ajoute-t-il.

Le Sénégal est riche d’un vécu dans ce domaine, indique Me Wade. « La coopération entre le Sénégal et l’Inde est exemplaire. Elle est bâtie sur la base de la complémentarité dans des secteurs comme l’agriculture avec l’objectif de l’autosuffisance, les Industries chimiques du Sénégal (Ics) à travers les phosphates, le montage de véhicules et l’exploitation du minerai de fer. Le Sénégal abrite la station terrienne du Panafricain e-Network qui développera la télémédecine la télé-éducation et rendra possibles les conférences. Il y a aussi le deuxième bureau de Exim Bank en Afrique, après celui ouvert à Johannesburg », dit-il. L’exigence de tels axes de coopération, estime-t-il, est d’« apporter une valeur ajoutée aux formes classiques de coopération ».

Le chef de l’Etat, en se félicitant de ce partenariat, invite à faire mieux : une plus grande ouverture aux privés. Il fournit la recette : « c’est par des mesures incitatives des gouvernements et des contrats directs avec le privé que nous pouvons faire plus ». Le cas du Sénégal est assez incitatif. « Les échanges avec l’Inde ont été triplés entre 2002 et 2007 et l’Inde est le premier partenaire du Sénégal dans nos exportations », se réjouit le président de la République. Selon lui, l’Inde a les possibilités de faire de la technologie à moindre coût. Avec un avantage : « en même temps que l’Inde transférait des équipements, elle mettait à notre disposition les connaissances ».

ALPHA OUMAR KONARE, PRESIDENT DE LA COMMISSION DE L’UNION AFRICAINE : « Dialoguer à égalité avec toutes les puissances du monde »

Il est encore une voix du continent, dans sa diversité : les Africains d’origine noire, arabe, asiatique, européenne. A une vingtaine de jours de son dernier mandat à la tête de la Commission de l’Union africaine, Alpha Oumar Konaré s’est illustré par la portée de son discours. La conviction était dans le ton et dans les mots. L’historien, doublé d’homme d’Etat qu’il est, se signale aux politiques et aux économistes : « il ne s’agit pas, véritablement, de retrouvailles. L’Inde et l’Afrique ont toujours été ensemble. L’Océan indien n’a jamais été une barrière. C’est une voie de passage et de coopération. Quand Vasco de Gama passait le Cap de l’Espérance, il a fallu quelqu’un pour lui montrer la route des Indes. De même, la côte Est de l’Afrique est une terre d’accueil pour l’Inde ». Ce point d’histoire éclaire aussi sur les luttes menées par Gandhi de l’Inde, Jomo Kenyatta, Kwame Nkrumah, Ahmed Ben Bella, Gamal Abdel Nasser, entre autres leaders de l’Afrique, dans le cadre de la dénonciation de la colonisation à l’Onu, la révolution algérienne, la nationalisation du Canal de Suez, le non-alignement ou encore la condamnation de l’Apartheid. Aujourd’hui, souligne le président Konaré, « de grands champs d’action s’ouvrent pour nous. L’Afrique, avec le Nepad, a posé des jalons dans des domaines où l’Inde a enregistré des succès ».

La révolution verte est, selon lui, le symbole de l’agriculture performante de l’Inde. De grands acquis ont aussi été réalisés dans les secteurs des infrastructures, de l’énergie, de la Santé, de la consolidation des capacités, de la science, des Technologies de l’information et de la communication et l’industrialisation. Dans ces domaines, « l’Afrique veut un partenariat pluriel parce qu’il lui est nécessaire pour changer les choses ». Sa philosophie, il la veut claire : « ce n’est pas la politique de la main tendue. Non, nous ne mendions pas ! Nous ne voulons pas d’une assistance ! Nous voulons traiter en toute égalité, dans le souci que chacun y gagne quelque chose. Nous ne voulons pas de saupoudrage ; nous voulons des investissements réels », scande-t-il. A son avis, « l’Ua parle au nom d’une Afrique responsable et qui entend dialoguer à égalité avec toutes les puissances du monde selon le concept gagnant-gagnant ». Pour lui, « c’est le combat de l’avenir » parce que, dans quarante ans, l’Inde et l’Afrique réunies abriteront 4 milliards d’habitants. « Quel chantier alors, quel champ d’échanges d’expériences, de richesses et de force spirituelle ! », clame M. Konaré.

Le mode de coopération doit absolument être différent car, avertit-il, « il ne s’agit pas de faire comme d’autres ». « Il faut, poursuit-il, écouter les aspirations profondes de notre continent qui n’est pas pauvre, qui a une richesse et qui est disposée à les partager. Il faut sortir du système colonial, du système d’économie de traite avec des matières premières souvent achetées à vil prix. Il faut corriger car ce que nous produisons va dehors et pour notre propre nourriture, nous sommes dépendants. L’Inde a réussi sa sécurité alimentaire ». Des choix décisifs sont à faire, en allant au-delà de l’étape des Objectifs du millénaire pour le développement (Omd) sur des questions comme la grave crise financière dans le monde, les menaces de famine, la flambée des cours du pétrole et des céréales. « Ce sont de graves menaces pour nos Etats. La solution n’est pas seulement indienne ; elle est indienne et africaine. Il faut que les décisions soient suivies d’effets. Les investissements, sans aucun doute, sont un soutien au processus démocratique. Avec l’Inde, nous éviterons un écueil : la mise à disposition de ressources que nous ne pouvons pas utiliser à cause des multiples conditionnalités », développe-t-il.

Source: Le Soleil

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Mercredi 9 Avril 2008

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