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SENEGAL: Les assurances trop à l’étroit

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Même si elles sont loin de brasser des masses d’argent aussi importantes que celles des banques avec qui elles sont concomitamment sorties de l’ornière, les sociétés d’assurance évoluant sur le marché sénégalais sont en bien meilleure santé que par la passé, quand le paysage financier local était des plus sombres. Une crise similaire à celle qui avait requis, quelque deux décennies plus tôt, une cure en profondeur des deux banques et assurances, prévaut présentement à l’échelle du monde. Mais, tout comme les banques locales, les sociétés d’assurance de la place ne sont véritablement pas dans la tourmente. Ce n’est pas seulement parce que leur articulation au reste du monde est ténue qu’elles sont encore debout. C’est également et surtout parce qu’elles ont acquis une grande force de résistance grâce aux thérapies de choc qu’elles avaient antérieurement subies.



SENEGAL: Les assurances trop à l’étroit
Le pilier de soutènement des assurances demeure le Code de la Conférence interafricaine des marchés d’assurances qui, depuis 1995, régit le marché sénégalais et ceux de treize autres pays de l’Afrique occidentale et centrale francophone. De portée supranationale, dans son objectif de garantir la sécurité juridique et financière des sociétés d’assurance et des assurés, le Code Cima a permis l’assainissement notable du secteur et la restauration de sa crédibilité, dans une mesure appréciable. Le code a ainsi mis un terme au règne des « chasseurs de primes » alors beaucoup plus soucieux de réaliser de gros chiffres d’affaires que de la qualité des résultats réels et de la couverture effective des risques des personnes qu’ils sont censés assurer. L’on se souvient encore des nombreux retraits d’agréments finalement prononcés par un corps de contrôle au-dessus de l’arbitraire des pressions politiques ou administratives à l’encontre de compagnies dont les marges de solvabilité étaient quasi nulles.

Certes, le marché de l’assurance a été considérablement assaini au Sénégal comme dans le reste de la zone Cima, grâce aux effets préventifs et répressifs du code éponyme. Il n’en demeure pas moins dans un équilibre on ne peut plus précaire, si l’on juge par son extrême étroitesse. Le chiffre d’affaires annuel réalisé dans la zone est actuellement de l’ordre de 485 milliards de francs Cfa équivalant à 0,2% du cumul des primes d’assurance à l’échelle du monde. Les quelque 70 milliards de FCfa collectés bon an mal an au Sénégal sont, comme qui dirait, une fine perle d’eau dans l’océan.

La barémisation introduite par le Code Cima fait partie des obstacles à l’élargissement du marché de l’assurance. Elle a sans doute ramené à des proportions plus réalistes, du point de vue des compagnies, les indemnités que les tribunaux les condamnent à reverser aux assurés victimes de sinistres ou à leurs ayants droit. Mais le revers de la médaille est qu’elle les a réduites à des niveaux trop bas pour susciter un engouement de masse à l’endroit de l’assurance.

Cette donne est d’autant plus à revoir que l’assurance, dans son acception moderne, à encore énormément de difficulté à s’ancrer dans nos mœurs. Subjectivement, c’est en raison d’un fatalisme atavique faisant que l’on peut penser pouvoir se suffire de la protection de Dieu ou des dieux. Objectivement, c’est parce que, avec la faiblesse du pouvoir d’achat du grand nombre et des insuffisances de beaucoup d’entreprises, l’assurance n’est pas rangée dans la catégorie des priorités. Toujours est-il que, dans un environnement où le risque est sérieusement présent partout, dans les rues, les maisons, les écoles, les bureaux, les marchés, les ateliers, les fabriques, les chantiers, les champs, les espaces de sports et de loisirs, la très faible ou la non couverture des personnes, des ménages, des biens et des entreprises fait assurément partie des facteurs qui creusent le sous-développement. Elle ruine des investissements, des vies et leurs fruits, sans grande possibilité de les renouveler ou de les régénérer.

A notre sens, autant les indemnisations dues en cas de sinistres doivent être revalorisées à leur plus juste mesure et les délais de paiement fortement raccourcis, autant davantage de catégories d’assurances sont à rendre obligatoires, avec toute la pédagogie incitative requise par l’élargissement de leur marché. Dans l’état actuel des choses, les seules auxquelles l’on ne peut légalement se soustraire sont la garantie responsabilité automobile, l’assurance des facultés à l’importation, l’assurance maladie des personnes salariées, l’assurance scolaire, l’assurance voyage rendue obligatoire par les Etats Schengen et l’assurance responsabilité civile chasse, principalement exigée des acteurs touristiques cynégétiques.

Ces secteurs connaissent un développement relatif, à la mesure des besoins exprimés, de l’acceptation par les assurables de l’exigence posée par la loi et de la capacité de la puissance publique à la faire respecter. Le marché de l’assurance pourrait se développer encore plus si son obligation était élargie aux secteurs du « tout risque » automobile, de l’habitation, de l’entreprise sous toutes ses formes, de l’emploi et du chômage, de la retraite complémentaire et plus largement de la branche Vie. Avec, de la part de l’Etat, un accompagnement fiscal tout aussi incitatif pour les assurés que pour les assureurs, étant entendu que ces segments, surtout l’assurance-vie, peuvent être de puissants leviers de développement économique, de par leur grande capacité à drainer et mobiliser l’épargne longue. Mais, faudrait-il que les sociétés d’assurance diversifient et adaptent leur offre au pouvoir d’achat d’une population qui n’est pas des plus aisées et qui, de surcroît, s’active majoritairement dans le secteur informel et dans l’agriculture.

PAR Amadou FALL
Source Le Soleil

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Mardi 7 Avril 2009




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