Référence multimedia du sénégal
.
Google

SARKOZY ET L’AFRIQUE: Volonté de puissance ou Complexe du Colonisé ?

Article Lu 1408 fois

Nicolas Sarkozy a délivré jeudi dernier, à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, la vision du partenariat qu’il compte proposer à l’Afrique. Il l’a fait dans un langage de vérité, sans précaution particulière, comme lorsqu’on est en terrain ami. Aussi, dans un tel contexte, le suspecter d’être un colonialiste, nous semble t-il un peu trop court.



Né en 1955, quelques petites années avant l’accession de nombre de pays africains à la souveraineté nationale et internationale, n’ayant connu ni la guerre, ni les conquêtes coloniales, Sarkozy, fils d’immigré, est tenté par une rupture dans le rapport que la France entretient avec l’Afrique. Il cherche précisément à inaugurer de nouvelles pratiques aux antipodes de celles qui avaient cours à l’époque de quelques-uns de ses illustres prédécesseurs, à savoir les présidents Charles De Gaulle, Valéry Giscard D’Estaing, François Mitterrand, Jacques Chirac. Il ambitionne d’établir des relations dénuées des préjugés qui empêchent de dire ce qu’on pense, comme on le pense. C’est donc à une discussion, à un débat sans concession qu’il convie. Il nous appartient de débattre sans lui jeter l’anathème, de refuser de nous enfermer dans des considérations paresseuses qui contraignent à se regarder le nombril.

Que dit Sarkozy ? Que l’Afrique est un continent divers, doté de cultures plurielles. Que l’Afrique ne s’en sortira que par elle même, suivant son génie inventif et créateur. Que l’émigration comme planche de salut n’est pas une panacée, même si toute personne a vocation à bouger, tentée par l’appel du grand large. Que le pillage ou l’exil des élites porte un grave préjudice aux pays d’origine qui ont consacré beaucoup de ressources à la formation de leurs enfants. Que même s’il ressent « la traite et l’esclavage comme des crimes envers l’humanité » , il demeure que « l’Afrique a sa part de responsabilité dans son propre malheur »

Assurément, on ne peut faire l’économie de l’implication des élites dans le devenir de l’Afrique. Qui ne se souvient de Mobutu Sesse Séko, chantre de l’identité zaïroise, orchestrant le pillage systématique des énormes richesses du pays dont il avait la charge, après avoir il est vrai, évincé du pouvoir Patrice Lumumba par un coup d’Etat sanglant. Qui ne se souvient de son autre voisin, le prévaricateur ougandais, Idy Amine Dada. Que dire du « scandale » que représentent la Guinée de Lansana Conté, le Cameroun de Paul Biya. Riche de leur sous-sol, de leur agriculture, de leur réseau hydrographique, en un mot gâtés par la nature, ils peinent à s’émanciper de la pauvreté. Heureusement qu’une brise d’optimisme nous vient de certains pays alentour. Plantée dans la rocaille hostile, « oubliée des Dieux », la République du Cap-Vert se démène comme un beau diable, pour se frayer un chemin d’avenir. Il en est de même du Burkina Faso qui, vaille que vaille, montre ce qu’il est possible de faire, pour peu que les élites s’y engagent et entraînent les populations locales. Qui peut nier que la corruption gangrène nos sociétés ? Il suffit de lire le dernier livre d’Abdou Latif Coulibaly sur le pillage de la Loterie nationale sénégalaise (Lonase), pour se convaincre de la responsabilité de certaines de nos élites, dans la situation de pauvreté dans laquelle pataugent nos Etats. A cette allure, ils ne pourront difficilement s’en sortir pour peu que les entreprises soient perçues comme des niches de prévarication, des vaches laitières. Une réalité qui, du reste, n’est pas propre à l’Afrique. Partout, en France, aux Etats-unis, en Angleterre, des scandales sont perpétrés par des hommes et des femmes avides et cupides. C’est comme qui dirait une tendance qui n’est propre à aucune culture, à aucune gêne particulière. Aussi la différence s’inscrit-elle dans la volonté affichée ou non de sanctionner de telles dérives. Quelle leçon tirer de ces exemples triés sur le volet ?

Prés de 50 années après les indépendances, soit l’espace de deux générations, n’est-ce pas fastidieux de vouloir toujours puiser des réponses dans le puits obscur d’un passé esclavagiste et colonial. Passé douloureux certes, qui a vidé l’Afrique de ses forces vives, aliéné ses populations, piétiné ses civilisations. La cause est entendue et nul n’en disconvient. Il importe maintenant de tourner la page, en prenant soin de ne pas la déchirer, encore moins de l’enfouir dans les entrailles de l’oubli. Bien au contraire la référence au passé ne peut être pertinente qu’en s’inscrivant dans une trajectoire faite d’assumation et d’ouverture. Continuité et discontinuité sont par conséquent les deux mamelles d’une histoire en mouvement, capable d’éclairer le présent et d’inventer l’avenir. A condition toutefois de se départir du complexe du colonisé.

Le Respect de soi

Sarkozy a raison. Les enfants ne sont nullement comptables des fautes commises par leurs parents. Nul ne doit les culpabiliser. Comment un Sénégalais de 30 ans peut-il se poser comme victime de l’esclavage ou de la colonisation et demander réparation ? Comment un Français du même âge peut-il se sentir responsable des actes odieux commis pendant l’esclavage ou la Shoa ? Sarkozy a librement exprimé un point de vue. Il s’agit de lui en opposer d’autres, nourris à la tranquillité d’une réflexion dépourvue de tout réflexe communautariste et de toute tentation victimaire qui lui ôterait sa force offensive. C’est faire injure à Sarkozy que de le traiter de raciste. Ce sentiment ne sommeille t-il pas en nous qui pouvons nous traiter, sans discernement, les uns ou les autres, de sales noirs, sales blancs, sales jaunes etc. Il faut opposer une argumentation à Sarkozy et refuser de l’envoyer dans les cordes d’une diabolisation outrancière. A l’évidence, n’est-ce pas lui qui a rendu possible, une responsabilisation accrue des minorités visibles, et poussé à la très controversée et problématique discrimination positive. Le premier préfet issu de l’immigration, c’est lui. Des ministres issus de l’immigration qui ne sont pas cantonnés dans des représentations identitaires, c’est encore lui. Loin de nous toute idée de l’encenser. Sarkozy est un homme de droite. Il le revendique. Il s’agit d’en prendre acte et de le combattre comme tel, quand on est de gauche et se réclame de valeurs différentes. Une différence justement qui doit renvoyer à une tolérance qui rend possible le dialogue.

Du discours de Sarkozy, on peut retenir toutefois un certain nombre de lieux communs qui mettent le doigt sur la faiblesse des ruptures qu’il veut amorcer. Il a pêché par une volonté d’enfermer l’Afrique dans des mythes fondateurs. Pour quelqu’un qui appelle à se libérer des mythes, il y a là une contradiction. Le mythe a différentes acceptions. Il peut être perçu comme une histoire fausse, un mirage, dans lequel on se complaît. Il est aussi une histoire primordiale, vraie et sacrée, qui restitue un discours total provenant des Dieux et qui organise la totalité de l’espace social. Alors de quoi nous parle Sarkozy, lorsqu’il nous renseigne que « l’homme moderne qui éprouve le besoin de se réconcilier avec la nature a beaucoup à apprendre de l’homme africain qui vit une vie en symbiose avec elle depuis des millénaires » ? De quoi nous parle t-il lorsqu’il relève que « le problème l’Afrique, c’est de cesser de toujours répéter, de toujours ressasser, de se libérer du mythe de l’éternel retour » ? Il feint d’oublier que la gestion du temps du Sénégalais qui travaille à Paris, à Tokyo ou à New York est la même que celle des autochtones. Il s’y ajoute que celle que véhiculent nos enfants qui surfent sur le « Net », échangent entre eux par « textos » ou autres « Msn », n’a rien à envier à celle de leurs congénères d’Europe, d’Asie ou d’Amérique. Rapidité, réactivité et efficacité sont leur credo. Allez leur parler de leur immobilité « au milieu d’un ordre immuable où tout est écrit d’avance ». Il s’y ajoute que nombre d’entre eux qui vivent dans les villes, formatés par les télévisions satellitaires, les voyages, les informations distillées par les radios et qui à chaque instant leur rappelle la petitesse du monde, ne sont pas sensibles à de telles inepties.. Au plus profond des villages sénégalais il arrive de rencontrer un petit enfant arborant le maillot de Zidane ou de Eto’o fils. Le village planétaire, la mondialisation ne sont pas de vains mots. Et c’est en ce sens qu’il y a une complexification de la question identitaire. Dans un monde qui bouge aussi vite que le nôtre, l’identité est forcément plurielle, à la confluence des apports multiples et différents .

Alors vouloir enfermer l’Afrique dans de telles représentations participe à perdurer des lieux communs et à s’inscrire dans la logique de lectures africanistes obsolètes. Les temps ont changé. Le temps de nos parents n’est pas le nôtre dit le chanteur Youssou Ndour.

En d’autres termes si le discours de Sarkozy présente un intérêt certain parceque décomplexée, il appelle à un dialogue sans complaisance. Finalement peu devrait nous importer ce que Sarkozy pense de l’Afrique. C’est son droit et sa liberté. La nôtre est de faire en sorte que cette terre nôtre soit fière d’elle même. C’est possible par notre action, notre détermination et notre engagement au service de son développement. En fait, le respect de soi et subséquemment des autres se mesure à l’aune d’une posture concrète. Hier malmenée par la famine, les guerres, l’occupation coloniale, la Chine a su penser et puiser en elle-même des ressources pour panser ses plaies, rompre avec certaines traditions obsolètes et s’inviter fortement à la porte de l’avenir. Elle est aujourd’hui respectée et crainte par la force de son énergie et de son travail. Aujourd’hui troisième puissance mondiale, l’ex « Empire du milieu » nous rappelle que l’Afrique sera ce qu’elle se fera, suivant le regard, la tendresse et la compassion que ses propres enfants lui porteront ou non.

Vieux SAVANE
Source: Sud Quotidien

Article Lu 1408 fois

Samedi 28 Juillet 2007

Actualités | Politique | Economie | Fait Divers | Société | People | Sport | Coin des femmes | Culture | International | Vidéo News | Buzz du monde | Bande dessinée | Un café avec | Dinama Nekh | Buur Guewel | Double vie | Ndiaye Dollar | Wiri Wiri | Le reve de Akis | Rirou tribunal | Revue de presse | Blagues





Copyright © 2007 - 2016 Xibar multimedia Tous droits réservés

DIRECTEUR DE PUBLICATION: Abdoulaye Sogue - Contact: Protect e-mail with only css

Xibar Multimedia - 2901 41st Ave, Long Island City, NY 11101, United State