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Reportage à la Cité millionnaire : Un monde à l’envers

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Devra-t-on le rebaptiser un jour ? Cet endroit naguère chic et charmant, paisible et sous-peuplé, jadis habité par des nababs, ne répond plus au clinquant du nom qu’il porte si fièrement. En près de trois décennies d’existence, pauvreté, insécurité, prostitution et promiscuité l’ont transformée en repaire où le standard des valeurs reconnues comme telles est à l’envers. Reportage. Le quartier renvoie à un foutoir. En cette mi-journée suffocante, la Cité millionnaire, prise en étau entre Hlm Grand-Yoff, les quartiers Djeddah Misrah et Arafat, grouille de monde. Ses labyrinthes sont envahis par des gavroches qui s’adonnent à cœur joie au foot. Ils ne se soucient pas mal des étals qui jonchent la chaussée de la route principale de cette petite cité. Obligeant les piétons à disputer la route aux automobilistes.



Reportage à la Cité millionnaire : Un monde à l’envers
Chacun semble faire ce que ce bon lui semble. Pourvu qu’ils (sur)vivent. Jadis endroit pépère, la Cité millionnaire, créée en 1977, ne nourrit plus son… nom. L’opulence n’y est plus que virtuelle, l’insécurité et la paupérisation, réelles, en dépit des bâtisses imposantes appartenant pour la plupart à des émigrés sénégalais des «années 80». Des émigrés dont la réussite a fait la fierté de tout un quartier. Amadou Bâ, un des «premiers habitants» de ladite cité, raconte : «Le nom Cité millionnaire vient du fait que la plupart de ces maisons appartenaient à des émigrés vivant en France, au Gabon, en Côte d’Ivoire, au Tchad, etc. Mais aussi, à de grands commerçants de Sandaga. C’est ainsi que le nom s’est imposé». Vautré dans une chaise, grand boubou bleu, foulard blanc autour du cou, lunettes myopes fixées sur le nez, cet octogénaire rencontré à son domicile inspire quelque sagesse.


L’histoire de la Cité millionnaire, ex-Minnam, composée de 7 quartiers, ne lui échappe point. La mémoire encore en éveil, il se rappelle : «Dans les années 80, les terrains coûtaient entre 800 000 et 2 millions de francs Cfa. Moi, j’ai acheté le mien lorsque j’étais au Tchad où j’ai passé 15 ans.» Aujourd’hui, le vieux Amadou se désole de la déliquescence dans laquelle se trouve son patelin, où «il faisait bon vivre». «Avant, la cité n’était pas populeuse comme maintenant. C’était vraiment agréable, constate-t-il avec nostalgie. Ce qui se passe, c’est que la majeure partie des premiers propriétaires qui habitaient ici avec leurs familles ont vendu leurs maisons pour aller vivre ailleurs.»
Derrière le virtuel
Par petit groupe, des jeunes dans la rue devisent. Ici, la notion du temps ne semble pas avoir une grande signification pour des adolescents souvent sans emploi, désœuvrés, plus enclins à pinailler autour d’un vendeur de café Touba installé à côté d’un kiosque à pain. «Allez-y, c’est du café Touba», nous dit généreusement un gaillard d’une vingtaine d’années qui interrompt notre entrevue avec Pape Ameth Mbaye et François Hoé, deux jeunes de même âge à peu près. Le visage boursouflé, il vient apparemment de se réveiller. Il est 10 heures passées. A l’instar de nombreuses localités du pays, le chômage est un crève-cœur d’une terrible réalité à la Cité millionnaire. Assis au bas d’un immeuble situé sur la route principale, le regard perdu, Pape, 20 ans, atteste : «La plupart des jeunes d’ici ne travaillent pas.

Certains passent toute la journée à dormir. Le soir, ils se regroupent sur cette artère qui est toujours très animée.» La désinvolture n’en est que plus grande avec la proximité remarquable de nombreux bars qui ont fait de la Cité millionnaire un véritable maquis ouvert à d’autres «jeunes venus des quartiers environnants». Dominique Lopy, un résident, ne manque pas de le relever : «Pendant l’hiver, ces jeunes sont dehors jusqu’à 2 heures du matin, et pendant l’été, c’est jusqu’à 5 heures du matin.» Une oisiveté à laquelle Pape Ameth, membre du Mouvement national des pionniers du Sénégal, a voulu échapper par les chemins de l’émigration. «Je voulais partir en Europe en passant par le Cap-Vert.

Malheureusement, les 400 000 francs Cfa qu’on me réclamait, je ne les avais pas en totalité», explique ce jeune garçon maigrichon qui n’a pas renoncé pour autant à son ambition. Son ami François, 18 ans, joueur de football, compte lui davantage sur le centre de formation des Hlm Grand-Yoff pour sortir de la galère ambiante qui prévaut dans sa cité. «Il y a beaucoup d’agressions, ici déplore-t-il. Le drame est que tout le monde connaît les agresseurs, mais personne ne veut les dénoncer.»

Selon Lamine Diop, 21 ans, élève en classe de terminale, ces cas d’agression sont surtout fréquents à la faveur «des moments ou périodes de délestages» causés par la Senelec. Cas d’école : celui arrivé à Félix Diop, un trentenaire qui a failli se faire agresser par un homme qui sortait du bar appelé Banana. «Mais comme il était saoul, dit-il, je l’ai affronté. Lorsqu’il qu’il s’est rendu compte qu’il ne pouvait rien contre moi, il s’est barré.» Plus grave, cet autre cas qui a eu lieu devant le bar Kandoum Branay, et qui occasionnera mort d’homme. «Un jeune appartenant à une bande d’agresseurs voulait s’en prendre à un homme le poursuivant jusqu’à l’intérieur du bar, raconte Dominique. Il s’est fait tuer par ce dernier.» Un événement gravissime suivi d’une vendetta populaire, car le bar où s’est produit le meurtre sera mis à sac par des jeunes du quartier.

Des interpellations, il y en a eues, en plus de la suspension du Kandoum Branay. Juste pour «trois mois», le temps d’apaiser les esprits. C’était sans compter cependant avec la détermination des habitants de la cité qui ont réclamé, en vain, la fermeture définitive de tous les bars de la Cité millionnaire. Mais selon Pape, «avant de s’en prendre aux bars du quartier, les parents doivent d’abord éduquer leurs propres enfants qui font partie de ceux qui dépouillent les gens de leurs biens». En plus, ajoute notre interlocuteur, «ces bars sont fréquentés par les jeunes du quartier et par des policiers. Donc, je vois mal comment ils pourraient être fermés.»

Quoi qu’il en soit, les bars et autres cabarets ont favorisé la débauche à la Cité millionnaire. Nombreuses sont les jeunes filles qui s’adonnent à la prostitution pour, disent-elles, s’extirper de la misère. Il est 21 heures ce samedi, les artères de la route principale de la cité sont bondées, en pleine effervescence. Des va-et-vient incessants à l’entrée de Bandoum Branay, l’un des bars les plus fréquentés. Des filles plantureuses, en tenues excentriques, rodent autour du bar. Une ambiance devenue banale dans cette cité où ces coins de fêtards côtoient les concessions. Dominique s’étrangle lorsqu’il observe, impuissant, sa cité sombrer dans la débauche. En témoin éternel des marchandages entre prostituées et «chauds lapins» en quête de sensations. «A partir de minuit, vous voyez des jeunes de rien du tout se prostituer ouvertement. Vous les voyez traîner devant les bars.»

Par El H. Daouda L. GBAYA
Source Sunuker.com

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Mardi 21 Juillet 2009





1.Posté par Abzo le 21/07/2009 05:41
Nice article!....Ce qui se passe a la Cite Millionaire se passe aussi tous les jours a Pikine, Guediawaye, Grand Dakar, Grand Medina, Parcelles, Grand Yoff, Niary Tally,........Bref partout!!!!!! Ce n'est que le resultat palpaple de l'incompetence de nos governants, mais aussi la complicite de l'opposition seengalaise qui ne fait que de la politique politicienne(elle passe tout son temps a comdamner le regime a travers des reunions, colloques, assises...) du silence coupable de nos chefs religieux corrompus, bref de nous tous! Tout le peuple!!! C'est le peule qui souffre et c' est au peuple de trouver des solutions durables.Aucun depute ne se levera pour lutter contre la prostitution ou l;ouverture des bars dans les quartiers les plus populaires de la ville.

2.Posté par conquérant le 21/07/2009 09:12
Bel article de société! Hélas comme l'a si bien dit le premier intervenant la Cité Millionnaire n'est pas la seule à afficher ce décors digne des ghettos du Harlem.
C'est inquiétant!

3.Posté par Khady le 21/07/2009 10:06
ne changeons surtout pas le nom

4.Posté par Dr FAlilou SENGHOR le 21/07/2009 20:44
Qu'allons nous faire pour rendre Karim moins puéril .

Peine perdue ..

Rakhass boppou golo , moy Yakkh sa saabou.

5.Posté par moussa le 03/01/2012 23:52
slt je voudrais confirmer tt s ki a ete dit sur l article

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