Référence multimedia du sénégal
.
Google

Reportage - Sénégalais d’Amérique : 20 ans après

Article Lu 11490 fois

Il y a 20 ans, en juillet 1987, je débarquais pour la première fois à New York et, à ma grande surprise, rencontrais beaucoup de nos compatriotes alors récemment émigrés au Usa, majoritairement regroupés dans les hôtels « 50 » et « Bryant » au c ?ur de Manhattan. C’étaient pour la plupart des « Modou-Modou » déterminés à aller jusqu’au bout du rêve américain. La barrière de la langue ne les effrayait pas. Le mode de vie américain, non plus. L’attitude conciliante des autorités, à l’époque, a permis l’obtention de papiers par divers moyens dont le mariage avec des membres de la communauté « Africaine africaine américiane ».



Reportage - Sénégalais d’Amérique : 20 ans après
Le reportage que j’avais fais publier dans l’édition du samedi 22 et dimanche 23 août 1987 était intitulé « Jolof à Manhattan ». 20 ans après, votre serviteur a eu la chance de retourner sur ses pas pour voir comment la communauté sénégalaise a évolué sur place. De Manhattan, elle a essaimé vers Harlem où elle a réussi une intégration spectaculaire. Même si de multiple problèmes et défis se posent et créent d’immenses difficultés. Des membres de la communauté sont aussi allés à la conquête d’autres Etats américains. C’est ainsi qu’on trouve nos compatriotes à Washington DC, à Atlanta, en Californie, au Texas, dans l’Illinois, etc. Mais, le gros des troupes reste encore aujourd’hui à New York, et précisément à Harlem, à « Little Sénégal ».

« Little Sénégal à Harlem »

De vendeurs ambulants pour la plupart, au début, il y a 20 ans, les membres de la communauté sénégalaise à New York sont devenus les propriétaires de boutiques. Et occupent très majoritairement la rue 116 Harlem qui est dorénavant appelée « Little Senegal ».

Evidemment, on est loin de « Little Italie », mais cette extraordinaire évolution en si peu de temps est une « success story ».

Pourtant, fait remarquer Boukary Bâ, propriétaire d’un studio de photographie sur la rue 116, au début, c’était très difficile avec les Africains-Africains-Américains qui nous reprochaient la vente de leurs ancêtres par nos ancêtres. C’étaient bien sûr parce qu’ils étaient très mal informés sur l’histoire africaine. Encore aujourd’hui, la télévision et les médias américains disent beaucoup de mal sur l’Afrique ou plutôt ne montrent que les aspects négatifs sur l’Afrique.

Pourquoi les autorités africaines ne font-elles rien pour corriger cela ? J’ai ouvert ce studios depuis 10 ans, 5 ans après mon arrivée ». Interrogé sur les démarches administratives nécessaires, il précise : « ici, si tu fournis les papiers demandés, on te donne assez vite les autorisations indispensables ».

Maguette Seck, lui, était pensionnaire du fameux hôtel Bryant où il occupait la chambre 405 : « il a été racheté, fermé et transformé en appartement. Il en est de même pour l’hôtel 50 ». Les Sénégalais ont depuis abandonné mes hôtels pour louer des appartements. Les activités sont assez diversifiées : commerce, agence de voyage, compagnies de taxis, sociétés de fret, salon de coiffure, boutiques, restaurants, etc.

A Little Senegal, on peut trouver de tout, comme à Barbès à Paris, en ce qui concerne les condiments et produits spécifiques de la cuisine sénégalaise, mais aussi des boubous et des tailleurs pour les faire, les cassettes et vidéos de musique et théâtre bien de chez nous (il y a du reste un marché de Dvd de théâtre des Sénégalais de la Diaspora avec des productions qui leurs sont destinées en premier) des restaurants, des salons de coiffure, etc. Il y a aussi les lieux de prières et d’enseignement du Coran, car la foi religieuse est une donnée essentielle et la communauté sénégalaise la partage avec les Américains en général qui sont très religieux, comme ont dit.

DAHIRAS

Malgré les attentats du 11 septembre 2001 qui ont fait se braquer négativement les projecteurs sur l’Islam en général et les musulmans vivant aux Usa en particulier, les Sénégalais n’ont pas été ciblés. au contraire, la journée Cheikh Ahmadou Bamba, qui est célébrée le 28 juillet, chaque année à New York suite à une décision officielle du Conseil municipal de la ville de New York (voir photo : la marche célébrant le Cheikh Ahmadou Bamba day, le 28 juillet 2007. Au premier rang, Serigne Mame Mor Mbacké, fils de feu Serigne Mourtada Mbacké)

Il faut noter que si l’Asa s’est renforcée, beaucoup d’autres associations laïques ont sombré dans la léthargie, au profit des « dahiras qui ont pris le relais dans toutes les villes où s’est développée la communauté sénégalaise. Mamadou Mountaga Guèye, ministre conseiller à l’Ambassade du Sénégal à Washington, estime que le phénomène est positif en tant qu’il permet l’éducation religieuse des enfants. Il y a aussi que l’engouement politique a laissé peu de place aux associations des années 90 dont les objectifs de rassemblement étaient nobles cependant. L’investissement dans les dahiras a permis, comme en France par exemple, l’achat des maisons de « Serigne Touba », notamment à New York et Washington, et la création de fondations « pour s’intégrer au système américains et agir dans le cadre des règlements et de la loi américaine », ajoute M. Guèye. A Washington comme à New York, il y a des dahiras mouride, tijane, niassène, layène et khadre.

La communauté Al pulaar, notamment à Brooklyn, est très dynamique de son côté. Si la majorité absolue des Sénégalais d’Amérique travaille encore dans des secteurs bien circonscrits : vente dans les rues, boutiques, taxis, coiffure, etc., une nouvelle génération d’émigrés diplômés est en train de creuser son sillon et de se faire une place dans le c ?ur du système américain en accédant à des emplois de professeurs d’université, de lycée, de juristes, de managers, etc.

Nouvelle génération

Il s’agit, pour la plupart, de jeunes diplômés de l’université qui ont accepté de faire des sacrifices pour étudier aux Usa et obtenir des Masters ou des Phd.

Même ceux qui réussissent à obtenir des diplômes moins élevés comme le « Bachelor », équivalent de la maîtrise ou d’autres diplômes sanctionnant une qualification technique peuvent trouver des emplois privilégiés du fait de leur « background » et de la possibilité de parler plusieurs langues.

Ces nouveaux Sénégalais d’Amérique avec les enfants nés sur place sont les continuateurs du rêve américain des pionniers « Modou-Modou », si l’on peut dire.

En peu de temps (moins de trente ans dans tous les cas) les Sénégalais ont réussi à se faire une petite place chez l’Oncle Sam. En soi, c’est une prouesse extraordinaire. Car les obstacles que constituaient la barrière de la langue, la distance et le risque (New York est quand même l’une des villes les plus criminogènes du monde) ont été franchis par des pionniers, commerçants dans l’âme, hommes d’action et de foi.

Ces « Modou-Modou » continuent de vivre leur rêve américain et veulent relever le défi d’accéder à la propriété. Car, pour le moment, ils sont locataires dans les lieux qui abritent leurs boutiques

Le défi est de taille, car Harlem intéresse beaucoup maintenant les spéculateurs immobiliers au Usa. Et, malgré la crise qui secoue actuellement le secteur, la présence actuelle sénégalaise peut être menacée.

Par exemple, la mosquée des Maliens qui se trouvait dans la rue 116 a été rachetée par des promoteurs.

Le système capitaliste est ce qu’il est : l’argent est roi et les affaires sont les affaires.

Les émigrés sénégalais n’ont d’autre choix que de jouer selon les règles du système. Pour consolider leur position en développant leur business et se donner ainsi les moyens d’acheter les lieux qu’ils louent.

La solidarité qui a joué pour l’achat des maisons de Serigne Touba, par exemple, pourrait être un atout à jouer à bon escient. Comme le font d’autres communautés comme les Chinois, les Coréens, etc.

Les relations sénégalo-américaines ne seront plus comme avant (l’arrivée et l’installation d’immigrés sénégalais sur le sol américain) car avec l’application du droit du sol, une nouvelle génération de citoyens américains d’origine sénégalaise a vu le jour. Et grandit chaque jour davantage.

Aujourd’hui donc, le Sénégal et l’Amérique sont unis par des liens de sang.

Pour nos compatriotes sur place, la situation est difficile à vivre parfois : comment faire pour que les enfants soient d’authentiques métissés, culturel, assimilant les aspects positifs des deux cultures sénégalaise et américaine ?

Le débat fait rage dans la communauté et les émissions radiophoniques le relaient tout naturellement.

M. Moustapha Ndiaye a investi le créneau en créant une école avec internat à Kër Massar, au Sénégal, où sont scolarisés 63 élèves filles et 43 élèves garçons. Ces enfants sont confiés par les parents immigrés pour qu’ils apprennent le coran, le français et l’anglais. C’est la femme de M. Ndiaye, Awa Dème, qui gère ce « daara moderne » avec son fils Khadim. Il s’agit d’une solution pour ceux qui en ont les moyens. D’autres envoient simplement les enfants au Sénégal, le temps qu’ils grandissent pour les récupérer après aux Etats-Unis où le travail est très exigeant pour les deux parents qui ont peu de temps à consacrer aux enfants. C’est là un autre problème très grave qui peut perturber le développement harmonieux des jeunes. S’il n’y a pas de solution facile, il y a urgence à prendre en charge les enfants de manière communautaire en s’inspirant des communautés déjà présentes depuis longtemps au pays de l’Oncle Sam. Pourquoi pas une école sénégalaise à New York ? Elle peut même être privée.

BOAT PEOPLE

Au mois de février 2007, 14 Sénégalais venus par bateau ont été interpellés et emprisonnés dans le New Jersey.. Six ont été expulsés et les huit restent en détention.

L’Asa a engagé des avocats, mais ces derniers ont demandé très cher sept mille (7000) dollars par client, ce que nous ne pouvons pas payer et ce d’autant qu’aucun résultat positif n’est garanti », précise M. Diafouné.

L’Asa continue d’envoyer de la nourriture et de fournir une assistance matérielle

IBRAHIMA DIAFOUNE, PRESIDENT DE L’ASSOCIATION DES SENEGALAIS D’AMERIQUE (L’Asa) : « Une association très représentative Outre-Atlantique »

Avec trois mille (3000) membres (chiffre donné par le trésorier Pape Dramé) l’Asa est véritablement très représentative de nos compatriote Outre-Atlantique. Cette association, créée depuis 1988, est ouverte à tous les Sénégalais sans distinction aucune. Il faut simplement être âgé de 16 ans au moins, acheter une carte d’adhésion à 20 dollars et s’acquitter d’une cotisation de 5 dollars mensuels. Le président de l’Asa est élu pour deux ans, mandat renouvelable une fois. Depuis novembre 2006, C’est Ibrahima Solo Diafouné qui dirige l’Asa qui demeure plus que jamais apolitique, laïque et à but non lucratif. Les cotisations des membres permettent de couvrir les frais de fonctionnement et d’assurer des cours gratuits d’anglais, d’informatique de préparation au Ged (équivalent au Bac). Et de proposer un programme de radio sur Wpat tous les mardis et mercredis de 23 heures à 1 heure du matin.

C’est Abdoulaye Diaw, un ancien acteur du théâtre au Sénégal, qui anime l’émission. Il est secondé par Sa Ndiambour (Alioune Diaw). Il faut préciser qu’il y a beaucoup d’autres programmes de radio comme ceux animés par Alain Djigueul avec souvent la participation de Samba Kara Ndiaye, ancien journaliste à radio Nova en France et aussi Dame Babou qui est incontournable dans le paysage médiatique sénégalais à New-York. L’Asa a aussi signé un contrat de vingt mille (20.000) dollars avec la compagnie Western Union qui court jusqu’à la fin de l’année, nous à révélé M. Diafouné.

Face aux problèmes multiples auxquels sont confrontés nos compatriotes, l’Asa est sur tous les fronts. « Nous ne faisons pas de politique, ni pour ni contre un parti quel qu’il soit ».

Notre objectif est de fédérer les associations de la diaspora sénégalaise, affirme M Diafouné. L’Asa ne peut donc ne pas s’engager dans la « bataille » pour l’obtention de papiers qui se pose de façon plus difficile depuis les attentats de septembre 2001. Pour des raisons de sécurité que tout le monde comprend, les Américains sont beaucoup plus exigeants avec les immigrés. C’est ainsi que la question des « sans-papiers » qui n’a jamais soulevé les passions ici, est en train de devenir un casse-tête politique. Il est vrai que face aux millions de « latinos » concernés, les Sénégalais constituent un nombre très modeste. Mais, il s’agit ici de tragédie humaine, individuelle et familiale de beaucoup de personnes piégées en Amérique qui, faute de papiers, ne peuvent plus sortir du territoire et y retourner.

L’initiative du président Georges Bush qui avait résolu en grande partie le problème à été bloquée au Congrès où les élections présidentielles de novembre 2008 sont dans toutes les têtes. En attendant, les seules solutions actuelles sont la loterie, le mariage avec un (ou une) citoyen américain et se faire « sponsoriser ».

Les visas d’immigrant sont possibles à obtenir si on a un master au moins et/ou un contrat de travail. Il y a aussi les visas pour étudiant si on peut attester des possibilités financières requises. La question des reconduites à la frontière se pose aussi, car si des contrôles ne se font pas souvent dans les rues, ils se font dans certains lieux s’il s’y passe quelque chose. Et alors les contrôle d’identité sont obligatoires et peuvent aboutir à l’arrestation de « sans-papiers ».

M. Diafouné avoue que beaucoup de nos compatriotes sont ainsi obligés de se cacher. L’Asa a pris contact avec l’Ins (Service de l’immigration et de naturalisation) pour sensibiliser les autorités sur la spécificité des immigrés sénégalais qui ne sont mêlés ni de près ni de loin à des actions répréhensibles dans leur immense majorité !

L’Asa s’est attaché les services de deux avocats qui assistent certains de nos compatriotes en difficulté.


Un Reportage de MOUHAMADOU M. DIA
Source: Le Soleil

Article Lu 11490 fois

Mercredi 19 Septembre 2007


Dans la même rubrique :
< >

Mercredi 7 Décembre 2016 - 12:16 NDIGUEUL DU KHALIFE DES MOURIDES: 500F par personne

Actualités | Politique | Economie | Fait Divers | Société | People | Sport | Coin des femmes | Culture | International | Vidéo News | Buzz du monde | Bande dessinée | Un café avec | Dinama Nekh | Buur Guewel | Double vie | Ndiaye Dollar | Wiri Wiri | Le reve de Akis | Rirou tribunal | Revue de presse | Blagues





Copyright © 2007 - 2016 Xibar multimedia Tous droits réservés

DIRECTEUR DE PUBLICATION: Abdoulaye Sogue - Contact: Protect e-mail with only css

Xibar Multimedia - 2901 41st Ave, Long Island City, NY 11101, United State