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Rapatriement des Sénégalais morts à l’étranger : Un casse-tête pour les émigrés

Il faut du courage pour émigrer mais c’est de la détermination qu’il faut pour rentrer au bercail. L’adage bien de chez nous ne se vérifie pas toujours. Surtout pour ces Sénégalais qui après des décennies d’émigration n’ont plus la force, surtout financière, de revenir au pays. C’est encore plus dramatique quand ils meurent loin des leurs, dans la dèche. Comme cette histoire de Christian et Mathilde (des noms d’emprunt).



Rapatriement des Sénégalais morts à l’étranger : Un casse-tête pour les émigrés
Un soir de ramadan, vers 20h, à l’aéroport Léopold Sédar Senghor. Mathilde, une jeune femme d’à peine un quart de siècle de vie est tendue. Par moments, elle trépigne de nervosité. Elle attend l’arrivée d’un homme qu’elle n’a jamais vu, mais qui ces dernières semaines lui a rendu un grand service : il lui ramène son père. Grâce à ce bienfaiteur inconnu, Mathilde, dans quelques minutes, aura la première rencontre physique avec son géniteur, qui avait quitté le Sénégal avant sa naissance. Seulement, ces retrouvailles ne seront pas pour autant chaleureuses. Christian (appelons ainsi le défunt), le père de Mathilde sera accueilli de l’autre côté de l’aéroport, à la zone frêt. Il est revenu au pays natal, dans un cercueil.
Ainsi après la sortie des passagers, quelques formalités administratives et de brèves présentations, l’inconnu venu de France sort de l’aéroport, avec un regard inquisiteur, cherchant des yeux un visage familier. Après des accolades par-ci, des sourires et présentations par-là, il chemine en compagnie d’une sœur du défunt vers la zone frêt. La porte franchie, ces derniers se rapprochent d’un cercueil, en compagnie de la jeune Mathilde. Le temps de tirer sur une fermeture qui découvre un visage glacial, quelques pleurs et des hochements de tête, le corps reconnu par les siens disparaît dans l’emballage, le cercueil refermé pour être porté sur un pick up et acheminé vers une église de Dakar.
Triste scène. Et pourtant un immense bonheur pour la Mathilde et un de ses frères pour qui un vœu a été exaucé : «De grâce, aidez-nous à rapatrier le corps de notre père. Nous ne l’avons pas connu, donnez-nous la chance au moins de voir son corps, de l’enterrer selon le rite catholique et d’avoir au moins une tombe sur laquelle nous recueillir.» Voilà la prière de Mathilde à cet inconnu qui a rapatrié le corps de son père qui, à quelques jours près, allait être incinéré. Décédé à l’hôpital, son corps n’a pas été réclamé et comme renseignements il n’y avait que deux numéros de téléphone trouvés dans son agenda dont celui du Sénégalais qui a ramené son corps.
Sous le couvert de l’anonymat, cet homme raconte : «Quand l’hôpital m’a appelé pour m’expliquer qu’ils ont trouvé mon numéro sur l’agenda de cette personne décédée, je me suis déplacé pour vérifier s’il s’agissait bien de ce compatriote. On n’était pas très ami mais on se saluait toujours et je l’appelais mon grand.» Ils se sont rencontrés à l’étranger, il y a bientôt trente années. Seulement le défunt, qui s’était marié en Europe où il a séjourné dans plusieurs pays, n’est jamais revenu au Sénégal.
Alors qui a pris en charge le retour de son corps ? «A l’hôpital, on m’a expliqué que deux autres personnes, dont l’une est titulaire de l’autre numéro trouvé dans l’agenda du défunt, ont été d’abord contactées, mais n’y sont jamais retournées bien qu’ayant reconnu le corps.» En réalité, le défunt était un corps encombrant, parce que son compte bancaire était plutôt débitaire. Ensuite ? «J’ai organisé une quête au niveau de la communauté sénégalaise qui se retrouvait à la mosquée aux heures de prières», indique notre interlocuteur anonyme qui en réalité, a-t-on appris, a pris en charge le rapatriement du corps de Christian. «Je ne pouvais pas rester insensible à l’appel de cette jeune fille, surtout que l’hôpital avait décidé d’incinérer le corps au bout de 48 heures», explique-t-il.
Sur le coût de ce voyage, l’homme reste aussi muet qu’une carpe. L’essentiel à son avis est que désormais, Christian repose au cimetière Saint-Lazare après des funérailles prises en charge par les économies de sa fille. Son bienfaiteur quant à lui rassure les siens : il a pris une assurance qui permettra de rapatrier son corps jusqu’à chez lui, si jamais il meurt à l’étranger. Mais combien sont-ils de Sénégalais morts à l’étranger, enterrés dans l’anonymat ou qui ont «ruiné» leur famille pour le rapatriement de leur corps ? En tout cas, si certains avis de décès sont accompagnés de la précision de l’arrivée des corps, ce n’est pas toujours évident. Le témoignage ci-dessous est assez éloquent.

Le Quotidien Aminatou Mohamed DIOP

Samedi 2 Février 2013



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