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[ REPORTAGE ] MBOUR en proie au phénomène des enfants travailleurs

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Poignant. A Mbour, ville située à 83 km de Dakar, le spectacle des enfants laissés à eux-mêmes dans les rues se passe de commentaire. Dans toutes les places fortes de la commune comme la gare routière et le quai de pêche, on ne peut s’empêcher de buter sur des talibés tendant la sébile ou de petits vendeurs cherchant à vous refiler leurs sachets d’eau et autres friandises.



Réunis dans le cadre d’un séminaire sous-régional sur ’’droit de l’enfant et médias’’, des journalistes de la sous-région ont tâté du doigt ce phénomène, caractéristique à plusieurs villes d’Afrique, mais qui est en train de prendre à Mbour des proportions inquiétantes. Un cas d’école dans cette ville dont dépend la célèbre station balnéaire de Saly. A la gare routière, première randonnée des journalistes, on oublie vite les nombreux véhicules de transport en commun garés dans l’attente de clients pour porter le regard sur la flopée d’enfants, pour la plupart des talibés qui mendient ou se font portefaix. A côté, d’autres garnements tendent aux passants des sachets d’eau fraîche ou des friandises.

Les écoliers Oumar, 10 ans, et son frère Abdourahmane, 12 ans, sont là en ce jour où il n’y pas classes pour vendre de l’eau fraîche. Comme papa est à Dakar où il tente de gagner quelque chose à envoyer à maman, ils veulent aider cette dernière à tenir le coup.

’’Je ne suis pas obligé de vendre cette eau. Je le fais juste pour aider ma mère’’, explique Oumar avant de confier que son souhait est de devenir plus tard tailleur. Puis, vite, il prend congé, hélé par des personnes qui désirent se désaltérer.

Resté sur place, Abdourahmane, l’aîné, confie sur le même ton saccadé qui laisse deviner qu’il n’a pas le temps à perdre : ‘’ma maman est gentille, nous faisons ce travail pour l’aider. Elle nous demande même d’aller jouer avec nos camarades’’. Et, Abdourahmane de s’en aller peu après. Appelé non pas par des clients, mais invectivé par un adulte qu’il connaît bien et qui apparemment n’aime pas le voir parler à des étrangers.

Qu’a cela ne tienne : un jeune talibé est à côté lorgnant la scène. La mine triste, pieds nus, des plaies sur certaines parties de son corps que laissent découvrir ses habits sales, il semble accepter avec fatalisme son sort.

Arrivé à Mbour, en compagnie de son maître coranique, El Hadj n’a plus revu ses parents restés à Kaolack. Plus de nouvelles de papa ni de maman, mais plutôt les milliers de visages inconnus à qui ils jettent du matin au soir un regard innocent, histoire de leur arracher des piécettes d’argent ou des dons en nature. C’est ce avec quoi, confie le talibé, qu’il assure avec d’autres collègues leur survie et celle du marabout.

Après la gare routière, cap vers le quai de pêche. Sur place, il y a plusieurs véhicules frigorifiques, garés de part et d’autre part ainsi que quelques charrettes chargées de bagages pour la plupart des paniers ou des sacs de poisson. Les marchands s’emploient à satisfaire une clientèle peu nombreuse, infiltrée par des bandes d’enfants.

Au bord de la plage, certains sont en train de laver des sacs vides. Parmi eux, Aly Kane. Agé de 7 ans, il se rend presque tous les jours au quai de pêche, assez distant de son lieu de résidence.

’’Chaque jour, je viens ici attendre que les femmes vendeuses et écailleuses terminent leur travail pour récupérer les sacs qu’elles utilisent et aller les laver à la mer. Cela, à raison de 100FCFA l’unité’’, explique-t-il avant d’ajouter : ’’avec l’argent collecté, je remets 200FCFA à mon maître (coranique), comme versement quotidien et le reste je le garde pour régler certains de mes problèmes’’.

A la question de savoir quel travail il compte exercer une fois adulte, le jeune talibé fait part de son désir d’aller à l’école pour devenir plus tard enseignant.

Interrogé sur le pourquoi d’une telle situation où les enfants sont jetés très tôt dans la rue, loin du cocon familial et de l’école, le coordinateur de l’Action éducative en milieu ouvert (AEMO) de Mbour, Sadibou Sy, remonte très loin pour s’expliquer.

’’Sous l’angle culturel, nos grands parents se faisaient accompagner par leurs enfants qu’ils tenaient par la main pour les emmener aux champs, au garage mécanique ou à l’atelier pour un apprentissage professionnel. Ce qui, à l’époque, ne dérangeait personne parce qu’en fait, ils voulaient les inculquer les vertus du travail’’, indique-t-il avant de préciser que ‘’ce n’était pour faire souffrir les enfants, mais c’était une composante de l’éducation d’une manière générale. Cela participait d’un tout éducatif parce qu’il est sûr qu’en allant au champ, l’enfant ne prend pas la daba pour faire le travail à la place du père ou du grand père’’.

Selon M. Sy, ’’c’était une forme de communication car tout au long du chemin qui mène vers le champ ou lieu de travail, c’était des questions réponses, mais aussi des observations qui, véritablement entraient dans le cadre de l’éducation de l’enfant et de son intégration sociale’’.

’’Malheureusement, aujourd’hui, le contexte a changé parce que même si le père ou le grand père continue à emmener l’enfant au champ, en milieu rural, les préoccupations sont autres, car les données ont changé parce que les lieux de travail constituent pour l’enfant des risques et dangers’’, déplore Sadibou Sy d’après qui ’’tout est monétarisé. L’enfant est utilisé comme un instrument pour diminuer les coûts de production, les prix de revient entre autres’’.

Toutefois, rassure le coordinateur de l’AEMO de Mbour, ’’par rapport à ces dérapages, la communauté internationale en a pris conscience et c’est fondamental. Nous espérons que cela va constituer un prétexte pour initier des textes afin de créer un cadre qui va participer à la promotion de l’enfant’’.

Venus du Bénin, du Burkina, du Cameroun, de la Côte d’Ivoire, de la Guinée-Bissau, du Mali, du Niger, de la République de Guinée, du Sénégal et du Togo, les journalistes participaient à un séminaire sous-régional initié par l’ONG international Plan Afrique de l’ouest, en collaboration avec Plan Sénégal.

La rencontre entrait dans le cadre du renforcement des capacités des journalistes sur la problématique des droits des enfants.

Source: APS

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Mardi 1 Juillet 2008

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