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REPORTAGE: D’ABIDJAN A BOUAKE : Les Sénégalais adoptent la joie de vivre à l’ivoirienne

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Un peu de temps passé avec des Sénégalais émigrés en Côte d’Ivoire, notamment ceux vivant à Treichville, quartier d’Abidjan, ainsi qu’à Bouaké au centre du pays, permet de se rendre compte de l’accalmie. Nos compatriotes, des commerçants, tailleurs, restauratrices, chauffeurs de taxi parviennent à s’intégrer tant bien que mal dans leur pays d’accueil.

"Mère Astou, un plat de Thieb, s’il vous plaît. " Le bonhomme, un cousin ivoirien bien sur son trente et un, arrive à plomb chez la dame sénégalaise, restauratrice établie dans le très animé coin de Treichville. Mais, malchance pour le client, la dame Astou a fini de servir tout le « thiébou dieune » qu’elle et ses filles prennent le soin de préparer tous les jours.

Dans les parages, sa cuisine est réputée. Restée à Treichville après la disparition de son mari, mère Astou y vit avec ses enfants. L’une d’elle Ndèye Ngoné, née à Abidjan, est étudiante. Son frère aîné poursuit lui ses études à Dakar.

"Nous avons de la famille à Dakar et Thiès...", confie Ndèye dans un wolof très limpide. Du haut de ses vingt ans, elle n’a foulé qu’une seule fois le sol de son pays d’origine. Mais ce n’est pas l’envie qui manque. Avec sa noirceur d’ébène, elle est à coup sûr identifiée comme une Sénégalaise dans les rues de son quartier. Toute une fierté pour Ngoné. Elle sait faire le « thiébou dieune » et connaît plein de choses sur la culture sénégalaise. Mais, elle se plaît bien dans la bonne humeur de vivre à l’abidjanaise.

Par exemple, Ndèye ne manque jamais de servir le traditionnel « Alors, on dit quoi ? » en guise de salutation. A l’instar des jeunes gens rencontrés au Plateau ou à Treichville.

Comme Ngoné et sa famille, des Sénégalais vivant en Côte d’Ivoire s’adaptent tant bien que mal dans leur pays d’accueil. Ce sont des commerçants, tailleurs, restauratrices. Ces dernières sont plusieurs à concocter de bons mets dans les alentours de la grouillante rue 12 de Treichville. D’ailleurs quand mère Astou a connu ce lundi après 13h, une rupture de nourriture dans son restau, sa fille nous a servit d’office de guide vers une autre dame sénégalaise tenant une gargote au marché de Treichville.

L’endroit est connu des amateurs du « thieb » sénégalais. Ici, au marché de Treichville, on tombe sur une ambiance digne des gargotes de Sandaga. Deux ou trois tables installées en haut de l’étage servent de salle à manger et les filles employées par les restauratrices remontent les plats commandés. La chaleur des "cuisines" ne prête pas aux interviews ou petites causettes.

On se limite aux "na ngène def" et autres salamalecs pour tâter le pouls de la parenté des uns et des autres. Parmi la clientèle variée, on renseigne qu’il y a des Ivoiriens raffolant de « thiébou dieune ». Des inconditionnels comme tous les chauffeurs ou hommes et femmes rencontrés amicalement durant notre petit séjour entre Abidjan et Bouaké.

La clientèle des gargotes recrute aussi parmi les nombreux commerçants sénégalais exerçant sur la même rue 12 ou dans le marché de Treichville. De braves pères de familles établis ici depuis belle lurette. "Je suis là depuis très longtemps et mon fils tient mon autre magasin au marché du Port à Dakar...", nous souffle Birame Dieng, la cinquantaine. Une façon de nous dire que sa marchandise écoulée ici au Centre commercial "Petit Paris" de Treichville est également disponible chez son fils Rass à Dakar.

Vivre en communauté

Arrivé plus récemment en Cote d’Ivoire, Mass Diagne, chauffeur de taxi, travaille lui à Abidjan depuis trois ans. Natif de la banlieue de Pikine, il connaît désormais la capitale ivoirienne comme sa poche. Et à l’entendre parler, l’on se dit qu’il a appris le français ici même, en autodidacte. Très à l’aise avec tout le monde, Mass se met volontiers au service de ses compatriotes en visite à Abidjan.

Comme lui, de l’autre côté du pays, à quelque 350 km, à Bouaké, au Centre, Mbaye Faye est également aussi courtois et disponible. A Bouaké, il mène ses activités tant bien que mal. "Je suis venu en Côte d’Ivoire à l’âge de sept ans. Mon grand-père était l’imam de la première mosquée de Bouaké..", raconte fier Mbaye Faye. Imprimeur de profession, il est président de la Communauté des Sénégalais de Bouaké. Originaire de Dagana et natif de la Médina, à 52 ans, il maîtrise mieux, on l’imagine, les ruelles de Bouaké que le plan d’une ville sénégalaise.

Lors des dernières élections, ils étaient quelque six cent compatriotes de cette localité du Centre à s’inscrire sur les listes. Mbaye Faye, confie qu’ils se réunissent occasionnellement pour faire vivre l’association. "Les ressortissants sénégalais sont très bien intégrés ici à Bouaké. Les autorités des Forces nouvelles nous associent chaque fois qu’elles consultent les populations de la ville. Elles nous soutiennent d’ailleurs en nature à l’occasion de chaque fête religieuse comme la Korité. Nous voyageons sans être inquiétés...", affirme Mbaye Faye. Par ailleurs, représentant du Consul sénégalais d’Abidjan, il est aussi vice-président de l’association Entente des ressortissants des pays de la Cedeao. Ses propos sont corroborés par le représentant du Secrétaire général des Forces nouvelles venu livrer un message le samedi matin à la chanteuse sénégalaise Coumba Gawlo Seck sur la Place du Carnaval de Bouaké.

Selon le plénipotentiaire de l’autorité des Forces nouvelles, l’heure est aux audiences foraines avec l’identification pour la confection et la délivrance de nouvelles pièces d’identités, à l’unification de l’armée ivoirienne et au déroulement du processus électoral, conformément aux accords de Ouagadougou.

Un temps de paix qui profite ainsi aux populations de Bouaké, une ville qui porte les stigmates des bombardements aériens durant la période de la crise. Ce samedi, sur la Place du Carnaval, des femmes sénégalaises sont venues, elles, également souhaiter la bienvenue à la chanteuse Coumba Gawlo Seck. Il suffit d’un "Na nga def ?" pour que les visages s’illuminent. L’une d’elles, Mme Cissé, Ndèye Guèye, est la présidente des femmes membres de l’association de la Communauté sénégalaise de Bouaké.

Née à Abidjan, elle est venue vivre à Bouaké avec son défunt mari dès 1974. « Nous ne sommes pas inquiétés ici. Certes, il y a des Sénégalais qui avaient quitté Bouaké dès le début de la guerre pour rentrer au pays, mais ils commencent à revenir petit à petit... », rassure Ndèye Guèye. Pour raffermir les relations entre compatriotes, Mme Cissé confie que les femmes se rencontrent chaque mois et cotisent une somme à remettre à l’une d’elles pour faire face aux difficultés. Elles le font également au sein des associations Tidiane et Mourides, pour entretenir les caisses servant à organiser à chaque occasion des rencontres religieuses. De la quiétude entourant la vie des Sénégalais vivant en Côte d’Ivoire, le chauffeur de notre bus sur la route de Bouaké, un Ivoirien, nous signifiera tout simplement, que nos compatriotes ne se mêlent pas de ce qui ne les regardent pas...


Un reportage d’Omar DIOUF (Envoyé spécial)

Source: Le Soleil

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Samedi 12 Janvier 2008

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