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PSYCHOSE DU SOMMET DE L’OCI DANS LA STATION BALNÉAIRE: Les dessous d’un “Saly by night” étrangement calme

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On la présente, à juste raison sans doute comme la ville la plus chaude du Sénégal. Difficile dès lors d’imaginer la station balnéaire de Saly Portudal dans un calme plat. Un samedi soir, qui plus est. C’est pourtant ce visage morne que présentait la ville touristique, le week-end dernier. Conséquences sans nul doute du sommet de l’Oci, seules les forces de l’ordre ont investi les artères et les milieux habituellement grouillant de monde. Cependant, il existe toujours des téméraires pour braver les interdits et défier l’autorité. Voici, pour vous, le récit d’une nuit pas comme les autres dans une ville tout aussi spéciale.



Si les rumeurs ont déjà collé une mauvaise réputation à la ville touristique de Saly, c’est surtout à cause du fait qu’elle répond à merveille aux caractéristiques d’une capitale de l’ambiance. Ces attributs qui font sa particularité ont toutefois déserté la station balnéaire, laissant la place à une atmosphère prouvant si besoin en était, que le pays est de plain-pied dans le 11e sommet de l’Oci. Lequel semble déjà installer une certaine psychose à Saly. Les nuits y sont devenues étrangement calmes. Et pour cause ! Tidiane Sané, réceptionnniste dans un des innombrables hôtels de la place, tente de donner les raisons d’une telle situation : «C’est simple, les gens ont peur. Depuis qu’on a évoqué des mesures de sécurité drastiques, beaucoup ne veulent pas prendre le risque de sortir.» En effet, la sécurité n’a jamais été aussi renforcée, ni les artères de la ville aussi surveillées. Deux à trois gendarmes en tenue tous les 50 mètres. Même le nombre de vigiles a été revu à la hausse. Mieux, les forces de l’ordre en civil sont encore aussi présentes, voire beaucoup plus nombreuses. De l’avis de l’un d’eux qui nous avait d’abord interpellé pour “vérification d’identité», ils sont disséminés dans tous les coins de la ville, notamment les bars, discothèques et autres restaurants. D’une courtoisie étonnante, l’homme de troupe en civil révèle qu’ils ont reçu des instructions concernant les éventuelles arrestations : «On les défère directement, et si on te trouve avec une arme, ou une prostituée sans carte, on vous amène à Dakar.» C’est sans doute ce qui explique que le site soit déserté par ses nombreux inconditionnels.

Flics omniprésents, bars et boîtes de nuit vides

Les boîtes de nuit sont pour la plupart vides. Au mieux, on y trouve moins d’une dizaine de personnes. Dans l’une d’elle, c’est le service minimum : deux serveuses, un réceptionniste, un Dj et deux vigiles. On se tourne les pouces. Sur la piste, deux jeunes paraîtraient innocents si le soldat rencontré auparavant ne nous avait pas mis la puce à l’oreille. L’une des serveuses, répondant au doux nom d’Anita, se désole que «depuis que les gens évoquent le sommet, le public se manifeste moins, la rumeur faisant état d'arrestations éventuelles pour qui s’aventurerait à sortir.» Avec cette ambiance maussade, on manque de peu de piquer le sommeil dans le dernier des lieux indiqués pour cet exercice. «D’habitude, même la rue est pleine de monde la nuit, beaucoup de chanteurs, comme Mbaye Dièye Faye, Pape Diouf, Bass Taye, Salam Diallo, surtout les “tassù kat”, préfèrent jouer ici les semaines.» Ces deux derniers se sont d’ailleurs produits dans des salles presque vides samedi dernier. Dans une autre discothèque plus huppée que la précédente, l’ambiance est sensiblement différente. Ce n’est certes pas l’affluence des grands jours, mais il y a tout de même quelques silhouettes qui s’y trémoussent. Dont un jeune couple arabe qui attire l’attention du premier venu. La dame en mini jupe et body noires, tire sur une clope tandis que l’homme savoure coupe après coupe, une bouteille de champagne qui a dû lui coûter une fortune. Car ici, un petit verre de jus d’orange non naturelle vous revient facilement à 10 euros (6.500 francs).

Chauffeurs, “antiquaires” et gérants se plaignent du dispositif

Sans doute ayant senti la présence de ces invités que tous dévisagent, le Dj enchaîne les sonorités orientales. Le couple semble apprécier et s’accapare la piste sous le regard amusé du maigre public. Que viennent grossir deux filles de joie arrivées à toute allure en lançant : «Dëk bi yëp, ay coy la !» (la ville est envahie par les flics !) Peu à peu, elles se lancent dans les révélations. «Il paraît qu’on a ramassé toutes nos collègues à Dakar pour le sommet, les plus présentables et qui ont un carnet sanitaire, on en fait des hôtesses, moyennant 25.000 frs la journée, les autres, on leur a donné quelque chose et on leur a demandé de ne pas trainer dans les parages, sinon, c’est la taule. 25.000 frs pour toute une journée, c’est modique ! Un bon client à Saly paie facilement le double, rien que pour une passe. Les gérants de discothèques et autres péripatéciennes semblent être les grandes victimes de la situation provoquée par le déploiement sécuritaire pour le compte du sommet, mais ils ne sont pas les seuls à se plaindre. Les boutiquiers et les chauffeurs de taxi-clandos aussi maugréent, à l’instar de Cheikh qui argumente : «Pas de clients, pas de recettes, car la nuit est très rythmée ici, mais on nous harcèle et nous empêche de travailler.» Même son de cloche chez les antiquaires, qui guêtent le moindre déplacement des touristes pour leur proposer «des objets à vendre, des lieux à visiter, ou pour faire leur connaissance, dans le but de gagner leur sympathie, leur amitié, ou plus, leurs affinités.» Ces précisions sont de Thier, qui regrette que les touristes ne sortent plus depuis quelque temps. Pourquoi ? La réponse de Thier coule de source : «Ils ont tout simplement peur de tout ce vacarme autour du sommet ! Sur les ondes, on parle de terrorisme et autre, alors qu’ils avaient déjà certains préjugés avant de venir. Malheureusement pour nous, ils évitent donc certains milieux de grande fréquentation et restent dans leurs hôtels où on ne les embêtera pas.»

Prostituées et clients se font rares

Pour un des ouvriers chargés de la rénovation des artères de Saly, en revanche, les préoccupations sont autres. Pour la simple raison que les prostituées ont disparu de la circulation. «La dernière fois que j’étais là, il y en avait à la pelle. Mais je constate qu'on n'en trouve même pas dans les bars, qui ferment de plus en plus tôt. Elles sont sûrement dans les hôtels huppés, mais on n'y a pas accès.» Son collègue qui se joint à la discussion, semble, lui, heureux de la situation : «C'est bien comme ça. Vous passez votre vie à chercher des putes, pour une fois vous allez rester tranquilles.» C’est le début d’une grande polémique. «Célibataire et sans enfants, je n’ai de compte à rendre à personne», rétorque le premier, avant d’asséner crûment : «Je ne vais violer personne, je paie mon argent.» La serveuse d'un autre restau-discothèque qui plante le même décor, tente de se convaincre qu’avec le samedi, les gens viendront sans doute avec un peu de retard, sur un ton qui trahit mal un désespoir qu'on cherche à noyer dans ce vide. Un tour dans les boîtes les plus réputées : décor sensiblement différent. C'est un peu moins vide. Un brin plus vivant que les autres.

Les couples mixtes, monnaie courante

La grande majorité du public est composée de touristes blancs, dont certaines femmes se trémoussent allègrement sur la piste. Dansant plus vite que la musique. Sous l’œil égayé du partenaire en train de consommer ce que l'on croit être un liqueur. On y voit aussi quelques Noires, des jeunes filles pour la plupart, s’adonnant à des danses obcènes, parées d'un accoutrement à mille lieux de la décence. À la limite, ceux qui portent des jeans taille basse laissant entrevoir leurs reins, passeraient pour des saintes. Fuseaux transparents sous une jupe qui couvre à peine les hanches, hauts que l'on confondrait volontiers avec un soutien gorge, lèvres torturées avec des lips agressifs, tout y passe dans les terrasses de ces restaurants, construits avec un style attrayant, alliant l’architecture occidentale à celle traditionnelle, avec paille, argile et bois comme matériaux. Elles sont venues séduire ou accompagner des touristes blancs. Après une série de va-et-vient entre le bar du night-club, la table et la piste de danse, avant de disparaître furtivement avec leur amant. Dernière formalité avant de prendre la voiture en trombe, la fille fait un crochet dans la dibiterie jouxtant le dancing, en sort un sachet à la main, titubant sous l’emprise de l’alcool. C'est le même parcours pour presque tous les couples mixtes. Pour une troisième mi-temps à huis-clos qu'elles ne s'y emploieraient pas autrement.

Scène cocasse, deux Blancs et deux prostituées dans la rue…

En rentrant, nous tombons sur une scène cocasse. Deux blancs tombent sur deux prostituées et s’accordent sur la passe. Un des blancs avertit : «Pas d’arnaque hein !» Direction la résidence, mais le hic, c’est que les deux blancs veulent faire «la chose» dehors, à côté des arbres. Les travailleuses du sexe refusent, de peur d’être prises par les patrouilles. La discussion prend dès lors une autre tournure devant l’insistance des deux hommes. Un vigile s’approche du quator et le somme de quitter les lieux. L’un des hommes grogne : «Ok. On se barre, ça m’agace !» L’autre se justifie : «Elles ont déjà encaissé notre argent et ont attendu le moment de passer à l’acte pour se rendre compte que les patrouilles peuvent nous choper !» Les deux prostituées profitent de ce moment pour fondre dans le noir. Sur ce, la nuit retire son voile sur la ville. Les paisibles citoyens qui ne connaissent pas grand-chose du Saly «by night», reprennent leurs activités, qui tournent essentiellement autour du commerce : objets d'art, gadgets, tissus traditionnels, mode, etc. La clientèle est ciblée, les prix exhorbitants à souhait. Les enfants autochtones arrachent quelques sourires aux touristes dans le but d'en tirer quelques bonbons en contrepartie. Pendant ce temps, les enfants des touristes courent vers les plages et autre piscines pour une baignade salvatrice en cette canicule. C'est le “Saly by day” (du jour) qui affiche le sourire de ses résidents et de ses hôtes, le Saly ordinaire comme les autres villes du pays, l'environnement agréablement exotique en prime. Ce Saly des mômes, contraste fort avec celui des fauves, vécu la nuit. Normal : celui-ci est interdit aux moins de 18 ans et conseillé aux amateurs de sensations fortes.

Source: L'observateur

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Mercredi 12 Mars 2008

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