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PERDU DANS LA FORET DE KEDOUGOU DEPUIS PLUS D’UN SIECLE: Qui connaît le village de Tinkito

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Coincé entre deux communautés rurales, Khossanto dont il fait partie et Tomboronkoto le village de Tinkoto situé dans le département de Kédougou est d’un genre tout particulier. Il est l’une des rares localités au Sénégal n’avoir été découvert officiellement qu’en en 1980. Pourtant peuplé de plus de 10.000 habitants, (plus que la communauté rurale elle-même), elle restée dépourvue de toutes les infrastructures de base. Au 21 ème siècle, Tinkito garde encore les traits d’un village du siècle dernier.



PERDU DANS LA FORET DE KEDOUGOU DEPUIS PLUS D’UN SIECLE: Qui connaît le village de Tinkito
Y accéder est une véritable paire de manches, il n’y a pas un seul puits hydraulique, encore moins un forage. Tinkoto est aussi particulier car ici l’orpaillage traditionnel demeure encore la seule activité,des orpailleurs de six nationalités de la sous-région s’y côtoient quotidiennement obligeant le chef du village à édicter un certain nombre de règles auxquelles tous sont obligés de se soumettre sous peine d’amendes variant entre 1000 et 15.000 Fcfa. C’est vers les années 1945 que des habitants de Bambaraya, une petite bourgade de la communauté rurale de Khossanto dans l’arrondissement de Saraya ont flairé l’or dans la très luxuriante forêt coincée entre Sabodala et Mako.

Comme les temps etaient très durs pour pouvoir mettre en valeur des surfaces agricoles considérables et subvenir en conséquence aux besoins de la famille. il fallait trouver des ressources additionnelles."Ce fut la naissance des premiers sites d’orpaillage, mais personne n’y habitait encore"souligne le tout puissant et respecté chef de village, Bambo Cissokho. Le village de Tinkoto naquit officiellement en 1980 et en un temps record, il regroupe plus de 10.000 âmes, un véritable melting pot de nationalités de la sous-région. Maliens, Guinéens, Gambiens, Burkinabés, Mauritaniens et Ghanéens y côtoient les Sénégalais à la recherche effrénée des pépites d’or dont le gramme est à ce jour rendu entre 8000 et 8500 francs.

SANS EAU POTABLE ET PRIVE ELECTRICITE

10.000 âmes oubliées du monde

Le visiteur qui débarque pour la première fois à Tinkoto est frappé par les conditions éprouvantes d’accès au village. Sabodala-Tinkoto ou Mako-Tinkoto, c’est du pareil au même.35 km par ci,32 km par là, des pistes sinueuses par endroits parsemés de cratères qui laissent présager qu’en période hivernale, le village est coupé du reste du pays.

Le village, malgré son important volume démographique, n’a pas encore bénéficié d’une seule réalisation dans le cadre des fonds sociaux des compagnies minières y intervenant. Il n’y a pas l’ombre d’un puits hydraulique encore moins de forage et pourtant des villages à tout point de vue mille et une fois moins importants en ont fait leurs choux gras. C’est au marigot ou dans les mares que se ravitaillent les populations loin de se soucier d’une éventuelle prolifération des maladies liées à la consommation de l’eau impropre."Nous avons énormément de victimes de pathologies liées à l’eau. Chaque fois, ce sont des évacuations sur Kédougou ou Ninéfesha ou Tambacounda", martèle le chef de village. Bambo Cissokho d’ajouter que même l’eau du marigot est vendue par bidons de 20 litres à raison de 150 francs l’unité. Le village curieusement en paillote malgré les dizaines de millions de nos francs que l’on y déverse quotidiennement n’a ni électricité ni téléphone et cela, à en croire l’assistant du "Dougoutigui"(chef de village en malinké) a failli faire rayer le village de la carte cette année du fait d’un incendie d’une rare violence dont les flammes ont dévoré plus de 120 cases. Tout ce beau monde vit dans une obscurité analogue à celle d’une tombe. Quand il y a une urgence, c’est un chemin de croix pour appeler les secours.

Les populations se sont organisées pour sortir de terre une case de santé mais jusqu’ici pas fonctionnelle faute de personnel qualifié et il faut, avec les nombreux cas souvent trop sérieux, procéder à des évacuations très éprouvantes car, non seulement la piste est impraticable, mais aussi l’ambulance achetée par MDL n’y serait jamais venue comme pour les autres villages de la communauté rurale disposant de moyens de communication.

UN CODE DE CONDUITE POUR TOUS

Pour éviter des sinistres et autres drames, un certain nombre de règles auxquelles tout le village a souscritsont édictées. Règle numéro 1 :A partir de 12 H, personne n’allume un feu pour faire la cuisine ou du thé, histoire d’éviter des incendies avec les coups de vent qui balaient souvent la contrée. Règle numéro 2 :personne ne fume en circulant. Règle numéro 3 : A partir de 19 H, aucune des milliers de motocyclettes n’est autorisée à circuler et c’est pour, dit-on, éviter des accidents comme celui ayant coûté la vie à deux jeunes maliens dont les motos, de retour des placers situés à une quinzaine de kilomètres du village sont entrées en collision. Tout contrevenant à ces règles est soumis à une amende variant entre 1000 et 15.000 francs selon les cas. Ce sont des jeunes sous les ordres du chef de village appelés "Tomboulmaas"qui veillent au strict respect de ces dispositions "légales".L’argent collecté est versé dans une caisse de solidarité gérée par des personnes désignées par les villageois eux-mêmes et il sert à régler surtout des problèmes de santé (évacuations sanitaires suite à des accidents dans les placers ou des femmes enceintes ou encore des nombreux cas de palu grave).

UNE POUDRIERE POUR LES IST/SIDA

De l’avis de Dembo Sengoura, le tonitruant assistant du "Dougoutigui", des stratégies avancées de dépistage ont révélé pas mal de cas de VIH ou d’IST.Une horde de prostituées clandestines de nationalités étrangères pour la plupart y exercent le plus vieux métier du monde."Pour éviter l’explosion, nous sommes entrain,en collaboration avec le médecin-chef du district de Kédougou,de monter un programme pour les ficher et les inciter à prendre un carnet de santé"précisera-t-il. Quand, personne ne saurait le dire. En tous les cas, il y a sur ce plan plus qu’une urgence signalée.

Avec la mise en cohérence annoncée des fonds sociaux, nombreuses sont les organisations de la société civile à croire que quelque chose pourrait être faite en direction des milliers d’âmes de Tinkoto. Si des villages comme Faloumbou, Bransan ou Mamakono et Sabodala ont pu bénéficier d’eau, de poste de santé pourquoi pas Tinkoto, plus peuplé et plus fréquenté que tout le reste de la communauté rurale de Khossanto, soutient-on avec force à Tinkoto. A cet effet, il y a lieu de souligner que depuis la mise en place de ce cadre qu’est la commission régionale de mise en cohérence de ces fonds sociaux à Kédougou et aux destinées de laquelle préside le chef de l’exécutif régional, pas grand-chose n’a bougé et l’on se demande pourquoi.

Cette commission regroupant des chefs de services régionaux, l’ARD, des organisations de la société civile telle que l’Ong "la lumière" devrait entre autres missions plancher sur les priorités en termes de réalisation dans les différentes communautés. Nul doute que si la machine est mise en branle, Tinkoto souffrirait moins, en attendant que l’état lui-même se décide à voler au chevet des populations de la localité.

Boubacar TAMBA
Source: Sud Quotidien

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Samedi 9 Juin 2007

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