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Ousmane Tanor DIENG sur le gouvernement continental : ‘Wade et Khadafi sont trop idéalistes’

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Vouloir créer tout d’un coup un gouvernement continental ne semble pas réaliste au premier secrétaire du Parti socialiste. Pour Ousmane Tanor Dieng qui se réclame de l'héritage du président Léopold Sédar Senghor, c'est la théorie des cercles concentriques si chère à son défunt maître à penser qui devrait prévaloir. Cela veut dire qu’il faut partir des ensembles sous-régionaux, les agrandir au niveau régional, puis continental. Voilà pourquoi il ne peut partager le combat du duo Wade-Khadafi pour un gouvernement continental ici et maintenant. A ses yeux, les chefs d'Etat sénégalais et libyen sont trop idéalistes au point d'oublier que, dans les relations internationales, on gère des réalités, des Etats qui tiennent à leur souveraineté, qui ont leurs structures. D'où les préalables à lever avant toute création d'un gouvernement continental. Ousmane Tanor Dieng a également abordé, dans la seconde partie de l'entretien qu'il nous accordé lors de son escale à Paris, la situation en Palestine à la lumière des conclusions de la réunion de l’Internationale socialiste à Genève.



Ousmane Tanor DIENG sur le gouvernement continental : ‘Wade et Khadafi sont trop idéalistes’
Wal Fadjri : Parlons du sommet de l’Union africaine tenu à Accra au Ghana. Il y a eu deux positions : une pour un gouvernement fédéral défendu principalement par le Sénégal et la Libye et une autre qui estime qu’il ne faut pas se précipiter et sauter des étapes. Etes-vous d'avis, en tant qu’ancien collaborateur des présidents Senghor et Diouf qui ont travaillé sur la question, qu’il y a nécessité de mettre en place un gouvernement fédéral africain ?

Ousmane Tanor Dieng : C’est l’idéal ! Mais j’appartiens à l’école de Senghor. Et l’école de Senghor, c’est la théorie des cercles concentriques, c’est-à-dire qu’il faut partir des ensembles sous-régionaux, les agrandir au niveau régional et continental. Il faut donc y aller étape après étape. Mais je ne crois pas à l’efficacité de créer comme ça un gouvernement continental. Sinon que cela peut frapper les esprits. Cela peut être un moyen de tirer vers le haut, mais cela ne règle pas les problèmes. Tout de même, les problèmes de voisinage et de bon voisinage ne sont pas réglés entre le Sénégal, la Gambie, la Guinée-Bissau, la Mauritanie, le Mali, cela ne l’est pas au niveau de l’Afrique de l’Ouest, non plus en Afrique centrale et australe et vous voulez créer tout d’un coup un gouvernement continental. Cela ne me semble pas réaliste.

Wal Fadjri : Voulez-vous dire que le tandem Abdoulaye Wade-Khadafi fait dans la précipitation ?

Ousmane Tanor Dieng : Je ne partage pas leur vision, leur analyse des relations internationales. Ils sont trop idéalistes. C’est vrai qu’il faut avoir un idéal, être volontariste, mais dans le cas d’espèce, c’est-à-dire celui des relations internationales, on gère des réalités, des Etats qui tiennent à leur souveraineté, qui ont leurs structures. Vouloir sauter comme ça les étapes des sous-régions, des régions et aller directement au niveau du continent, ne me paraît ni pertinent ni réaliste. Même si l’on crée le gouvernement continental, comment allait-il fonctionner ? Je crois qu’il y a des préalables, des pré-requis qu’il faille régler au niveau local. C’est ce qui me semble réaliste.

‘Le Nepad a échoué. C’est une bureaucratie qui a consommé beaucoup de millions de dollars pour rien parce que cela a été fait de manière précipitée’

Wal Fadjri : Les tenants du gouvernement continental estiment, par exemple, que les problèmes que vous venez de soulever pourraient trouver des solutions dans le gouvernement continental. Qu’en pensez-vous ?

Ousmane Tanor Dieng : Je ne le crois pas parce que nombreux sont les problèmes qui ont trop duré et auxquels on n’a pas trouvé de solutions. Le problème entre le Sénégal et la Gambie (la construction du pont sur le fleuve, Ndlr) n’a pas encore trouvé de solution. Alors, sauter ça pour régler un problème entre le Sénégal et l’Ethiopie, par exemple, me semble relever du rêve. Ce n’est même pas le rêve de Nkrumah qui avait un rêve de départ avec une Afrique qui était au début des indépendances. Mais aujourd’hui, en fonction des réalités que nous vivons dans chacun de nos pays et dans chacune de nos sous-régions, je ne suis pas favorable à un gouvernement continental formé dans la précipitation.

Wal Fadjri : Mais le moment de poser le débat n'est-il pas venu ?

Ousmane Tanor Dieng : Bien sûr ! Et ce sont deux choses différentes. Poser le débat entre intellectuels, c'est pour qu'ils échangent, cherchent les modalités d’arriver à un gouvernement continental. Mais vouloir coûte que coûte créer un gouvernement continental à une date D, cela me semble précipité. Cela n’aura rien servi parce que si le gouvernement avait été mis en place, il aurait été inefficace.

Wal Fadjri : Comment comprenez-vous la volonté du Sénégal et de la Libye de mettre en place un gouvernement continental ?

Ousmane Tanor Dieng : J’ai une interprétation optimiste. Ils veulent créer un déclic en disant qu’une fois qu’on aura créé un gouvernement continental, cela va entraîner tout le reste. Mais c’est simplifier les réalités qui ne fonctionnent pas comme cela. Si vous le faites, les résistances, les pesanteurs vont bloquer l’évolution du processus.

Wal Fadjri : Au sommet de l’Union africaine, il a été aussi question du Nepad. Partagez-vous le point de vue du président Wade, selon lequel le Nepad a échoué ?

Ousmane Tanor Dieng : C’est le constat que le Nepad a échoué. C’est une bureaucratie qui a consommé beaucoup de millions de dollars pour rien. Là aussi, cela a été fait de manière précipitée. Cela n’a pas été suffisamment réfléchi et on n’a pas tenu compte des réalités, voilà ce que cela donne. Il faut justement éviter cela avec le gouvernement continental. L’expérience du Nepad doit nous amener à faire très attention et à y aller pas à pas. Cependant, je reconnais que les choses sont allées très lentement pour ce qui est du Nepad. Et c’est normal que certains s’impatientent et veuillent bousculer. Je le comprends, mais ce n’est pas une raison de ne pas tenir compte des réalités. L’expérience tirée du Nepad nous renseigne qu'il faut faire attention aux coups d’accélérateur trop précipités parce que cela renvoie à la réalité de base. Cela me paraît d’autant plus vrai que la théorie des cercles concentriques de Senghor est autant valable au plan économique qu’au plan politique. Aujourd’hui, l’Afrique de l’Ouest est la région la mieux intégrée avec ses organisations comme l’Uemoa, la Cedeao. C’est comme cela qu’il faut travailler.

‘Isoler le Hamas n’est pas une solution. Il faut l’amener à travailler avec le Fatah en considérant que le président Abbas est le président légitime, mais que le Hamas a aussi gagné les élections législatives’

Wal Fadjri : Vous revenez de Genève où s’est tenue la réunion de l’Internationale socialiste. Cette rencontre a eu lieu au moment où en Palestine, par exemple, on note une crise aiguë entre le Hamas et le Fatah. En avez-vous parlé ? Si oui, qu’est-ce que vous en avez dit ?

Ousmane Tanor Dieng : La crise au Moyen Orient a été un des thèmes fondamentaux de la rencontre de Genève. Le rapport du comité sur le Moyen-Orient a indiqué très clairement, en synthèse, que la solution de la question palestinienne est au cœur du problème du Moyen-Orient. Cela veut dire que tant que la question palestinienne n’est pas réglée, le Moyen-Orient restera une zone d’instabilité. Pour régler cette question de la Palestine, il faut d’abord commencer par l’unité des Palestiniens. Ce qui indique que la division entre le Hamas et le Fatah pose un grand problème à l’unité palestinienne. Nous y travaillons. Nous avons demandé au Fatah, qui était représenté à la réunion, de travailler à l’unité des Palestiniens, en trouvant une formule pour qu’il n’y ait pas deux mouvements palestiniens parce que nous voulons qu’il y ait un Etat palestinien avec des frontières sûres, que le problème du statut des réfugiés, celui des colons, que le statut de Jérusalem, tout soit réglé. Mais à côté, il faut aussi un Etat israélien. Nous les avons renvoyés aux accords d’Oslo sur lesquels nous avons joué un rôle très important. Nous avons donc écouté les Palestiniens et les Israéliens pour voir comment nous pouvons trouver une solution à cette question. Il y a aussi la question du Liban qui est liée au problème palestinien. C’est la division des Palestiniens qui se répercute au Liban. C’est le cas aussi en Irak où ce sont les mêmes méthodes de kamikaze et d’instabilité qui sont utilisées. Nous nous sommes dit que puisque c’est le même théâtre d’opération avec les mêmes acteurs, avec les mêmes méthodes, il faut en avoir une vision globale. Pour cela, il faut avoir une bonne appréciation de la situation. Nous en avons discuté et fait des propositions à tous les acteurs.

Wal Fadjri : L’Internationale socialiste enverra-t-elle une délégation dans la région ?

Ousmane Tanor Dieng : Nous en enverrons. Nous avons déjà envoyé des missions qui se sont rendues à Tel Aviv, à Jérusalem, à Ramallah. Moi-même, je m’y étais rendu avec certains de mes camarades pour avoir notre propre analyse du terrain et voir quel type de solution proposer. Et la proposition principale que nous avons retenue, c’est le retour aux accords d’Oslo parce que si Yitzhak Rabin n’avait pas été assassiné, je crois qu’avec le processus né à Oslo, en plus des initiatives de Genève qui l’avaient accompagné, on aurait trouvé des solutions. Il faut retourner à cela et l’adapter à la situation actuelle.

Wal Fadjri : Par rapport à l’unité des Palestiniens, on constate que la communauté internationale soutient le Fatah de Mahmoud Abbas. Quelle est la position de l’Internationale socialiste ?

Ousmane Tanor Dieng : Nous avons dit qu’il ne faut pas soutenir les uns contre les autres. Tout de même, il faut reconnaître que le Hamas a eu sa majorité à partir d’élections démocratiques dont les résultats ont été acceptés. A partir de ce moment, il fallait voir comment tenir compte de cette donnée incontournable et, d’autre part, la réalité qui est que le président Abbas - qui était présent à la rencontre de Genève - a eu une certaine légitimité au niveau international. La communauté internationale se méfie du Hamas en pensant que c’est un mouvement terroriste, mais je pense qu’isoler le Hamas n’est pas une solution. Il faut amener le Hamas à travailler avec le Fatah en considérant que le président Abbas est le président légitime, mais que le Hamas a aussi gagné les élections législatives. Cela ne sert à rien de créer deux structures qui vont se combattre. D’une manière ou d’une autre, il faut les réunir pour qu’elles puissent discuter. C’est pourquoi nous n’avons pas voulu prendre position en faveur de tel ou de tel autre

Wal Fadjri : Lors votre rencontre de Genève, avez-vous senti une volonté du Hamas et du Fatah de dépasser leurs querelles pour aller vers une position commune en vue de négocier avec Israël ?

Ousmane Tanor Dieng : La question est encore chaude. Il y a des positions relativement tranchées. Mais nous pensons que la solution est d’initier un dialogue entre le Fatah et le Hamas. Et nous allons y travailler et faire en sorte que le président Abbas et le Hamas trouvent un terrain d’entente et un cadre de convergence pour discuter. Il n’y a pas de problème au monde qui a trouvé une solution sans discussion entre protagonistes. Nous croyons aux vertus du dialogue. C’est dans ce sens que nous allons travailler. Mais isoler un camp contre un autre ne peut pas apporter une solution durable.

Wal Fadjri : Et Israël dans tout cela ? Avez-vous remarqué une quelconque disponibilité de leurs délégués présents à votre rencontre à discuter avec le Hamas malgré leur soutien au Fatah ?

Ousmane Tanor Dieng : Israël est du côté de la communauté internationale. Il est plutôt favorable à une discussion avec le Fatah pour isoler le Hamas et essayer de l’affaiblir. Mais c’est une option risquée parce que cela peut créer des extrémistes d’un autre type. Il faut d’abord travailler à l’unité des Palestiniens. Une fois cette unité obtenue, trouver ensuite une solution entre Israéliens et Palestiniens avec comme base les accords d’Oslo. Voilà ce qui me semble être la solution. (Fin)

Propos recueillis par Moustapha BARRY (Correspondant permanent à Paris)
Source: Walfadji

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Samedi 7 Juillet 2007

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