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Ousmane Sembène: La dernière interview du dernier des Ceddo

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L'envis très forte de rencontrerSembène, décédé le 9 juin 2007, est née après une projection de Faat kiné au cours d'un festival à l'Université d'Albany, aux Etats-Unis d'Amérique, en 2005. Dans le cadre de recherches doctorales sur le cinéma africain francophone, l'occasion nous était donnée de nous rencontrer le 25 juillet 2006, date, à ce jour, de la dernière interview accordée par le "doyen des anciens" du cinéma en Afrique. D'autredatesavaient été retenues pour d'autres entretiens, notamment le lundi 11 juin. Hélas, c'était le jour de son inhumation au cimetière musulman de Yoff. Les réalités de la vie étant au-dessus des projections des hommes. Mais Sembène restera vivant à jamais. Il a laissé des oeuvres littéraires et cinématographiques qui interpelleront pour toujours : il aura réussi l'intemporél dans ses oeuvres. Ici, le dernier des Ceddo aborde les difficultés de faire du cinéma en Afrique, son amour pour la littérature et donne aussi les raisons qui le poussent à faire des films. C'était dans son bureau situé à l'ancienne maison de la Rts, sur le boulevard de la République.



Ousmane Sembène: La dernière interview du dernier des Ceddo
Comment se porte le cinéma de Sembène Ousmane ?

Il fait de son mieux. Du point de vue diffusion, je fais ce que je peux. Les conditions de circulation normale du film sur le plan commercial n'existent presque plus. Il n'y a presque plus de salles de cinéma dans beaucoup de pays francophones. Les films en format Dvd ont pris la relève. J'en distribue, j'en vends et j'organise, selon mon temps libre, des projections foraines suivies de discussions débats avec les élèves, surtout les lycéens. Cette année, au Sénégal, il y a des problèmes avec les examens, ce qui fait que je ne peux organiser cela. La situation est explosive dans la mesure où il y a les grèves d'enseignants. J'attends donc la rentrée pour reprendre. Je fais mon petit travail de militant, mais ce n'est pas cela qui nourrit les gens car le cinéma, en même temps qu'il est art, est aussi commerce.

Quels échos avez-vous de vos rencontres avec les lycéens ? Sont-ils enthousiastes de vous rencontrer ?

Ils m'apportent beaucoup. Il faut se renouveler avec les nouvelles générations. Malgré mon âge, je ne suis pas pour l'Afrique des gérontocrates. II y a une Afrique passée qui a ses valeurs qu'il faut savoir prendre comme patrimoine, voir ce qui est bon et les prendre, et oublier ce qui n'est pas conforme avec la réalité d'aujourd'hui. Les jeunes apportent beaucoup dans la mesure où ils sont de leurs époques. Ils ont des sources d'informations et de cultures qui leur viennent de partout, tandis que ceux de ma génération, les gérontocrates (sic), c'était seulement au niveau de la famille, du clan ou de la tribu. Même si nous parlions deux ou trois langues, nous étions cloisonnés, tandis que les jeunes sont pris dans la mouvance de ce qu'on appelle la mondialisation. Pour parler des pays francophones, les dirigeants politiques ne sécrètent plus une nouvelle culture parce que toute culture est née des récoltes, des moissons, de l'abondance, des habillements, des tam-tams, des jeux.

Avez-vous l'intime conviction à la fin de vos rencontres avec les jeunes lycéens qu'ils repartent à la maison avec un savoir plus grand ?

A mon avis, je ne tiens pas de comptabilité. La culture n'est pas le ministère de la Santé où on compte les lits. Ce n'est pas le ministère des Travaux publics où on compte les kilomètres réalisés ou à réaliser. La culture, c'est tout ce dont l'homme a besoin de sa naissance jusqu' à sa mort. Cela ne se comptabilise pas. Mais je les invite à réfléchir aux perspectives qu'ils doivent se faire de leur avenir et les faire prendre conscience que leur avenir dépend d'eux.

Pour revenir à votre activité cinématographique, quelles sont les difficultés concrètes auxquelles vous faites face quand vous devez réaliser un film ?

Je n'entre pas dans ce débat. Je n'ai pas à me psychanalyser. Je ne suis pas un adepte de Freud. C'est le contenu du film qui m'intéresse. Mes difficultés sont les mêmes que celles de la cuisinière qui prépare son repas pendant la saison des pluies quand le bois est mouillé. Il faut demander à la cuisinière qui prépare à manger à son mari ou à son enfant malade pendant la saison des pluies avec du bois mouillé comment est-ce qu'elle fait. Les difficultés sont des questions d'intellectuel et d'académie. Il n'y a pas que des difficultés en Afrique.

II est vrai qu'il n'y a pas que des difficultés en Afrique, mais on a l'impression que les cinéastes africains de manière générale ont du mal à produire leurs films.

L'Afrique a du mal à se développer. Cela fait plus de 40 ans que nous sommes indépendants. L'Europe a versé beaucoup de milliards à l'Afrique. On a détourné de l'argent. Je ne me pose pas cette question de difficultés. Je ne dis pas qu'elles n'existent pas. J'essaie de les transcender tout seul et de faire mes films. Mon objectif est de faire des films. J'ai deux principes, le film et moi. Mais celui du film l'emporte.

Parvenez-vous à faire partager cette opinion à vos collaborateurs ?

Je ne sais pas maintenant, mais puisque je travaille toujours avec les mêmes personnes, je pense qu'elles partagent ma vision des choses.

Pourquoi Sembène Ousmane fait des films ?

C'est pour militer. Je suis un militant. Je ne fais pas des films pour construire des châteaux. Peut-être qu'au Togo (L'intervieweur est Togolais, Ndlr), on ne connaît pas mes films, mais vous avez été jusqu'à Albany dans l'Etat de New York aux Etats-Unis pour revenir me poser des questions. Il a fallu aller jusqu'en Amérique pour comprendre le rôle des films africains. Aussi loin que vous pourrez aller, l'Afrique vous rejoindra. Comme l'a dit Mongo Beti, l'exil vous restitue l'Afrique.

Quand on regarde vos films comme Xala, Faat Kiné, et Moolaadé, vous abordez des problèmes de fond comme la corruption et l'excision. Quand vous revoyez ces films aujourd'hui, quelles lectures faites-vous de ces questions en rapport avec l'actualité ?

Je ne les revois pas. Je ne lis même pas ce qu'on écrit sur moi.

Pourquoi ?

C'est l'avenir qui compte pour moi, malgré mon âge. J'ai montré le film Mandabi à des lycéens il y a un an. Ils me demandaient si le film traitait des problèmes actuels. Je leur ai répondu que Mandabi est aussi âgé que leurs pères. Ils n'en revenaient pas ! Il ne faut pas tout attendre des films. Il faut se poser des questions. L'avenir, c'est à nous de le forger au prix que cela doit nous coûter. Comme tous les peuples de la terre, il n'y a pas une damnation divine. C'est à l'homme de se battre. Mais si nous préférons fuir le combat, nous le fuirons tout le temps. C'est l'esclave affranchi qui revient chez le maître. Voilà l'image que j'ai de cette Afrique actuelle.

C'est une sorte de désillusion ?

Je ne sais pas. Pour moi ce qui compte, c'est la volonté de réussir. Je ne me sens nullement diminué par rapport aux citoyens D'Albany ou de Detroit. Mes problèmes, je dois chercher à les résoudre. J'essaie de faire mes films dans ce sens. C'est ce que je dis aux jeunes. Et actuellement, nous avons de très bons cadres africains qui attendent de pouvoir servir leurs pays. Nous savons qu'aujourd'hui, la plupart de nos pouvoirs sont corrompus. On nous parle de la solidarité africaine. On n'a jamais autant tué que maintenant. On n'a jamais autant volé que maintenant. Où est cette solidarité ? Mythe ou réalité ? La question reste en tout cas ouverte.

Vous disiez entre-temps que vous ne lisez pas ce qui est écrit sur vous, mais comment parvenez-vous à réaménager votre travail ou à savoir l'impact que vous avez sur la population ?

Moi, je fais du cinéma forain. J'organise des débats avec le public, les paysans, les hommes, les femmes et les enfants. C'est ce qui m'enrichit. Je cherche à savoir ce qu'ils ont compris et si mon écriture leur plaît. Je suis d'une autre génération. Je suis grand grand-père. Mais je dois être plus jeune que les jeunes par la création. Voila mon ambition ! Je dois parler, non Seulement à la génération actuelle, mais aux deux et trois générations à venir. Mon ambition est d'essayer de faire une oeuvre intemporelle.

Pensez-vous que la création seule suffit pour faire entendre votre voix ?

Non, la création seule ne suffit pas. Quand vous montrez mes films à Albany, ce que vous lisez dans mes films, ce n'est pas moi qui le dis, c'est votre sensibilité. Vous apportez mon film plus loin que ce que j'ai voulu dire. Voilà, la question. Je n'ai aucune gloire ou renommée. Mais je suis content quand vous me disiez qu'à Albany-New York vous montrez mes films et vous en discutez. Cela m'honore. Mais en montrant mes films, vous ne parlez pas de Sembène Ousmane, vous parlez de l'Afrique. C'est bien de dire que le film est réalisé par Sembène. C'est le droit d'auteur. Vous le respectez. Mais mon travail s'arrêt là.

Quand vous dénoncez la corruption dans Xala l'excision dans Moolaadé, avez-vous quand même l'impression que les maux que vous dénoncez disparaissent avec le temps ?

II y a la corruption un peu partout. Ce n'est pas quelque chose que nous avons produit. Ce ne sont pas les résultats de nos usines, de nos entreprises. C'est l'aide du plus propre des Européens qui enrichit nos dirigeants qui vont s'installer en France, en Amérique ou ailleurs. La corruption n'est pas née avec les gens. Ce sont les gens qui cultivent la corruption. Il faut la dénoncer. Mais dénoncer à répétition, peut paraître monotone quelquefois. Seul, je n'y peux rien. C'est mon environnement politique qui est ainsi fait. Pendant que l'on est là, j entends le muezzin en train de crier. J'aime cela. Mais cela n'a pas arrêté la vie

Que pensez-vous aujourd'hui du fait qu'il n'existe presque plus de salles de cinéma dignes de ce nom à Dakar ?

C'est catastrophique ! C'est catastrophique ! C'est catastrophique ! Personnellement, je préfère les salles de cinéma au dvd et à la vidéo. La salle de cinéma a un caractère social. Je conçois un film par rapport à la dimension de la salle. Le réduire à la dimension des dvd me paraît difficile à imaginer. Je n'ai même pas de magnétoscope chez moi pour ne pas voir les films. La situation que nous vivons est catastrophique. On ne secrète plus de nouvelles cultures. Nos pouvoirs politiques sont incapables de créer les conditions de sécrétion d'une nouvelle culture. Ils ont fait de nous des tubes digestifs. C'est tout. Il ne nous reste plus que les mosquées et les églises. Au Togo et au Bénin, quand il y a des funérailles, vous voyez comment les familles dépensent de l'argent. Peut-être même que quand la personne était malade, on ne lui avait même pas apporté de l'aspirine. Est-ce un comportement social ? Non, c'est l'inverse du social.

Qu'est-ce que les cinéastes peuvent faire pour remédier à la situation et redonner à Dakar cette renommée de ville culturelle ?

C'est une question politique. Les cinéastres de leur côté, sont comme des boulangers. Nous tous, nous aimons manger du bon pain. Mais est-ce que nous cultivons le blé ? Le problème est politique et il n' y a pas de développement sans culture.

Qu' est-ce qui est finalement possible pour résoudre le problème ?

Personnellement, je ne discute pas de ce qui est possible. Sinon, j'entre dans un parti politique ou une confrérie de rats. Il ne faut même pas se poser la question. C'est une dérobade. Nous décidons et nous n'appliquons pas. Il faut plutôt se demander ce que je peux faire à mon niveau pour remédier à la situation que nous dénonçons tous.

Quel jugement portez-vous sur l'état de santé du cinéma sénégalais ?

J'aborderai plutôt la question sous l'angle du cinéma africain de manière générale. C'est l'état économique de l'Afrique francophone qui est à l'origine des problèmes du cinéma africain. C'est une option du type de société qu'on veut. Nous avons opté pour un système libéral et cela nous a conduits là où nous sommes aujourd'hui.

Le choix du système libéral agirait donc sur l'état du cinéma africain ?

Cela agit sur tout. Même sur la façon de g,ouverner. Actuellement, au Sénégal le débat qui est à l'ordre du jour est la corruption des magistrats. La corruption est-elle un phénomène purement africain ? C'est un phénomène mondial.

Le cinéma fait vivre le cinéaste africain ?

Est-ce que la culture du paysan le fait vivre ? Non. Pourquoi ? La détérioration des termes de l'échange, la dévaluation du franc Cfa constituent sûrement quelques­-unes des raisons de la situation matérielle difficile dans laquelle évolue le cinéaste africain. Pour moi, ce n'est pas une question à se poser. Même les fonctionnaires, les journalistes ne vivent pas vraiment de leur travail. L'Etat est obligé de tricher. II y a des questions que le journaliste africain ne doit pas (SE) poser. Vous les empruntez au journaliste européen. Vous imaginez le nombre de professeurs qui sont en Afrique sans travail ou qui ont perdu leur travail pour une raison ou une autre ? Combien sont-ils à vouloir s'exiler ? Si c'était possible, même les boeufs et les vaches s'exileraient en Europe et en Amérique. Mais entre­temps, on voit des Européens qui viennent s'installer en Afrique. Pourquoi ? Voilà mes affres de la création. Je ne cesserai d'évoquer l'image de l'esclave affranchi qui reste à la maison du maître.

Qui sont les esclaves affranchis qui restent à la maison du maître ?

C'est nous tous. Jamais, l'Europe ne nous a autant pénétrés que maintenant. Nos grands-parents n'étaient pas colonisés. Mentalement, je veux dire. Ce sont leurs terres qui étaient occupées. Mais maintenant, même dans votre chambre quand vous ouvrez votre télévision, l'Europe est là à vous regarder. Quand vous allumez votre radio, ce sont eux qui décident.

Qu'est-ce qui définit le choix de la langue à utiliser dans vos films ?

C'est peut-être le sujet ou non. Le cinéma est tout à fait le contraire du bavardage. Cela fait plus de deux ans que je travaille sur un scénario pas au niveau des images, mais plutôt au niveau du langage. Je m'appesantis sur le langage parce que je dois non seulement parler à un Africain qui, comme vous, vit a Albany-New York et en même temps à la paysanne africaine qui n'a même pas visité la capitale. Ce qui me préoccupe à ce niveau, c'est comment articuler ce langage.

C'est une tâche apparemment difficile à accomplir ?

Non, rien n'est difficile. Tout est question de recherches. C'est l'alchimie des mots, des phrases. C'est un jeu. Je peux vous rassurer que Moolaade est parti partout. C'est un film qui est allé jusqu'au Kenya. Je suis étonné. Et pourtant, quand je le «pondais», personne n'était présent. Maintenant, quand je vois sa portée, je me dis que ce n'est pas mal.

On sait que la langue vient en support à un sujet. Comment choisissez-vous les sujets de vos films ?

Je ne peux pas l'expliquer. Comme tous les autres, j'aime faire des recherches sur le plan sociologique. Je parcours les pays. Je pose des questions. J'écoute les gens. Je fais attention aux détails qui pourraient intéresser mon peuple. Quand je dis mon peuple, ce n'est pas seulement le peuple sénégalais, c'est l'Afrique entière. Après avoir fait mes recherches, écouté et entendu les uns et les autres, je fais la sélection.

Faites-vous du cinéma pour l'Afrique ?

Je fais du cinéma pour l'Afrique, mais pas pour vivre. Je veux que cela soit clair pour tout le monde. C'est bien vrai que je fais du cinéma pour aborder les questions qui préoccupent les Africains, mais si je reçois un Prix des Japonais pour le film que j'ai réalisé, je ne peux qu'être comblé.

La question de l'identité du cinéma africain ?

Vous êtes déjà Africain. Pourquoi vous vous posez cette question. Qu'est-ce qu'un Asiatique ? Qu'est-ce qu'un Européen ?
La question se pose quand on s'exile volontairement loin de son pays, de sa culture. L'hexilé peut avoir l'impression d'être écartelé entre plusieurs cultures.

Qu'en pensez-vous ?

C'est parce que votre culture n'est pas solide que vous vous posez cette question.

Non, elle est solide...

Mais pourquoi vous vous posez cette question. Vous croyez que les Irlandais, les Italiens, en Amérique se posent ces questions ?

Mais comment expliquez-vous le fait que c'est une question qui est posée actuellement par les écrivains africains francophones d`Afrique subsaharienne et du Maghreb ?

Ne vous posez pas cette question. S'ils se la posent, c'est leur affaire. Je sais qu'il y a une diversité de couleurs entre les peuples. C'est tout. Mais mon identité, je ne l'ai pas perdue.

Qu'est-ce qui définit réellement l'identité africaine ?

C'est aux universitaires et académiciens de chercher ce qui définit l'identité africaine. Croyez-vous que je me mettrai à me poser ces questions. Moi, mon souci est que les populations puissent avoir des lits, des dispensaires, des hôpitaux, des écoles, des infrastructures, bref de quoi vivre. Je ne vais pas me mettre à vouloir engrosser une mouche.

Le problème n'existe-il pas ?

Mais, c'est votre problème ! Ce n'est pas le mien.

Pourquoi Sembène Ousmane n'écrit plus ?

J'ai deux livres, mais j'observe qu'il n'y a pas beaucoup de librairies et les livres coûtent trop cher. Nous ne lisons pas. Si vous allez chez les professeurs africains, vous verrez que ceux pour qui le livre constitue un outil de travail sont les plus mal nantis. Vous allez à la bibliothèque nationale, il n'y a rien. Il en est de même pour le Centre culturel français. La culture est un ensemble qui exige un programme de société bien défini. En fin d'année, quand on donne les prix aux élèves les plus méritants, ce ne sont pas les livres des auteurs africains qu'on leur offre, c'est encore ceux des auteurs français. Quel est le libraire africain qui peut offrir des livres gratuitement ? Cela leur coûte cher. D'autre part, les pouvoirs aiment les livres qui les flattent et font leurs apologies. Quand les livres les flattent, ils les achètent en quantité et les distribuent.

C'est pour ces raisons que vous n'écrivez plus ?

Le livre est bien. Personnellement, je lis beaucoup plus que je vais au cinéma maintenant. Le livre est bien, mais les auteurs n'en vivent pas. Le fait que les personnes n'achètent pas les livres les découragent. Dans les milieux ruraux, on ne parlerait même pas de livres. A la limite, les populations rurales diraient qu'elles en ont entendu parler. Les populations africaines iraient davantage au cinéma. Elles iraient plus voir des séances de danses, ou participeraient aux concerts de leurs chanteurs préférés. C'est à croire que nous avons la mystique des fesses. La hauteur de nos savoirs ne dépasse pas notre nombril.

Vous restez donc convaincu que le cinéma serait la meilleure voie pour porter loin vos messages ?

Non. Ce n'est pas la meilleure voix. C'est le pouvoir de l'image. Tous nos pays gardent encore les traditions orales. La culture reste encore au niveau de l'oralité. Je me rappelle encore l'expérience que j'ai eue avec les femmes dans le cadre de mon film Moolaadé. Je me suis retrouvé avec plus de cinq cents femmes qui sont venues voir le film, parlant leur langue. J'étais fasciné. Je suis sûr que le jour que vous aurez devant vous cinq cents femmes qui vous posent des questions sur des problèmes qui les concernent, vous verrez. Vous allez prendre conscience qu'il y a une force qui n'est pas encore canalisée.

Quel serait l'un de vos films que vous seriez prêt à revoir ?

Il ne faut pas vous faire d'illusion. Je n'ai pas de préférence. Ce sont tous mes enfants.

II n'y a pas un de vos films qui vous a le plus marqué ?

C'est sûrement le prochain.

Le prochain parlera de quoi ?

J'ai remis une copie du synopsis au Président de la République (Me Abdoulaye Wade) en personne.

Le Président apprécie votre cinéma ?

Peu m'importe ce qu'il pense de mon cinéma. Je ne me pose pas ces genres de questions.

Quel est le mot d'espoir que vous voulez partager avec les autres ?

Je suis vivant. Et ce ne sont pas les pleurs, les prières, les jérémiades et les geignements qui sont les solutions à nos problèmes. C'est plutôt le travail et rien d'autre. Même si nous sommes dans un pays musulman, le Paradis se mérite d'après le Bon Dieu. Et alors, pourquoi je ne gagnerais pas ma maigre pitance quand tout est à portée de ma main ? Voila, ma vie est très simple.

Par Florent Amek
Source: Weekend


Article Lu 1759 fois

Vendredi 10 Août 2007





1.Posté par Victor le 10/08/2007 13:00
Il était un grand,incontestablement. Méconnu ou peu connu même des sénégalais. A ce sujet, voici le meilleur témoignage que l'on peut faire de l'homme et de son oeuvre. Il est d'un certain S..M.K touré, je l'ai trouvé sur le site AEEMS.info

""Que le cordonnier ne juge pas au dessus de la chaussure" Pline l’ancien
S M K TOURE

Il est très facile d’être pour ou contre Sembène Ousmane.Le rebelle, qu’il fut, nous met à l’aise dans n’importe quelle posture critique, par son style direct, sa verve incandescente, sa camera subjective, sa tonalité volontairement choquante...Bref, il est plus aisé d’aimer ou de haïr un homme sincère. Les hommes ambigües, Dieu sait qu’il y en a beaucoup au Sénégal, sont dangereux. Ils nous fatiguent par leur valse incessante entre le Bien et le Mal.

Sembene, à coup sur, fut un écrivain, un cinéaste, mais surtout un homme sans compromission. Son intransigeance, son radicalisme(denrées rares par les temps qui courent)provoquait l’admiration des uns et la haine des autres. Les hypocrites qui le chantent aujourd’hui l’ont frappé d’ostracisme pendant longtemps. Sembene est mort, son cinéma aussi, en tout cas au Sénégal. Savez-vous que son dernier film "Moolaadé" a été produit au Burkina Faso au moment ou dans son pays les salles de cinéma ferment faute uniquement de politique culturelle sérieuse. En France et aux Etats-Unis ou les DVD pullulent comme des mouches, les salles de cinéma refusent du monde. La vérité est que dans ces pays les dirigeants sont sérieux. Ils ont réussi à protéger le gout de leur population par des politiques culturelles fondées sur l’élitisme et le nivellement par le haut. Dans ces pays, les historiens du cinéma, les journalistes culturels, les critiques sont honnêtes et compétent pour la plus part. Ils ont une connaissance sans faille de leur sujet. La vérité est toujours crachée. Lors du dernier festival de Cannes, le brillant réalisateur franco-polonais, Roman Polonski a tancé des journalistes lors d’une conférence de presse en s’offusquant de la pauvreté de leurs questions. « vous ne savez rien de ce que nous faisons » a-t-il martelé amèrement ; ensuite il a boudé ; une manière de purifier le milieu, de séparer la bonne graine de l’ivraie. Ceux qui ne savent pas et qui s’autoproclament spécialistes sont rappelés vite a l’ordre. A l’université de Dakar, temple du savoir dit-on, des hommes et des femmes ont été conviés à parler du cinéma de Sembene au nom de leur statut d’universitaire. Ce fut lamentable. Tout sauf du cinéma. Rien que des banalités et une platitude qu’ils aiment tant reprocher à leurs étudiants.

Nous avons tous vu,à travers cette RTS qui a toujours boudé Sembene, cette enseignante de l’université, passer sincèrement à coté de l’œuvre du cinéaste. Pour parler de cinéma il faut avoir regardé énormément de films-références, avoir lu beaucoup de bons textes critiques mais surtout les historiens et écrivains du cinéma comme Georges Sadoul.

« Le cinéma n’est pas un spectacle, c’est une écriture » disait le janséniste du cinéma, Robert Bresson. Le spectacle n’est qu’un prétexte.il nous faut encore d u temps pour déchiffrer et lire le langage cinématographique de Sembène. Un film se comprend a travers la sémiologie de l’image. Nous aurons besoin de savoir d’ou lui vient cette posture esthétique qui le pousse à jeter un regard sentimentale et non moins réaliste sur les êtres surtout. Sembene est un cinéaste qui filme surtout les caractères plus que les choses. Même s’il a fait un excellent film sur la ville en 1968 : le mandat, un film d’époque. Sa tonalité critique et sa volonté de choquer (surtout dans Gélawaar) font de lui un cinéaste politique comme Costa-Gavras, Michael Moore, Spike Lee ou Nick Cassavets.

Ses personnages dissertent beaucoup, ce qui restitue a son œuvre une certaine tonalité dramatique au sens théâtrale du mot. Sembène n’est pas un cinéaste visionnaire en ce sens qu’il n’y a aucune forme d’onirisme ou de fantasme chez lui. La psychologie est quasi absente dans son œuvre. Le contraire aurait étonné chez ce néo-réaliste des tropiques. Sembène maitrisait redoutablement l’art cinématographique qu’il a mis au service de ses idées. Il possédait surtout un style. Par ce qu’il avait quelque chose à dire. Salut l’artiste." Sidi Mohamed khalifa Touré



2.Posté par visiteur le 11/08/2007 13:50
Grand-père, Je te souhaite de reposer en paix
Aujourd'hui que tu es parti, le cinéma africain est endeuillé et fortement!
T'as toujours lutté pour l'Afrique, a travers tes oeuvres, ta donné une image de l'Afrique a travers le monde entier!

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