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Ousmane MBAYE designer : Du fer à repenser

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De son atelier situé sur la corniche, Ousmane Mbaye imprime sa marque sur le mobilier moderne. Féru de métal nu, cet autodidacte est présenté comme une des fiertés du design sénégalais.



Ousmane MBAYE designer : Du fer à repenser
Son matériau à lui, c’est le métal. Tel un détecteur aimanté, il le traque partout. Dans les décharges éloignées, les brocantes aléatoires, chez les négociants de ferraille rouillée. Il prise généralement la tuyauterie, ces anciennes conduites qui lui servent d’armature. Il découpe la taule galvanisée en petites plaques. Et décapite les fûts de pétrole vides, il ne s’intéresse qu’aux couvercles, pour leurs teintes vives. A ce tas de ferraille ramassée, Ousmane Mbaye procure une seconde chance. Les métaux qui entrent dans son bruyant atelier sur la corniche en ressortent avec une nouvelle vie. L’amas métallique renaît sous forme de mobilier moderne, très couru par une clientèle huppée. Le produit fini de Mbaye prend la forme de tables, de chaises, de mobiliers résidentiels ou de bureaux, de luminaires, etc. Les formes qu’il imprime à sa création épousent des allures convexes presque sensuelles, comme pour atténuer la dureté du matériau.
Ousmane Mbaye arrive à surmonter la résistance du métal. Il lui impose une plasticité insoupçonnée. ‘Je suis plus fort que le fer et j’arrive à transformer les contraintes qu’il m’oppose en solutions’, s’exalte-t-il.

Dans sa création, le jeune designer (32 ans) fait preuve d’un grand sens de pragmatisme. Il pratique un art dépouillé. Sans préliminaires. Comme s’il lui fallait surprendre la matière, pour mieux la dompter. ‘Je ne dessine pas. Je ne conceptualise pas. Les choses prennent forme dans ma tête, et j’entre en atelier pour les matérialiser’. explique-t-il.

Il a quelque chose de déroutant dans la création d’Ousmane Mbaye. Son travail laisse une sensation mêlée de goût d’inachevé et de provocation. Chez lui, l’œuvre garde toujours cette impression d’être en finition. On s’attend toujours à ce qu’une dernière couche de peinture vienne la parachever. Mais elle ne vient jamais. C’est à peine si le créateur daigne passer une incolore couche de vernis. Histoire de protéger son œuvre contre l’effet corrosif du temps et d’allonger son espérance de vie. Puisque le souci de postérité habite l’artiste. ‘Créer, c’est pour moi une manière de sortir du commun des mortels’, espère-t-il. La nudité de l’œuvre est nourrie par le défi esthétique qui anime le créateur.

Car le designer confesse aimer l’idée de confronter le regard du public à la brutalité du métal nu. ‘Je suis un peu sauvage’, réclame-t-il avec le sourire. Pas étonnant alors qu’il laisse, tels quels les joints de soudure, les brûlures du chalumeau. La matière recyclée garde les stigmates d’une vie première.

La frugalité du matériau place l’œuvre de Mbaye dans un état d’entre deux, de transition. Ses meubles, accessoires et autres utilitaires ont l’air trop peu polis pour gagner un quitus de sortie d’atelier. En même temps leur design leur confère une allure avant-gardiste.

Pourtant, il était incompris à ses débuts. Non retenu par la sélection officielle de la dernière Biennale. Ousmane Mbaye a fini par gagner une reconnaissance. Il a pris part au Salon du design de Saint-Etienne, présenté comme le plus grand d’Europe. ‘Pourtant, j’avais présenté le même dossier pour les deux évènements’, s’étonne encore l’artiste.

Aujourd’hui, certains critiques voient en lui la preuve vivante de renouveau dans le design sénégalais. Son métal nu privé de peinture est entrain de bousculer les convenances et les pudeurs artistiques. ‘J’arrive à un stade génial où les Sénégalais découvrent ce que je fais et apprennent à l’aimer’, constate avec fierté le créateur.

Frigoriste à ses débuts, Ousmane Mbaye se consacre depuis deux ans à l’art en plein temps. Mais son rapport au fer, plus loin. De sorte que quand, il s’est agi de créer, le matériau s’est imposé de lui-même. ‘J’ai toujours aimé le métal’, avoue-t-il, brandissant des jouets qu’il collectionne depuis sa tendre jeunesse. Son enfance dans le quartier de la Médina, a été un cadre incubateur pour son esprit créatif. ‘C’est un quartier où il y a beaucoup de soudeurs, de menuisiers métalliques’, dit-il. Avec une scolarité interrompue en classe de Cm2 pour cause de dyslexie, le gamin avait largement le temps d’aller se promener dans le village artisanal voisin, de récupérer de vielles chaises pour les retaper. Côté couleurs, c’est Gorée qui l’a marqué. L’île regorge de teintes vives que l’artiste capte dans son travail pour casser la monotonie du fer nu. Mais c’est là-bas que son penchant pour l’art s’est confirmé, sous l’impulsion de Marie-José Crespin, qu’il appelle tendrement ‘ma seconde mère’. Le grand public l’a découvert également à Gorée, il y a deux ans, lors du festival ‘Regards sur Cours’.

Son premier métier dans le froid lui a légué un capital certain : ‘Je pouvais entrer dans l’intimité des gens et découvrir une variété d’architectures intérieures, de mobiliers, d’aménagement d’espace. Ce qui me sert aujourd’hui dans ma création’, avance Mbaye.

C’est dans ce catalogue virtuel que cet autodidacte puise pour dérouter le public. Comme pour mieux brouiller les pistes, il dit, avec un souci d’universalité : ’Je ne suis pas designer africain, je ne fais pas du design africain.’

Abdou Rahmane MBENGUE
Source: Walfadji

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Vendredi 10 Août 2007

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