«Boy ! Laal nga samay bagaas, mooy door naala arrêt», (tu touches à mes bagages et je t'assène un coup de poing). C'est en ces termes que le marchand ambulant Mame Thierno Dieng avait apostrophé l'agent de police Ibrahima Famba, détaché à Petersen, le temps des préparatifs de la fête de la Korité. Une attitude belliqueuse que Dieng ne risque pas de récidiver, puisqu'il a fini par atterrir en prison. Idem pour ses deux camarades Abdou Sylla, qui s'arrachait avec le policier un sac de marchandises que l'agent comptait envoyer en fourrière et Omar Seck qui, plus téméraire, avait lui franchi le Rubicon en empoignant le policier en question pour l'obliger à lâcher sa marchandise.
Des écarts de conduite qualifiés d'impardonnables par l'agent de police qui a expliqué qu'il s'était toujours montré compréhensif vis-à-vis de ses antagonistes, en leur restituant plusieurs de leurs marchandises saisies.
À la barre, hier, l'agent de police a laissé entendre que si les mis en cause ont été attraits devant le juge pénal, c'est notamment parce qu'ils avaient poussé le bouchon trop loin. Toutefois, il a notifié au tribunal sa décision de se désister de sa constitution de partie civile. À sa suite, les trois marchands ambulants ont nié avec véhémence les faits retenus à leur encontre. À ce jeu, c'est Mame Thierno Dieng qui s'est le premier distingué en soutenant n'avoir jamais adressé la parole au policier. «Il a l'âge de mon père et je ne vais pas m'aventurer à lui dire que je vais le cogner», a-t-il soutenu. Il a été imité par ses deux co-prévenus qui ont tenté de battre en brèche les accusations du plaignant. C'est alors qu'un des assesseurs est sorti de sa réserve pour interpeller les prévenus en ces termes : «J'imagine que vous n'êtes pas les seuls marchands ambulants à Petersen ? Alors quel intérêt le police a-t-il de vous accuser gratuitement, si vous ne l'aviez vraiment pas offensé ?» Pour toute réponse, les trois mis en causes, tête baissée, ont gardé le silence.
Saluant d'emblée la grandeur d’esprit du policier qui s'est désisté de sa constitution de partie civile, malgré l'affront que lui ont fait subir les trois mis en cause, le parquet, au cours de son réquisitoire, s'est insurgé contre «la véritable crise d'autorité qui sévit dans le pays». Rappelant ainsi les cas de policiers ou gendarmes qui ont été malmenés dans la rue, le parquet a demandé au tribunal de retenir la culpabilité des mis en cause et de les condamner à une peine ferme de deux mois.
Estimant qu'il ne cautionne aucunement le comportement de ses clients qui doivent du respect aux hommes en tenue, l'avocat de la défense a sollicité la clémence du tribunal.
Condamnés à un mois ferme, Mame Thierno Dieng, Abdou Sylla et Omar Seck, dont les affaires vont certainement prendre un sacré coup, devront passer la fête de la Korité à la citadelle du silence.
Ndèye Anna NDIAYE
Source Le Populaire