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OPINION: Faut-il dissoudre l’Assemblée du 3 juin et disqualifier toute Opposition parlementaire à l’intérieur de celle-ci ?

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Introduction. Poser la question, c’est y répondre. Car, de toute évidence, et contrairement à l’idée reçue largement répandue en ce domaine, une partie on ne peut plus significative du peuple a voté pour les listes autres que celles du Sopi, créditées de près d’une vingtaine de députés, soit près de 12, 66 % des députés élus au Parlement du 3 juin, qui en compte 150. Dans les faits, cette émergence échappe aussi bien à la boulimie de la Coalition Sopi qu’au négativisme de l’Opposition boycotteuse, les deux mamelles de la stratégie d’Assemblée monocolore, pour des raisons, il est vrai, opposées.



Lorsque l’on sait que, sur le plan purement statistique, cette performance électorale équivaut en termes relatifs au score de MM. Idrissa Seck et Ousmane Tanor Dieng à la présidentielle, lesquelles évoluaient entre 13,5 et 15 %, il y a lieu de penser à bon droit que les listes autres que celle du Sopi avoisinent les résultats des candidats de l’Opposition les mieux placés à la présidentielle. Suffrages pour les listes autres que la Coalition Sopi qui font en pourcentage près de 7 fois le score de M. Bathily, près de 3 fois celui de M. Niasse, et près de 5 fois le score de M. Robert Sagna. Et ce, à un moment où la Coalition Sopi accusait une chute de près de 800 000 voix par rapport à la présidentielle. Cela veut dire, en d’autres termes, qu’il existait au-delà des chiffres et des taux, un fait qualitatif faiblement perçu jusqu’ici, lequel indique les termes d’un reclassement moléculaire en cours, qui souligne la désaffection de masses gigantesques d’électeurs de la Coalition Sopi et de l’Opposition boycotteuse au profit des listes du troisième type. De fait, le mouvement par lequel les masses ont montré leur dépit comprend deux aspects différents, mais articulés, donc solidaires : -1° une manière d’abstention (donc par la négative, quant au fond) et -2° une façon d’affirmation positive, c’est-à-dire le vote effectif en faveur des listes autres que celle de la Coalition Sopi. Phénomène qui correspond à un déplacement de voix de près de 1 300 000 électeurs, lesquelles, dans le même mouvement, s’éloignent vis-à-vis du Sopi pour 800 000 d’entres elles, d’un côté, tandis que de l’autre, un contingent respectable « boostait » les listes autres que le Sopi. (…). Y a-il meilleure façon de manifester le processus moléculaire de renouvellement de la classe politique ainsi que l’alternance générationnelle qui lui sert de mécanisme et de rampe de lancement, que ce mouvement dual qui, d’une part, sanctionne la Coalition Sopi du fait des hausses des prix et de la rétention des deniers de campagne, mais qui, d’autre part, mord à pleines dents l’arrière train de l’Opposition boycotteuse en fuite ?

I - Des députés du vote alternatif.

De toute évidence, il y a donc un esprit nouveau qui souffle sur le pays, quoiqu’en disent les détracteurs de la Nouvelle Assemblée. Et ce que les données électorales ont montré, la composition de l’Assemblée l’enseigne avec la même constance.

Il est vrai que ni le contrepoids parlementaire à venir ni l’identité de celle-ci, ne semblent avoir retenu l’attention de l’opinion. Sans doute, cette omission tient-elle en grande partie au mutisme des élites intellectuelles, en particulier les activistes de la société civile, les professeurs d’université ou les intellectuels des partis de l’Opposition comme du Pouvoir, qui, au fond, avaient soigneusement évité de se mouiller sur le plan proprement civique en appelant au vote citoyen, comme ils le font à chaque irritation sérieuse et légitime au reste - de leurs convictions ou de « l’intérêt national », - les citoyens à assumer leurs devoirs vis-à-vis de la Nation, c’est aussi parce que les analystes du quotidien, notamment ceux de la presse écrite et orale, avaient tôt fait de présenter ce contrepoids potentiel comme une excroissance plus ou moins illégitime de l’actuelle mouvance présidentielle, accusation contre laquelle les nouveaux parlementaires n’avaient pas, en retour, cherché à se défendre, ou si peu, à tel point qu’ils avaient donné l’impression de s’être introduits par effraction dans un jeu qui était réservé à d’autres.

Et pourtant, si on ne peut exclure aucune intentionnalité première (ou volonté de manipulation) de l’actuel pouvoir ni aucun calcul de sa part, à quoi il convient d’ajouter les hésitations multiples et diverses, voire le sentiment initial de culpabilité des nouveaux députés à assumer leur place de challengers de la majorité sortante dans une cotation défavorable de 97 contre 1, force est de constater que, la nature ayant horreur du vide, et le sociologique défiant les ruses de la Raison, le vote non sopiste, c’est-à-dire alternatif dans le cadre inédit des législatives du 3 juin 2007, s’était chargé d’un contenu original au fur et à mesure du déroulement même de la procédure. Moyennant quoi, et contre toute attente, les termes de l’alternative formelle de départ : soit une caution plate à la Coalition Sopi par des obligés, des complices ou des satellites, soit la trahison de la Démocratie par des petits partis sans envergure, furent renversés par l’émergence d’une dynamique citoyenne que personne n’avait prévue.

II - 19 députés sur 150, soit 12, 66 % ou 27, 04 % des suffrages exprimés ?

De prime abord, la taille du contrepoids parlementaire, sans préjuger de sa transformation en opposition législative, est de 19 députés soit un agrégat de 465 111 voix, soit 26, 75 % du nombre de votants et 27, 04 % du pourcentage des suffrages valablement exprimés, ce qui correspond à 12, 66 % des sièges du Parlement. En ayant plus du quart des suffrages exprimés, le contrepoids législatif au Sopi ou vote alternatif anti boycott et contre la Coalition Sopi, n’obtient que la moitié du pourcentage en nombre de députés, ce qui veut dire que la faiblesse de représentation en siège, qui est un effet du mode de scrutin, dissimule une force électorale respectable. Donc, dans le fond, ces députés sont mieux élus, au regard du nombre de Sénégalais qui se sont déplacés le jour du vote que ceux de la législature précédente. Plus de 28 000 voix (quotient électoral) contre 15 à 18 000 pour un député dans la législature qui commence en 2001. Si donc l’on part des suffrages exprimés, dans les conditions du boycott de ce que l’on a convenu d’appeler « l’opposition significative », non seulement l’Assemblée est on ne peut plus légitime et crédible, mais le contrepoids parlementaire l’est tout autant, et ceci de façon remarquable, du fait qu’elle pèse autant sinon plus que le PDS dans l’Assemblée législative issue des élections de février 1978. Partant, si l’on a voulu faire passer la nouvelle Assemblée pour non légitime et le nouveau contrepoids parlementaire pour insignifiant, c’est que l’on avait omis de mesurer le poids électoral de celui-ci, poids électoral qui est sérieux et crédible, sauf pour l’Opposition boycotteuse qui a fini de prendre la mesure de sa faute politique : la masse a doté le Parlement et le contrepoids parlementaire singulièrement, d’une assise populaire confortable autosuffisante. Et, quoiqu’à tous égards, la taille des suffrages exprimés ait chuté par rapport à la présidentielle du 25 février, cette baisse ne résulte pas du mouvement politique de la masse dont la progression démocratique et les réflexes citoyens se sont maintenus, mais de la pression exercée par le boycottisme des partis d’opposition, du dehors, sur le jeu démocratique, d’une part, et d’autre part, des effets dysfonctionnels de la crise interne de la Coalition Sopi, dont soit les votes-sanctions et les règlements de comptes, soit la rétention des deniers de campagne ou autre, sinon les hausses des prix et l’inquiétude sociale qui leur correspondent, avaient provoqué le retrait de la partie la plus exposée de l’électorat.

Tendance donc marquée au retrait des plus fragiles par abstention, dans le même temps où la partie la plus active se mobilisait contre vents et marées, et malgré les quasi-appels anarcho-émeutiers, les propos et démarches xénophobes des chefs de l’Opposition boycotteuse à l’endroit des « étrangers »-qui-traversent-les-frontières, sans parler des prétendus « non Sénégalais » (sic !) titulaires de cartes d’identité et de cartes électorales à Dakar et régions ( resic !), pour défendre les acquis démocratiques et institutionnels élaborés durant la période de 1974 à 2000, voilà la dialectique de la votation législative du 3 juin 2007.

Partant, si le système issu du Pacte fondateur de 1974 (Senghor, Wade, Majhemout et Me Boubacar Guèye) ne s’est pas effondré, selon le calcul de MM. Niasse, Bathily, Dansokho, Idy ( !) et Tanor ( ?), c’est parce que le noyau stratégique de la démocratie avait résisté, selon toute apparence de manière vaillante, et surmonté l’offensive contre le cours démocratique malgré les limitations et les défigurations provenant de l’ex-Front pour l’Alternance au Pouvoir ( FAL), cependant que le surcroît de votants (les nouveaux inscrits de la veille de l’Alternance comme les nouvelles cohortes de la période euphorique de 2000 à 2003), soit la frange de l’électorat non encore aguerrie qui avait accompagné l’Alternance mais ne l’avait pas incubée sur près de 25 ou 30 ans (entre les années 70 et février 2000). Si cette partie de l’électorat, i.e. cette nouvelle couvaison résultant de l’expérience récente, est de toute évidence plus réactive et plus sensible aux aléas de la conjoncture (hausses, pénuries, crise scolaire, etc.), c’est qu’elle est fragilisée par la progression de la précarité, donc moins armée sur le plan politique, idéologique et à celui de la citoyenneté, concernant les principes de l’Etat, la raison en est qu’elle n’avait pas vécu directement les expériences douloureuses et les sacrifices dont résulte le système actuel, et qu’elle est donc plus encline a décrocher dès les premières déceptions électorales, en guise de protestation contre les désamours politiques et les vexations sociales, le harcèlement de la bourse par la valse des prix, le chômage des jeunes qui prennent la mer. Déboussolée par l’abandon moral des jeunes et la souffrance des plus vieux, secouée par la misère sociale des quartiers populaires et l’absence de perspectives pour les plus jeunes, cette frange de l’électorat qui résulte de la refonte totale du fichier, est sociologiquement s’est de fait surajoutée à l’ancien électorat qui a fait l’Alternance, mais elle reste moins aguerrie et moins tenace que celle-ci. Qui plus est, ce n’est pas un électorat fidélisé par l’un quelconque des partis ou coalitions en lice, mais des néo-votants, qui n’ayant pas connu les combats pour conquérir la démocratie ne savent pas quand il convient de la défendre et contre qui, mais seulement réagir par lassitude ou par réflexe, passion négative ou enthousiasme excessif aux désagréments et aux inconvénients par l’abstention ou le radicalisme en tous genres, l’idéologisme, les stratégies individuelles, etc. Cette frange n’est pas le foyer de la démocratie, mais sa flamme au sens strict, qui peut faiblir ou s’évanouir sans entamer l’âtre ardent qui maintient la chaleur et peut exploser à tout moment.

(Suite dans notre prochaine édition)
Malick Ndiaye
Source: Sud Quotidien

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Jeudi 21 Juin 2007


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