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Moustapha MBAAYE : ‘Je reçois presque chaque jour des demandes en mariage’

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Moustapha MBAAYE : ‘Je reçois presque chaque jour des demandes en mariage’
C’est un homme au cœur léger qui ne peut pas dire deux mots sur le Prophète sans éponger des larmes. Le Moustapha Mbaaye que l’on a rencontré hier dans son bureau à l’Asecna n’a rien du troubadour qui fait drainer les foules et chavirer les cœurs des femmes mûres. Il est peu disert, et cherche ses mots. A 53 ans, (il est né le 21 Févier 1954 à Mékhé dans la région de Thiès), ce griot attitré du Prophète de l’Islam, est devenu une véritable icône dans l’univers des chants religieux. Son duo avec Youssou Ndour a renforcé sa cote de popularité. Rencontre avec un homme qui exerce son art la nuit et vit sa passion le jour.

Une vocation héréditaire
‘Depuis des années, je chante les louanges du Prophète. Ce qui me vaut le surnom de griot du Prophète. C’est quelque chose que j’ai hérité de mon père qui, toute sa vie durant, n’a fait que ça. Donc quand j’ai voulu chanter, je me suis lancé sur cette voie. Mon père était un chanteur et admirateur du Prophète. Je l’ai connu assez bien. Puisque à sa disparition, je devais avoir une quinzaine d’années. Il avait une très belle voix. J’ai peut-être hérité de sa voix. Mais il chantait mieux que moi. Il était le griot de Moustapha Sy Djamil à Fass. Ma mère Adja Fatou Mbaaye chantait aussi les louanges du prophète (Gagné par l’émotion, il fond en larmes). Dans les cérémonies familiales, elle disait toujours qu’elle n’a qu’un seul noble (Guèere en Wolof), c’est le prophète. Toute sa vie, elle n’a chanté que pour le prophète. Ma mère m’a encouragé à continuer dans la chanson. Et d’ailleurs, mes parents ont respecté mon choix. Cela relevait de la volonté de Dieu. Nous sommes deux chanteurs dans la famille : ma grande sœur Aminata Sy Mbaaye, qui accompagnait ma mère dans les cérémonies, et moi-même. Les autres ne savent pas chanter et ils sont pour la plupart des émigrés. Chanter et avoir une bonne voix relèvent du don divin. C’est un trésor, une richesse qui fait courir beaucoup de chanteurs.’

Jeunesse à Dakar

‘Je suis né à Mékhé dans la région de Thiès. Je suis venu à Dakar à l’âge de sept ans après avoir terminé l’école coranique. J’habitais à Niary Tally chez ma mère. Quand j’étais jeune, je chantais dans les kassack (cérémonies nocturnes pour nouveaux circoncis). Je suis l’un des premiers à conduire un ‘Ciao’ (un engin vélomoteur) à Dakar. Je m’habillais de façon très élégante. On me surnommait d’ailleurs le ‘Pélican’. J’ai fait tout ce qu’un jeune de Dakar a dû faire dans sa jeunesse. Aller en boîte, jouer au foot, etc. Je fus un grand avant-centre. J’étais très doué au ballon. Je jouais les matches de rues.’

Refus du folklore et du showbiz

‘Je n’ai jamais voulu chanter dans les orchestres. Je me limitais dans les kassack avec feu Doudou Sow, Mor Dior Seck à la Médina. Quelques années plus tard, ils sont partis rejoindre les orchestres. Moi, j’ai continué à chanter les louanges du Prophète. Et, c’est par la suite que j’ai commencé à fréquenter un Dahira de la Médina, qui s’appelait Sope Nabi. C’est là que j’ai commencé ma carrière. Beaucoup d’orchestres m’ont sollicité, mais je me suis toujours refusé à travailler dans le folklore ou le showbiz. Pendant ma formation militaire, j’ai voulu intégrer l’orchestre des Forces armées. Mais ma mère s’y est opposée, elle m’a pas conseillé de continuer à chanter le Prophète. L’essentiel, c’est que dans tout ce qu’un homme fait qu’il soit sincère et véridique. Si tu chantes les louanges du Prophète pendant un an, sans qu’il ait de changement dans ta vie, c’est parce qu’il y a des problèmes ou que tu n’es pas sincère dans ce que tu fais.’

Profond amour pour le Prophète

‘Je pleure à chaque fois que je parle du Prophète. C’est plus fort que moi, ça me dépasse. Même avant de faire mes enregistrements en studio, je dois m’isoler quelque part seul, pleurer à chaudes larmes jusqu’à ce que je retrouve mes esprits. Mais tout le monde n’a pas la chance d’éprouver un si profond amour pour le Prophète. Il occupe une grande place dans mon cœur. Chaque année, avant le pèlerinage à la Mecque, je prends mes vaccins et j’attends que le Prophète m’envoie un billet d’avion par l’intermédiaire d’un de ses bienfaiteurs. Il me suffit de lui tendre la main pour que mes vœux soient exaucés. Je suis allé cinq fois à la Mecque. Et à chaque fois, me retrouver devant le Mausolée du Prophète a été un moment très fort. Je lui dis : ‘C’est donc toi qui est couché ici. Toi qui me fais chanter. Voici ton griot, je suis de retour. Toute ma vie durant, je vais continuer à chanter tes louanges (Pleurs).’ Même sur la plaque arrière de mon véhicule, il est écrit Sope Nabi (J’adore le prophète). Je n’ai jamais eu de souci dans la circulation parce que tout le monde aime le prophète.’.

Un fans club très spécial

‘Les fans, je les rencontre partout. Les femmes sont les plus nombreuses. Un journal de la place m’avait d’ailleurs surnommé ‘Moustapha Mbaaye l’ami des Drianké’. Heureusement que mes femmes sont très compréhensives. Ma première épouse est une cousine à moi, et la deuxième est également une proche parente. De toutes les façons, je suis un homme qui doit avoir plusieurs épouses. J’en avais trois, j’ai divorcé de la troisième. Presque chaque jour que Dieu fait je reçois des demandes en mariage de la part des admiratrices, partout où je vais, au Sénégal où à l’étranger. Elles me témoignent tout le temps leur affection. Je comprends leurs attitudes. Ce n’est pas la personne de Moustapha Mbaaye qui les attire en tant que telle, mais, c’est leur amour pour le Prophète. C’est pourquoi quand je reçois des déclarations de ce genre, je reste très serein. Et je fais tout pour ne pas rejeter ou frustrer les femmes qui viennent vers moi. Elles n’expriment que leur amour pour le Prophète. Je comprends que mes femmes puissent quelques fois être jalouses. Moi, je vais chanter partout, il est normal que j’aie beaucoup d’admiratrices.’

Source d’inspiration

‘Je crée mes propres chansons en m’inspirant parfois des écrits des différents chefs religieux. Ceci pour rendre hommage à toutes les confréries du Sénégal. Ce qui fait ma particularité, c’est que je sais chanter pour tout le monde, et pour n’importe quel groupe religieux.’

Parcours scolaire et professionnel

‘Je suis allé jusqu’en classe de troisième secondaire. Je n’ai pas réussi au Dfem. J’ai été retenu à l’oral. Après, j’ai suivi une formation de trois ans au Lycée Maurice Delafosse de Dakar. J’ai fait trois ans dans l’Armée. C’est par la suite, que j’ai été embauché à l’Asecna. Pourtant, les gens ne s’imaginent jamais que j’ai un travail en dehors des chants religieux. J’ai d’abord intégré les services de transit de l’Asecna où j’ai fait 25 ans avant d’être affecté depuis quelques temps à la Médiathèque. Malgré mes nombreuses absences, je n’ai jamais eu de problème au travail, parce que mes supérieurs me comprennent.’

Passage dans l’Armée

‘Je suis resté trois ans dans l’Armée. J’ai d’abord fait deux ans, ce qu’on appelle (dans le jargo militaire) ‘Pendant la durée légale’ (Pdl). C’était en 1974. On recevait un salaire de 1 570 francs Cfa. Si, après les deux ans, tu te réengages, tu perçois 14 mille francs. Je me suis rengagé pour un an seulement. Ce qui me fait une durée de trois ans dans l’Armée. Je me suis engagé sous les drapeaux pour continuer ma formation d’homme. J’ai intégré l’Armée en 1974. Mon numéro de matricule est le 74–03. Quand tu es dans l’Armée, tu apprends beaucoup de choses qu’un homme peut rencontrer dans la vie, la prison, les conditions difficiles, etc. On dit qu’ ’un ordre s’exécute sans hésitation ni murmure. La réclamation n’est permise au subordonné que lorsqu’il a obéi’, qui n’a pas fait l’Armée ne peut pas connaître cela. C’est une grande école de la vie, qui te forge et te prépare à faire face à toutes les difficultés. J’ai fait trois mois à Dakhar- Bango et trois mois à Kaolack avant de rejoindre le camp Archinard à Ouakam où j’officiais en tant que standardiste. J’étais préposé à la transmission. Le poste que j’occupais quand j’ai été affecté en Casamance.

Entre Armée et Dahira

‘Quand j’étais dans l’Armée surtout, lors de mon séjour à Kaolack, il m’arrivait très souvent de sortir des casernes avec un de mes classes, feu Pape Amadou Mboup dit ‘Ted’, un oncle maternel de Youssou Ndour. Nous faisions des kilomètres à l’époque pour chercher des Dahira. Car l’envie de chanter le prophète nous prenait si fort. Bien sûr nos sorties n’étaient pas connues de notre hiérarchie. D’ailleurs lors d’une soirée, il s’est trouvé que le Dahira, où nous chantions, se tenait juste devant le domicile de notre Commandant d’unité. Il nous a religieusement écouté chanter. Et le lendemain, à la caserne, il m’a fait sortir des rangs. Je me suis retrouvé devant lui, craignant une punition. A ma grande surprise, le commandant me lança : ‘Mbaaye, c’est toi que j’ai entendu chanter hier nuit ’. Je lui répondis ‘Oui’. Il me dit alors : ‘Vous avez une très belle voix’. Parfois je sortais même avec ma tenue pour aller dans les Dahira. Dans l’Armée, je ne mangeais pas avec le reste de la troupe. J’étais souvent invité chez mes supérieurs qui m’admiraient pour mes louanges au Prophète. Au bout de trois ans, j’ai quitté l’Armée, parce que la vie des casernes n’était pas compatible avec les Dahira.’

Collaboration avec Youssou Ndour

‘Je connais Youssou Ndour depuis sa tendre enfance, nous habitions le même quartier à la Médina à la rue 22. Comme je l’ai dit plus haut, son oncle Pape Amadou Mboup ‘Ted’ fut un de mes compagnons dans l’Armée. C’était mon meilleur ami, il est décédé il y a quelques années de cela. Ce fut un grand honneur pour moi d’être choisi par Youssou Ndour pour l’accompagner dans la chanson qu’il a dédiée au prophète Yonente. Le fait qu’il ait porté son choix sur moi, m’a fait un énorme plaisir. Quand on a chanté devant le souverain du Maroc Mohamed VI, il était tellement ému. Le lendemain, il nous a remis chacun une montre en or d’une valeur de 10 millions par l’intermédiaire de son ambassadeur à Dakar. La collaboration avec Youssou Ndour a été d’un grand apport pour moi. Elle a augmenté mon prestige, en me faisant connaître dans le monde entier. Je n’ai pas signé de contrat avec Youssou Ndour. Mais, je compte l’inviter pour mon prochain album. L’argent n’a pas d’importance pour moi. Le fait de chanter les louanges du Prophète me comble de bonheur.’

Honneurs et désagréments…

‘Le plus grand honneur qui me soit fait, c’est qu’à chaque fois qu’une personne ne voit, elle pense au Prophète. Quand je sors dans la rue, les gens me montrent du doigt en disant : Yaalène Gueune (‘Vous êtez le meilleur d’entre les hommes, en référence à un des attributs du Prophète’). Très souvent, quelqu’un m’appelle pour me dire d’aller chercher des habits dans une boutique en guise de hadiya, (cadeau fait au nom du Prophète). Et tout dernièrement, une dame d’un âge très avancé, s’est déplacée jusque chez moi pour m’offrir une étoffe de tissu. C’est une dame qui m’a seulement connu à travers les radios, et qui a tenu, malgré son âge, à venir jusque chez moi pour me témoigner son affection. C’est un geste qui m’a beaucoup touché. Mais une fois, au cours d’une soirée religieuse à Thiès, j’étais en pleine envolée dans mes louanges sur le Prophète quand un homme surgit de la foule pour me donner un coup de poing sur la poitrine. Le coup était tellement violent qu’il aurait pu me coûter la vie parce que j’étais essoufflé. C’était pourtant un admirateur qui a été touché par mes paroles sur le Prophète. Les gens manifestent leur sensibilité de différentes manières. Et depuis lors je prends mes gardes.’

Cachet prestations

‘Je ne fixe pas de cachet. Je peux me retrouver avec n’importe quel genre de présents, quand j’anime une soirée religieuse, comme un billet pour le pèlerinage à la Mecque. Chanter les louanges du Prophète peut tout m’offrir dans la vie. Mais pour les cérémonies de retour à la Mecque, on me propose généralement 200 mille francs, sans compter les largesses et autres cadeaux qui peuvent m’être offerts au cours de mes prestations.’

Ramadan et Pèlerinage : La période de traite

‘Je suis allé récemment à Paris animer une conférence religieuse pour deux jours. Pendant le Ramadan, j'ai un calendrier surchargé. Je suis tout le temps sollicité. ll ne se passe pas un week-end où je ne reçois pas d’invitation. L’autre grande période, c’est la période des pèlerinages, avant et après. Je prends toujours le dernier vol pour la Mecque, car je dois animer les cérémonies de départ des pèlerins. Et au retour je prends toujours le premier vol pour Dakar, parce que je dois animer les cérémonies de réception. L’année dernière, les pèlerins, eux-mêmes, ont intercédé auprès du commissaire général au Pèlerinage pour que je sois dans le premier vol sur Dakar. Ils veulent que je sois présent pour animer leurs fêtes de retour de la Mecque. Je suis tellement sollicité pendant ces périodes que je suis obligé de cumuler plusieurs conférences dans une même soirée.’

Ndongo Lô

‘C’étais un jeune frère pour moi. Il faisait partie de mon Dahira. Il a chanté avec moi sur ma première cassette Djamilou laye. Il aurait pu aller très loin dans la musique. Nous sommes allés un peu partout au Sénégal animer dans des cérémonies religieuses. Mais Dieu en a décidé autrement.’

Ce que je dirais à Wade…

‘Je milite pour le parti de marabout Serigne Modou Kara Mbacké (Pvd). Mais j’ai beaucoup d’amis parmi les hommes politiques. Pape Diop, le maire de Dakar et Awa Diop m’ont offert chacun un billet pour La Mecque. Idrissa Seck également m’apprécie beaucoup, c’est un grand admirateur du Prophète. Mais celui que je veux rencontrer, c’est le président Wade. J’ai tellement de doléances à lui soumettre. Je voudrais, par exemple, faire partie de la commission qui s'occupe du pèlerinage. Quelqu’un dont la vie est si liée au Prophète doit pouvoir faire le pèlerinage tous les ans. L’autre chose, c’est qu’il me facilite l’obtention des titres de voyages dans les ambassades. J’éprouve d’énormes difficultés à obtenir un visa.’

Propos recueillis par Paule Kadja TRAORE & Abdou Rahmane MBENGUE
Source: Walfadjri

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Jeudi 4 Octobre 2007

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