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Mort naturelle ou bavure policière ? : La famille de Lamine Dieng exige que la lumière soit faite

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Bavure policière ou non assistance à une personne en danger, ou encore mort naturelle ? Les supputations vont bon train dans le vingtième arrondissement de Paris où est décédé Lamine Dieng dans des conditions que la famille de la victime considèrent comme floues. Et pour avoir la vérité sur cette affaire, elle a organisé une procession silencieuse qui a regroupé plus d’un millier de personnes.



(Correspondant permanent à Paris) - Hier, une marche silencieuse qui a mobilisé un millier de personnes a été organisée pour exiger plus de précisions sur les circonstances du décès de Lamine Dieng. Parents, amis, sympathisants ont battu le macadam pour interpeller les autorités françaises. Sur les pancartes, on pouvait lire : ‘Appel à témoin’, ‘Repose en paix’, ‘Justice, vérité’, ‘Respect, dignité’. Les parents avaient les larmes aux yeux et les proches la mine triste. La procession silencieuse a pris départ au domicile de la victime situé sur la rue des Amandiers, dans le XXe arrondissement de Paris, jusqu’à l’hôtel où est décédé Lamine Dieng, un Franco-Sénégalais âgé de 25 ans seulement.
Tout est parti d’une dispute avec sa copine dans cet hôtel du XXe arrondissement. La copine de la victime se rendit à la police pour déposer certainement une plainte contre son copain. Ayant recueilli la déposition de la jeune fille, les agents de police, interpellés également par les résidents de l’hôtel, apparemment dérangés par le bruit occasionné par la dispute, arrivent sur les lieux pour interpeller Lamine Dieng. ‘Quand ils sont arrivés, mon frère était caché sous une voiture. Ils l’ont fait sortir de force. Une fois sorti, il a été difficile à maîtriser parce que c’est quelqu’un qui a un physique imposant’, raconte Ramata Dieng, sœur de la victime, qui dit tenir ces informations du commissaire en chef de l’Inspection générale de la police des polices. A l’en croire, les agents de la police ont dû employer ‘la force nécessaire pour arriver à neutraliser’ son frère Lamine Dieng. Alors une fois neutralisé, ils l’ont fait monter dans la fourgonnette. ‘C’est en ce moment qu’il s'est effondré, victime d’un malaise. Ils l’ont ressorti de la fourgonnette pour essayer de le réanimer, mais ils n’y sont pas parvenus. Ils ont appelé les pompiers, mais c’était trop tard. Il était déjà décédé’, explique la jeune dame avec une gorge nouée et les yeux rouges. Avant de poursuivre, malgré tout : ‘D’après le commissaire de l’Igs qui s’appuie sur l’autopsie, il est décédé à 4 h 30 du matin. Son corps a été amené à la morgue le dimanche 17 juin à 9 h du matin.’ Une mort naturelle, selon les policiers.

Mais, ce qui intrigue la famille du défunt, ce sont les circonstances du décès et le retard de la police à informer du décès de leur fils. Pour Ramata Dieng, qui fait office de porte-parole, ‘la famille a été prévenue le lundi 18 juin à 17 h 30. Nous n’avons vu le corps que le mardi 19 juin à 14 h’. La porte-parole estime que ‘tout cela paraît flou à la famille’. ‘Il y a trop d’incohérences. Je ne comprends pas qu’on ne soit prévenu que trente-six heures après les faits. Je pense qu’on pouvait nous aviser plus tôt’, renchérit-elle. Alors, les parents de la victime aimeraient avoir ‘des explications, des précisions sur pourquoi tout cela s’est passé comme cela’. ‘Nous ne pensons pas que tout cela soit normal’, soutient Ramata Dieng.

Mais, d’après le résumé fait par le commissaire rapporté par la sœur de la victime, le jeune franco-sénégalais est ‘mort de crise cardiaque’. Pourtant la famille affirme que leur fils n’a pas de problème de santé. ‘Mon frère n’a jamais eu de problèmes cardiaques. Il était en parfaite santé’, martèle sa sœur. D’après toujours la police, le bonhomme avait pris de la drogue et était en ‘overdose’. Là encore, la famille rejette en bloc : ‘On nous a parlé de drogue, que mon frère était atteint d’une overdose, cela me semble difficilement crédible. Mais admettons cela. S’il était en overdose, tout le monde sait qu’il y a des signes avant coureurs. Alors, ils avaient le temps d’intervenir, de le secourir, de lui prodiguer les premiers soins. Nous attendons d’avoir accès au dossier pour voir le rapport de police, le rapport d’autopsie. A ma connaissance, il ne prenait pas de drogue’.

Pour en avoir le cœur net, en plus de la lumière qu’elle exige sur cette affaire, la famille Dieng a porté plainte contre X. Et ‘nous attendons qu’une instruction soit ouverte afin d’avoir, nous aussi, accès au dossier et avoir des éléments d’explication plus plausibles’. Une plainte qui vise, aussi, à ‘savoir exactement comment mon frère a pu monter dans le fourgon vivant et en ressortir mort’, avise Ramata Dieng.

Parmi les manifestants, il y avait Mouloud Aounit, secrétaire général du Mouvement contre le racisme et pour le rapprochement entre les peuples (Mrap). Il estime que le dossier renferme ‘d’immenses zones d’ombre’. ‘La première, c’est pourquoi la famille n’a été prévenue que quatre-huit heures après le décès et pas par la police, mais par la Police des polices ? La deuxième chose, c’est comment se fait-il que Lamine Dieng soit entré vivant dans le fourgon de la police et en soit sorti mort ? Pourquoi la police n’a pas créé les meilleures conditions pour le mettre dans le fourgon et l’amener à l’hôpital et non le laisser sur le trottoir pendant près de trois heures ?’, s’interroge le patron du Mrap. Pour lui, il y a aujourd’hui ‘une zone d’ombre extrêmement trouble qui nous amène à croire, avec la précaution de ce que l’enquête va apporter, à une bavure ou au moins à une non-assistance à personne en danger’. Il trouve que les informations fournies à la famille de la victime sont ‘contradictoires’. D’où le soutien qu’il compte apporter à celle-ci. ‘Je peux vous dire que dès lundi (aujourd’hui, Ndlr) matin, j’écris au ministre de l'Intérieur comme au ministre de la Justice pour demander à être reçu avec la famille et avoir des précisions sur cette affaire. Nous allons aider la famille au plan judiciaire, mais en même temps, et c’est le sens de la marche d’aujourd’hui (hier, Ndlr), il faut qu’il y ait une mobilisation citoyenne pour exiger justice et vérité’, avance Mouloud Aounit.

De son côté, Fodé Sylla, ancien président de Sos Racisme, pense que ‘les conditions dans lesquelles est décédé Lamine Dieng sont plus que suspectes.

Les délais qui ont été mis, avant de prévenir la famille, posent énormément d’interrogations’. Avant d’en appeler au président Sarkozy pour que la lumière soit faite sur cette affaire afin de permettre à la famille de faire son deuil.

Moustapha BARRY
Source: Walfadji

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Lundi 25 Juin 2007


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