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Mbaye Jacques Diop ''Je suis allé chez Abdoulaye Wade quand il n'avait rien''

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Il est l'image de ces vieux chasseurs alertes qui conservent toujours la flèche fatale pour venir à bout de leur proie. Mbaye Jacque Diop, le dinosaure socialiste " fidèle" à son ancien mentor Léopold Sédar Senghor, en brouille avec son ancien parti, le Ps qu'il a quitté à la veille du second tour de la présidentielle de 2000 après plus de 40 années de militantisme,vogue désormais dans les eaux troubles du Pds. Narcissique invétéré, sûr de ses "performances", "l'éternel" jeune homme dont la chevelure noire, malgré son âge avancé, refuse encore de subir les soubresauts du temps, replonge dans son passé et déroule le roman fleuve de sa vie. Dans son salon cossu ou il nous reçoit à Rufisque, l'actuel président du Conseil de la République, fils unique du côté de sa mère, passe en revue son enfance, ses années de militantisme, sa vie de jeune rebelle à l'époque coloniale, ses nouvelles fonctions dans l'appareil d'Etat, ses amours , ses convictions,"loin" de tout système libéral.



Mbaye Jacques Diop ''Je suis allé chez Abdoulaye Wade quand il n'avait rien''
Nous vous avons trouvé en compagnie d'un chanteur et d'un lutteur. Etes-vous passionné par la lutte ?

Je suis né dans cette ville, dans ce quartier et mieux dans cette maison ( la maison de son père au quartier Thiawlène). Je ne suis pas né à l'hôpital ni dans une clinique mais dans cette maison. A cette époque, c'était des mères de famille expérimentées qui aidaient les autres à accoucher. C'est pourquoi, je suis attaché à cette terre, à cette maison où est née ma mère, où j'ai mes racines. C'est une terre de travailleurs, de courage, d'abnégation, de dignité. C'est une ville où les gens de ma génération ont très tôt connu la mer qui se trouve à 200 mètres. Nous avons également connu les mbapatt et donc la lutte, des champions de lutte comme Sengane Guèye qui est de Rufisque, qui est un de mes aînés, qui passe me voir et que j'ai fait décorer par le président de la République. Mais également Bécaye Guèye numéro 1 et Bécaye Guèye numéro 2, Mbaye Dia de Diandère, Falang Ndiaye, Gamou Guèye de Diokoul, Mot Diakhaté. Donc vous êtes ici avec moi sur une terre (Rufisque) où les gens sont habitués à la lutte et qui l'aiment bien comme sport à la fois de défense, d'auto défense mais aussi comme sport agréable. Il y avait un moment où c'était la lutte sans frappe. C'est sûrement pourquoi vous m'avez trouvé avec Balla Bèye«Baboye». J'aime également la boxe comme sport et je suis le président d'honneur de la Fédération sénégalaise de boxe.

Avez-vous déjà pratiqué de la boxe ?

Oui, un peu.

Cela vous a-t-il rapporté de trophée ?

Non (il se répète) pas de trophée. Cela m'a permis de me défendre. C'est tout et c'est important, hein !

Pourtant vous avez le physique pour être un grand champion de boxe ?

Oui, mais je n'ai pas voulu être champion de boxe mais plutôt champion dans le savoir. J'ai voulu lire beaucoup, j'ai voulu apprendre, j'ai voulu aller loin parce que je suis enfant unique. J'ai fait de la lutte et de la boxe parce qu'il fallait que je me défende.

Vous aimez la lutte comme la boxe peut-on en déduire que vous êtes de tempérament violent ?

Non (il se répète). Mais attention, on se trompe souvent avec ces sports de combat. Ce sont des sports qui vous disciplinent, qui vous font acquérir la maîtrise de vous-­même. Vous n'êtes ni nerveux ni anxieux ni fougueux parce que ce sont des sports qui vous permettent de vous aguerrir. La boxe rend quelquefois humble parce vous savez qu'en face de vous, vous avez quelqu'un d'autre qui peut vous terrasser à tout moment. Ça ne fait de vous ni un vaniteux, ni un orgueilleux. Et c'est cela justement la noblesse de ces sports de combat, différents des sports d'équipe.

Vous avez préféré que l'interview se fasse à votre domicile de Rufisque et non à Dakar. Au-delà du fait d'y être né, quel symbolisme renferme cette demeure ?

Je suis né ici, je le répète encore. J'ai grandi ici, j'ai eu ici des succès scolaires.

Allez-y, parlez-nous dans les détails de tout cela. Vous êtes né dans cette maison en quelle année ? Qui sont vos parents ? Quels succès scolaires avez-vous eus ?

Une femme ne donne jamais son âge. Une vedette aussi ne donne pas son âge. (Rires)

Vous n'êtes ni une femme ni une vedette. Pourquoi cachez-vous votre âge ?

Mais vous me donnez quel âge vous (Rires) ? Donnez-moi un âge.

Disons 65 ans ?

Alors, vous voyez. Comme disait l'autre, j'ai l'âge de mes artères. Et comme mes artères se portent bien, j'ai l'âge d'un jeune homme. Je ne vous en dirai pas plus.

Et si nous vous donnons 80 ans ?

C'est à vous de les assumer mais quand on me voit marcher, on sait que je n'ai pas 80 ans encore. Mais je souhaite les dépasser. Mon père est mort à 102 ans. Et, hier, vendredi, quand je suis allé voir le Khalife, Serigne Saliou, j'étais allé l'informer que je venais d'être élu à la tête de l'Union des Conseils économiques et sociaux francophones. C'est un honneur qui rejaillit sur le Sénégal, son Président, sur toute la communauté sénégalaise. Serigne Saliou, après s'en être réjoui et prié pour nous tous qui étions là-bas, a dit, en wolof, par la voix Serigne Makhtar Diakhaté : "Venant de Mbaye, cela ne me surprend pas. Son père a été un compagnon de Serigne Touba. Et lorsque je voulais des éclaircissements par rapport à un point se rapportant à Serigne Touba, c'est à son père que je m'adressais." Donc je m'honore d'être mouride aujourd'hui non par adhésion mais par naissance. Je suis né mouride.

Mais où est le lien. Pourquoi avez-vous senti le besoin de clamer votre appartenance mouride ?

Non (il le répète plusieurs fois), c'est un concours de circonstances. Si vous étiez venu il y a cinq jours, je ne vous en aurais pas parlé puisque cela s'est passé hier. Ensuite, il y a un mois, je n'étais pas président de l'Union des Conseils économiques et sociaux francophones. Ce sont donc des informations qui sont venues au moment où vous êtes vous-­mêmes venus me voir. Et moi je dis que je suis né mouride comme d'autres sont nés tijane.

La question se pose dans la mesure où de plus en plus on parle de mourides de l'Alternance, de mourides de circonstances ?

Moi, aujourd'hui, je veux vous le dire de vive voix : je suis en fin de carrière. Donc, je ne suis plus candidat, je ne suis plus en compétition ou en situation de compéti­tion. Dès lors, je n'ai plus ces préoccupa­tions-là. Je n'ai plus de plan de carrière. J'ai fait ce que j'avais à faire (il se répète), à la fois pour mon pays, pour mes enfants et pour moi-même.Et, si demain, Dieu fait que ma vie s'arrête, je serai heureux d'avoir accompli quelque chose pour mon pays et pour moi-même.

Nous allons revenir sur votre enfance et vos succès scolaires ?

Je disais donc que si j étais amoureux du livre, c'est parce que je suis enfant unique du côté de ma mère. Et cette dernière me disait " ben beugne day weex ". Cela veut dire qu'il fallait réussir, qu'il fallait travailler et que l'effort devait accompagner tout ce que je faisais. Quand nous faisions le concours d'entrée en sixième en 1948-­1949, dans le département de Rufisque, nous étions trois admis sur onze. Ce n'est plus comme maintenant où ce sont des centaines, des milliers. A l'époque, il n'y avait que deux lycées au Sénégal : le lycée Faidherbe à Saint-Louis et le lycée Van Vo à Dakar. Il y avait deux collèges : le collège Blanchot à Saint-Louis et le collège Maurice Delafosse à Dakar au 15, Rue Carnot. Et à la Rue Thiers à côté, il y avait le Collège des jeunes filles qui a formé de très grandes dames parce qu'à l'époque, les fonctions les plus importantes, c'était sage-femme ou institutrice. Cette époque était également l'époque de l'assimilation, nous voulions être comme les Blancs. Il fallait avoir une certaine dose d'éthique, de formation ...Non, je ne dirais pas de formation mais une certaine conscience politique pour prendre conscience que nous étions dans une situation de colonisés. Quand j'étais en 5e, Maurice Guèye à l'époque maire de Rufisque, un grand monsieur, m'avait confié la tâche de mettre sur pied la bibliothèque municipale. Je n'ai aucune connaissance particulière comme bibliothécaire ou documentaliste mais à l'époque, quelqu'un qui avait fait la 5e secondaire, avait un bon niveau d'instruction. Je ne dis pas que ce n'est pas le cas aujourd'hui mais tout le monde reconnaît maintenant que le niveau de l'enseignement a baissé. Mieux que ça, si on revient un peu en arrière, en Cm2, ici à Rufisque, il y avait Maurel & Prom, Nosoco, la Cfao, qui étaient de grandes maisons de commerce et qui cherchaient des commis, parmi les jeunes gens qui étaient en Cml et en Cm2. Et quand j'ai eu le Cep, j' ai été immédiatement recruté. Cela m'a beaucoup aidé parce que ça m'a mis en contact, très tôt, avec les livres. J'ai eu à la fois l'ouverture d'esprit et la curiosité intellectuelle de lire. Dans ma génération je suis celui qui, peut-être ou en tout cas, parmi ceux qui ont très tôt côtoyé et aimé les livres. Or pour se cultiver, il faut aimer les livres. En 1952, j'ai rencontré Senghor non pas physiquement mais par les livres. J'ai rencontré Senghor en installant cette bibliothèque municipale et en lisant Anthologie des poètes nègres et malgache, de Léopold Sédar Senghor, préfacé par Jean­Paul Sartre. A 15 ans, lire Sartre n'est pas donné à n'importe qui. A 15 ans, mémoriser les plus grands poètes nègres n'était pas aisé aussi. C'est ce que Maurice Guèye m'a apporté en me demandant d'installer cette bibliothèque municipale. Ce goût de la lecture, cette soif de savoir, cette quête intellectuelle, ont fait de moi très tôt quelqu'un qui savait écrire et on faisait passer mes devoirs de français de classe en classe que ce soit en 6e, 5e, 4e, etc. J'usqu'à présent, mes collaborateurs sont là pour savoir que je suis très rigoureux. Et cela est la suite logique d'une très longue formation. Léopold Sédar Senghor, dont j'ai été également le chargé de mission, m'a aussi aidé non seulement dans la formulation de la pensée mais aussi dans cette rigueur intellectuelle de l'écriture. Je vous ai dit que j'étais enfant unique et cela a fait que j'ai travaillé pendant les vacances au laboratoire de la Sococim comme aide laborantin. Moi-même je travaillais pour être à l'aise mais également pour le goût de l'effort dont je vous parlais tout à l'heure avec ma mère. Donc je travaillais à la Sococim pour que personne ne me vienne en aide. Mon père, ma mère, mes parents les plus éloignés ou les plus proches, à partir de 13 ans, personne ne s'est plus occupé de moi financièrement. Je me suis moi-même assumé. La raison, c'est qu'à 13 ans, j'ai eu mon entrée en sixième, et au collège, on a eu une bourse de 4 mille francs par mois. On était habillé : deux shorts, deux pantalons, deux chemises manches courtes, deux de manches longues, des chaussures de sport. Les garçons de l'époque étaient admirés par les filles parce que nous nous habillions très bien, nous étions propres. Déjà, nous avions le sens de l'hygiène corporelle : se laver les mains, être propre, avoir des cheveux bien entretenus. C'est pourquoi je garde d'ailleurs encore... (il ne termine pas sa phrase). Ceux qui veulent se raser la tête le fassent, moi, je ne me rase pas la tête, j'ai mes cheveux.

Combien gagniez-vous quand vous travailliez à la Sococim ?

A la Sococim, nous étions payés à la quinzaine. Nous avions l'équivalent de 7 mille franc environ. Nous avions globalement 15 mille francs par mois. On travaillait dur: de 6 heures du matin à 14heures et de 22 heures à 1 heures du matin. A l'époque, il n'y avait pas de lumière comme c'estle cas aujourd'hui. Tout était noir, à 5 heures du matin, lorsque je devais aller travailler à la Sococim...

A quoi servait cet argent que vous gagniez. Certains disent que le gros de votre argent vous le dépensiez en habillement ?

ça , c'est une légende, mais...( Il ne finit pas ) .A l'époque gagner une telle somme pour un garçon qui n'avait pas 17 ans, C'était important. Parmi les jeunes de ma génération a l'époque, j' étais le seuil qui travaillait comme ça. C'est pourquoi chez moi, jai été très tôt leader, c'est connu ça. J'avais non seuIement le savoir, ( j' étais admis au concours d'entrée en sixième ) mais j'avais aussi de l'argent parce que je travaillais. Donc ma petite chambre oui il y'avait une tabIe, une chaise, un lit bien sûr, un petit canapé, un tableau noir, de la craie et des livres, était le refuge de tout le monde. Et en ce moment, je commençais à être leader des gens de ma génération et on discutait de tout. Alors, je donnais à ma mère la moitié de ce que je gagnais et je prenais l'autre moitié. l'argent que je gardais pour moi, je le confiais au boutiquier maure du coin. ( Il prend un air malicieux) Quand mes camarades d' âge venaient me voir, il m'arrivait de faire un peut le malin. Ainsi, je faisais un bon pour demander au boutiquier maure de nous donner du pain, du sucre, du café. En ce moment, il n'existait pas de thé. C'était Ie calé au le lait avec du pain. Et c'est ainsi que nous avons créé la Jcr ( Jeunesse culturelle rufisquoise). Le premier bal qu'on a organisé ici, il fallait voir ça. on a organisé un bal de quartier en 1952. Les vieux étaient contre cela. Vous savez, dans les bals populaires de l'époque, quand on mettait un morceau intéressant, on disait "bis-bis", cette époque était celle de la Rumba, de la Salsa, des Tango, des Valses mais aussi de la musique afro-cubaine. Et quand on mettait une musique langoureuse, il nous arrivait de diminuer l'intensité de la lumière, chacun avec sa chacune. Les vieux du quartier n'avaient pas compris ça. Des vieux ont dit alors aux autres: " Mais vous savez ce qui se passe dans le quartier, les gosse-là sont en trainde faire des dégâts parce que quand ils disent bis, ils éteignent les lumières et font des choses avec les filles." (Rires)

N'était-ce pas vrai ?

(Rires) Comment ça, ce n'était pas vrai.

Pourquoi alors diminuez-vous la lumière ?

C'est-à-dire, nous, je ne sais pas maintenant, avec la nouvelle génération, mais à l'époque, quand c'étéait un tango ou un slow, c'était langoureux donc on diminuait la lumière pour avoir plus d'intimité mais ça n'allait pas plus loin que ça. Mais qu'est-ce qu' on peut faire sur une piste, rien. Pour vous donner de manière plus savoureuse, ils disaient avec l'accent lébou : " khalé yi bougnou wakhé biss in se kotou kheugneté " ( Rires).

Qu'entendaient-ils par-là ?

Cela veut dire s'embrasser ( Rires). C'étaient de bons moments.

Et au collège avec votre bourse ?

Ma bourse de 4 mille francs que je gagnais au collège Delafosse, je donnais 2 mille francs à ma mère, mille francs à Cheikh Ady Sèye, plutôt à sa femme, mon oncle du côté de ma Mère. Et c'est cher lui que je mangeais à midi, le soir, je rentrais sur Rufisque. Dans ce collège, il y avait Lamine Diack l'actuel président de la Fédération internationale d'Athlétisme, Babacar Camara qui a fini sa carrière comme magistrat et Idrissa Sy, ancien Colonel dans l'armée. Et à l'école primaire, j'ai connu le colonel Massar Diop, on a fait ensemble le CI, de même que la mère de Lamine Coulibaly, actuel président du Tribunal régional de Dakar. J'ai quitté le collège parce que j'étais délégué de classe. J'étais un bon élève et c'est connu ( il insiste la-dessus). Je faisait partie des meilleurs. J'ai eu donc des problèmes avec le professeur. A l'époque, il n'y avait que des professeurs blancs,pas un seul noir. Et madame Cauche était l'épouse de Gérard Cauche, professeur au lycée Van Vo ( actuel Lamine Gueye,Ndlr), elle était professeur d'histoire au collège moderne Delafosse. Mais tous deux étaient communistes, engagés, militants. C'est madame Cauche qui, en classe de 5e, en ce qui me concerne, m'a fait comprendre que nous étions des colonisés. Je le savais mais c'est avec elle que j'ai appris de manière plus sensible que nous étions en situation de colonisés.
Son mari animait le journal le Réveil qui était un journal de lutte anti-colonialiste et anti- impérialiste. A l'époque coloniale ou le blanc était considéré comme supérieur au noir et ou, dans les faits de tous les jours, l'on nous montrait que c'était cela la réalité, nous avions une certaine dose de courage mais en même temps d'intelligence de ne pas accepter l'inacceptable. II fallait comprendre, il fallait pouvoir dire, en ce moment, avec Mme Cauche, je cite de mémoire : "La colonisation n'est pas une oeuvre philanthropique, mais une œuvre de domination des peuples par un autre peuple." Il fallait comprendre ça et le disséquer. C'est pourquoi, vous qui êtes nés avec l'Indépendance, non asservis par qui que ce soit, non dominés par qui que ce soit, vous avez de la chance. Quand j'étais au Cm1, ici, à Rufisque, en face, il y avait ce qu'on appelle maintenant la Préfecture mais qui était à l'époque, la Délégation du gouverneur de la région du Cap Vert. Autour de l'immeuble donc, aucun noir ne devait y mettre les pieds. Les gens de ma génération se rappellent que j'ai été amené manu militari à la police, en 1947, au lendemain de la seconde guerre mondiale, parce que j'ai marché sur ce trottoir et j'ai rencontré la fille du Délégué de gouverneur colonial. J'ai refusé de lui céder place, elle aussi a fait de même, et elle a crié.
En classe de 4e, j'ai eu une altercation avec Mme Valin, professeur de français. J'étais d'ailleurs son chouchou puisque j'étais le meilleur élève de français de sa classe. Et avec Mme Coutier, elles invitaient chez elles les trois meilleurs élèves en fin de trimestre. Mme Cauche et son mari ont été rapatriés en fin d'année par le pouvoir colonial parce qu'on avait découvert qu'ils étaient là pour faire de la propagande. On m'a chassé au milieu de la 3e de l'école pour indiscipline, propos injurieux, parce je défendais ma classe. Pourtant, Mme Valin me considérait presque comme son fils. Et donc les interventions n'y ont rien fait.

Qu'est-ce que vous vous-êtes dit avec Mme Valin ?

Dans la classe, il y avait quelqu'un qui a été maltraité, j'ai protesté au nom de la classe et en mon nom : j'ai dit que c'était inacceptable et elle a mal pris cela. Elle a considéré que j'étais indiscipliné et insolent et elle a fait appel donc au surveillant général. Ça s'est envenimé parce que toute la classe était avec moi. C'était très sérieux. A l'époque, on faisait beaucoup de concours : instituteur, agent technique d'élevage, météo, administration, etc. Il y avait de l'emploi. On pouvait travailler, il suffisait d'avoir le Cepe. J'ai fait comme on dit aujourd'hui, de petits boulots par-ci, par-là. En même temps, j'avais un engagement politique précoce. En 1954, j'étais déjà secrétaire général adjoint du mouvement des jeunes du Bds (Bloc démocratique sénégalais). Je vous ai dit que j'ai rencontré Senghor en 1952.

Nous allons revenir là-dessus. Quels concours avez-vous fait, quand vous avez été renvoyé de l'école ?

J'ai fait de petits boulots. J'ai fait la météo. J'ai débuté comme agent technique météo. J'ai fait le concours et j'ai été recruté comme agent technique. Je connais les nuages.

N'aviez-vous pas été fiché par l'administration coloniale après votre renvoi de l'école ?

Je vais y revenir. Quand je vois Abdou Aziz Diop (présentateur de la météo), à la télé, je me retrouve dans cela mais je n'étais pas aussi formé que lui. Je ne suis pas un scientifique mais plutôt un littéraire mais j'ai aimé ça aussi par curiosité. A l'époque, on gagnait 11 453 francs par personne. Un grand couturier, qui avait de beaux costumes, venait d'ouvrir ses portes à Dakar. Il les vendait entre 15 mille et 20 mille francs alors que moi, je ne gagnais que 11 mille francs par mois, mais je m'arrangeais toujours pour avoir un costume. A l'époque, les élèves du secondaire, (Ecole normale de Mbour, Ecole normale William Ponty de Sébikotane, Lycée Faidherbe de Saint-Louis, Collège moderne Delafosse), tout ce beau monde, considéré un peu comme la pépinière des futurs cadres, se retrouvaient, pendant les vacances, aussi bien à Rufisque, à Dakar, à Saint-Louis, qu'ailleurs. J'avais un cousin qui s'appelait Doudou Néné Diop qui était cheminot à Guinguinéo et je suis allé lui rendre visite pendant les vacances de 1953-1954. A Guinguinéo, j'ai fait une conférence avec les élèves, cela s'appelait de l'animation culturelle, sur la colonisation. Le Général Mamadou Diop, qui est devenu après le Haut commandant de la gendarmerie était en ce moment là comme élève, il y avait l'oncle de Souleymane Ndéné Ndiaye, Iba Der Diouf, Idy Niass qui a été maire de Guinguinéo et qui vit encore lui aussi. J'ai fait cette conférence donc devant eux. Le commandant de la brigade de gendarmerie qui était un toubab et qui se disait qu'on faisait sûrement de la provocation, est venu m'arrêter, accompagné de deux auxiliaires, pour me conduire à la brigade de gendarmerie. Alors, les jeunes ont fait un sit-in pour que je sois libéré mais, j'ai passé la nuit là-bas. C'est le lendemain qu'ils m'ont remis en liberté. J'étais considéré en quelque sorte comme un combattant de la liberté. Lorsque je suis rentré à Dakar, à la direction de la météo, je reçois une lettre du gouverneur du Sénégal de l'époque, Wiltord qui me licencie. J'ai donc continué

Dans votre quête littéraire, vous avez rencontré Senghor. Comment l'avez-vous rencontré politiquement...

(Il coupe) En fait, j'ai rencontré Senghor physiquement à l'époque, et c'est Maurice Guèye qui me l'a présenté, ici, à Rufisque.

En quelle année ?

En 1952. Disons même en 1951 parce que c'est en 1951 que Maurice Guèye a démissionné de la Sfio (Société française de l'internationale ouvrière) pour rejoindre Senghor. Donc après ça, j'ai fait... (le téléphone sonne, au bout du fil, le député de Rufisque Mme Awa Diop. L'interview est suspendue un bon moment).

Lorsque vous gagniez de l'argent vous en donniez à votre mère, mais vous ne faites pas référence à votre père. Qu'est-ce qui expliquait cela ?

Mon père avait les moyens, il était commerçant. En plus, ma mère était seule, elle n'avait pas d'autres enfants.

Quels étaient vos rapports avec votre père ?

De très bons rapports.

C'est parce que votre père était polygame que vous souteniez votre mère ?

Oui, mais enfin ...si vous voulez. Vous voyez mon jeune frère (Il désigne un monsieur assis de l'autre côté du salon), nous avons le même père mais pas la même mère pourtant, je le considère comme un frère normal (utérin). Mon père est mort très âgé et c'est moi qui l'ai envoyé à la Mecque plusieurs fois, qui lui ai acheté une maison, qui lui donnait une pension depuis 40 ans. J'avais de bons rapports avec lui mais j'ai fait plus pour ma mère que pour mon père parce que ma mère était plus seule que mon père.

Résumez votre parcours ?

Donc rapidement, Senghor m'a envoyé faire la formation d'inspecteur des sports en France de 1961 à 1962-63. Je suis revenu au terme de ma formation et j'ai été accepté à Dakar comme inspecteur régional de la jeunesse et des sports en 1964. Après, j'ai été élu conseiller municipal à Rufisque mais toujours dans le mouvement des jeunes. En 1967, Senghor nous reçoit, nous et les personnes du bureau régional, et nous lui faisions savoir que nous n'étions pas contents parce que nous voyons qu'autour de nous, le Président nomme des gens alors qu'il ne nous nomme pas. Senghor nous répondit alors : «Moi, je veux bien vous nommer mais il faut d'abord que vous ayez des diplômes d'enseignement supérieur» Je vous ai dit que je m'étais arrêté en classe de 3e et que j'avais fait une formation d'inspecteur des sports. C'est ainsi qu'en 1967, je me suis alors inscrit pour passer le baccalauréat pour aller à l'Université. J'étais déjà marié et père de deux enfants. J'ai alors fait des cours du soir par-ci et par-là jusqu'en 1969 et j'ai passé le bac et je l'ai réussi. Je suis ensuite allé à la Faculté de Droit. Je n'ai jamais échoué ni redoublé. Je vous ai dit que quand on est amoureux du livre, on peut réussir. J'ai été un homme totalement amoureux du livre. J'ai des livres dans ma chambre à coucher, dans mes appartements. Partout, je suis entouré de livres. Depuis 30 ans, je suis abonné au journal Le Monde. Le Canard Enchaîné, je le lis chaque semaine de même que jeune Afrique. Je lis Le Monde tous les jours. Je me suis inscrit en Faculté de Droit et quand j'ai eu ce qu'on appelait à l'époque la maîtrise en droit ancien régime et le Dess en droit public, mes camarades de promotion à l'époque étaient l'ancien premier ministre sous Diouf, Mamadou Lamine Loum, Sada Ndiaye, ancien Dg de la Sicap, Me Mayacine Tounkara. Mais quand on a fini en 4e année, j'étais leur délégué parce que j'étais le plus âgé. Quand ils avaient 20 ans, moi j'en avais 32 ans, quand ils en avaient 26, j'en avait 38, etc. Ils ont dit qu'ils allaient à l'Ena ce n'est plus comme aujourd'hui où on doit passer un concours pour y aller. A l'époque, on y était admis sur titre. Moi, je leur ai dit avoir fait cela pour relever un défi parce quand je venais ici (Faculté de Droit), ce que j'avais me suffisait. Et maintenant que j'ai relevé ce défi, je vais faire deux choses : je vais chercher de l'argent et également le pouvoir. (Il le répète en Ouolof, damay wouti baat ak khaliss). Baat peut se traduire par l'autorité si vous voulez. Auparavant, Senghor qui ne m'avait pas abandonné du tout, m'avait nommé, quand j'étais en 2e année, chargé de mission. Et il m'a confié la mise en place de l'Ecole des cadres du Parti socialiste. Quand j'ai fini, il m'a nommé Secrétaire permanent. C'était l'époque où j'étais avec Moustapha Niasse, qui était mon cadet. Il était le secrétaire politique et directeur de cabinet de Senghor et Djibo Kâ était le responsable des jeunes. Et après, les Rufisquois m'ont réclamé pour que je vienne prendre la direction politique de Rufisque, ce que j'ai fait. J'ai été donc secrétaire général de coordination, maire de Rufisque pendant 16 ans, député pendant 23 ans. J'ai représenté ma ville de 1964 à 2002 comme conseiller municipal, ce qui est un record et jusqu'à présent, je suis conseiller municipal. J'ai eu à créer un parti, il faut le dire et il faut s'arrêter sur ça. C'était en 2000. Dans le grand tourbillon qu'il y avait, j'ai averti, informé et alerté mon parti. Je n'étais pas tout le temps à l'aise, on ne m'a pas écouté et le 2 mars 2000, j'ai quitté le Ps à un moment incertain où personne ne savait qui allait gagner au second tour. Oui ou non, hein ! (Il veut nous prendre à témoin). Diouf avait 41%, Wade 31%. Et Diouf était encore au pouvoir d'ailleurs, beaucoup de gens pensaient que c'était lui qui allait gagner.

Pourquoi aviez-vous démissionné ?

Parce que j'étais mal à l'aise. C'est connu ça. J'avais écrit et ma lettre a été publiée dans tous les journaux.

Reparlons aujourd'hui de cet épisode de 2000...

J'ai fait 46 ans au Ps. De 1954 à 2000. J'ai été responsable du mouvement des jeunes du Bloc démocratique sénégalais (Bds), puis du Bloc populaire sénégalais (Bps). J'ai siégé au bureau politique du Bps avec Senghor, Mamadou Dia. J'ai siégé au bureau politique de l'Ups (Union progressiste sénégalais) avec Senghor, Lamine Guèye. J'ai siégé au bureau politique du Ps comme Secrétaire permanent avec Senghor. Je suis le directeur de la première école des cadres du parti socialiste dont j'ai été le fondateur. Mais à partir de 1996-1998, il y a eu beaucoup d'incompréhension dans le parti et quand vous imaginez que je n'ai jamais voulu être ministre, il est vrai que c'est parce que j'ai touiours été élu. J'ai toujours prétéré la fonction d'élu c'est-à-dire avoir un terroir, un fief électoral que d'être nommé par un décret. Et ça, je remercie les électeurs qui m'ont toujours fait confiance. Mais, je disais à l'époque qu'il faut qu'on me donne comme à l'exemple, les épreuves qu'il faut passer pour être ministre. S'il y a des épreuves, qu'on me dise ce que c'est. Si c'est le français, l'histoire, la géographie ou si c'est l'économie. En politique, on dit représentativité, moi, je l'ai depuis longtemps. Senghor m'a poussé à aller faire des études supérieures sanctionnées par des diplômes. J'ai un métier, je gagne ma vie, je suis irréprochable au plan moral. Qu'est-ce qu'il y a donc ? Qu'est-ce qu'on peut me reprocher ?

C'est une longue frustration que vous avez traînée, pourquoi avoir attendu ce moment d'incertitudes...

(Il coupe net). Non (répète-t-il) il ne faut pas raisonner comme ça. Quand on a mis en place le comité électoral en 2000, je l'ai contesté. J'ai dit qu'avec ça, on n'ira pas loin. J'ai écrit à Abdou Diouf, je l'ai saisi épistolairement. Je l'ai saisi par la plume et le verbe. Je n'ai pas été entendu. Attention, je n'ai pas attendu la défaite du Ps pour quitter le parti. Il faut qu'on s'entende bien.

Mais vous saviez qu'il allait perdre ?

Qui savait, sauf Dieu ? Dieu seul savait.

Avec votre expérience politique, vous pouviez savoir que seul le deuxième tour pouvait faire perdre Abdou Diouf ?

Oui mais écoutez ...C'est trop facile de dire ça maintenant. Mon Dieu, Abdou Diouf et bien... Non c'est trop facile ça. Je ne jette la pierre à personne. C'est fini maintenant ça. Je dis en tout cas que ça a été un acte de courage et un acte de témérité que de quitter le Ps le 2 mars 2000. Je l'ai fait, je l'ai assumé et donc j'ai été au Fal (Front pour l'alternance) où j'ai apporté mon expertise, mes moyens humains et financiers. Et le 19 mars au soir, on a gagné, j'étais le leader ici à Rufisque. Dans mon bureau de vote, au second tour, Abdoulaye Wade a eu 409 voix, Abdou Diouf 9 voix. Ça été le 1e score. Au second tour, j'ai mis tout ce que j'avais pour gagner. C'est moi qui ai financé entièrement la campagne du second tour pour le Fal, à Rufisque. Donc, les gars n'avaient pas 100 francs.

Est-ce que c'était très honnête de le faire avec les moyens du Parti socialiste ?

(Il bombe le torse) C'était des moyens à moi. Quels moyens du Parti socialiste ?

Mais ces moyens, c'est avec le Parti socialiste que vous les avez...

(Il coupe et se fâche). Mais non, quel mandat du Parti socialiste ? 150 000 francs comme député ? Moi, j'ai gagné des millions.

Mais toujours avec la casquette socialiste ?

(Sans hésiter) Ce n'est pas vrai. Moi je gagnais de l'argent honnêtement avec mon cabinet. Je disais à l'époque que je ne suis pas un politicien mais un homme politique qui gagne, normalement, honnêtement, sa vie en travaillant. J'ai embauché dans mon cabinet, des gens qui ont travaillé, gagné leur vie, qui ont épousé des femmes et construit des maisons. Moi, mon cabinet (Il s'énerve)...Quels moyens du Parti socialiste ? Rien. Non, au contraire...

Justement, avec votre militantisme au sein du Ps, les fonctions que vous y avez occupées depuis Senghor, comment expliquez-vous qu'en 2000, Abdou Diouf n'ait pas tenu compte de vos avertissements ?

(Content) Voilà la bonne question ! (Calme) Un homme d'expérience, toute modestie bue, comme moi, qui a un statut de 46 ans de militantisme au sein du Ps qui dit, faites attention, il faut changer de schéma, il faut changer de directoire de campagne. Quand on vous dit ça, qu'est-ce que vous faites ?

Qu'est-ce qui est à l'origine de ça. Pourquoi n'a­t-il pas tenu compte de vos avertissements ?

Parce que encore une fois, c'est l'entourage, les hommes qui étaient autour de lui.

C'est le Premier secrétaire du Ps ?

Mais tous. J'ai, dans ma correspondance publiée dans la presse de l'époque, cité nommément le Premier secrétaire du Ps (Ousmane Tanor Dieng, Ndlr). En disant que ce n'était pas... (il ne termine pas sa phrase). Depuis lors, mais qu'est-ce qui se passe au Ps ?

Est-ce que donc ce clash au Ps aujourd'hui était prévisible ?

Mais bien sûr (Il se répète). Tout le monde est parti.

Mais est-ce que vous aussi n'êtes-vous pas parti parce que vous le prévoyiez ?

Ecoutez, c'est-à-dire qu'aujourd'hui, vous voulez dire qu'en ce moment, j'étais parti un peu comme quelqu'un qui prend la fuite.

Ce qui est assez surprenant dans cette histoire, M. le président, c'est que les choses sont allées trop vite entre votre départ du Ps et votre atterrissage au Fal. Alors que quelques jours auparavant, il y a eu cet échange de tirs entre vos hommes et le cortège de Wade ?

Mais il n'y a pas eu de tirs. Ça aussi, c'est une légende. Je suis même en train de faire un livre sur tout ça et j'aurais l'occasion d'y revenir.

Quand paraîtra-t-il, ce livre ?

Bientôt. Dans tous les cas sachez que ...Je vous renvoie au livre du général (il perd le nom) du général Lamine Cissé (Carnets secrets d'une alternance/Un soldat au cceur de la démocratie, Td Gideppe, 2001, 200 pages, Ndlr). Sachez qu'ici à Rufisque où je suis né, les hommes et les femmes me font confiance depuis longtemps. (Sûr de lui)J'ai un fief. Quand j'ai quitté le Ps, le 2 mars 2000, les gens ont accouru pour me dire qu'ils iraient partout où je serais. II y en a un qui a dit : «Je ne connais pas Abdoulaye Wade, mais si vous me demandez de me rendre dans la forêt et de voter pour les singes, je le ferais.» Autrement dit, un électorat, on le travaille longtemps en cultivant la paix avec lui.

Vous avez «travaillé» votre électorat en donnant de l'argent ?

Non (il insiste) «Koleuré là». C'est juste par reconnaissance.

Mais la frustration n'est pas venue seulement avec Abdou Diouf Senghor n'avait pas fait de vous un ministre ?

Je n'ai pas voulu. Jamais. Cela ne m'intéressait pas.

II se dit aussi que...

(Il coupe et hausse le ton) Mais je n'ai jamais voulu être ministre, moi. (Il le répète en wolof). Attention, il ne faut pas déformer ma pensée. Beaucoup le disent : «Toujours élu, jamais nommé.» Attention, je n'ai jamais voulu être ministre !

Votre besoin d'être....

(Il coupe encore) ...d'être élu (il le répète), d'avoir la confiance des hommes et des femmes qui sont autour de moi. Je n'ai jamais voulu être nommé.

«Toujours élu, jamais nommé», c'est une belle formule M. le président mais il se dit quand même que Senghor ne vous a jamais élu parce que c'était lié à une question d'éthique, vous étiez trop porté sur la belle vie et notamment sur les femmes ?

Sur les femmes ? Vous là, vous avez trop d'imagination.

Est-ce vrai ou pas. II se dit que c'est pour cette raison qu'on ne vous a jamais nommé ministre?

Il se dit quoi ? Moi, je n'ai jamais été au courant de cela. Ça, c'est vous qui me l'apprenez.

Vous aussi, M. le président ?

Non, ça, c'est vous qui me l'apprenez. Moi, j'ai été un jeune de Senghor. Senghor ne nomme pas chargé de mission dans son cabinet quelqu'un qui n'a pas ce qu'il faut. Senghor ne nomme pas quelqu'un s'il n'a pas une bonne moralité. Senghor ne nomme pas secrétaire permanent du Parti socialiste quelqu'un qui voyage avec lui. Non ça... ! Vous avez sûrement rencontré un de mes adversaires. Ça c'est trop, ce n'est pas vrai. J'ai été heureux avec Senghor, à la fois, intellectuellement, moralement et politiquement.

Mais c'est quand même incohérent quand Senghor vous dit que pour être nommé, il faut faire des études Supérieures. Vous partez faire des études supérieures pour ça ...La plus haute distinction que auriez pu avoir en ce moment, c'était d'être nommé ministre ?

(Agacé) Non, je n'ai pas voulu encore une fois. Moi j'ai toujours cherché l'argent et l'autorité comme je vous l'ai dit. Vous ne pouvez pas refaire mon itinéraire, ce n'est pas possible.

Aujourd'hui, avec le recul c'est surprenant après plus de 40 ans au sein du Ps, de vous voir de l'autre côté ....

Quel autre côté ?

Dans le système libéral ?

Non, ce n'est pas vrai, il n'y a pas de côté.

Vous collaborez avec le régime libéral, vous êtes même dans le régime libéral. Est-ce que après 40 ans de militantisme, mus par des convictions basées sur l'idéologie socialiste, le fait de passer de l'autre côté ne constitue pas une trahison de ce en quoi vous aviez cru jusque-là. N'est-ce pas un reniement ?

Les gens de ma génération, nous avons connu en 1954, la défaite de Dien Bien Phu où les français ont été défaits au Viet­nam, le 1 " Novembre 1954, nous avons connu le détachement de la révolution al­gérienne, en 1955, nous avons connu la grande conférence de Bandung où, pour la première fois, les pays du Tiers Monde comme on les appelait à l'époque, se sont réunis en bloc pour dire non à l'impéria­lisme, non au colonialisme. Je suis de ces jeunes-là. Nous avons connu en 1957, la proclamation de l'Indépendance du Gha­na où je suis allé représenter la jeunesse sénégalaise, accompagné de feu Atoumane Diagne. Nous avons été témoins en juillet 1958, à Cotonou, du Congrès du Pra qui a proclamé l'Indépendance immédiate des pays africains sous domination coloniale française et en même temps proclamé les Etats-Unis d'Afrique. Donc, je suis un homme qui croit à des bases et des convic­tions solides et sincères : panafricanisme, socialisme à hauteur d'homme, socialisme africain, valeurs d'éthique, de travail et d'efforts. J'ai fait au Ps 46 ans, j'ai été port­eur de message de Senghor, porteur aussi de ces valeurs qui nous avaient réunis. Aujourd'hui, mon parti a fusionné avec le Pds. Pour autant quand même ...Dans ma dernière contribution, j'explique les fusion, dans le paysage politique sénéga­lais. Et aujourd'hui, c'est heureux qu'on parle de refondation, de rénovation parce que toutes les sensibilités vont se retrouver autour d'un grand parti. Pour autant, je n'ai aucun reniement.

Mais est-ce que la refondation du Pds tiendra compte des différentes sensibilités étant donné que...

(Il coupe). Mais ça, c'est le Congrès que nous aurons tous à tenir qui nous le dira.

Peut-on dire que vous êtes toujours dans le système libéral tout en gardant vos convictions...

(Il coupe). Je ne suis dans aucun système libéral. Aujourd'hui, les idéologies sont mortes. Le parti communiste français qui, à l'époque, avait 35 %, pèse aujourd'hui 1 %.

Les idéologies sont mortes, les convictions avec ?

Quelles convictions ! C'est quoi la conviction ? Mais moi, je demeure ancré dans mes convictions, soudé, lié à mes convictions.

Est-ce vous n'avez pas attendu d'arriver en fin de carrière pour que vos idées et convictions prennent la couleur de vos intérêts ?

Quels intérêts ?

Pour rejoindre Wade ?

Mais moi, j'ai rejoint Wade au moment où Wade n'avait rien et ne pouvait rien faire, au moment où il était dans l'opposition et attendait le pouvoir. A un moment où c'était incertain.

Plutôt au moment où Wade était dans l'anti­chambre du pouvoir ?

Non (il ne nous laisse pas parler), c'était incertain. Vous ne pouvez pas, vous êtes trop jeune pour pouvoir me faire basculer. (Rires). Ce n'est pas possible.

On comprend aussi que vous ayez dit qu'en peu de temps, Abdoulaye Wade a fait plus pour vous que Abdou Diouf ?

(Catégorique). Je n'ai jamais dit ça. C'est quoi ça ? C'est moi qui fait mon destin accompagné de Dieu. (Ferme) Personne ne fait mon destin, personne. Mon destin est entre les mains de Dieu. Qui m'a fait moi? Moi, j'ai été façonné par Senghor qui m'a mis le pied à l'étrier, qui m'a aidé à faire ce que j'ai fait dans la vie politique. Pour autant, j'ai dit que je rends hommage à Abdoulaye Wade qui m'a fait confiance (il se répète). J'ai à son égard, deux devoirs : un devoir de loyauté et un devoir de résultats. Devoir de loyauté parce qu'il m'a fait confiance. Devoir de résultats parce que je dois réussir la mission qu'il m'a confiée au nom du peuple sénégalais et je crois aussi l'avoir réussie. A l'époque, lorsqu'on créait le Conseil de la République, on disait que c'est un machin, que c'est un gadget, que c'est rien... (le téléphone sonne à nouveau). J'ai dit, pour illustrer ma pensée qu'après la seconde guerre mondiale, le peuple soviétique était très puissant, c'était une référence. Mais depuis la chute du mur de Berlin vous convenez avec moi que ça, c'est fini, terminé.
Ce qui importe aujourd'hui pour vous comme pour nous tous, dans le monde entier, c'est de savoir comment, dans une économie de marché ...Je reviens de la Chine où il y a 1milliard 350 millions d'hommes et de femmes dirigés par le parti communiste mais ouvert à l'économie de marché. Donc l'idéologie, ça n'existe pas, c'est ça la réalité. Pour autant, on a ses convictions. Moi, je suis socialiste né. Je vous ai dit tantôt que je suis né mouride, je vais mourir mouride. Je suis né également avec la pensée profonde que le socialisme, qui est une aeuvre philosophique de bien­-être pour les uns et les autres mais aussi de solidarité, de partage et d'humanisme aussi de progrès et c'est à cela que je crois. Quand j'ai créé mon parti, je l'ai appelé parti pour le progrès et la citoyenneté (Ppc). Autrement dit, mettre en valeur la citoyenneté et ensuite le progrès. Il faut avancer dans la vie. Et ça, ce sont mes convictions, ce n'est pas le pouvoir. Encore une fois, j'aime à le rappeler, j'aurais pu être un haut fonctionnaire mais j'ai choisi une profession libérale où on peut parfois avoir un grand dossier. J'ai gagné ici, avec un dossier qu'on m'a confié, des millions et des millions avant la dévaluation du franc Cfa. Ici (dans le bâtiment où il nous reçoit), il y avait un petit bâtiment, quand j'ai eu en 1984, des honoraires de 180 millions de francs, j'ai tout rasé et construit. Des honoraires, je dis bien.

Pour quel dossier avez-vous gagné 180 millions ?

Ce n'est pas votre problème ça (Rires).

Non mais quand même, vous pouvez nous le dire, cela fait partie de vos succès ?

(Rires) Pour que vous me piégez. Donc c'est pour vous dire...Youssou Ndiaye qui a été ministre des Sports, quand il était président du tribunal de première instance de Dakar, dans un dossier qu'on appelle Good Luck (bonne chance), un navire et sa cargaison... Vous savez dans notre métier, il y a ce qu'on appelle un séquestre, soit une maison, etc. Ici, il s'agit d'un navire avec sa cargaison. Les marins étaient venus d'Afrique du Sud avec une grande cargai­son. Ils sont venus et ont eu des problè­mes. Ils ont arrêté le travail et ont dit qu'ils ne partaient plus. Ils ont saisi le tribunal. Youssou Ndiaye m'a désigné. C'est un dos­sier qui m'a rapporté beaucoup d'argent. Donc, ce n'est pas l'argent du contribua­ble, ce n'est pas l'argent de la politique.

Vous avez combien de maisons ?

J'ai des enfants et quand je mourrai, mes héritiers sauront ce que j'ai.

Mais la politique vous a quand même rapporté quelque chose ?

La politique m'a permis d'aimer mes semblables, elle m'a permis de donner des milliers de bourses à l'étranger, de croire à la passion de jeunes sénégalais et de sénégalaises qui, aujourd'hui, sont devenus des adultes qui travaillent grâce aux bourses que je leur ai données. La politique m'a apporté de quoi faire quelque chose pour ma ville en tant que maire où j'ai fait la digue de protection, la caserne des sapeurs pompiers, une voie de 18 km, les abattoirs, l'hôpital Youssou Margane Diop, la gare routière. La politique m'a permis tout cela.

Ce n'est pas peu pour une carrière d'une trentaine d'années ?

Qui est-ce qui a fait ça ici ?

Qui a duré aussi longtemps que vous...

(Il parle en même temps que nous) Ils sont nombreux, ils sont là. Je vous laisse regarder, ils sont là.

Mais qui a duré aussi longtemps que vous à la mairie de Rufisque ?

Il y en a, Maurice Guèye.

Vous venez d'énumérer ce que vous avez fait pour Rufisque mais l'on constate que sous votre magistère le problème de l'insalubrité n'a pas été résolu ?

C'est vrai, je le regrette beaucoup (il se répète). Il faut beaucoup d'argent. Quand je prenais la mairie, nous avions un budget, Rufisque-Bargny, de 320 millions de francs Cfa. Quand j'ai quitté, on était à 4 milliards. Je me suis battu pour augmenter le budget de manière exponentielle. 320 millions entre Rufisque et Bargny. Quand on a séparé Rufisque de Bargny en 1990, nous étions à 300 millions pour Rutisque. Il fallait payer les salaires, payer la Senelec, la Sones, etc. Aujourd'hui, Rufisque est à 6 milliards grâce aux efforts que j'ai fait qui ont permis de récupérer beaucoup de taxes par-ci et par-là.

Mais le problème demeure toujours ?

Pour autant, l'insalubrité de Rufisque tout comme Dakar... Dakar est sale. Kaolack est sale.

Mais Rufisque est beaucoup plus sale ?

Ce n'est pas vrai.

Mais quand vous quittiez...

(Il ne nous laisse pas terminer). Quand je quittais la mairie, il y avait un début de solution. Il fallait, à l'époque, près d'une douzaine de milliards pour régler ça. Alors, on va y arriver (il se répète).

Aujourd'hui, quelle est votre part de responsabilité dans ce qui est arrivé à Thiawlène ?

Qu'est-ce qui est arrivé à Thiawlène?

Avec la mer qui a débordé ?

Ah bon, quand la mer déborde, ce sont les hommes qui sont responsables !

Ce sont les digues qui ont lâché ?

J'ai fait la digue de protection en 1993. Je ne suis plus maire, mais si je l'étais jusqu'à présent, j'assumerais et je revendiquerais ma responsabilité. Mais, je suis un citoyen...

II paraît aussi que vous, politiciens de Rufisque avez contribué à fâcher la mer par vos sacrifices, etc. ?

(Rires) C'est pas sérieux ça.

Quels sont vos rapports avec l'actuel maire de Rufisque, Ndiawar Touré ?

Quand Ndiawar Touré a été nommé ministre en 2000, j'avais dit qu'il avait été nommé par inadvertance républicaine. Je ne m'étais pas trompé car il n'est pas resté longtemps au gouvernement. Pour en revenir à la mairie de Rufisque où il n'a jamais battu campagne pour solliciter le suffrage des Rufisquoises et des Rufisquois il a suffit simplement d'une réunion des 65 conseillers municipaux sur lesquels il n'a obtenu que 32 voix plus la sienne (33), ou j'avais 15 conseillers de ma sensibilité, nous pouvons dire aujourd'hui qu'il est devenu maire de Rufisque par effraction citoyenne.

Qu'est-ce que vous appelez maire par effraction citoyenne ?

Cela veut dire que quelqu'un qui n'a pas battu campagne dans les quartiers pour dire que je veux être maire de Rufisque par vos suffrages et par le simple vote de 33 personnes, devient maire d'une ville de 300 mille habitants, on peut dire qu'il est maire par effraction de la citoyenneté de ces gens-là. Mais bientôt les Rufisquois trancheront.

C'est-à-dire ?

Cela veut dire que Rufisque reviendra aux Rufisquois car les élections locales sont différentes de la présidentielle et des législatives.

Aujourd'hui, vos rapports se sont détériorés ?

(Sans hésiter) Il n'a pas été reconnaissant. Il a manqué de reconnaissance.

Pour fermer le chapitre politique...

(Il feint de ne pas entendre). Et mieux, je le dis et il faut le mettre, Awa Diop qui vient de m'appeler, ce jour-là où je faisais élire Ndiawar Touré, elle a dit publiquement : «Mbaye Jacques, tu élis quelqu'un qui, dans trois mois, va te trahir.» Voilà Ndiawar Touré. D'ailleurs, il n'est même pas de Rufisque lui.

Pourquoi Ndiawar Touré n'est pas Rufisquois, il est d'où ?

Il est Rufisquois d'adoption, mais tout le monde sait qu'il est né à Thiadiaye. Un maire (il se répète) appartient, je dis, à son terroir d'origine. Dans toute l'histoire de l'humanité, les édiles sont originaires des terroirs en question. Et il n'est pas concevable que le maire de Rufisque ne soit pas originaire de Rufisque.

Pourquoi alors l'avez-vous choisi tout en sachant qu'il n'est pas de Rufisque ?

C'est une erreur (il le martèle) que nous payons (Rires aux éclats).

Donc vous regrettez de l'avoir élu...

Absolument (il insiste).

Que s'est-il passé ? Qu'est-ce qu'il a fait ?

Il nous a trahis tous.

Comment ça il vous a trahi ?

(En wolof) Ah, vous aussi, je m'en limite à ça.

Certains disent que c'est parce que vous avez voulu garder une mainmise sur la mairie que vous avez des problèmes ?

Non, c'est ce qu'il dit, lui (Rires).

Est-ce que ce n'est pas vrai?

Mais pour faire quoi, à la mairie.

Pour continuer à ...

(Il termine la phrase) à faire quoi avec la mairie.

Pour garder votre pouvoir ?

Mais pour faire quoi avec la mairie

Pour avoir l'argent et l'autorité ?

Mais moi, j'ai ça.

Surtout l'autorité ?

(Il fait la sourde oreille)

Pour fermer ce chapitre politique, quels sont vos rapports avec l'ancien Président Abdou Diouf ?

Abdou Diouf, il va me recevoir en tant que Secrétaire général de l'Oif (l'entretien a eu lieu le 14 juillet).

Gardez-vous de bons rapports parce que dans votre salon nous voyons des portraits où vous êtes avec Senghor, Abdoulaye Wade mais aucun avec Abdou Diouf ?

Abdou Diouf, c'est une parenthèse que j'ai fermée.

Donc demain on peut s'attendre à ce que lorsque vous fermez la parenthèse Wade que ses portraits ne soient plus accrochés au mur de votre salon ?

Mais non. Moi, je suis un homme de convictions. Je crois en quelque chose, je suis vieux et « fi ma diare koufa diare takh bane» (Il insiste). (Rires). Je porte le nom Diop comme ma mère et mon père. Je m'en arrête-là. Abdou Diouf m'a trouvé dans le parti, fonctionnaire, militant et responsable.

Vous n'avez plus de relations personnelles ?

(Sans hésiter) Abdou Diouf, ce n'était pas mon ami, vous aussi ! C'était mon camarade de parti.

Quelles sont aujourd'hui vos relations avec les membres du Ps tel Ousmane Tanor Dieng...

(Il ne nous laisse pas terminer la phrase) Je suis en paix avec tout le monde (il insiste). Je n'ai de problèmes avec personne dans ce pays.

Nous en venons aux questions directes. Vous voyagez beaucoup et l'on laisse entendre que vous vous rendez fréquemment en France parce que vous y avez une épouse malienne ?

Malienne! (Rires). Vous me donnez toutes les femmes du monde (Il se répète). Je les prendrais volontiers.

II se dit également que vous avez plus de quatre femmes et qu'en fait vous en avez six ?
Ça aussi, c'est faux.

Vous en avez combien ?

Je ne vous le dirais jamais. Je ne vois pas l'utilité de parler de mes épouses.

Pourquoi?

Parce que ça ne sert à rien (Il insiste).

Vous en avez toujours quatre ?

Quatre où ?

Entre Rufisque et Dakar ?

Je n'ai jamais eu ça. (Rires)

Vous en avez combien ?

Je ne vois pas l'utilité de parler de mes épouses.

Mais pourquoi ?

Parce que c'est mon problème personnel, ça ne vous regarde pas.

Mbaye Jacques Diop était-il....

Oui était-il... (Rires)

Etiez-vous grand dragueur ?

(Il répond au téléphone, un député est au bout du fil après le coup de fil il trie les photos qu'il devait nous remettre et évite la question).

Vous avez toujours la mise bien soignée, est­ ce que les femmes ne vous courent pas après

Moi j'ai été... (Il passe à autre chose).

Vous ne voulez apparemment pas répondre à la question ?

Non (il insiste). En réalité, j'ai toujours été un homme qui a voulu toujours se plaire à soi-même, se faire plaisir dans la propreté et par le port vestimentaire. S'habiller bien et propre.

Pour en revenir à la question étes-vous grand dragueur ?

Je vous ai dit que j'ai été plus amoureux du livre et de la lecture que que d'autre chose.

Vous n'avez pas de temps pour les filles ?

Non, je n'ai pas dit ça (il se répète). Mais au point de vue de la relation homme-­femme, j'ai été un homme raisonnable. J'ai toujours été raisonnable. Je suis abonné aux grands journaux et je lis au moins, par mois, deux à trois livres.

Mais, cela ne vous empêche pas de......

(Il coupe). André Gide m'a appris à apprécier d'autres nourritures terrestres que celles-là. On peut avoir, dans la vie, des nourritures terrestres et en même temps des joies autres que les joies charnelles. J'ai appris ça et ceux qui sont autour de moi le savent, j'ai privilégié et je privilégie encore jusqu'à présent, le savoir sur toute autre occupation. Je mange de manière sobre. Pour les relations homme-femme aussi, je suis sobre.

Vous mangez sobre, cela veut dire ?

Je ne mange pas comme quelqu'un qui...

Vous avez votre cuisinier personnel ?

Mais oui. Je vous ai dit que je me suis battu pour avoir de l'argent. Celui qui a ça peut avoir son cuisinier. J'ai un cuisinier depuis près de quinze ans.

Quels sont vos goûts culinaires ?

Mes goûts culinaires sont ceux d'un homme normal. Je ne mange jamais de la viande le soir comme certains Sénégalais.

Donc vos femmes ne vous préparent pas à manger ?

Non depuis une quinzaine d'années. Non (il insiste) je les mets à l'aise. Elles n'ont pas de problèmes particuliers de ce côté-là.

II se dit que Mbaye Jacques Diop, c'est comme une chauve-souris qui vit la nuit. Vous préférez plus travailler la nuit ?

C'est vrai, je lis beaucoup, je travaille la nuit. Je vais vous raconter une anecdote : quand on faisait nos bagarres politiques, mes adversaires disaient que "oh, celui-là on ne peut rien contre lui parce qu' il ne dort jamais la nuit". Les marabouts disaient " qu'on ne peut rien faire contre lui parce qu' il ne dort pas la nuit."

Vous dormez alors le jour et travaillez la nuit?

Non je ne dors pas le jour. Je dors de manière raisonnable, c'est tout.

Est-ce que le fait d'avoir un cuisinier n'est pas manière de vous protéger des rivalités...

( Il coupe) Non, je ne pense pas. Non c'es que simplement, je suis arrivé à un moment...

En tant que polygame on veut dire ?

Qu'est-ce qui se dit des polygames ?

C'est connu....

Vous n'en savez rien.

On dit que dans les ménages polygames, les femmes ont recours au maraboutage, aux potions magiques pour envoûter leur mari etc. Est-ce que ce n'est pas pour cela que vous avez votre cuisinier pour vous prémunir de cela ?

Non, je ne pense pas à cela. Je suis un Sénégalais mais je suis au-dessus de tout ça. Je n'y crois pas.

II sera difficile de vous croire avec les nombreuses guerres politiques à Rufisque, les sacrifices, les ossements trouvés à la mairie. Vous n'allez pas voir les marabouts ne serait-ce que pour des prières ?

(Rires) Yène dal kou lène geune nékh amoul ci Sénégal. Vous êtes marrants (Il se répète).

Donc vous n'allez pas voir de marabouts ?

Maintenant, je mets fin à l'entretien (Rires).

Et le collier que vous portez ? Non, vous êtes trop élégant pour mettre fin à l'entretien?

(Rires). Ça, c'est un collier, heu...Vous savez, chacun de nous a ses petits secrets. (Rires).
Il y a des choses en chacun de vous que vous étes les seuls à connaître. Vous gardez ça pour vous, non. (Rires)

Vous ne portez alors ni de talismans et ni n'allez pas voir le marabout ?

Je n'ai jamais dit ça.

Vous disiez tout suite que vous n'allez pas les voir ?

Je suis au-dessus de tout ça.

Vous êtes au-dessus de tout ça mais vous allez quand même les voir ?

Je suis au-dessus ça (Rires). Ce n'est pas une blague.

Et votre collier ?

Pour être élégant avec vous, je mets fin à l'entretien (Rires).

Cela ne vous ressemble pas ?

(Rires). J'ai passé un bon moment avec vous.

Et le collier?

(Lui, passe au tri des photos d'archives, sans commentaires).


Par Mame Saye Diop, Aissatou Laye, Babacar Diop mamesaye@weekend.sn-ayda@weekend.sn-bbdiop@weekend.sn

Source: Week-End

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Jeudi 2 Août 2007





1.Posté par Faakoy le 02/08/2007 12:35
il raconte des histoires ce vieux. tout le monde savait qu'en 2000 que diouf allait perdre la presidentielle. Diouf lui meme le savait. Wade avait 31% certes, mais Moustapha Niasse avait deja dit qu'il allait soutenir le candidat de l'opposition arrivé deuxieme. Et avec les voies des autres candidats sans Djibo L. Ka, c'etait clair. ensuite il ne fallait pas etre intelligent le 01.03.2000 pour savoir que Diouf allait perdre. Le regime socialiste etait comme un fruit qui allait tomber a tout instant. C'est en ce moment que ce vieux traitre a qui le bateau qui allait chavirer. MENTEUR!

2.Posté par MARVEL le 02/08/2007 16:05

Merci Kaakoy, tu as déjà tout dit.
Personne n'est dupe avec l'un des plus répugnants transhumans qu'est Mbaye Jacques Diop, comme personne n'a été dupe lorsqu'il a lui-même provoqué une agression et un incendie chez lui, lorsqu'il a tiré sur le cortège de Wade, lorsqu'il a crée son pseudo parti le PPC qui n'était qu'une passerelle pour aller se fondre au PDS, etc...

Donc tout ce qu'il dit dans ce long interview n'intéresse personne à part ceux à qui il s'est offert. C'est de la racaille, c'est pourquoi Wade l'a copté à ses côtés, comme il copte toutes les vermines qui peuvent avoir une certaine capacité de nuisance contre lui si il ne leur donne pas un os à grignotter.

marvel@hotmail.fr

3.Posté par Faakoy le 02/08/2007 16:33
Salut Marvel, je t'avais envoyé au mois de fevrier cet article du soleil, ou le coordonnateur du PDS en Allemagne disait qu'il y a 15000 senegalais inscrits sur les listes electorales au pays de Merkel. Et que c'est Paul Badji l'ambassadeur du senegal a Bonn. Et beaucoup d'autres mensonges encore. Je te te felicite pour tes positions courageuses. j'ai beaucoup apprécie ta contribution (Lettre ouverte a M. Seck). Les gens qui t'accusaient d'être un militant de Rewmi ou je ne sais quoi ont vu que ce qui t'interesse, c'est le Senegal. Bravo et bonne continuation!

4.Posté par Faakoy le 02/08/2007 16:33
Salut Marvel, je t'avais envoyé au mois de fevrier cet article du soleil, ou le coordonnateur du PDS en Allemagne disait qu'il y a 15000 senegalais inscrits sur les listes electorales au pays de Merkel. Et que c'est Paul Badji l'ambassadeur du senegal a Bonn. Et beaucoup d'autres mensonges encore. Je te te felicite pour tes positions courageuses. j'ai beaucoup apprécie ta contribution (Lettre ouverte a M. Seck). Les gens qui t'accusaient d'être un militant de Rewmi ou je ne sais quoi ont vu que ce qui t'interesse, c'est le Senegal. Bravo et bonne continuation!

5.Posté par leuz France le 02/08/2007 16:56
La prochaine fois, essayez d'être plus pragmatique Mr Diop. On a pas besoin de nous raconter toute sa vie pour repondre à une question simple et précise. Je n'ai pas pu lire l'interview en entier car pour répondre à une question, vous parlez dans tous les sens et surtout des choz qui n'ont aucun rapport avec la question. Pour la journaliste bravo pour votre patience

6.Posté par Djaraaf le 02/08/2007 18:15
Au moment où tant de problemes MASSACRENT le peuple,nos chers journalistes se permettent de divertir les gens sur la vie d'une personne qui a tjrs trahi son pays en general ,sa ville en partculier .Tant que vous ne cesserez de donner la parole a des personnes qui toute leur vie durant n'ont fait que griller le senegal comme de la paille,le peuple sera tjrs au fond du puit .Je me demande a quoi peut servi un mbaye jacque diop et a quoi servira ce clounw vorrace pour les femmes qu'il collectione.Si une personne comme celle ci n'a pu faire rien du tout pour le senegal avant les independances,meme apres sinon sucer le sang du peuple,je me demande une fois encore comment au nom de la liberte du pleuple un journaliste peut lui tendre un micro pour divertir le senegal avide de developpement qu'il lorgne a l'horizon depuis l'independance.La responsabilite des journalistes dans la stagnation du pays est criarde .Mes chers compatriotes journalistes vous voulez l'independance ? PRENEZ LA .

7.Posté par MARVEL le 03/08/2007 00:32

Ha oui Fakooy, je me souviens de ce mail.
Des cas comme cela il y'en a eu plein, d'où l'étonnement des sénégalais au soir du 25 février. La mascarade venait de se concrétiser.

Pour les gens qui accusent à tort et à travers, laisse les parler, ils n'ont que cela comme argument.

Je t'encourage aussi. Cela montre que nous ne sommes pas seuls.

marvel@hotmail.fr


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