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Madièye MBODJI (Porte-parole limogé d'Aj/Pads) : ‘And Jëf traverse une crise d'identité et de perspectives’

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Même s’il ne fait pas partie des dix signataires de la déclaration intitulée ‘Halte à la capitulation’, Madièye Mbodji se retrouve parfaitement dans les arguments des ‘frondeurs’ d’Aj/Pads. Il a été d’ailleurs limogé injustement, dit-il, pour avoir fait un compte-rendu fidèle du secrétariat politique du 17 juin qui ne demandait à Landing que d’aller discuter des possibilités d’un partenariat avec Wade. Prenant la défense des ‘frondeurs’, Madièye Mbodji estime que toute sanction à leur encontre ne fera qu’aggraver la situation déjà alarmante dans le parti de Landing Savané.



Madièye MBODJI (Porte-parole limogé d'Aj/Pads) : ‘And Jëf traverse une crise d'identité et de perspectives’
Wal Fadjri : Qu’est-ce qui est aujourd’hui à la base de ces soubresauts que vit Aj/Pads ?
Madièye Mbodji : La déclaration qui vient d’être faite par dix camarades de notre parti traduit un malaise, une crise. Pour moi, c’est un symptôme. Cela veut dire que dans le parti, il y a un certain nombre de problèmes et c’est pourquoi il faut essayer d’aller au fond de ces problèmes et non pas adopter une position de fuite en avant ou de politique de l’autruche qui consisterait à fermer les yeux sur les problèmes pour s’en tenir à ce qui est le plus apparent et le plus superficiel. N’oubliez pas qu’au sortir de l’élection présidentielle, quand nous avons eu 2 % des suffrages valablement exprimés, ça a été très difficile pour tout le monde dans le parti. Il y a eu des bilans différents sur l’origine de cette défaite électorale. Les approches ont été différentes et, malheureusement, le parti ne s’est pas donné le temps d’approfondir le débat sur ces élections pour situer les raisons de cette déconvenue électorale. On a juste commencé un débat qu’on n’a pas continué, ensuite, on est entré dans les élections législatives. Au sortir des législatives, on a entamé le débat et on ne l’a pas approfondi. Puis, tout de suite, une décision politique a été prise. Ce qui fait que, dans ce climat de confusion, la direction, les structures, les militants n’ont pas pris le temps qu’il fallait pour partager une lecture commune autour de nos échecs et de nos acquis avant l’alternance comme après l’alternance, surtout dans la période de 2000 à 2007. Qu’est-ce qui a marché ? Qu’est-ce qui n’a pas marché ? Qu’est-ce qui a fait que And Jëf est descendu à 2 % de l’électorat ? Ce sont là des questions essentielles qu’on n’a pas approfondies. Et ce n’est pas étonnant qu’on voit, pour la première fois dans And Jëf, partir le président des cadres, le président des jeunes, deux anciennes présidentes du mouvement des femmes, un responsable important de fédération. Cela veut dire qu’il y a quelque chose qui ne va pas dans le parti. Il y a quelque part une impasse et certains cherchent des solutions individuelles - ce que je considère comme de fausses solutions parce qu’on sort du parti et on va rejoindre le parti au pouvoir - d’autres s’interrogent pour qu’on essaie de creuser et aller au fond des choses. Malheureusement, le parti n’a pas pris le temps de creuser et on s’est engagé dans une perspective qui est aujourd’hui de dire : on reprend le compagnonnage. Et c’est autour de cela qu’il y a problème.

Wal Fadjri : Qu’est-ce qui, selon vous, explique cette impasse ?

Madièye Mbodji : C’est quelque part soit un manque de volonté de faire un bilan approfondi des choses, ou bien une mauvaise lecture de la situation actuelle du pays. Au sortir des élections législatives, nous sommes passés des 2 % de la présidentielle à 5 %. Nous avions donc la possibilité, à mon avis, de reprendre les militants sur la base de cet élan de mobilisation qui a commencé à revenir. On pouvait s’appuyer sur ça pour amener le parti à une réflexion de fond. Mais on n’a pas bien lu cet état d’esprit qu’il y avait dans le parti. On a considéré que le parti était à un niveau très bas et que, pour se relever, il lui fallait nécessairement s’appuyer sur un autre parti, en l’occurrence le Pds. C’est, à mon avis, une mauvaise lecture de la situation politique. Certains militants se sont retrouvés dans cette position, mais beaucoup d’autres ne s’y sont pas retrouvés. Et il y a aujourd’hui un problème quand on dit qu’il y a une majorité qui s’est dégagée. C’est vrai qu’on a organisé le 17 juin un secrétariat exécutif politique. Mais le Sep, ce n’est pas des représentants de structures. Ce sont des cadres qui se prononcent sur des questions à titre individuel. On ne peut donc pas dire que les fédérations et les mouvements internes ont pris position sur ce débat. Non ! Le 17 juin, quand il s’est agi de prendre une décision sur cette question - parce que le bilan du jour c’était le bilan des élections et les perspectives - on n’a pas fait le bilan, on s’est engouffré dans les perspectives qui consistaient à se prononcer sur le pour ou le contre de la poursuite du compagnonnage avec le Pds. C’est sur ça que les gens se sont prononcés. Et c’est pourquoi le bilan a été escamoté. Une majorité s’est dégagée autour de la nécessité de poursuivre le compagnonnage. Cette majorité, à mon avis, n’est ni immense ni écrasante. Ce n’est pas important. Les gens ont été positifs, constructifs pour dire qu’il y a une majorité. Car on aurait pu contester cette majorité pendant la séance, en disant qu’il y a des membres qui ne sont pas de l’instance qui sont venus, qui ont pris la parole et dont le point de vue a été décompté pour déterminer cette majorité. Mais personne ne l’a fait. On a constaté la majorité, donc il fallait appliquer la décision de cette majorité. Mais le problème, c’est de savoir qu’est-ce que la majorité a décidé ? Et paradoxalement, ceux qu’on considère comme la minorité demandent qu’on applique strictement la décision de la majorité.

‘Le secrétariat exécutif politique n’a jamais parlé de soutien, a fortiori sans conditions ni préalables. Cela n’existe dans aucune décision, ni orale ni écrite du Sep’

Wal Fadjri : Qu’est-ce que la majorité avait décidé ?

Madièye Mbodji : D’abord, on avait dit qu’il faut la poursuite du compagnonnage et, sur cette base, il est donné mandat au secrétaire général, en rapport avec le secrétariat permanent, de discuter avec le président de la République, secrétaire général du Pds, sur les modalités d’un nouveau partenariat possible entre And Jëf et le Pds. A ce niveau, il n’est pas question de soutien. Le secrétariat exécutif politique n’a jamais parlé de soutien. Il n’a jamais parlé de soutien, a fortiori sans conditions ni préalables. Cela n’existe dans aucune décision, ni orale ni écrite du Sep. Les camarades ont, par conséquent, été étonnés de voir dans une lettre ou d’entendre des dirigeants intervenir à la radio ou la télévision pour dire qu’’on est venu apporter un soutien sans préalables ni conditions au président de la République’. Nous avons dit non. Ce n’est pas ça la décision du Sep. Qu’est-ce qu’un partenariat selon vous ? Entre des partis politiques, un partenariat veut au moins dire quatre choses : un : on est des partis différents ; deux : on est différent, mais on se respecte mutuellement ; trois : on discute, on se concerte pour établir des plages de convergences possibles et quatre : une fois que ces plages de convergences ont été définies, on s’accorde sur les modalités de mise en œuvre de ces convergences. C’est des discussions, des concertations. Quand on impose des conditions, il n’y a plus de partenariat. Quand on dit partenariat sans conditions ni préalables, ce n’est plus un partenariat. Pourquoi, pendant la période avant alternance, on n’a jamais accepté de siéger dans un gouvernement sous Diouf ? Parce que justement, on disait qu’on n’avait pas d’accords avec lui. On disait clairement à l’époque que pas de solutions pour le Sénégal autour de Diouf et de ses politiques. C’est donc autour de ces questions-là que les camarades signataires de la déclaration ont estimé que la décision du Sep a été travestie. Il est légitime qu’on revienne sur ce débat pour bien clarifier les choses. Il ne s’agit donc pas de dire qu’il y a une minorité qui veut imposer sa volonté à une majorité. Cela n’a pas de sens. L’essentiel, c’est de s’entendre sur le contenu exact précis de la décision majoritaire et voir comment appliquer cette décision dans le sens indiqué par l’instance en question.

Wal Fadjri : Voulez-vous dire qu’il s’est agi plutôt d’une soumission honteuse à Me Wade, comme le disent les signataires ?

Madièye Mbodji : Prenez l’exemple du Fmi et de la Banque mondiale. Quand ils venaient nous imposer des plans d’ajustement structurel et autres, on n’appelle pas ça partenariat… Nous ne disons pas que nous devons imposer des conditions au Pds non plus. Mais on discute entre partenaires et on s’entend si c’est possible sur un certain nombre d’options qui vont dans le sens des intérêts majeurs des populations sénégalaises. Si nous avons soutenu le Pds, Abdoulaye Wade en particulier en 2000, c’était autour d’un programme que nous avions élaboré et soumis au candidat Wade qui l’a regardé, étudié et adopté. Voilà ce que signifie un partenariat.

Wal Fadjri : Vous avez été démis de votre poste de porte-parole du parti pour avoir, paraît-il, glissé des mots qui ne plaisaient pas à certains dirigeants. Vos camarades signataires ne risquent-ils pas d’être sanctionnés comme vous ?

Madièye Mbodji : Je l’ai dit haut et fort. Je n’ai glissé aucun mot qui ne soit pas celui du Sep. J’ai fait un projet de communiqué en ma qualité de chargé de communication, j’ai repris exactement la synthèse faite par le Sep que je vous ai rappelée tout à l’heure : ‘discuter des modalités avec le Pds’. Les archives sont encore là. Le Pv de l’instance existe. Le problème ne se situe donc pas à ce niveau. A un moment donné, on a voulu changer de porte-parole. J’ai été sanctionné pour divergences et ce n’est pas normal. Parce qu’il y a toujours eu des divergences dans le parti et on les a gérées correctement. Moi, je n’ai aucun problème de personne avec qui que ce soit dans le parti. Je respecte toutes les militantes et tous les militants. Cependant, j’ai mes points de vue, je les assume, je les ai toujours assumés dans le parti sans problème. Même l’instance qui a décidé de changer de porte-parole, n’a pas élu un autre. Aujourd’hui, celui qui se proclame porte-parole ne l’est pas officiellement. Parce qu’il n’a été nommé par aucune instance. C’est en dehors du Bureau politique que quelqu’un lui a dit qu’il était désormais le porte-parole. Voilà des manquements qui font que, parfois, on a l’impression qu’il y a deux poids deux mesures. Et c’est ce qui frustre les militants. J’ai une fois dit à une réunion du parti que je suis venu militer à And Jëf parce que je suis contre l’injustice et je ne vais pas admettre l’injustice dans mon propre parti. Aujourd’hui, on parle de sanctions. J’ai lu l’entretien que Bassirou Sarr a accordé à votre journal. Il a tracé le cadre et, pour lui, il y aura nécessairement des sanctions. Alors qu’on n’a même pas discuté s’il doit y avoir sanctions. Il fait la comparaison avec le Code du travail et estime qu’il y a faute lourde. A l’heure où je vous parle- je dirige une entreprise privée - une faute lourde, c’est un licenciement sans droit ni préavis. Si donc lui, il estime que ceux qui ont fauté, ont commis une faute lourde, il sous-entend qu’il faut les exclure du parti. Parce qu’il dit qu’il y a d’autres qui considéreraient que c’est peut-être une petite erreur et si tel est le cas, on peut prendre un avertissement, un blâme ou une suspension. Et il n’y a que ces deux catégories de sanctions qu’il entrevoit. Je pense qu’on doit éviter de jeter de l’huile sur le feu. On doit éviter de faire la politique de l’autruche. On doit voir les problèmes de fond qui sont posés dans le fonctionnement du parti.

‘Au sortir de l’élection présidentielle, on a vu dans la presse des articles qui sont des points de vue individuels sur le bilan de l’alternance qui n’étaient pas ceux du parti. Ils ont pris des positions et personne ne les a sanctionnés’.

Wal Fadjri : Pour vous donc, la sanction ne règle pas le problème ?

Madièye Mbodji : Du tout. Au contraire, elle va envenimer la situation. Parce que ce que les signataires ont dit, il y a plein de gens qui le pensent dans le parti.

Wal Fadjri : Mais ces gens ne l’ont pas dit publiquement…

Madièye Mbodji : Ils ne l’ont pas dit publiquement d’accord. C’est pourquoi je dis qu’il faut créer des espaces de débat pour que les gens ne se sentent pas forcés de porter le débat à l’extérieur. Mais il faut commencer par respecter la décision qui est arrêtée. Et puis, ce n’est pas la première fois. Il y a des gens qui se sont permis de sortir dans la presse pour dire leur point de vue. Au sortir de l’élection présidentielle, on a vu dans la presse des articles qui sont des points de vue individuels sur le bilan de l’alternance qui n’étaient pas ceux du parti. Parce que le parti a fait une résolution sur le bilan de l’alternance dans son congrès de novembre 2005. Ils ont pris des positions et personne ne les a sanctionnés.

Wal Fadjri : Vous faites allusion à la sortie de Mamadou Diop ‘Decroix’ dans la presse ?

Madièye Mbodji : Moi, ce sont les faits qui m’intéressent. Les personnes m’importent peu. Bassirou Sarr est venu ici à votre journal, on lui a posé la possibilité d’une fusion entre Aj/Pads et le Pds, il dit qu’on n’écarte rien. Et beaucoup de militants étaient mécontents. Ils ont dit : ‘Qui lui a fait dire cela ? Où est-ce que le parti a dit qu’il pourrait envisager un jour de fusionner avec le Pds ?’ Pourtant, il n’a pas été sanctionné. Quand on l’a interpellé, il a dit : ’C’est le journaliste qui a travesti mon point de vue, d’ailleurs je vais déposer un démenti’. On n’a jamais vu ce démenti. Quand les militants pensent ou voient qu’il y a un traitement différencié quelque part et que les espaces de débat sont très restreints, ça crée des frustrations. Avant, la force d’And Jëf, c’était quoi ? C’est vrai qu’on était moins massif, mais on pouvait avoir suffisamment d’espace et de temps pour former nos militants. Aujourd’hui, on ne forme plus les militants. C’est la course à l’électeur tous azimuts. On a choisi l’option de la conquête démocratique du pouvoir par la voie des élections. Mais en même temps, il faut qu’on puisse avoir dans le parti des militants de qualité qui soient bien formés, bien informés. Qui puissent débattre d’orientation, d’option pour qu’une fois arrivés au pouvoir, qu’on ne se mette pas à tâtonner comme ce qui nous est arrivé en début 2000. On a tâtonné à gauche et à droite parce que personne ne savait ce qu’il y avait lieu de faire. Aujourd’hui, quand vous réfléchissez dans le parti, on vous considère comme rien qu’un théoricien, un dogmatique, etc.

Wal Fadjri : Vous êtes donc d’accord qu’And Jëf est en train de dévier…

Madièye Mbodji : Effectivement, sur la question de ce qu’il faut faire pour porter un projet autonome de gauche, le parti n’est pas dans cette direction. Nous avions créé And Jëf parce que nous étions porteurs d’un projet politique de transformation sociale. D’ailleurs, c’est sur cette base qu’on peut discuter avec un autre, quel qu’il soit. Abdoulaye Wade ne cache pas qu’il est libéral. Il l’assume. Nous ne devons donc pas cacher que nous avons une option socialiste que nous devons assumer. Nous avons un projet de transformation sociale, de justice. Un certain nombre de choses auxquelles on croit. Ce qu’on peut apporter au Sénégal, c’est cette nouvelle façon de faire et de voir la politique, de représenter des valeurs qui vont transformer le pays. Et non pas se dire que les Sénégalais ne croient pas à des valeurs, donc on va faire comme tout le monde. Non. A ce moment-là, à quoi sert de faire de la politique, si c’est pour faire comme tout le monde. On veut transformer quelque chose de négatif en quelque chose de positif. Il faut reprofiler notre vision mais aussi l’adapter au contexte. Nous ne sommes pas des dogmatiques. And Jëf n’a jamais été une organisation dogmatique.

Wal Fadjri : Mais qu’est-ce qui pourrait se passer en cas de sanctions ?

Madièye Mbodji : De toutes façons, il y a des instances habilitées à prendre des sanctions. Si elles prennent des sanctions, les recours sont prévus par les textes. Les camarades sanctionnés ont le droit de déposer des recours. Si maintenant, l’instance supérieure confirme les sanctions, elles deviennent effectives. Mais pour le moment, on n’en est pas là. Mais je le répète : une sanction dans la situation actuelle du parti ne peut qu’aggraver davantage une situation déjà difficile.

‘Si les normes sont connues et les principes partagés de tous, on peut exiger la discipline de tous. Mais s’il n’y a ni normes ni principes, s’il y a deux poids deux mesures, les problèmes vont s’aggraver’.

Wal Fadjri : Certains ‘frondeurs’ n’écartent pas de présenter une liste de leur courant aux élections locales si Aj continue son compagnonnage avec le Pds.

Madièye Mbodji : C’est des problématiques prématurées pour moi. Je crois qu’on doit essayer de marcher ensemble dans la même direction sur la base de principes et de normes partagés. C’est ça le fond du problème. Si les normes sont connues et les principes partagés de tous, on peut exiger la discipline de tous. Mais s’il n’y a ni normes ni principes, s’il y a deux poids deux mesures, les problèmes vont s’aggraver. Je crois que le parti aura suffisamment de maturité pour dépasser cette situation au bien des intérêts du parti et du peuple sénégalais. Aujourd’hui notre intérêt, c’est de renforcer And Jëf en sorte qu’on continue de travailler pour mériter la confiance du peuple pour conquérir le pouvoir et appliquer notre projet de transformation sociale qui fait que nous sommes en politique depuis plus de trente ans. On a fait des sacrifices énormes pour ça. Certains sont morts, ont brisé leurs carrières, d’autres sont devenus fous. On ne peut pas passer tout cela par pertes et profits. Il faut qu’on s’arc-boute sur toutes ces expériences. Sur ce qui est positif, mais également sur ce qui est négatif, ce qui constitue nos échecs pour voir comment reprendre le flambeau pour rendre notre parti plus attractif. On nous considérait comme un parti chic. Le chic, c’est quoi ? C’est la constance, l’honnêteté, l’intégrité, la compétence et la cohérence. Aujourd’hui, interrogez les principaux responsables d’And Jëf, ils se refusent même de vous répondre. Ils ne savent même pas quoi répondre. C’est parce qu’il y a un problème de lisibilité de notre comportement politique. Il faut qu’on ait un comportement cohérent, clair, que les Sénégalais puissent comprendre.

Wal Fadjri : Partagez-vous le point de vue de certains signataires qui affirment qu’il y a un problème de leadership à Aj ?

Madièye Mbodji : Je ne sais pas comment on comprend ce problème de leadership. A un moment donné, il y a eu une déclaration que Landing a faite en disant qu’il prenait du recul. J’avais dit à l’époque qu’une telle décision, il faut d’abord la partager avec les militants avant de la rendre publique. Quand on l’a rendue publique, les militants étaient désarçonnés. Ils ne comprenaient rien. Ça nous a posé beaucoup de préjudices. Que le dirigeant prenne du recul pour réfléchir, comme il disait, sur les grandes problématiques de ce pays, c’est une nécessité. Parce que, justement, on a un déficit de réflexion stratégique dans nos partis. On s’occupe trop de la quotidienneté. Et cette politique politicienne à la petite semaine, ça ne mène pas loin. Il faut rompre avec. En 1998, au 2e congrès d’And Jëf, nous avions proposé un poste de président du parti pour faire en sorte que le président soit détaché de la gestion quotidienne du parti. Certains camarades avaient mal interprété cela, pensant que c’était une manière de combattre certains et promouvoir d’autres. On a laissé tomber cette affaire. C’est pour dire qu’en ce qui me concerne et jusqu’à preuve du contraire, Landing Savané est secrétaire général d’Aj/Pads élu par le congrès. On avait même dit, lors du congrès de novembre 2005, que les candidatures étaient ouvertes.

‘And Jëf traverse aujourd’hui une crise d’identité et de perspectives. Cette crise n’est pas seulement propre à notre parti’.

Wal Fadjri : Quels rapports avez-vous avec le communisme ?

Madièye Mbodji : On a dit qu’il y a dans le parti un groupe de communistes et que moi je serais l’inspirateur de ce groupe, qu’il y aurait un autre groupe de réformistes. Je peux vous dire qu’au sein d’And Jëf, il n’y a jamais eu de clivages entre communistes et non communistes. Ni dans la clandestinité ni après. And Jëf n’est pas une organisation communiste. Une organisation communiste, cela veut qu’on ne recrute que sur la base du programme communiste. Alors qu’And Jëf dès le départ, dans la clandestinité, a choisi d’être ce qu’on appelait une organisation anti-impérialiste, anti-féodale. La particularité d’And Jëf, c’est qu’elle a été, en tant qu’organisation, inspirée, créée, animée et dirigée par des communistes qui se sont largement inspirés de la théorie et de la pratique de la révolution chinoise qu’on appelle le maoïsme. Ça c’est de l’histoire et nous ne devons pas avoir honte de l’histoire. Nous avons estimé à un moment donné que, souvent, les théories avancées par Marx, Lénine, par Mao ont constitué des progrès importants dans l’avancée des luttes des peuples partout dans le monde. Nous avons essayé de nous inspirer de ça sans vouloir copier ce qui s’est fait… On ne peut donc pas dire qu’on n’a pas entretenu une proximité saine avec la théorie et la pratique de la pensée chinoise. Mais nous avons essayé d’adopter cela au contexte sénégalais. Je me rappelle très bien que même certains de nos amis de gauche n’ont pas toujours compris ce qu’était And Jëf. Certains disaient qu’And Jëf était une hérésie, un monstre, un machin. Nous ne sommes pas une organisation communiste, mais nous admettons que, dans notre organisation, il y ait des communistes et des non communistes. Il n’y a pas à And Jëf des gens qui seraient des dogmatiques sectaires réfractaires à l’ouverture à d’autres partis. On me dit que je suis le dirigeant du groupe des communistes, parfois on me dit que je suis, avec Amadou Tidiane Guiro, ceux qui élèvent la voix contre les anciens du Mrdn. Alors que je suis membre fondateur du Mrdn. C’est pourquoi je dis que nous avons un devoir de mémoire vis-à-vis du peuple sénégalais et des jeunes générations… Il n’y a pas ces clivages dans Aj/Pads. Il n’y a pas de gens qui sont, par principe, opposés à ce qu’on soit avec Wade et le Pds. Moi qui vous parle, je fais partie des premiers à défendre dans le parti l’idée de soutenir la candidature de Wade en 2000. J’avais écrit dans votre journal à l’époque deux articles dont l’un était intitulé : ‘Les dix raisons de la candidature commune’.

Wal Fadjri : Quel avenir entrevoyez-vous aujourd’hui pour Aj/Pads ?

Madièye Mbodji : L’avenir d’And Jëf sera ce qu’en feront les militants. Car j’estime qu’And Jëf traverse aujourd’hui une crise d’identité et de perspectives. Cette crise n’est pas seulement propre à notre parti. C’est une crise de l’ensemble de la gauche dans notre pays. On va bientôt commémorer le 50e anniversaire du manifeste du Parti africain de l’indépendance (Pai). Cinquante ans après, où est la gauche sénégalaise ? Est-ce qu’il y a une gauche qui existe avec un projet de gauche ? Qu’est-ce qu’elle propose aux Sénégalais ? Qu’est-ce qu’elle propose comme solutions aux problèmes que vivent les Africains, les Sénégalais ? Il faut qu’on règle cette crise d’identité et de perspectives. C’est un défi majeur qui nous est posé en tant qu’And Jëf, mais aussi à l’ensemble de la gauche sénégalaise et même mondiale. Il faut par ailleurs qu’on fasse le bilan de notre expérience. Pas seulement le bilan des élections. Le Sep du 17 juin dont on parle, n’était pas un Sep de bilan. La preuve, on avait donné un délai qui devait, je crois, courir jusqu’au 15 août pour permettre aux fédérations de faire leur bilan. On ne peut donc pas venir nous dire qu’on a déjà fait le bilan et que les fédérations se sont prononcées. Il faut faire non seulement le bilan des élections, mais de tout notre parcours. J’estime que nous avons une riche expérience. And Jëf a été un creuset politique de qualité dans ce pays. Sur le plan des talents culturels, sportifs, littéraires, artistiques, ce parti a produit énormément de choses importantes. Sur le plan de l’expertise et de la compétence technique, administrative, ce parti a produit énormément de choses pour ce pays. Nous n’avons pas le droit de jeter tout cela par-dessus bord. Ce serait impardonnable. Je crois que nous devons surtout essayer de recrédibiliser la politique aux yeux des Sénégalaises et des Sénégalais. Pour qu’on ne dise pas qu’ils sont tous pareils. ‘Servir le peuple et non se servir est notre credo’, il faut qu’on donne un contenu concret à cela.

Propos recueillis par Georges Nesta DIOP
Source: Walfadjri

Article Lu 1276 fois

Samedi 25 Août 2007





1.Posté par abdou Ndao le 25/08/2007 16:34
Je suis certain que Bass sarr ne peut pas dire autant que Madieye sur l'historique du parti car quand Bass venait de tivaoune où il etait prof francais c'etait devant moi on habitait hamo 3.Bass a usurpè sa situation au sein du parti et aujourd'hui il se permet de baver pour annoncer des sanctions à des membres fondateurs.AJ est composè aujourd'hui de Doss - Decroix-Marie et leur soukh Bass Sarr. ou sont les TOP - GUIRO-Ibou FAll etc...ces gens la sont de honnetes citoyens qui se disputent pas des postes jusqu' à aller ramal abdoulaye wade qui a fini de plonger le Senegal dans cette sitution. mais je vous dit une chose car il s'en sortira jamais comme il le pense "ay dou yème si boppu boromame" Je suis comme tous les jeunes qui ont ètè formès dans ce parti et qui sont aujourd'hui obligès de quitter ce parti voire la politique à cause du comportement de decroix et Bass sarr qui ne sont meme pas connu dans leur base bambeye ou mekhe et Kaolack.
Ngor Jom ak fiit la kham si mom ....

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